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| La capitale de la Somalie ne s’est jamais relevée de la guerre civile dans laquelle l’ont plongés les combats de 1991, à la chute du dictateur Siad Barre. En dépit de la récente victoire des tribunaux islamiques sur les miliciens fidèles aux chefs de guerre, Mogadiscio est aujourd’hui toujours livrée à l’insécurité et l’anarchie, et ses habitants sont soumis à la loi du plus fort. Premier volet du reportage de notre envoyé spécial. Le vénérable DC9 d’African Airlines est pris d’un léger hoquet en pénétrant dans les couches basses de l’atmosphère poisseuse du sud de la Somalie, avant de se poser dans un long frisson métallique sur une piste en béton irrégulier. « Bienvenue en Somalie », grince un douanier maussade, manifestement plus préoccupé d’extorquer 25 dollars américains à chaque voyageur que de jouer les hôtesses d’accueil. Nous sommes à 100 km de Mogadiscio, sur la piste de Bali-Doglé, au milieu d’une brousse rendue verdoyante par les récentes pluies de mousson. Hormis une langue de béton tout juste assez longue pour accueillir l’appareil, il n’y a qu’une vieille casemate où ronronne un groupe électrogène, et un poste de garde surveillé par deux soldats entourant leur technical, un véhicule tout-terrain équipé d’un canon anti-aérien. Le reste n’est que sable, broussailles, cactus et arbustes. Bali-Doglé est à deux heures de route de Mogadiscio par une route défoncée et dangereuse où les attaques de voyageurs sont monnaie courante. Mais les compagnies aériennes n’ont pas le choix. L’aéroport de Mogadiscio est inaccessible et les pistes aux alentours, du moins celles capables d’accueillir les avions de ligne, sont aux mains des seigneurs de guerre qui s’en servent pour leurs trafics. Sur le tarmac de Bali-Doglé, plusieurs pick-up chargé de gardes du corps attendent leurs clients. Car pour aller à Mogadiscio, les étrangers et les riches Somaliens de la diaspora doivent prendre certaines précautions. Impossible de voyager sans escorte : le pays est trop dangereux. Et si l’escorte prévue n’est pas au rendez-vous, il est conseillé de remonter dans l’avion. On n’entre pas en Somalie en touriste, ni même en voyageur, on y entre par la brousse et dans la peau d’un animal traqué. Le vrai roi de la capitale, c’est l’anarchie Depuis quinze ans, la Somalie est un pays sans état. Sans autre loi que celle du plus fort. L’administration centrale n’existe plus et le gouvernement de transition qui a élu domicile dans la ville de Baïdoa ne parvient même pas à contrôler ses faubourgs. A Mogadiscio et dans les environs, les maîtres actuels sont les miliciens des tribunaux islamiques. Mais le vrai roi de la capitale, celui qui depuis quinze ans plante triomphalement son drapeau sur les ruines de la ville, c’est l’anarchie. L’anarchie et le chaos sont en effet omniprésents à Mogadiscio. La ville semble avoir été broyée entre deux gigantesques mains boueuses. Dans les faubourgs, la plupart des immeubles sont en ruine. Le quartier Shingani, l’ancien quartier résidentiel sur le front mer n’est plus qu’un assemblage d’hôtels en ruines, de palais dévastés et d’avenues couvertes de gravats. La cathédrale, carcasse pathétique permet d’imaginer la splendeur du Mogadiscio d’avant les combats de 1991. Partout les chaussées sont défoncées. A la moindre pluie, les rues se transforment en cloaque. En l’absence de service de voirie, la ville est couverte d’ordures et de sachets en plastique. Durant les combats du mois de mai, les miliciens se sont servis de ces monceaux putrides pour ériger des barricades nauséabondes. On fait sa guerre avec ce que l’on trouve… Les ronces et les cactus poussent entre les maisons procurant le double avantage de décourager les voleurs et de masquer la crasse. Dans ce bourbier parsemé de gravats la conduite est sportive, il faut sans cesse zigzaguer pour éviter les flaques, les ânes faméliques tirant des carrioles trop lourdes, et les vieux minibus qui s’arrêtent où bon leur