- Qui est-ce? demanda la voix.
- C'est toi, mon aimée, répondit Moktar.
La porte de bois, close depuis des dizaines d'années, lança un faible cri continu avant de s'écarter pour laisser le passage à une vieille femme, petite et menue, fripée, ridée, tremblante, enfouie sous sa couverture de laine. Moktar fut ébloui par l'éclat d'une beauté qu'il était assurément le seul à voir. Il saisit la couverture, tira sur les fils d'or brodés.
Pendant sept jours et sept nuits, au fur et à mesure que les noms s'éteignaient sur la couverture, des oiseaux envahirent le ciel. Au bout de ce temps, trois mille oiseaux décrirent un cercle immobile dans les airs.
Au premier battement de leurs ailes fines et à mesure que l'horizon les avalait, les rides de Zahra disparurent, laissant apparaître l'énergie de son regard et la délicatesse de son teint.
C'est ainsi, raconte-t-on dans certaines contrées du Sud lointain, que Zahra l'Orgueilleuse retrouva sa jeunesse et l'éclat de sa beauté.
Fin
"Récits des hommes libres" de Hamadi |