Chronique de Ali Lmrabet derrière les barreaux...


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  #1  
Vieux 05/08/2003, 23h16
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Condamné à trois ans de prison pour “outrage au roi”, le journaliste marocain Ali Lmrabet partage une cellule de deux mètres sur trois avec des droits communs."Courrier international" publie sa première chronique écrite derrière les barreaux.





Au nom de Sa Majesté le roi, le tribunal vous condamne à quatre ans de prison (qui seront ramenés à trois en appel) et ordonne que vous soyez écroué à la prison de Salé. "Demain magazine" et "Doumane" [arabophone] sont interdits.” Le président du tribunal de première instance de Rabat, un certain Alaoui, était tout vert quand il a prononcé cette sentence. Sûrement la plus importante de sa carrière. C’était la première fois depuis trente-trois ans que le régime marocain envoyait un journaliste en prison pour un fait de presse, et la première fois depuis treize ans qu’il appliquait l’article 400 du Code pénal, qui permet l’arrestation sur place d’un prévenu qui s’était présenté libre à l’audience . Le cas précédent avait été celui de Noubir Amaoui, le puissant secrétaire général de la CDT (Confédération démocratique du travail), avec lequel le pouvoir de Hassan II avait un compte à régler. A l’époque, la gauche socialiste avait condamné l’application de l’article 400. Aujourd’hui, cette même gauche a applaudi bruyamment dans ses journaux. L’un des avocats d’Amaoui, Me Mohamed Bouzoubaâ, qui s’en était pris d’une façon véhémente à l’incarcération du syndicaliste, est aujourd’hui le ministre socialiste de la Justice et… le chef du parquet. Or, c’est le parquet qui a exigé l’emprisonnement.

En fait, je m’y attendais. En me présentant au tribunal ce mercredi 21 mai, je savais que j’allais être embastillé. Quelques mois auparavant j’avais été la cible d’une violente campagne de presse menée par des quotidiens proches du ministère de l’Intérieur. Le 17 avril, deux agents de la Direction de la surveillance du territoire (DST) m’ont empêché de quitter le Maroc à l’aéroport de Rabat. Sans aucune explication ni justification. Et, enfin, l’énormité des accusations, “outrage au roi”, “atteinte à l’intégrité territoriale” et “atteinte au régime monarchique”, annonçait une brutale mise à mort.

C’est pour cela que ce jour-là j’avais pris soin d’emporter un sac de voyage avec des vêtements de rechange et un nécessaire de toilette. J’avais également pris 1*000 dirhams [92 euros] qui me seront confisqués au greffe de la prison.

Dans la salle d’audience, des journalistes, abasourdis par la lourdeur de la condamnation, des militants des droits de l’homme, des avocats et des lecteurs des tout fraîchement défuntes publications ont commencé à protester et à entonner des slogans. Un journaliste étranger s’est approché de moi pour me dire, livide : “Heureusement que je n’ai pas parié avec toi, sinon j’aurais perdu.” Avant le verdict, ce reporter m’avait juré ses grands dieux que “les autorités marocaines n’étaient pas assez bêtes pour s’en prendre à un journaliste indépendant au moment où le Maroc avait besoin d’unité après les attentats terroristes du 16 mai”. “Comme si elles réfléchissaient”, avais-je répondu.

Alors que la police m’emmenait vers le fourgon cellulaire, l’un de mes défenseurs, le bâtonnier Abderrahim Jamaï, posa sa main sur mon épaule en forçant son sourire. L’autre avocat, Me Ahmed Bendjelloun, avait le visage troublé. “Je n’ai jamais vu ça de toute ma vie”, marmonnait-il. Le Maroc de la “nouvelle ère”, comme le chantent les thuriféraires du régime, venait de s’offrir son premier journaliste prisonnier politique. Un “événement” historique, assurément.