semble. On roule à droite, on roule à gauche et même sur les trottoirs, peu importe. Il n’y a pas de policiers pour faire respecter l’ordre. La seule priorité que l’on respecte c’est celle du fusil. Un pick-up de gardes armés devant vous et personne ne vous contestera le droit de passer en trombe. «La liberté c’est bien, la paix c’est mieux » L’anarchie se lit dans les câbles électriques. Certaines rues sont recouvertes d’une immense toile d’araignée faite de fils et de câbles enchevêtrés. Les privilégiés qui se sont procurés des groupes électrogènes revendent l’électricité à leurs voisins pour arrondir leurs fins de mois. Mogadiscio est presque devenu un cas d’école pour les ayatollahs de l’ultra libéralisme. Tous les services sont privés. Electricité, eau, éducation, téléphone et santé. Il n’y a plus rien de public. Quant à l’état-civil, il se fait au marché. C’est là que l’on achète ses papiers d’identité et son passeport. De grossières contrefaçons qu’aucun policier ne viendra jamais contrôler. Pour les habitants la vie quotidienne est une lutte. La première bataille c’est la bataille pour la sécurité. Avec le règne des seigneurs de guerre s’est développé une criminalité extrême. Kidnapping, viols, meurtres et rackets. « Dès que vos affaires se développent, ils viennent et vous rançonnent », explique Ahmed un jeune professeur. « Si vous ne payez pas, vos enfants sont kidnappés jusqu’au versement de la rançon ». A Mogadiscio mieux vaut avoir la fortune discrète. Si beaucoup d’habitants saluent la victoire des milices des tribunaux islamiques c’est uniquement parce que ceux-ci ont promis de mettre fin au règne des seigneurs de guerre et de rétablir la sécurité. Tant pis si en contrepartie les islamistes imposent des règles puritaines et ne jurent que par la Charia. « La liberté c’est bien, mais la paix c’est encore mieux », résume un homme d’affaire. Que valent en effet les principes démocratiques dans un pays ou l’Etat n’est qu’un souvenir ? Que pèsent les libertés individuelles et les principes laïcs quand la mort prend le visage quotidien d’un milicien ultra violent à la solde d’un chef mafieux ? Vu de Mogadiscio l’ordre a le visage des islamistes et la peur celui des seigneurs de guerre. Le maïs et la banane, les aliments de base Mogadiscio est une ville misérable. Misère que trahissent les échoppes et les étales du marché. Des boutiques en tôle rouillée, calfeutrées avec de vieux cartons ou des tissus hors d’âge. On est loin du pittoresque et de l’opulence bigarrée des marchés africains. La viande est rare et chère, le plus souvent boucanée. Le maïs et la banane sont les aliments de base des plus pauvres. Se soigner est aussi hasardeux que de parier sur la météo de l’an prochain. Les quatre hôpitaux à peu près fonctionnels ne peuvent fournir qu’un peu plus de quatre cents lits pour deux millions d’habitants. Si les hôpitaux sont quasiment gratuits, encore faut-il réussir à en franchir la porte. Pour la majorité des habitants il reste les médecins de rues et les vendeurs de médicaments. Ces derniers sont des spécialistes de la contrefaçon. La plupart des médicaments vendus à Mogadiscio sont des faux au mieux inefficaces, au pire dangereux. En raison de l’insécurité permanente qui règne à Mogadiscio, les diplomates et les humanitaires ont déserté la ville. Et si l’on trouve au port des sacs de riz du Programme alimentaire mondial de l’Onu, la présence à Mogadiscio des agences onusiennes est purement symbolique. Mogadiscio et ses habitants vivent hors du monde, coupés du reste de la planète par la guerre et le chaos : une zone grise sur la carte, un pays en lambeaux, prisonnier du cercle vicieux de la violence, de la pauvreté et de la haine. RFI |
