A qui appartient Marrakech?


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Vieux 12/03/2006, 01h44
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Par défaut A qui appartient Marrakech?

1,5 million de touristes en 2005

Première destination du royaume, la « Perle du Sud » est soumise à une intense spéculation immobilière. La palmeraie et la société traditionnelle de l'antique médina y résisteront-elles ?

Ce pourrait être une histoire à dormir debout tirée du répertoire des conteurs traditionnels de la place Djamaâ el-Fna. Une énième version des Mille et Une Nuits. Ou plutôt des mille et une nuitées ! Le récit du vertigineux décollage touristique de « la Perle du Sud ». Ceux qui l'ont vécu sont d'accord. Tout a commencé en 1999 lorsque le magazine « Capital » (M6) consacra une de ses émissions à Marrakech. «En gros, on y apprenait que pour le prix d'un petit pavillon en France on pouvait s'offrir un palais dans la médina de Marrakech», résume Serge Meadow, gestionnaire d'une agence immobilière spécialisée. Message reçu : les Français accourent. Ils veulent dénicher des riads à retaper dans ce coin du monde ensoleillé, bon marché et francophone, à moins de trois heures d'avion de Paris. D'autant que la jet-set, qui y établit ses quartiers d'hiver, donne le ton (voir infographie). Marrakech devient furieusement tendance !

Depuis quatre ans, le tempo s'accélère : maisons d'hôtes mais aussi hôtels de charme ou grand luxe poussent bien mieux que les palmiers. Simultanément, les infrastructures ont été développées, sous l'impulsion du très efficace wali (préfet) Mohamed Hassad, ingénieur des Ponts et Chaussées surnommé « le Bâtisseur ». «Aujourd'hui, Marrakech est une locomotive pour le Maroc, qui s'est fixé l'objectif de 10 millions de touristes en 2010», annonce Khalil Majdi, PDG d'un groupe d'agences de voyages et vice-président du Conseil régional du Tourisme (CRT). Première destination du royaume, la ville ocre a absorbé, à elle seule, 35% du flux touristique national, dont un million et demi de visiteurs logés dans ses établissements classés. Avec, à la clé, des milliers d'emplois créés. Du coup, après la ville nouvelle et la palmeraie, les investisseurs étrangers et marocains s'attaquent à la périphérie. Quatorze nouveaux hôtels doivent bientôt sortir de terre le long de la route de l'Ourika, avec vue sur les sommets enneigés de l'Atlas.
«Marrakech est en train de vendre son âme. C'est une foire d'empoigne entre spéculateurs», s'inquiète Ayoub Azzouzi, architecte, ancien responsable de l'urbanisme de la ville, bien content d'avoir quitté ce poste avant le début de la folie. Piscines, golfs et baignoires vident la nappe phréatique de cette zone au climat aride. Certains habitants ne cachent plus leur ras-le-bol. Le 27 février, ils étaient 200 à manifester devant le tribunal en brandissant des banderoles «Non au tourisme sexuel, non à l'exploitation des enfants». Fin 2005, l'affaire du pédophile français Hervé a brisé un tabou. En février, une quinzaine de personnes ont été arrêtées, elles tournaient des films porno mettant en scène des jeunes filles. «Il se passe de drôles de choses dans certains riads», assure Latifa Liq, de l'Association marocaine des Droits de l'Homme. Marrakech devient la ville de toutes les rumeurs, de tous les contrastes...

Alors quid des risques d'explosion, de flambée sociale, d'attentats islamistes ? «La menace n'est pas plus importante qu'ailleurs. Ce qui est plus risqué pour nous, c'est d'être dépendants des Français», rétorque un responsable régional. Crânement, Marrakech fait donc de l'oeil aux Anglais, qui commencent à acheter leurs petits coins de paradis avec patio et piscine. Et rêve d'attirer demain des Américains ou des Chinois en goguette. Sur les contreforts de l'Atlas, business is business...

A qui appartient Djamaâ el-Fna ?
Le matin, la place appartient à El-Barriz, El-Azoulia et les autres « conteurs de fées » (sic). A tour de rôle, ils revisitent à l'infini les Mille et Une Nuits, au milieu d'un cercle de spectateurs marocains. Un trésor immatériel et inaccessible aux non-arabophones, déclaré en 2001 patrimoine oral de l'humanité par l'Unesco. «Djamaâ el-Fna est désormais protégée de toute construction. Pour que la magie de l'oralité opère, il faut garder un espace vide, où les hommes et les idées peuvent circuler librement», applaudit Ouidat Tebbaa, membre d'une association de défenseurs intellectuels de la place. Le projet de parking souterrain a été définitivement rangé dans un tiroir. Le Club Med et sa piscine, nichés-là depuis 1971, se vantent d'être indélogeables. Le « grand argentier » du foot Jean-Claude Darmon a acheté une des rares maisons qui donnent sur la place. Après l'avoir détruite, il doit la reconstruire à l'identique.

