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| Décontractée et très simple, Bouchra Bernoussi est une femme qui n'a pas de temps à perdre, et surtout elle tient à ce que son planning lui permette d'accomplir ses devoirs en tant que mère et épouse. “ Dès que je retire mon uniforme, j'attaque la pile d'obligations qui m'attendent. J'accompagne mes enfants à l'école, à leurs activités ou chez le pédiatre. Je fais de mon mieux pour m'organiser et compenser le temps de mon absence”. C'est au cours des examens de sa fille aînée qu'elle éprouve certaines difficultés. “Etant donné que mon mari est chirurgien gynécologue, il rentre lui aussi à la maison très tard, et des fois lorsque je suis dans d'autres continents, je suis acculée à aider ma fille à préparer ses examens par téléphone”, a dit cette mère pas comme les autres. Si Bouchra Bernoussi devait faire un flash-back sur sa vie, elle se rappelle du jour où elle a postulé pour le concours de l'école de pilotage de Royal Air Maroc. C'est comme si c'était hier. Elle était alors âgée de 17 ans, quand elle a décroché un baccalauréat option science mathématique. Elle a rempli inopinément en 1980 le formulaire réservé à l'inscription des jeunes marocains de sexe masculin âgés de 18 ans, qui n'a pas été encore modifié. “Même si mon père était à l'époque persuadé que je ne dépasserai pas la première année, c'était lui qui a déposé ma candidature”, se souvient Bouchra Bernoussi. Il a fallu l'intervention de son oncle, un professionnel du tourisme à Paris qui a plaidé en sa faveur et il l'a encouragée de surcroît à vivre son rêve jusqu'au bout. L'aventure est devenue réelle en 1986, et seulement deux femmes sur 18 ont réussi à surpasser avec brio les obstacles des examens théoriques et pratiques. C'est ainsi que la défunte Oumaima Sayeh et Bouchra Bernoussi ont été les deux premières femmes à prendre les commandes des avions civiles au Maroc. “C'est vrai qu'il y avait une période de flottement, car la compagnie était perplexe quant à la manière de nous habiller et de nous lâcher en ligne. Mais fort heureusement, elle n'a pas duré longtemps et très vite nous étions chaleureusement encouragées par les collègues et par la famille.” La discrimination sexiste est une difficulté qui ne semble pas avoir un quelconque impact sur la carrière de Bouchra Bernoussi. Au contraire, la solidarité et l'encouragement des collègues ont posé les jalons pour que les femmes pilotes puissent travailler dans un climat de confiance et de valorisation. “Un jour, un commandant de bord a fait délibérément une erreur, et lorsque j'ai attiré son attention sur l'incident, il m'a répondu froidement : je voulais connaître la réaction d'une femme”. C'est justement cette espèce de “réaction” qui se présente, à chaque fois avec une nouvelle identité. Entre l'indifférence de l'Orient et la surprise de l'Occident, Bouchra Bernoussi a visiblement goûté à toutes ses saveurs et elle a pu gérer parfois ses excès qui frôlent le ridicule. “Entre 1998 et 1991, j'avais à raison de trois fois par mois des allers et retours en Arabie Saoudite. A l'atterrissage, si les agents de l'aéroport avaient besoin d'un quelconque éclaircissement, ils s'adressaient directement au commandant de bord qui était un homme. Quelques années plus tard, j'étais promue commandant de bord et j'ai fait le vol avec une co-pilote femme et bien la réaction au sol en Arabie Saoudite était effarante. Ils nous ont répondu qu'autrefois ils pouvaient tolérer la présence d'une femme dans le cockpit, mais que cette fois-ci l'avion marocain avait deux femmes à bord, c'était trop”. En Occident, c'était une réaction d'une autre nature qui accueille Bouchra Bernoussi dans les plus grands aéroports européens. Cette fois-ci, c'est la stupéfaction entremêlée à un soupçon d'ignorance qui engendrent des clichés complètement faux sur la condition de la femme marocaine. “Comment les femmes au Maroc font-elles des études et parviennent-elles à être pilotes ? Nous ne savions pas que les hommes chez vous autorisaient les femmes à faire carrière”, s'exclament certains Européens qui sont mal ou pas renseignés de la nouvelle condition de la femme marocaine. Depuis l'accession de S.M. le Roi Mohammed VI au Trône, la tendance sociale et politique était la réhabilitation de la femme sur tous les registres. Et le premier signal fort de cette évolution a été la mise en application du code de la famille en 2004. Les portes de l'espoir se sont à nouveau réouvertes et la femme, les enfants ou la famille dans sa globalité, se sentent plus en confiance. “Nul doute que les réformes apportées au code de la famille a colmaté d'énormes brèches. Il est évident que c'est un premier pas géant et ce sont les enfants qui ont bénéficié de ce nouvel ordre, a reconnu Bouchra Bernoussi. Toutefois, il faut signaler que la plupart de ces changements demeurent théoriques et que sur le terrain, il subsiste encore des injustices hallucinantes.” C'est le cas de Fatima D, âgée de 22 ans et déjà mère de deux enfants qui se retrouve, après sept années de mariage, dans la rue après avoir été sauvagement battue par sa belle-famille. Son tort, explique Bouchra, est d'avoir épousé un homme choisi par ses parents à l'âge de 15 ans. “Je viens de vivre cette réalité et rien ne m'empêche de préciser que les femmes dans le milieu rural et les femmes citadines sans éducation ignorent totalement ce que la loi leur offre comme possibilité pour vivre dignement. Nous ne pouvons aspirer aux mêmes acquis et droits que la femme européenne, car nous nous soumettons socialement à des impératifs transmis par des traditions et des idées préconçues, héritées de génération en génération. La plupart des femmes marocaines sont victimes de disparité et d'ignorance. Il faut commencer par l'alphabétisation de la femme pour qu'elle puisse organiser sa vie et celle de la société dans laquelle elle vit, en choisissant d'abord son conjoint et en éduquant ses enfants qui deviendront des citoyens, hommes et femmes, responsables dans la société”, espère Bouchra Bernoussi. Selon cette pilote, lorsque la femme est éduquée, l'insécurité sociale devient un vain mot. “La femme éduquée est à la fois respectée à l'extérieur, dans la société et à l'intérieur, chez elle. Son conjoint ne la perçoit jamais en tant que personne inférieure mais en tant que son égale”. |
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