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| En lisant les nombreux articles à nouveau à la une sur la Somalie je ne peux m'empecher d'avoir un sourire aux lèvres........un sourire amer et forcé car de nos jours l'actualité est devenue un produit de consommation courante avec ses effets de mode, ses flop et ses best seller ! Tout le monde savait pour la Somalie........mais une fois les cameras rangées, le produit Somalie n'interesse plus personne alors on attendra la prochaine saison que les services marketing et publicité auront relooké le produit avec nouveau packaging et nouveau positionnement et alors là il se revendra à nouveau silence....on tue!! Juste
__________________ Il n'y a pas d'ami, il n'y a que des moments d'amitié. Jules Renard |
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| Citation:
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| La Somalie on en aura parlé 3 fois en 20 ans: lors de la grande famine (quand même c'étaient plusieurs millions de personnes là ça devenait phottogénique), lorsque les soldats américains ont subi un effroyable génocide qui a ému la planête entière (18 GI's tués) et lorsque des méchants islamistes vont peut-être prendre le pouvoir. |
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| La guerre civile à Mogadiscio a contraint les Somaliens à déplacer les activités portuaires à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale, à El-Mahan. Mais, à l’image de l’anarchie qui règne dans le reste du pays, ce port est à la fois le poumon économique du pays et le cœur de tous les trafics. Un vieux cargo rouillé échoué sur la plage marque l’entrée du port d’El-Mahan. Nous sommes à une quarantaine de kilomètres au nord de Mogadiscio. C’est une simple plage protégée de la fureur de l’océan indien par une fragile barrière de corail, et de la violence du vent par un ourlet de dunes d’albâtre. Pour accéder à ce port du bout du monde il faut conduire une demi-heure sur des pistes tracées dans les dunes. On y croise des convois de camions hors d’âge, aux moteurs héroïques luttant contre le poids, le sable et la chaleur. Dans un virage l’une de ces bêtes de somme mécaniques a versé sur le bas-côté. Son chauffeur stoïque a rassemblé ses marchandises et attend le dépannage. Autrefois les camionneurs n’avaient pas à se compliquer la vie : les bateaux arrivaient directement dans Mogadiscio. Mais avec la guerre civile, le port, enjeu stratégique, est devenu l’objet de luttes incessantes. Les chefs de guerre ont donc opté pour la délocalisation à El-Mahan. Il y a quelques semaines encore, le port était sous l’autorité de Bashir Ragé. Chef de guerre à la carrure de rugbyman vieillissant, il recevait son obole sur chaque marchandise débarquée sur la plage d’El-Mahan. Ses activités ne se limitaient pas aux marchandises. A quelques kilomètres de l’entrée du port, on peut voir une petite piste d’atterrissage. « Bashir Ragé s’en servait pour ses trafics illicites comme la drogue et les armes », assure notre accompagnateur. « Il s’en servait aussi, précise-t-il, pour ses contacts avec les agents américains », éphémères alliés des chefs de guerre contre les tribunaux islamistes. Aujourd’hui le port est passé sous la coupe des islamistes et il est dirigé par l’un de leurs puissants affidés dans le monde des affaires, Abokar Hadan. Des enfants faméliques ramassent des grains de maïs El-Mahan est le seul poumon économique de Mogadiscio. C’est ici qu’arrivent tous les produits consommés dans cette ville de deux millions d’habitants qui ne fabrique quasiment plus rien après quinze ans d’anarchie et de guerre. Des vêtements aux sacs de ciment, des câbles électriques aux bassines en plastique, des boites de conserve aux téléphones cellulaires, du sucre aux médicaments, tout arrive de Dubaï et, dans une moindre mesure, du Brésil ou de l’Indonésie. En échange les commerçants somaliens exportent chèvres, moutons, chameaux et crustacés. « Cinq mille personnes vivent et travaillent ici », affirme avec une pointe de fierté Siad, l’un des employés du port. Coincé entre la plage, les dunes et les rangées de camions, un chapelet de baraques infestées de mouches accueille les prolétaires du port et leur famille. Dans ces casemates grouille tout un peuple accroché au maigre profit