C’est sur la base de l’article 41 du Code de la presse que j’ai été condamné. Un texte de loi bizarre qui ne prévoit aucune circonstance atténuante, une étrangeté dans le système judiciaire marocain. En réalité, dans toute l’histoire du Maroc, cet article n’avait jamais été utilisé. C’est dire la puissance de feu qu’a décidé de sortir le pouvoir pour abattre deux publications satiriques. Le régime me voulait en taule, et, ce mercredi 21 mai, j’étais effectivement dans la prison de Salé, la plus grande du Maroc.

Alors que généralement, même durant les années de plomb, les prisonniers politiques sont placés dans l’aile réservée aux étrangers, cette fois-ci les “gens d’en haut” ont décidé de tordre le cou à cette tradition. Dans l’aile où j’ai été placé, il n’y a que des prisonniers de droit commun. Histoire de me faire sentir le poids d’un pénitencier marocain, ce sont donc trois prisonniers de droit commun qui m’ont accueilli dans la minuscule cellule de deux mètres sur trois qui doit me servir de domicile pour les trois prochaines années. J’aurais pu dire que ces trois prisonniers ont une mine patibulaire, et qu’ils m’ont reçu avec des grognements, mais ce n’est pas vrai. Ils ont l’air de gens normaux qui ont un jour commis un acte anormal. Agés tous les trois d’une cinquantaine d’années, le premier boite après une chute en prison et passe son temps à maudire l’administration pénitentiaire qui refuse de prendre en charge les frais de l’opération chirurgicale dont il a besoin. Son crime ? Il ne veut pas en parler et dit simplement : “Ce n’est pas racontable”, avant d’ajouter rapidement : “Mais je suis innocent.” Le deuxième est une vraie machine à parler. Il a été mêlé à un meurtre, mais il assure également qu’il est innocent. Le troisième ne veut rien dire. A la façon dont il a refusé d’engager la conversation, je présume que ça doit être une affaire compliquée.

Quand j’ai expliqué la raison pour laquelle on m’avait jeté en prison, le boiteux m’a lancé : “Toi alors, tu es plus innocent que nous.” Tous les jours, les portes des cellules s’ouvrent de 9 heures à 12 heures et de 14 heures à 17 heures. Cela permet aux détenus de se dégourdir les jambes. Le lendemain de mon incarcération, alors que j’étais allongé, j’ai reçu la visite d’un certain Ali Salem Tamek, un prisonnier politique sahraoui, condamné à deux ans de prison pour avoir prôné publiquement l’indépendance de ce territoire. J’avais souvent écrit sur son histoire. Je n’étais pas d’accord avec ce qu’il disait, mais j’avais toujours défendu son droit à s’exprimer librement. Il était venu me remercier pour tous les articles qu’on a écrits sur lui et m’offrir de l’eau parce qu’il savait que j’étais en grève de la faim. Il n’aurait peut-être jamais dû venir. Deux jours plus tard, il était transféré manu militari à la prison d’Aït Melloul, dans le centre du pays.




Ali Lmrabet





Source: Courrier International






:-)
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  #2  
Vieux 05/08/2003, 23h25
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Mais voyons, nous sommes bien dans un pays libre et démocratique




:-D
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  #3  
Vieux 05/08/2003, 23h41
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Citation:
ouday a écrit*:
Mais voyons, nous sommes bien dans un pays libre et démocratique




:-D

Aprés avoir passé la frontière marocaine, y'a des mots du genre "Liberté" et ces synonymes qu'il faut rayer de notre vocabulaire...




:-D



Mais je viens d'avoir un déclic là...


Tamazight=langue de l'homme libre...




:-P
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  #4  
Vieux 05/08/2003, 23h50
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Hé le Rifain :-D


Chute!!!!!!!!!!!!!Nous avons un Mkazeni sur le site ;-) Tu risques de te faite tirer les oreilles à la frontière!



:-D
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  #5  
Vieux 05/08/2003, 23h54
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Tres bon jugement..quand à d autres qui sont lachés sur le site pour debiter leur anneries j espere pour eux qu il n auront pas le meme sort..dont un qui est obligé de sexilé et qui ne cesse de braire virtuellement..
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  #6  
Vieux 06/08/2003, 00h06
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Tiens! la pave est ici


:-D
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