
30/06/2006, 11h35
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Décès « naturel » ou décès suite à accident de travail ?
Les retombées de la catastrophe du Boeing EL AL au-dessus d'Amsterdam
Le dimanche soir du 4 octobre 1992 fut une page noire dans l'histoire du Bijlmermeer, quartier HLM de la ville d'Amsterdam. Un Boeing cargo de la compagnie aérienne El AL vint s'encastrer de plein fouet dans l'une des nombreuses barres d'immeubles que compte ce quartier populaire et populeux. Nico Ojevaar, fonctionnaire de police judiciaire, n'a qu'un seul réflexe : se rendre sur place pour prêter main-forte à ses collègues.
Dix-huit mois plus tard, il devait mourir à l'âge de 35 ans des suites d'une leucémie aiguë et peu commune.
La veuve de Nico, Saskia, a la ferme conviction que l'apparition de ce type fatal et tout à fait rare de leucémie est le fait direct de l'inspiration par son mari de fines particules d'uranium appauvri sur le lieu de la catastrophe. Depuis la disparition de son mari, Saskia frôle le désespoir dans sa quête difficile d'éléments de preuve suffisants à pouvoir conclure à « maladie due à un accident de travail ».
Force est de constater que, jusqu'à ce jour, forces de police aussi bien qu'autorités locales et nationales n'ont fait preuve d'aucune sympathie ou peu s'en faut et de plus semblent peu enclines à se livrer à plus de réflexions sur la possible cause du décès de son mari.
Au mur un portrait de la main d'un oncle de « Nicky » : un vrai gaillard du nord aux yeux charmants et cheveux bouclés de couleur brune et en arrière-plan un vaste paysage désormais symbolique de l'avenir prometteur qu'avait Nico devant lui. Nico était syndiqué à la NPB (union de police néerlandaise) et père de deux enfants (Chantal de 12 ans et Raymond de 9 ans). Du son vivant, il était un membre apprécié de la 'Unit 4' (crime organisé et stupéfiants) : « fin limier » , dévoué à la tâche corps et âme et un homme de coeur, voilà les qualificatifs de ses collègues de travail.
Retournons à ce dimanche soir du 4 octobre 1992: Nico avait un jour de congé mais était appelé en renfort avec les autres collègues de l'Unité 4. A quelle mission était-il appelé ?
Dans un premier temps, il s'agissait de seconder les collègues de la « RIT » (équipe chargée de l'identification des victimes de catastrophes majeures).
J'ai compris que c' était vers 21.30 heures qu'ils sont arrivés sur les lieux du sinistre et que pendant un bien long moment ils ont fait les cent pas sur les décombres encore fumants sans la moindre protection. Après quoi Nico a assuré la coordination de certaines activités depuis un poste local dans le quartier du Bijlmer. Cette nuit il est rentré à la maison couvert de suie et il empestait. Une odeur infecte. Il était dans un état de désarroi total. Je me rappelle qu'il n'en finissait pas de me parler des énormes fumées et qu'il imaginait ce que cela pouvait bien être que de faire le métier de sapeur-pompier. Il n'a plus dormi du reste de la nuit et pendant des jours et des jours une morve noire lui sortait du nez. Au bout de deux mois Nico a commencé à avoir toutes sortes de problèmes de santé. Une toux sèche et insupportable, des fatigues, des allergies cutanées et des transpirations anormales. Nico, non fumeur et grand sportif , se disait que c'était une bonne et méchante grippe. Depuis les choses n'ont fait qu'empirer : l'apparition de furoncles, notamment sur le scrotum. Il y en avait même un de si gros qu'il a fallu l'en opérer.
Les médecins nous disaient qu'il s'agissait de staphylocoques qui avaient pu en profiter à la faveur d'une baisse de résistance immunitaire. En soi « rien de spécial », nous disaient-ils.