maritime comme à une bouée de sauvetage : camionneurs décharnés, manutentionnaires rugueux, réparateurs affairés et pêcheurs mélancoliques. Sur la plage qui sert de dépotoir des enfants faméliques ramassent des grains de maïs tombé lors des transbordements. « Pour certains, c’est leur seule nourriture », précise Siad. Le souvenir d’un ministre portant un sac de riz Les conditions de travail sont tout aussi hallucinantes que les conditions de vie. Les cargos mouillent au large. Pour les atteindre, les « dockers » doivent emprunter des pirogues jusqu’à la barrière de corail, puis de longues barges plates comme des limandes qui leur permettront de vider les cales gonflées des cargos arabiques. « C’est dangereux, peste Nouredine Hassan, un vieux manutentionnaire. La mer est forte et chaque semaine il y a des noyés ! » Nouredine rêve d’une aide étrangère qui permettrait de construire un quai de débarquement, « comme dans tous les vrais ports », dit-il. L’aide étrangère, cet homme y croit mordicus depuis qu’il a vu, un beau jour de 1992, un ministre français, Bernard Kouchner, sauter d’un cargo avec un sac de riz sur l’épaule… Les Somaliens se souviennent encore de ce geste, impensable sous ces latitudes. Pensez donc ! Un ministre portant un sac de riz ! « Demandez à la France de nous aider », lance-t-il en guise d’adieu. Comme le salut, le danger vient toujours de la mer, mais pas uniquement des vagues. Les pirates somaliens rôdent au large et les attaques de cargos sont aussi fréquentes que les bancs de requins. « Souvent les commerçants récupèrent leurs marchandises contre rançon, mais il arrive aussi que leur navire disparaisse sans laisser de traces », précise un habitué du port. La piraterie est l’un des sujets de conversation favoris à El-Mahan. Sur la plage circulent de bouche à oreille ces histoires mi-rêvées mi-entendues de pirates attaquant cargos et paquebots des richissimes occidentaux. Les fureurs maritimes, réelles ou supposées, intéressent davantage que la guerre que se livrent à Mogadiscio les maîtres du chaos. Seigneurs de guerre ou islamistes, pour les travailleurs d’El-Mahan peu importe qui contrôle le port. La seule chose qui compte réellement c’est qu’il y ait encore longtemps du travail et de l’argent. RFI |
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| La victoire militaire de l’Union des tribunaux islamistes sur l’Alliance contre le terrorisme a suspendu la domination brutale des chefs de guerre sur une capitale en ruines et une population exsangue. Parmi ces seigneurs de guerre, Bashir Ragé, reclus dans un quartier de Mogadiscio, dénonce la main d’al-Qaïda et rumine une hypothétique revanche avec le soutien des Américains. Il est défait, vaincu, désarçonné, désemparé. Mais il est toujours là, dans une villa à quelques centaines de mètres à peine du premier barrage tenu par les miliciens islamistes, ses ennemis jurés. Bashir Ragé est un chef de guerre allié des Américains et pilier de la coalition dite antiterroriste soutenue par Washington. A la fois homme d’affaires, criminel et trafiquant. Mafieux aux mains ensanglantées. Pur produit de la Somalie contemporaine. Carrure de rugbyman ventripotent, teint noir et regard sombre. Il allume cigarette sur cigarette en secouant la tête en signe d’impuissance. L’animal autrefois redouté semble désemparé, comme un fauve en cage auquel on aurait limé les griffes. De temps à autre, il laisse percer son agacement et son dépit. Un geste de la main, un soupir et une cigarette… Soudain, son téléphone portable grésille, ses yeux s’illuminent et un large sourire rehausse sa moustache. « Il y a des combats à Baïdoa ! Au moins quinze morts ! Le président est attaqué ! » On célèbre les victoires que l’on peut. Et Bashir Ragé se réjouit des malheurs de Abdullahi Yussuf, le président de transition, l’un de ses nombreux ennemis. Une petite récréation dans la monotonie de ses journées de vaincu. Mais cette joie pathétique sera de courte durée. Trois coups de fil plus tard, et