Que fut le statut de la femme arabe à l'ère préislamique


Précédent   Bladi.net > Culture > Forum Culturel > Forum amazigh


Réponse
 
Outils de la discussion Modes d'affichage
  #1  
Vieux 19/06/2006, 03h27
 
Date d'inscription: juin 2006
Âge: 28
Messages: 33
Par défaut Que fut le statut de la femme arabe à l'ère préislamique

Le statut dégradant de la femme arabe en général et de la femme égyptienne en particulier, n’est pas le produit du hasard ou d’une quelconque force surnaturelle. Il est la conséquence directe d’un paradigme social qui se nourrit de croyances traditionnelles consacrées par des textes religieux. La croyance à l’infériorité de la femme se trouve enracinée dans les mentalités depuis des époques lointaines. C’est pourquoi, pour mieux saisir le poids de la tradition dans la définition des rapports entre l’homme et la femme et entre celle-ci et le monde extérieur, nous pensons utile de présenter un aperçu historique sur sa place dans les (sociétés) arabes préislamiques.
Dans la société arabe de la période de la Jâhiliyya, l’homme et la femme évoluent sous l’étendard de la communauté. Ils ne sont pas autorisés à exprimer leur individualité. Ils doivent faire corps avec le groupe qui les protège et qui trace les règles de leur conduite et de leur comportement. L'orientaliste Bernard Lewis le rappelle :
« Durant cette période cruciale qui précède immédiatement l’arrivée de l’Islam, la caractéristique prédominante des populations de l’Arabie centrale et septentrionale est le tribalisme bédouin. Dans la société bédouine, l’unité sociale n’est pas l’individu, mais le groupe : l’individu n’a de droits et de devoirs que comme membre de celui-ci. »
Toute affirmation de l’individualité et toute revendication à caractère individuel sont perçues comme une menace à la cohésion du groupe et une déviance, qui exigent des sanctions. Toutefois, chose remarquable : bien que la femme et l’homme soient soumis aux mêmes règles traditionnelles et à l’autorité du chef et des anciens, la position de l’homme prime sur celle de la femme. L’homme se trouve avantagé par rapport à la femme du fait que le système linéaire patriarcal constitue le fondement de la famille. Citons à nouveau Bernard Lewis :
«La cohésion du groupe est maintenue, […], à l’intérieur, par les liens du sang de la descendance mâle, qui constituent le ciment social fondamental. »
L'historien allemand Joseph Henninger relativise le propos de B. Lewis, en soutenant dans le livre La société bédouine ancienne que, pendant la période de la Jâhiliyya, avec le développement des échanges commerciaux et l’accumulation financière, la position sociale de la femme est devenue paradoxale. Il écrit :
«Autorité paternelle très forte, jusqu’au droit de vie et de mort sur les enfants, et autorité faible. Des mœurs rigides et des mœurs relâchées ; descendance patrilinéaire et matrilinéaire ; résidence patriarcale et matriarcale. Situation très basse de la femme qui n’aurait été qu’une chose vendue à son insu et même transmise en héritage, et situation élevée de la femme jusqu’au droit de propriété de la tente et au droit de répudier son mari. »
L’Egyptien Mansour Fahmy tranche la question. Il relève que, sur la question de l’Autorité, c’est le père qui dispose de tous les pouvoirs au sein de sa famille. Il décide de tout et sur tous ; le reste de la famille lui doit obéissance et soumission. Il dit :
«Partout où nous atteignons dans l’histoire des temps anciens, nous constatons que le père de famille est le chef absolu et que devant son autorité tous les membres de la famille, femme ou enfants, doivent s’incliner. »
La société, qui fonctionne selon le système patrilinéaire, ne concède à la femme aucune expression d’individualité. Ibrahim fawzi dit :
«La situation juridique de la femme de la Djâhiliyya ressemblait à celle des esclaves, elle était privée de tous ses droits, même du droit à la vie, puisqu’elle dépendait de la volonté de son père. »
La position sociale dominante du père l’autorise à commander selon ses humeurs, sa conception de l’honneur ou sa situation matérielle. Il peut ainsi décider de la vie ou de sa mort de sa fille. Ruchdi ismail écrit :
« La naissance d’une fille était souvent ressentie comme une humiliation, […] il était permis de la tuer ou de l’enterrer vivante. »
L’acte de la mise à mort de la fillette s’appelle : Wa’d. Tabarî rapporte que chez certaines tribus, sous ordre du père, c’est la mère qui subit l’épreuve épouvantable de tuer sa fillette. Il écrit :
« Dans la tribu de Rabî‘a et de Mudar, l’homme pose les conditions à sa femme, elle peut garder une fille vivante, mais elle doit nécessairement tuer la seconde. Quand naît celle qui doit être enterrée vivante, l’homme quitte les lieux en menaçant sa femme de ne plus la toucher si au retour la fillette n’est pas enterrée. La femme fait un trou dans le sol, et envoie chercher les autres qui viennent se rassembler chez elle, et qui l’aident, et dès que la mère aperçoit le mari à l’horizon, elle pose l’enfant dans le trou, et elle la couvre de terre jusqu’à ce qu’elle soit complètement couverte.»
Le seul droit reconnu à la femme est le droit de procréer pour donner au monde plus d’enfants et de préférence des garçons, car, comme le dit Maurice Gaudefroy-Demombynes :
« La force de la famille réside dans ses fils, gardiens de troupeaux et guerriers, pour la défense ou la razzia. »
André Miquel est plus explicite :
« La femme, […], qu’elle soit sœur, mère ou épouse, n’a d’autre importance que celle que lui confèrent sa place et son autorité morale au sein du groupe, sa fécondité aussi : en dehors de quoi, et notamment pour ce qui concerne la décision du groupe, sa vie culturelle, son histoire, elle reste un personnage de seconde zone.»
Maurice Gaudefroy-Demombynes estime que la femme était assimilée à une chose, voire à une marchandise :
« La femme est une sorte de bien de famille que son chef cède à un mari contre paiement d’une dot. »
La femme dans l’Arabie pré-islamique vit sous l’autorité écrasante d’un père, d’un frère ou d’un oncle. Elle ne sort du foyer familial que pour entrer dans le foyer conjugal. Le décor change, mais les conditions demeurent semblables. Le mari dispose de tous les pouvoirs pour la garder ou la répudier comme bon lui semble. A ce propos, Mansour Fahmy note :
« Le mari domine, et l’autorité du mari, qui est le chef de la maison, ne connaît guère de limites que ses propres sentiments et sa bienveillance. »
Réponse avec citation
  #2  
Vieux 19/06/2006, 03h28
 
