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Vieux 14/06/2006, 11h18
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Mims ne meurt jamais
 
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Par défaut Des mots contre les maux

Voilà un livre qui accroche par son titre : Les Banlieues, le Proche-Orient et nous . Quel rapport entre les banlieues et le Proche-Orient ? L’ouvrage se présente comme un dialogue à trois personnalités qui, entre le printemps 2003 et l’été 2005, ont sillonné la France, pour aller à la rencontre des jeunes (et des moins jeunes), notamment en banlieue.

Différents par leurs parcours comme par leur sensibilité, Leila Shahid, alors déléguée de la Palestine en France, Michel Warschawski, militant anticolonialiste israélien, et Dominique Vidal, journaliste au Monde diplomatique et historien, reviennent sur cette aventure, en premier lieu sur le contenu de ce dialogue à dix-huit mille voix. Le lecteur découvre ainsi, au fil des pages, une volonté partagée de créer des moments d’échange, loin du traitement caricatural de l’actualité par les médias. Il mesure en particulier que le conflit du Proche-Orient n’est pas religieux, mais politique – à preuve le développement d’initiatives de solidarité et de résistance communes entre Palestiniens et Israéliens. Il fait aussi connaissance avec des « jeunes de banlieue » qui ne correspondent pas à l’image qu’en donnent la radio et la télévision.

La démarche du « trio » traduit avant tout une volonté de déconstruire les préjugés, les raccourcis. Au fur et à mesure que l’aventure prend corps sous nos yeux, voilà que s’affirme le lien entre ici et là-bas : la lutte contre le piège du « choc des civilisations » se mène au Proche-Orient comme en France, les interrogations sur le conflit israélo-palestinien font écho aux questions qu’on se pose dans les quartiers...

La révolte des banlieues de novembre n’a pas surpris le « trio » : ce qu’il a constaté durant presque trois années l’y avait préparé. La surprise qu’ont provoqué ces événements chez d’autres révèle l’existence d’un véritable « mur » d’incompréhension entre médias, instances politiques et milieux populaires. Ainsi, l’expression « Intifada des banlieues » désignait clairement les jeunes des quartiers comme étrangers à la société française, alors qu’ils se revendiquent comme français.

Ce mur transparent, Hacène Belmessous l’analyse de manière très pertinente dans Mixité sociale : une imposture . A travers l’histoire de trois décennies de politique de la ville et d’évolution de l’école, il met en évidence en quoi cette « mixité » est un mythe et quelle idéologie la sous-tend. Elle a d’ailleurs été mise à mal par le mouvement de révolte de novembre 2005. Des chercheurs et des acteurs de la vie locale et associative tentent de le comprendre dans un livre collectif : Banlieue, lendemains de révolte . Face aux problèmes sociaux, on répond par le tout-sécuritaire et l’insécurité sociale. C’est là un échec social et politique que la gauche n’a pas su éviter et qu’elle ne sait toujours pas comment surmonter.

Mais l’apport principal de la « tournée des villes et des banlieues », c’est d’avoir confirmé qu’il est possible d’élargir les cercles de solidarité dans la diversité : entre centres-villes et banlieues, entre élus et militants, entre associations traditionnelles et mouvements issus de l’immigration. Le « trio » a travaillé sur les mots (choc des civilisations, islamisation de la France...) qui cachent des maux (colonisation, inégalités sociales...). En banlieue, on ethnicise les problèmes sociaux, comme au Proche-Orient on déshumanise un peuple – ainsi que l’illustre si bien le dernier film du cinéaste israélien Avi Moghrabi, Pour un seul de mes deux yeux.

Au terme de deux ans et demi de débats, le livre refermé, l’espoir grandit d’une alliance entre les jeunes des cités et les forces de renouveau, en premier lieu altermondialistes. Cette alliance est nécessaire pour changer les choses ici comme pour avancer vers une paix juste entre Israël et Palestine.

Au fond, ce livre témoigne d’une autre manière d’agir ensemble, d’un « nous » alternatif. Qui part du conflit au Proche-Orient pour en garder le ta’ayoush (vivre ensemble) que des Palestiniens et des Israéliens appellent de leurs vœux. Et dont rêvent ici tant de jeunes, issus ou non de l’immigration.


source Le Monde Diplomatique
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