la déroute du président Yusuf est déclassée au rang de simple incident armé. Le sourire de Bashir Ragé s’estompe, la conversation peut reprendre. Le bréviaire antiterroriste écrit par Washington Bashir Ragé a beau avoir été défait militairement à Mogadiscio, il continue d’y vivre sans être inquiété par les miliciens des tribunaux islamiques. C’est l’un des paradoxes de cette guerre pour le contrôle de la ville. Il suffit de franchir la ligne verte qui sépare le nord et le sud de Mogadiscio, de traverser les vieux quartiers ravagés par les combats des années 90, de franchir un barrage de miliciens se disant « freelance » (travailleurs indépendants) pour atteindre un no man’s land fangeux où les hommes de Bashir Ragé nous attendent. Un kilomètre plus loin, dans une villa sobre, le chef contemple l’océan Indien en sirotant des jus de fruits. « Nous n’attaquerons plus les islamistes, mais s’ils viennent nous chercher ici, nous nous défendrons », proclame-t-il d’une voix martiale. Mais cette posture cache mal la réalité : depuis le 5 juin les chefs de l’Alliance, soutenus par Washington, ont perdu la partie à Mogadiscio. Ils se sont placés sous la protection de leurs clans. Cela signifie qu’ils doivent observer une totale neutralité, moyennant quoi les tribunaux islamiques les laissent en paix. Bashir Ragué est donc libre. Mais il conserve une haine farouche de ses adversaires, les miliciens islamistes. «Il existe un lien établi entre al-Qaïda et les tribunaux islamiques. Ces derniers ont reçu de l’argent d’al-Qaïda en échange de quoi, ils lui donne asile, ici en Somalie ». Bashir Ragé a parfaitement intégré le bréviaire antiterroriste écrit par Washington. « Nous ne voulons pas devenir un nouvel Afghanistan placé sous la coupe des talibans », assène-t-il avec l’assurance d’un Croisé. « Les fondamentalistes qui ont attaqué et détruit Washington veulent faire la même chose ici », jure-t-il sans trop s’embarrasser d’exactitude historique. L’alliance contre les islamistes ressemblait à un syndicat du crime Reste que Bashir Ragé, en défenseur des valeurs démocratiques et des droits de l’homme est aussi peu crédible qu’un marchand d’armes philanthrope. Son passé de mafieux ultra violent en fait un mauvais juge. Les islamistes le savent. Ils ont réussi à se rendre populaire en promettant à la population de la débarrasser des hommes comme Bashir Ragé qui symbolisent quinze années de chaos, de criminalité et de violence. La destruction de la Somalie, c’est eux. Les kidnappings, les meurtres, les rackets et les trafics, c’est encore eux. Les habitants de Mogadiscio n’ont pas cru un seul instant ces seigneurs de guerre lorsqu’ils ont prétendu former une alliance antiterroriste. Car, pour tout le monde ici, les terroristes ce sont eux. Mohamed Qanyaré, Moussa Sudi, Bashir Ragé ou encore Mohamed Deere : l’alliance contre les tribunaux islamiques ressemblait à un syndicat du crime. Un syndicat soutenu par Washington qui, en 1992, combattait pourtant ces hommes responsables du chaos. La stratégie s’est révélée désastreuse. Avant tout préoccupés de maintenir leur pouvoir prébendier, les chefs de guerre se sont montrés incapables de résister aux assauts des miliciens islamistes, mieux entraînés, mieux armés et surtout plus déterminés. Au sein de l’Alliance antiterroriste beaucoup de miliciens sont sous l’emprise du quat dès la mi-journée et, de ce fait, sont inaptes au combat. Par ailleurs, ils refusent de se battre la nuit. Chez les islamistes, au contraire, le quat est prohibé, le combat de nuit est prisé et il est interdit de rendre une position à l’adversaire à la nuit tombé comme le font d’ordinaire les chefs de guerre. Non seulement les seigneurs de guerre furent de mauvais maîtres pour Mogadiscio, mais ils en furent aussi de mauvais défenseurs. A Mogadiscio beaucoup sont persuadés que le crépuscule des seigneurs de guerre préfigure une aube pacifique. A moins que les Etats-Unis et leurs alliés éthiopiens ne s’obstinent à les réarmer. Aux dernières nouvelles Bashir Ragé était à bord d’un bateau américain au large de Mogadiscio. RFI |
