Une mosquée a Nice Le maire de Nice ne veut pas de mosquée dans sa ville
À l’heure du débat national sur la laïcité, et du centenaire de la loi de 1905, le problème de l’évolution de nos conceptions républicaines se pose. Certains sont défenseurs d’une conception purement laïque de notre France (une laïcité « fermée », dont le créateur historique est Émile Combes), d’autres sont plus proches d’une laïcité « ouverte », un peu plus tolérante mais tout de même encadrée. Le débat dépasse ainsi les clivages politiques.
Et puis, en marge, il y a l’option du maire de Nice (UMP), Jacques Peyrat, un ancien du Front national, qui, au lieu de s’ancrer dans l’une où l’autre des visions de la laïcité, ne veut tout simplement pas entendre parler de mosquée dans sa ville. Soulignons le caractère dramatique de cette politique, à l’heure où la ville dispose de 47 églises, de 8 synagogues et d’aucune structure pour les 50 000 musulmans niçois. Ces citoyens français sont tout simplement marginalisés, puisque le débat n’existe pas. Pour eux, notre devise républicaine n’est pas valable. Liberté ? Ils sont libres de pratiquer leur religion, mais dans des caves... Égalité ? Ils ont les droits de citoyens français. Fraternité ? Non ! La mairie de Nice bafoue simplement notre devise républicaine par de honteux prétextes, et livre un faux débat sur la question, en ne prenant en compte aucune revendication.
Des pétitions, pour et contre la mosquée, tournent un peu partout en ville. Les partisans anti-mosquée - dont les arguments sont ridicules : baisse de l’immobilier, « islamisation de la France »... - ont déjà rassemblé 3 000 signatures. Quant aux partisans d’une mosquée, ils ont déposé une pétition de 3 001 signatures samedi 10 décembre, à 10 h 30, à la mairie, pour protester une fois de plus. La veille, le maire avait déjà contourné la question de la mosquée lors d’un simulacre de négociations.
Avant même que les questions du financement, du terrain, de l’architecture ne soient abordées, la mosquée est déjà détruite ! Comment expliquer à cette population que l’on souhaite leur intégration si l’on ne garantit pas leurs droits fondamentaux ? Comment illustrer une ouverture d’esprit sans un dialogue, quelle que soit la laïcité défendue ?
La question reste entière, mais ce n’est pas Jacques Peyrat qui y répondra, sa vision manichéenne paralysant une population, une ville, et la fraternité tout entière. Pour illustration, Jacques Peyrat déclarait dans le Monde, début novembre : « Ce n’est pas le moment, face aux violences urbaines et à la montée de l’islam radical, d’installer en plein coeur de Nice une terre d’islam. Je m’opposerai à toute implantation de mosquée à Nice. » L’association SOS Racisme a porté plainte pour discrimination contre ces propos. |