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| Voici l'intervieuw d'un des meneurs de l'insurrection du Rif "Abdeslma Haddou Ameziane" le cousin à Mohand Ameziane... Cette enquête est mené par un journaliste appellé Pedro Canales du journal "La Razon"... Je remercie au passage un membre de Arifino "Le Guerrier Rifain" d'avoir prit la peine de l'avoir édité car cette intervieuw est introuvable sur le net... ;-) Bonne lecture!!! Pedro Canales : Vous êtes l’un des protagoniste d’un évènement historique très important au Maroc et dans toute l’Afrique du Nord. Un évènement qui à affecté en son temps à l’Espagne, mais qui est très peu connu. Comme la proclamation de la république du Rif par l’émir Abdelkrim dans les années 20 avait eu une énorme répercussion internationale, la rébellion du peuple rifain à la fin des années 50 est restée occultée. Que s’est il vraiment passé durant ces évènement ? pourquoi le Rif a refusé le pouvoir néo-colonial d’alors ? Abdeslam Haddou Ameziane : Premièrement, il faut dire que le Rif n’a jamais été intégré dans la « zone Sud »,c’est à dire dans la partie du Maroc occupée par la France. Le Rif n’a jamais eu un contact direct avec le Sud. Nous avons été à moitié indépendant jusqu'à l’arrivée de l’Espagne, le débarquement d’Al Hoceima et la coalition franco-espagnole qui a détruit l’existence d’un Rif indépendant , la République d’Abdelkrim en 1926. En 1956, l’Espagne, sans nous consulter, sans nous demander si nous étions prêts pour l’indépendance ou si nous voulions nous intégrer avec le Sud, a concédé l’indépendance du Protectorat et nous donnés à Rabat. Pedro Canales : Mais que voulait le Rif ? Abdeslam Haddou Ameziane : Nous voulions une autonomie. Avec le Maroc, mais une autonomie. Mais on ne nous a pas consultés. Ils ont fait la même chose avec le Sahara. Nous, l’Espagne ne nous a jamais tenus pacifiquement sinon par la force. La seule colonisation qu’a souffert le Rif dans toutes son histoire à été celle de l’Espagne. Au début du siècle, Bou Hmara qui dominait le Nord Est marocain à partir du Oujda a essayé de s’approprier la zone rifaine d’Al Hoceima, et sa été sa fin. C’est ce qui est arrivé à l’Espagne. A partir de Melilia, elle lançait des escarmouches, mais sans plus. Mais, quand elle a essayé d’occuper le Rif, elle a eu le désastre d’Anoual où sont mort les généraux Silvestre et Navarro. Pedro Canales : Et alors qu’est ce qui s’est passé quand arrive l’indépendance du Maroc en 1956 ? Abdeslam Haddou Ameziane : Les marocains nous appelaient « les Espagnols ». Ils nous considéraient comme des Espagnols. Le soulèvement du Rif en 1958-1959 était pour dire au régime de Rabat « ça suffit ». Nous voulions être pris en compte. Nous ne voulions pas nous séparer du Maroc, nous voulions qu’on nous donne une autonomie pour que nous puissions décider de notre destin. Au début de l’indépendance, tous les fonctionnaires, caïds, commissaires et gouverneurs, nommés par Rabat étaient originaires du Sud. Pedro Canales : L’objectif du soulèvement était donc de revendiquer l’autonomie mais à l’intérieur du royaume du Maroc ? Abdeslam Haddou Ameziane : Oui, oui. C’était ça l’objectif : l’autonomie dans le Maroc. Mais, ils ne nous ont pas écoutés, ils n’ont pas fait attention à nous, ils n’ont pas voulu négocier avec nous. Ils ne nous restait alors qu’une seule alternative. Pedro Canales : Laquelle ? Abdeslam Haddou Ameziane : L’indépendance n’était pas possible, la République du Rif n’était pas possible. Nous avons alors pensé à demander une autonomie du Rif à l’intérieur de l’Espagne. Le Maroc ne voulait rien savoir, alors il ne nous restait plus comme alternative qu’a retourner à ce qu’on appelait « la mère patrie », c’est à dire une autonomie du Rif à coté de l’Espagne. Pedro Canales : Et vous avez négocié avec le régime de Rabat avant de prendre cette décision ? Abdeslam Haddou Ameziane : Oui. Rabat a envoyé plusieurs hauts responsables militaires au Rif pour discuter avec nous. Ils voulaient que nous