Date d'inscription: juin 2006
Âge: 28
Messages: 33
Par défaut

La femme arabe est un être soumis et passif, incapable de s’affranchir de l’autorité de l’homme. Cependant, certains persistent à affirmer que son statut social était plus évolué et qu’elle avait un rôle plus affirmé. L’histoire nous apprend que des femmes de la Jâhiliyya ont joué un rôle important dans leurs tribus. Certaines pratiquaient le commerce, négociaient avec les hommes et les employaient même, comme le souligne Arnold Toynbee :
« Hind, la mère de Mu‘awiyya 1er, était une négociante de la Mèque, tout comme la première femme de Mahomet, Khadija (précédemment son employeur). »
L’histoire a conservé la mémoire d’autres femmes, comme la reine de Saba, Bilqîs ou Zénobie, la reine de Palmyre. Nous pouvons citer également la grande poétesse Tamâzur bint ‘Amrû al-Salmiyya (575-645 ap. J. C.), surnommée al-Hansâ’, qui a composé et dédié des poèmes mémorables, en forme d’élégies funèbres, à son père, à ses frères, à son époux et à ses fils, tous morts aux combats :
« La poétesse El Khansa [sic], en particulier, a su, en des vers prenants, traduire sa douleur d’avoir perdu ses frères Sakhr et Mou‘awiyya, disparus au combat.»
Cependant, ces femmes légendaires n’étaient que des exceptions dans une Arabie patriarcale peuplée de femmes soumises et passives. Dans ces contrées, l’autorité de l’homme ne souffrait aucune entrave. C’était une organisation sociale tribale dominée par le mâle. Père, frère, oncle ou époux agissaient en maîtres absolus et leur pouvoir était incontestable sur leurs enfants ainsi que sur leur(s) épouse(s).
D’après ce qui précède, nous estimons qu’en Egypte, comme dans les autres pays musulmans, la situation de la femme a souffert de l’interférence des coutumes arabes préislamiques et de la Sharî‘a dans la définition de son statut social. Certes, l’Islam a réussi à éradiquer l’assassinat des petites filles à leur naissance (al-wa’d) - pratique très répandue chez les Arabes de la Jâhiliyya. Il a aussi mis fin à « [une] coutume [égyptienne] qui voulait que, chaque année, une jeune et belle vierge fut enlevée de force à ses parents, et précipitée dans le Nil pour obtenir du dieu du fleuve une élévation suffisante des eaux aux moments de l’innondation » (Cf.Gustave le Bon, La civilisation des Arabes), mais il n’est pas parvenu à atténuer l’influence d’un grand nombre de coutumes arabes héritées de l’époque préislamique.
Ainsi, ce qui explique la situation d’infériorité de la femme égyptienne de l’époque de la Nahda et d’aujourd’hui, c’est le produit de la substitution des traditions arabes aux traditions des Egyptiens. Selon Marijan Molé, les Arabes, venant d’Arabie, non seulement « n’ont pas, du jour au lendemain, oublié leurs traditions ni changé leur façon de penser », mais aussi, forts de l’autorité morale incontestable que leur confère leur statut de « peuple du Prophète », ils ont réussi à imposer leur modes de vie et leurs traditions aux peuples égyptiens. Notre propos est confirmé par celui de Gustave le Bon qui écrit :
« En Perse et dans l’Inde, la civilisation arabe s’était mélangée à la civilisation ancienne, mais sans la détruire ; en Egypte, l’antique civilisation des Pharaons, de même que celle des Grecs et des Romains superposée à elle dans un petit nombre de villes disparut entièrement devant la nouvelle civilisation créée par les disciples du Prophète. »
A notre avis, la disparition des pratiques sociales anciennes, relatives à la femme, et particulièrement celles du temps des Pharaons, est aussi due au Coran. Le Texte est parsemé de Versets qui décrivement le comportement diabolique du souverain de l’ancienne Egypte, sa cruauté vis-à-vis de son peuple, et son hostilité vis-à-vis d'Allâh et de Ses Prophètes. Il considère cette période comme relevant de la Jâhiliyya et incite implicitement les Egyptiens à rompre définitivement avec cette époque et avec tout ce qui s’y attache comme coutumes et pratiques sociales. Dieu dit à Muhammad:
« Nous te communiquons [une partie] du récit (naba’) de Moïse et de Pharaon, [pleine] de vérité pour un peuple qui croit. Pharaon, altier en la terre [d’Egypte], fit de ses habitants, des partis. Abaissant une fraction d’entre eux, il en égorgeait les fils et [n’]épargnait [que] les femmes. Il était donc parmi les Fauteurs de scandales.»