Mais la parole d'or des conteurs n'est pas sauvée pour autant. Dès que la fête bat son plein, ils sont chassés par le tohu-bohu de la foire commerciale. La place est devenue un passage obligé des touristes nationaux et étrangers entre charmeurs de serpents, danseurs travestis et tatoueuses au henné. Les « marchands du temple » se battent pour la meilleure place. Les autorités, après avoir pavé la place et écarté les taxis, ont mis un peu d'ordre dans les stands de restauration et vendeurs de jus d'orange. L'an dernier, chaque détenteur d'agrément a dû investir 2 500 euros dans un zinc neuf. Les inspecteurs de l'hygiène tapent sur les mains sales. Tandis qu'une escouade de policiers en civil surveillent la foule...

Dernière modification par Wallen95 ; 12/03/2006 à 01h47.
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  #2  
Vieux 12/03/2006, 01h45
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A qui appartient la médina ?
Quand on s'écarte un peu de la névralgique place Djamaâ-el-Fna pour s'enfoncer dans le calme des derb - ces maisons traditionnelles assemblées autour d'une impasse -, on ne peut pas se tromper : de plus en plus de portes en bois vernies, de façades ravalées, de terrasses verdoyantes... «C'est le signe que ces anciennes demeures avec patio des grandes familles commerçantes sont passées aux mains d'étrangers», décrypte Khalid Bounouis en déambulant dans les ruelles. Cet ancien courtier marrakchi a ouvert son agence immobilière en 2002. «Il y a encore quelques bonnes affaires, mais les prix ont explosé avec la demande.» Il y a quatre ans, on pouvait trouver un riad d'environ 300 mètres carrés (avant travaux) pour 50 000 euros. Aujourd'hui, il faut débourser cinq fois plus. «Du chauffeur de taxi au bazariste, tout le monde veut faire l'intermédiaire. Et puis il y a plein de spéculateurs et d'agents immobiliers verreux, notamment français, qui ont arnaqué leurs compatriotes », s'énerve Khalid. Résultat : des acquéreurs de maisons restaurées ont vu leurs nouveaux murs en tadelakt (revêtement traditionnel) s'effriter au bout d'une semaine sans même pouvoir porter plainte : leur propriété n'avait pas été titrée chez le notaire !
Pierre et Anne-Marie n'ont pas connu ces problèmes lorsqu'ils ont acheté leur riad en 2001, dans derb Snane tout près de la résidence de Jean Paul Gaultier. Sur les 170 boîtes aux lettres de ce quartier huppé surnommé « derb fashion », plus d'un quart des habitants sont des étrangers, principalement des Français. Hôtes attentionnés, Pierre et Anne-Marie louent 5 chambres de leur imposant riad pour un peu moins de 100 euros la nuit. «Ça marche bien malgré la concurrence croissanteparce qu'on tient la maison nous-mêmes», assure le couple.
A ce jour, 700 riads de la médina auraient ainsi été retapés, dont 400 sont devenus des maisons d'hôtes. Certes, cette reprise en main a empêché la médina de s'écrouler et a fourni des emplois de domestiques aux gens du quartier... Mais une habitante pose pourtant les limites : «Les Marocains partent vivre à l'extérieur. L'atmosphère qui a attiré les étrangers finit par disparaître. Sans compter les problèmes de voisinage, par exemple quand les femmes sur la terrasse montent pour le linge et voient certains se faire bronzer à moitié nus.»

A qui appartient la palmeraie ?
Marrakech est entourée par une merveille de la nature : l'oasis la plus méridionale du Maroc, à 60 kilomètres des neiges de l'Atlas. Une palmeraie plantée au XIe siècle par la dynastie des Almoravides, fondateurs de la ville. La moitié des 6 000 hectares boisés appartiendraient à l'Etat (dont le ministère des Habous et des Affaires islamiques) et l'autre à des propriétaires privés. «Ce site exceptionnel et emblématique est dilapidé par les grandes multinationales du tourisme », s'énerve Youssef Sfaïri. Cet ingénieur des Eaux et Forêts a fondé en 2001 une petite ONG locale pour défendre la palmeraie et ses habitants. En effet, la pression foncière est croissante : extension des banlieues populaires ou résidences grand standing lovées entre les arbres, comme l'hôtel Palmeraie Golf Beach, le nouveau village du Club Med, ou toutes ces somptueuses villas. Aujourd'hui un hectare se vend jusqu'à 700 000 euros contre environ 5 000, il y a dix ans. Mais que voulez-vous, la palmeraie est devenue le lieu de villégiature des princes saoudiens qui ont bâti là de véritables palais. Les paysans du cru n'ont qu'à s'installer ailleurs. L'écosystème est perturbé, les réseaux d'irrigation asséchés, les racines meurent... Pour tenter de stopper ce carnage, il est désormais interdit d'abattre un palmier. Quelque 300 000 arbres doivent être replantés. Et un écomusée doit ouvrir ses portes. Mais sera-ce suffisant ?