rendions les armes et qu’on discute après. Mais nous n’avons pas accepté , parce ce que cela signifiait : disparaître de la carte une fois pour toute, comme un génocide contre les Rrifains. Si nous avions rendus les armes et nous nous étions mis à leur merci, ils nous auraient liquidés physiquement. Pedro Canales : Pourquoi croyiez vous qu’ils allaient vous liquidés ? Abdeslam Haddou Ameziane : Par ce qu’ils le faisaient. Au moment de l’indépendance, le parti istiqlal avait séquestré beaucoup de Rifains et il les avait fait disparaître. Jusqu'à aujourd’hui, on ne sait rien d’eux. Comme nous n’étions pas d’accord avec l’Istiqlal, il kidnappait nos hommes. L’exécuteur de cette « sublime » stratégie était Mehdi Ben Barka. A l’époque, j’étais inspecteur de police. Les équipes de Ben Barka séquestraient des Rifains, puis elles les emmenaient au commissariat, les maltraitaient , les torturaient et après les faisaient disparaître. Pedro Canales : Ils ont fait ça à qui ? Abdeslam Haddou Ameziane : Aux dirigeants Rifains du parti Maghrib al Hor, le parti du “Maroc libre”. Pedro Canales : Qui avait fondé ce parti ? Abdeslam Haddou Ameziane : Il avait été fondé par un Rifain qui avait été ministre sous Garcia Valino(dernier haut commissaire espagnol au Maroc espagnol) il s’appelait Cheikh Zazioh- il y’avait aussi avec lui le président du haut tribunal de justice du Makhzen dans la zone Nord, Cheikh Ameziane, mon frère. Pedro Canales : Et le parti de l’istiqlal était contre le parti du Maghrib al Hor ? Abdeslam Haddou Ameziane : Oui, ils attaquaient, ils séquestraient nos militants et nos sympathisants. Après ils les faisaient disparaître. D’ailleurs, ils ont fait disparaître les militants du parti de Mohamed Ben Hassan Ouazzani. Pedro Canales : Pourquoi l’istiqlal a fait cela ? Abdeslam Haddou Ameziane : Parce que c’était le parti unique, et il voulait le rester. Mais, il était d’accord avec le roi. Ils voulaient que les Rifains se soumettent. Pedro Canales : Mais il n’y avait aucun Rifain dans l’istiqlal ? Abdeslam Haddou Ameziane : Non, à cette époque, aucun Rifain ne serait allé avec ce parti…aujourd’hui les choses ont changé. Pedro Canales : Quand est ce que les Rifains ont décidé de se soulever en armes ? Abdeslam Haddou Ameziane : Quand Mohamed Ameziane, mon défunt cousin, est sorti de la prison de Kénitra. Il était séquestré là-bas par la bande de Skhouri que dirigeait Ben Barka, qui était alors le président exécutif de l’istiqlal. Mohamed Ameziane avait été emprisonné pendant deux ans dans cette prison. Quand il est sorti, nous avons organisé l’insurrection. Au début, nous voulions seulement demander nos droits. Mais comme ils ne nous ont pas écoutés, alors nous avons étés obligés de nous soulever en armes. Pedro Canales : Abdelkrim a- t’il appuyé l’insurrection de 1958-1959 ? Abdeslam Haddou Ameziane : Oui, il nous écrivait, il nous envoyait des messagers et nous animait. Abdelkrim a appuyé le soulèvement. Pedro Canales : Et quel rôle a joué l’Espagne dans ce soulèvement ? Abdeslam Haddou Ameziane : Un seul, celui de la trahison Pedro Canales : L’Espagne n’a jamais essayé de vous aider ? Abdeslam Haddou Ameziane : Si, le général Galera à Sebta. J’étais présent durant l’entretien entre Omar Ameziane et le général Galera- j’étais le traducteur-Il a personnellement promis de l’aide militaire. A Melilia, le commandant général de la place nous avait aussi promis de l’aide militaire. A Melila, le commandant général de la place nous avait aussi promis de l’aide. Un bateau était parti vers Al Hoceima. Mais avant d’arriver au port, il reçu un contre-ordre et il a fait marche arrière. Pedro Canales : Qui a donné ce contre-ordre ? Abdeslam Haddou Ameziane : Madrid, naturellement. Moi, je crois que les Etats unis ont fait pression sur l’Espagne pour qu’elle ne nous aide pas(…) Les américains avaient des bases militaires en Espagne et au Maroc. Washington a toujours protégé le Maroc. Même aujourd’hui. Comme nous n’avions plus d’armes et qu’il devenait