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| Loin de la caricature des « talibans africains » cultivée par Washington, les premiers tribunaux islamiques apparaissent voici une dizaine d’année pour palier l’effondrement des institutions et le vide judiciaire causé par la disparition des juridictions civiles. En 2004, les tribunaux islamiques se dotent d’un embryon de structure militaire qui, peu à peu, se renforce jusqu’à la conquête, ces dernières semaines, de Mogadiscio et Johar. Barbe rousse teinte au henné, Cheikh Akhmed Mohalim Hassan a les manières onctueuses d’un homme de foi et les gestes précis d’un homme de loi. La main gauche tapote la couverture d’un vieil exemplaire du Coran. Les yeux rieurs cachés derrière d’épais verres de lunettes contemplent amusés les visiteurs occidentaux. Tandis que son visage ridé ne se dépare pas un seul instant d’un sourire poli. Cheikh Akhmed Mohalim Hassan est un homme puissant. Président du tribunal islamique de Hararyalé, il fut jusqu’à l’an dernier vice-président de l’Union des tribunaux islamiques qui vient tout juste, avec ses miliciens, de conquérir Mogadiscio et Johar. Cheikh Akhmed n’était pas prédestiné à rendre la justice. Mais en 1995 cet ouléma alors âgé de soixante ans et issu d’un clan mineur -les Murosadé- prend langue avec d’autres religieux pour tenter de trouver une réponse à la montée de la violence et à l’anarchie ambiante qui désagrégeait alors le tissu social somalien. Ces hommes ont suivi l’exemple de Cheikh Ali Dhere et ont crée à sa suite leur propre tribunal islamique. « Le but premier était d’enrayer la violence à Mogadiscio et de rétablir un peu de justice. A l’époque, il n’y avait déjà plus d’Etat et les tribunaux somaliens avaient disparu », se souvient Cheikh Akhmed. La création des tribunaux islamiques est donc une réponse au chaos ambiant. Une tentative de restaurer la justice dans un monde livré aux combattants et aux seigneurs de guerre. En quelque sorte un réflexe de survie de la part des clans et du monde religieux. Le tribunal de Hararyalé a été fondé le 13 février 1995. Il a établi ses quartiers dans un ancien bâtiment de la mairie. Dans une aile aux murs décrépits, recouverts de sourates du Coran, les sept juges et leurs adjoints ont installé des bureaux sobres et fonctionnels, tandis que dans l’autre aile ont été aménagées des cellules pour les prévenus et les condamnés. « Nous traitons tous types d’affaires, explique Cheikh Akhmed. Cela va des crimes de sang, aux vols, en passant par les querelles familiales et les problèmes d’héritage. Mais jamais nous ne nous saisissons d’une affaire. Il faut que les plaignants viennent nous voir. » « Ici, avec l’anarchie, on ne peut pas amputer tous les voleurs » Comme il n’existe plus aucun système légal depuis l’effondrement de l’Etat, le tribunal applique la Charia. Mais avec une certaine souplesse. Il faut en effet composer avec le Xeer, la coutume somalienne, et bien souvent faire preuve de pragmatisme : « Le problème c’est qu’avec l’anarchie qui règne ici, on ne peut pas commencer à amputer tous les voleurs », déplore Cheikh Akhmed. « Heureusement la Charia nous permet d’être flexible et de privilégier la repentance ou la pénitence. » Car le tribunal possède une spécialité : « La réhabilitation ». Dans les cellules sont enfermés des détenus qui purgent des peines légères et subissent une intense rééducation. En 2005 près de six cent personnes sont passés par ce stage de bonne conduite. Les prisonniers doivent faire pénitence et apprendre par cœur le Coran. Certains ont été jugés et condamnés, mais beaucoup, adolescent à la dérive ou jeunes miliciens en quête de pardon, ont été amenés ici par leurs parents. Le secrétaire général du tribunal Hussein Djemali Hersi, ne résiste pas à l’envie de nous présenter l’un de ces jeunes prisonniers, Issa Akhmed. Il a déjà appris la moitié du Coran et, pour prouver à ses