Arabie Saoudite: la relation avec Washinton reste prioritaire Analyse de Pascal Boniface
Paris (IRIS) - Le président Chirac se rend en Arabie Saoudite pour un voyage dont le but est de relancer la coopération politique et économique entre les deux pays. Mais s’il y a un accord général entre Paris et Riyad sur les grands dossiers stratégiques, il reste une large place pour l’amélioration des échanges économiques, la France ne se situant qu’au 7ème rang des fournisseurs du Royaume.
Malgré les difficultés, la relation stratégique principale des Saoudiens demeure celle qu’ils entretiennent avec Washington. La situation est cependant problématique depuis le 11 septembre 2001, où 15 des kamikazes sur 19 étaient de nationalité saoudienne. Si le Président Bush s’est dissocié à plusieurs reprises des attaques des médias américains contre le Royaume, l’Arabie Saoudite a très mauvaise presse aux Etats-Unis. Les plaintes déposées par 600 familles des victimes du 11 septembre contre de nombreux responsables saoudiens font peser la menace de 1000 milliards de dollars de dommages et intérêts. Cela est venu certainement ralentir les investissements saoudiens aux Etats-Unis, évalués à 450 milliards de dollars.
Une analyse de l'IRIS
Il ne faut pas oublier que l’Arabie Saoudite est le seul pays à pouvoir en cas de besoin mettre sur le marché plusieurs millions de barils supplémentaires par jour. Les difficultés américaines en Irak et la crise avec l’Iran sont venues encore renforcer cette situation. Globalement, le Pacte du Quincy signé en 1945 entre le Roi saoudien et le Président Roosevelt tient toujours. Les Américains garantissent la sécurité du Royaume et de la monarchie, tandis que les Saoudiens s’engagent à fournir un pétrole bon marché et abondant aux Etats-Unis. Le problème est que la présence militaire américaine en Arabie Saoudite est de plus en plus contestée. C’est d’ailleurs à ce sujet que Ben Laden a rompu avec les Etats-Unis après la guerre du Golfe de 1990-91. Et, selon un sondage du quotidien Al-Watan, 60% des Saoudiens déclarent détester les Etats-Unis et 3 /4 de ces personnes citent la position américaine sur le conflit israélo-palestinien comme étant la cause de ce ressentiment.
Discrètement, l’Arabie Saoudite a pourtant aidé les Etats-Unis dans la guerre d’Irak en permettant l’augmentation du nombre de soldats stationnés sur son territoire. Le sommet arabe de Beyrouth, en mars 2002, avait accepté le plan du Prince Abdallah, d’établissement d’une paix avec Israël, en échange de la création d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967. Il est resté lettre morte. Washington et Riyad n’ont plus les relations fusionnelles qui étaient les leurs auparavant, mais ils semblent néanmoins ne pas vouloir, ou ne pas pouvoir, s’éloigner l’un de l’autre.
Pascal Boniface
Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), il a dirigé l'ouvrage collectif « L'Année stratégique 2006 » paru chez Dalloz |