impossible de continuer à se battre, ce fut la débandade. Pedro Canales : Croyez-vous que si vous aviez obtenu des armes, vous auriez résisté ? Abdeslam Haddou Ameziane : Bien sûr. Les soldats marocains n’auraient jamais pu entrer dans le Rif. Ils ne savaient pas que nous n’avions pas d’armes, c’est pour cela qu’ils sont restés six mois, nous avons contrôlé tout le Rif. Les caïds, gouverneurs, commissaires, les fonctionnaires du Makhzen avaient tous fui. Nous sommes restés seuls. Pedro Canales : Et qu’est ce qui s’est passé ? Abdeslam Haddou Ameziane : On a commis une erreur. Nous avons attaqué les postes frontières du gouvernement de Rabat et il se sont rendu compte que nous n’avions pas d’armes. Alors ils sont intervenus. Pedro Canales : Ils ont bombardé le Rif ? Abdeslam Haddou Ameziane : Oui, avec l’aide de la France. En réalité, ce sont les français qui ont bombardé le Rif. A l’époque, le Maroc n’avait pas de pilotes et presque pas d’avions. C’étaient des pilotes français. Le Maroc venait d’avoir son indépendance et on ne peut pas former un pilote d’un « Mirage » ou d’un « Phantom » en deux ans. Après les bombardements français, les marocains ont décidé de débarquer à Al Hoceima. Pedro Canales : Au Maroc, personne ne vous a aidé ? Abdeslam Haddou Ameziane : Non. Ni l’armée de libération nationale (ALN) ni personne. Le Sud n’a pas bougé. Pedro Canales : Et les algériens ? Abdeslam Haddou Ameziane : Même chose. Pourtant, le Rif avait toujours aidé les algériens. Chez nous, il y’avait des camps d’entraînement pour les combattants algériens. Combien de fois, les familles Rifaines ont vendu des biens pour venir en aide à la révolution algérienne ? une infinité de fois. Pedro Canales : Et alors vous avez fui ? comment avez vous fait pour quitter le Rif ? Abdeslam Haddou Ameziane : J’ai fait sortir quelques Rifains par Sebta. Cheikh Ameziane, Sarraj, un parent d’Abdelkrim originaire d’Ajdir, un gouverneur, un caïd et quelques policiers qui étaient avec moi. Et comme les autorités Espagnoles ne voulaient pas que nous restions à Sebta, elles ont amené ici, à Alméria. Pedro Canales : Et le chef de l’insurrection ? Abdeslam Haddou Ameziane : Il est resté trois mois de plus dans le Rif, à combattre et se cacher. Il y’avait toute une armée derrière lui. Finalement, il a pu s’échapper vers Melilia, et de là il a été transféré à Séville. Il est resté un temps dans cette ville, et après, les Espagnols lui ont donnée un passeport et il pu voyager au Caire où il s’est réuni avec Abdelkrim. Pedro Canales : Et vous, vous êtes restés en Espagne ? Abdeslam Haddou Ameziane : Nous n’avions pas le choix. Beaucoup d’entre nous, voulaient partir en Egypte, Mais les Espagnols ne voulaient pas. Pedro Canales : Pourquoi ? Abdeslam Haddou Ameziane : Ils nous répondaient que nous étions des amis de l’Espagne et qu’il n’y avait pas de raison pour que nous quittions le pays. Pedro Canales : L’Espagne a t’elle participé à l’écrasement de votre insurrection ? Abdeslam Haddou Ameziane : Non, mais elle nous a trahi. Elle nous avait promis de l’aide et elle n’a pas tenu parole. Pedro Canales : Qu’est ce qui a changé dans le Rif plus de quarante ans après votre insurrection ? Abdeslam Haddou Ameziane : Rien, les Rifains n’ont que ce que leur à laissé l’Espagne. Il n’y a pas de routes, pas d’infrastructures, pas d’autoroutes, pas d’industries. Ils vivent toujours dans la misère et il n’ont pas profiter des ressources naturelles qu’offre leur terre. Dans le Rif, il n’y a que des vieux, les jeunes sont partis en Europe. Pedro Canales : Quand Mohamed VI est monté sur le trône, il a fait un voyage dans le Rif. Il est passé par Ajdir. A t’il réveillé une quelconque illusion ? Abdeslam Haddou Ameziane : Non. Nous les Rifains, nous ne croyons pas aux miracles. Il a fait le geste mais sans plus. Mais, il faut dire que la faute de tout ce qui se passe dans le Rif incombe aussi au socialiste Abderhman Youssoufi. Pedro Canales : Croyez vous qu’il n’a rien fait ? Abdeslam Haddou