Dieu informe les Croyants, qu’Il a essayé de rappeler Pharaon et ses partisans au droit chemin. En vain. Dieu dit :
« Certes, Nous avons envoyé Moïse avec Nos signes et un pouvoir évident, vers Pharaon et son conseil (malâ’). Celui-ci suivit l’ordre de Pharaon quoique l’ordre de Pharaon ne fût pas droit. »
Dans le Verset suivant, Dieu promet l’enfer à Pharaon et à ses partisans :
« [Pharaon] précédera son peuple au Jour de la Résurrection et il les mènera à l’aiguade du Feu. Quelle détestable aiguade !»
Outre l’influence envahissante des coutumes arabes préislamiques et le rôle dissuasif du Coran, qui condamne les pratiques en vigueur en Egypte préislamique, la responsabilité de la condition dans laquelle se trouve la femme de nos jours incombe également à la littérature, plus particulièrement à la poésie et aux poètes. C'est un sujet qui mérite aussi réflexion. Probablement, un jour je pourrai poster une étude sur le rôle de la poésie arabe dans la dégradation de l'image et de la position sociale de la femme. Comme vous pouvez le constater rien a voir avec le statut de femme amazight comme par exemple la Kahina
Réponse avec citation
  #3  
Vieux 23/05/2008, 11h39
Avatar de Penassia  
Date d'inscription: mai 2008
Âge: 23
Messages: 1
Par défaut Re : Que fut le statut de la femme arabe à l'ère préislamique

Je viens de lire votre texte et je le trouve assez intéressant. Pouvez-vous citer vos sources s'il vous plait? Quels sont les titres des ouvrages de ces hommes que vous avez cité?
Réponse avec citation
Réponse

Faites partager!

Outils de la discussion
Modes d'affichage

Règles de messages
Vous ne pouvez pas créer de nouvelles discussions
Vous ne pouvez pas envoyer des réponses
Vous ne pouvez pas envoyer des pièces jointes
Vous ne pouvez pas modifier vos messages

BB code is oui
Les smileys sont activés : oui
La balise [IMG] est activée : non
Le code HTML peut être employé : non
Trackbacks are non
Pingbacks are non
Refbacks are non
Navigation rapide

Discussions similaires
Discussion Auteur Forum Réponses Dernier message
La situation des femmes en Israël zmax91 Forum Général 32 01/11/2007 19h39
Ces maris qui battent leur femme ptitprince Forum Général 112 11/08/2007 13h52
Attention les hommes la nouvelle Femme arrive nadinou Forum Général 52 21/05/2007 07h17
Il soupsonne sa femme et la tue sami_b Forum Général 27 18/06/2006 22h46
Bouchra Bernoussi femme pilote de la RAM Radoudou Forum Général 0 13/04/2006 13h46



Fuseau horaire GMT +2. Il est actuellement 22h12.


.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33