A qui appartient la Mamounia ?
Winston Churchill aurait qualifié le mythique palace de «plus beau lieu du monde», devenant ainsi son meilleur publicitaire. La suite où il a séjourné a été transformée en petit musée à sa mémoire. Pour environ 1 500 euros la nuit, des Britanniques viennent coucher dans son lit, dans un décor très British. Pas très dépaysant, mais plutôt rentable pour les heureux propriétaires du palace. Gérés par une société anonyme de droit privé, les 230 suites et chambres et les 5 restaurants appartiennent à des actionnaires publics : la Caisse de Dépôt et de Gestion marocaine, l'Office national des Chemins de Fer et la municipalité de Marrakech. «La Mamounia appartient au Maroc», s'exclame Mohamed Chab, le nouveau directeur qui vient de succéder à son ami français Robert Bergé, parti à la retraite après onze ans au service. A partir de mai, ce haut lieu de la vie mondaine fermera sept mois, pour une rénovation complète sous la houlette du kitschissime décorateur Jacques Garcia. «Les travaux ne sont pas financés par l'argent du contribuable mais bien par notre budget propre», précise le patron. Il faut bien répondre à la concurrence : les étoiles se multiplient en effet au fronton de l'hôtellerie marrakchie désormais trustée par les groupes Accord, Hilton, Sheraton, Kenzi... ou Aman, qui a construit l'Amanjena, villa hôtelière ultrachic.

A qui appartient la nuit ?
Samedi, 18 h 30, le chant du muezzin appelle à la prière du Maghreb, celle du soleil couchant. Sur le trottoir du Guéliz, dans la ville nouvelle, le directeur commercial du Tanzania - vendu comme le premier club-restaurant en plein air du centre-ville - distribue lui-même les prospectus publicitaires. Plus tard, dans le quartier de l'hivernage, les premiers clients s'installent dans les sièges moelleux du comptoir Darna, à l'atmosphère rouge et feutrée. Ce bar lounge avec DJ, créé en 2000 sur le modèle du comptoir Paris-Marrakech, a été le premier du genre. Depuis, de nombreux établissements l'ont imité. «Ce qui plaît, c'est ce fin mélange d'Orient et d'Occident», comme l'explique le propriétaire français Marcel Chiche. Une colonne de plantureuses danseuses se met à danser entre les tables du restaurant, parfois dessus, et repartent avec des billets de 200 dirhams (20 euros) entre les seins. 23h30, le Théâtro ouvre ses portes. Dans cette boîte de nuit implantée dans un ancien théâtre par la famille Bauchet-Bouhal, aussi propriétaire de l'hôtel cinq étoiles Essadi et de son casino, une clientèle de jeunes, moitié marocaine, moitié étrangère, vient s'éclater sur de la musique électronique. 2 heures du matin : sur la route de l'Ourika, dans la zone en construction de l'Agdal, 1 500 personnes transpirent sur de la house dans le plus gros club d'Afrique du Nord. Le Pacha, le dernier de la chaîne franchisée, est dirigé par un jeune entrepreneur de 29 ans appartenant à la famille Kabbaj, propriétaire de la chaîne hôtelière Kenzi. «On vient pour s'éclater. C'est génial, Marrakech va bientôt ressembler à Ibiza», s'enthousiasme Ahmed, étudiant casablancais de 19 ans. «Ibiza en plus raffiné, la drogue et le sexe en moins», veut nuancer le service de communication du Pacha. Le week-end, la clientèle est très marocaine. Une jeunesse dorée qui a les moyens de claquer l'équivalent d'un smic local pour s'acheter une bouteille. Malgré la loi qui interdit de vendre de l'alcool aux musulmans, les autorités se montrent tolérantes... Mais à 4 heures, on ferme. Tout le monde au lit. Le nouveau préfet de la région a décidé de resserrer les boulons.
Armandine Penna

Armandine Penna
Nouvel Obs Semaine du jeudi 9 mars 2006 - n°2157 - Dossier

Dernière modification par Wallen95 ; 12/03/2006 à 01h49.
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  #3  
Vieux 12/03/2006, 01h52
 
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T en forme ce soir
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  #4  
Vieux 12/03/2006, 02h00
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comme tous les marrakchi (moi y compris)
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  #5  
Vieux 12/03/2006, 02h06
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Ah Marrakech ! La place Jmaa l'Fna et son ambiance hors du commun
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  #6  
Vieux 12/03/2006, 02h07
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Envoyé par elhout
Ah Marrakech ! La place Jmaa l'Fna et son ambiance hors du commun :co ol:
oui la 9eme merveille du monde
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  #7  
Vieux 12/03/2006, 02h11
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Envoyé par nad77
oui la 9eme merveille du monde
Non, la première !
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  #8  
Vieux 12/03/2006, 02h14
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Envoyé par elhout
Non, la première ! :cool :
eh bien oui a mes yeux la premiere
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  #9  
Vieux 12/03/2006, 02h16
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Marrakech me manque!!! Surtout là je mate TEVA et ils passent un reportage sur Marrakech...serait-ce un signe!!?


Je crois qu'il faut que j'aille me prendre un billet...
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  #10  
Vieux 12/03/2006, 02h16
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Moi tu vois, je suis Tétouanais, j'ai vécu longtemps à Casa, mais je suis tombé fou amoureux de Marrakech !
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