Ameziane : Il n’a rien fait du tout. Il a fait plus pour le Sud que pour le Nord. Pedro Canales : Cependant il est de Tanger ! Abdeslam Haddou Ameziane : C’est un opportuniste. Pedro Canales : Vous l’avez pourtant connu. Abdeslam Haddou Ameziane : Oui, quand j’étais étudiant. Les socialiste, au Maroc comme en France ou en Espagne, parlent beaucoup mais ne font rien. Youssoufi a même rendu hommage au roi Hassan II. Et dire que cet homme a passé une grande partie de sa vie en exil à cause de l’ancien souverain. Pedro Canales : Et vous, vous n’auriez pas rendu hommage à Hassan II ? Abdeslam Haddou Ameziane : Non!!! Pedro Canales : A l’époque de Hassan II, il y’a eu une tentative pour créer une fondation Abdelkrim dans le Rif mais Rabat l’a stoppé. Abdeslam Haddou Ameziane : Tout ce qui a une relation avec Abdelkrim, ou avec les Rifains est banni au Maroc. Pourtant ne nous sommes ni des séparatistes, ni des terroristes. Ce qu’on veut, c’est une autonomie, un gouvernement local qui puisse développer la région. Ce que nous voulons, c’est exactement ce qu’est en train d’offrir Rabat aux Sahraouis. Pedro Canales : Ne croyez vous pas que le Maroc vit aujourd’hui un processus démocratique ? Abdeslam Haddou Ameziane : Vous le voyez où, vous, ce processus démocratique ? Les prochaines élections seront gagnées par les monarchistes et les socialistes encore une fois. Pedro Canales : D’après vous, quelle est la raison du retrait de l’ambassadeur marocain ? Abdeslam Haddou Ameziane : Le conflit du Sahara. Le Sahara a du pétrole, des minerais, du phosphate, de la pêche et des richesses. Tout ça, le Maroc ne le lâcheras jamais. Les Sahraouis n’auront jamais l’indépendance par ce que le Maroc est appuyé par les Etats-Unis et la France. Pedro Canales : Et la solution ? Abdeslam Haddou Ameziane : Si les Sahraouis étaient intelligents, ils accepteraient l’autonomie. Ils sortiraient gagnants. Ils n’obtiendront jamais l’indépendance. Ils sont trop peu. Ils ne peuvent pas battre un pays de 30 millions d’habitants avec une armée très puissante. Ah ! si le Maroc pouvait nous offrir l’autonomie, faut pas rêver !!!! Pedro Canales : Le Maroc est en train de mettre sur place un processus de régionalisation. Abdeslam Haddou Ameziane : Si il y’a autonomie, je ne la verrais pas de mon vivant. Et en plus, je ne fais pas confiance aux déclarations, il faut des faits, de l’action réelle. Pedro Canales : Pourquoi vous ne rentrez pas au Maroc ? Abdeslam Haddou Ameziane : Je ne sais pas ce qui va se passer. J’étais inspecteur de police et j’ai déserté avec d’autres compagnons quand l’insurrection a commencé. Je n’ai pas la moindre garantie positive qui puisse assurer mon retour en Espagne. Propos recueillis par Pedro Canales pour la « Razon :-) |
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| Faut lire les bladinautes... Ca vous cultivera un peu... ;-) |
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| Hé oh!!! :-P |
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| Le Rif entre la monarchie, l’Armée de libération nationale et le parti de l’Istiqlal est un ouvrage paru au Maroc l’été dernier (2001). Il porte sur l’histoire politique du Rif du 19e siècle jusqu’à la révolte de 1958-1959. L’ouvrage a soulevé des vives polémiques dans la presse marocaine. La nouveauté de ce livre est une interview, jusqu’à présent inédite, que l’auteur a pris le soin d’ajouter à la fin de son ouvrage. Le document contient des témoignages authentiques sur le rôle du parti de l’Istiqlal (nationaliste arabe) dans les crimes commis au Rif entre 1958 et 1959 et sur une période importante de lutte contre le colonialisme. Ces témoignages sont ceux de Mohand Sillam Amezyane (1926-1996). L’interview est faite peu de temps avant sa mort en exil aux Pays-Bas http://www.mondeberbere.com/histoire/rif/amezyane.htm |
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| Citation:
merci d'avoir rappeler cet épisode de notre histoire ;-) |
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