Au moment où les juifs du Maroc jettent les ponts avec leurs cousins d'Israël, ils se rappellent, avec plus ou moins de douleur, les conditions dans lesquelles leur exode massif s'est effectué. Hassan II a-t-il vendu ses juifs ? Retour sur une histoire trouble.
“Ce n'est pas le moment de parler du départ !”, tempête Simon Lévy dans son bureau du Musée du judaïsme marocain, quartier de l'Oasis. Entre deux éclats de voix, le secrétaire général de la communauté juive de Casablanca rappelle la douleur et le malaise associés à ce sujet “vivant et mourant”. Mais comment ne pas s'arrêter sur l'exode massif
de la plus grande communauté juive nord-africaine, forte, en 1948, de 260 à 280 000 membres et réduite à son centième aujourd'hui ? Un exode raconté et expliqué par des observateurs se contestant mutuellement leur légitimité, mais dont les discours tissent un récit relativement consensuel, malgré certaines divergences marquées.
Entre malaise et messianisme
À commencer par celles concernant la première vague de départs, catalysée par la création de l'Etat d'Israël en 1948, au cours de laquelle pas moins de 90 000 juifs marocains quittent leur terre nourricière jusqu'à 1956. Exode de la misère économique vécu par les “laissés pour compte du capitalisme colonial”, affirme avec insistance Simon Lévy. Exode purement religieux et messianique, rétorquent Robert Assaraf, auteur d'Une certaine Histoire des juifs du Maroc, et Serge Berdugo, président de la communauté israélite marocaine. Pour le premier, la naissance d'Eretz Israël permet l'exil salutaire de milliers de petits commerçants et artisans ruinés, tréfileurs d'or fassis et ferblantiers, fragilisés par la modernisation importée par le Protectorat. “Déracinement, inadaptation ; de là à l'émigration, il n'y a qu'un pas”, écrit-il dans Juif du Maroc, Identité et dialogue en 1978. Un pas vite comblé, dès 1947, par les efforts de l'Agence juive internationale qui, après avoir dénigré la communauté juive marocaine, s'intéresse à ce puissant “réservoir de main-d'œuvre bon marché”. Robert Assaraf et Serge Berdugo partagent ce point. Mais pour eux, la première vague d'exode est le fruit d'une véritable ferveur religieuse et idéologique. L'historien Jamaâ Baïda rappelle en effet l'existence d'une revue sioniste au Maroc avant la guerre, L'Avenir illustré, très active dès 1926 - après le départ de Lyautey - jusqu'à la Défaite française de 1940.
suite :
http://www.telquel-online.com/203/sujet2.shtml