geôliers qu’il peut se racheter, il récite les sourates d’une voix monocorde. Manifestement gêné Issa Akhmed avoue avoir « manqué de respect » à sa famille et « abandonné » ses études. Bilan déjà dix mois en cellule. La rééducation est la vitrine du tribunal. Le secrétaire général n’est pas peu fier d’exhiber une brochure photocopiée détaillant les statistiques du programme de rééducation. Mais les peines ne sont pas toujours aussi légères. Cinq personnes au moins ont été condamnées à mort au tribunal de Hararyalé ces dernières années. A chaque fois pour des crimes de sang, « et toujours, précise Cheikh Akhmed l’index levé, à la demande du condamné ». Recherché par les Etats-Unis, entraîné en Afghanistan Pour exister dans l’univers sanglant de Mogadiscio et pour remplir leur rôle de contrepoids face à la violence des seigneurs de guerre, les tribunaux islamiques se sont d’abord unis, puis ils se sont dotés de miliciens armés. Il s’agissait à la fois de protéger les tribunaux, de surveiller les prisonniers et de faire la police. En 2004 les tribunaux ont décidé d’attribuer une partie de leurs miliciens à la structure unifiée qu’ils venaient de créer. Ce fut le premier embryon de cette armée qui vient de chasser les seigneurs de guerre de Mogadiscio. Selon l’analyse réalisée par l’International Crisis Group, « seul deux de ces tribunaux islamiques peuvent être considérés comme affiliés à des mouvement extrémistes ». Il s’agit du tribunal de Chicoola et de celui d’Ifka Halané, fondé par Hassan Dahir Aweys, ex-membre du groupuscule jihadiste al-Itihaad. Aweys et son fils spirituel Aden Hashi Ayero représentent l’aile dure des mouvements islamistes. Quand on prononce le nom d’Ayero dans une conversation à Mogadiscio, le ton baisse immédiatement et la crainte se lit sur les visages de vos interlocuteurs. Ayero, recherché par les Etats-Unis, aurait été entraîné en Afghanistan. Il serait impliqué dans l’assassinat de quatre expatriés, d’une dizaine d’anciens militaires somaliens ainsi que dans la profanation d’un cimetière italien. En juillet 2005, il a été nommé par le Conseil Suprême des tribunaux islamiques à la tête du tribunal d’Ifka Halané. Les cinémas sont dans le collimateur Ayero et Aweys sont loin d’être majoritaires dans la mouvance des tribunaux. Cheikh Sharif Cheikh Akhmed, le président de l’Union des tribunaux, a plutôt une image de modéré et semble plus en phase avec les hommes d’affaires qui financent les islamistes qu’avec les combattants d’Ayero. Reste qu’avec ou sans l’influence de l’aile dure, les tribunaux islamiques adoptent des vues radicales. En 2004 déjà, le Conseil suprême des tribunaux avait tenté d’interdire les célébrations du nouvel an. Depuis peu, les cinémas sont dans le collimateur. Un habitant de Mogadiscio qui a vu sa boutique vidéo saccagée par les islamistes n’ose plus témoigner de peur des représailles. Le tabac et le quat, cette herbe euphorisante, sont prohibés dans les tribunaux islamiques et fortement déconseillés en ville. La montée en puissance des tribunaux islamiques renforce leur fragile unité et contribue à durcir leur discours idéologique. Certes, on est très loin encore des fameux « talibans africains » que redoute tant Washington mais à mesure que les tribunaux gagnent en influence et accroissent leurs ressources ils seront tentés de redéfinir les règles du jeu politique et social. Dans l’ombre, les éléments les plus radicaux se verraient bien tenir la main de ceux qui, demain, écriront les lois. Au tribunal de Hararyalé, Cheikh Akhmed qui n’a pourtant rien d’un extrémiste rêve déjà d’une justice somalienne basée sur les seuls principes du Coran. A la question de savoir si les tribunaux pourraient intégrer une justice civile, si jamais demain la démocratie était instaurée en Somalie, sa réponse ne souffre aucune ambiguïté. « Les règles de la démocratie peuvent s’adapter à l’Islam mais le Coran ne peut pas s’adapter à une autre loi. » RFI |
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