Mon mari commençait également à avoir des problèmes de concentration ; il souffrait d'évanouissements. Le médecin de permanence du week-end nous disait que c'était à cause de l'opération du furoncle. Il avait intérêt à se refaire une santé et surtout à ne pas garder le lit. Dire ça à Nico, qui déjà n'avait pas arrêté de travailler depuis la catastrophe, cela n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Un soir il allait à son travail travailler sur une mise sur écoute et il est rentré plus mort que vivant.
Le réveillon de Noël il était vraiment très malade.
Début janvier 1993, le généraliste m'a téléphoné au sujet d'une analyse de sang sur Nico. Il était prié d'aller à l'hôpital sans le moindre délai pour se faire faire d'autres examens. Les divers indices sanguins étaient dangereusement trop bas. Il s'avérait que mon mari était atteint d'une forme tout à fait agressive de leucémie où il y avait arrêt total de la production de globules blancs. Il ne restait plus qu'un seul type de traitement qui était dispensé par le AMC (Centre hospitalier universitaire) à Amsterdam : une méga dose de vitamine A offrirait une chance réduite de succès.
Nico me disait : c'est fifty-fifty, mort ou pas mort, j'y fonce ! Et pour une surprise ...
ils l'ont « nettoyé » !
L'été de 1993 nous l'avons passé en Italie et ses camarades de football de la police étaient eux aussi de la partie. Nico était obligé de se surveiller, un rien le fatiguait.
- A votre grande panique, de retour des vacances, la leucémie avait refait son apparition, n'est-ce pas ?
- Oui, c'était un vrai coup dur. Nico a refait un autre traitement. C'était des chimiothérapies assorties de périodes d'isolement. Le but était de le renettoyer le plus vite possible et d'effectuer une greffe de la moelle osseuse.
Cela s'est passé en mars 1994, mais il n'a pas survécu à l'intervention. Elle était suivie d'hémorragies pulmonaires d'une gravité telle que les médecins se sont vu obligés de mettre mon mari dans le coma et sous respiration assistée. Les médecins étaient le dos au mur : attendre et voir ce que cela donne. Cela a duré trois semaines. Nico était atteint de lésions cérébrales, ses yeux étaient devenus méconnaissables; il était septique au point que son corps commençait à en présenter tous les aspects les plus terribles dont je vous fais grâce. C'était terrible pour les enfants.
Peu à peu, le temps aidant, nous prenions conscience qu'il vaudrait peut-être mieux l'endormir. Heureusement que cette décision nous a été épargnée : le jeudi après-midi du 7 avril Nicky a décidé de lui-même de quitter ce monde.
Quelles étaient les réactions devant la maladie de Nico en milieu de police ?
Lors de son séjour à l'hôpital, il recevait la visite régulière de ses collègues et du chef de la Unit 4. Le commissaire Bernard Welten (chef, en ces temps, de la police judiciaire ) et épouse sont aussi venus le voir à son lit d'hôpital. Les collègues de Nico ont porté son cercueil à sa dernière demeure ; son ancien chef nous a invités, les enfants et moi, à venir voir au bureau de quoi étaient faites les occupations de leur père. Ils n'ont jamais manqué de m'inviter à dîner ou autre chose de ce genre. Tout cela m'a fait le plus grand bien.
Et pourtant ... parler de ces choses était toujours perçu comme quelque chose qui de préférence ne se faisait pas.
- Qui était le premier à établir un lien de cause à effet entre la maladie de votre mari et le fait de sa présence sur les lieux de l'accident ?
- C'était en fait Nico lui-même. A l'hôpital il m'avait dit tout de suite : « Il faut qu'il y ait une cause à tout ça ; peut-être bien que j'ai chopé quelque chose sur le site du crash ? La réponse de l'hématologue était la suivante : « Cela me semble peu probable, car il aurait dû y avoir beaucoup plus de malades ».
Vous savez, à l'époque, ce qui nous occupait en premier c'était le traitement de Nico et la gestion de notre petite famille et beaucoup moins la cause véritable de la mort de Nico. Après le décès de Nico j'ai eu beaucoup de mal à tout faire rentrer dans l'ordre et les enfants et moi sommes passés par une période psychologiquement difficile. En deux à trois ans j'ai pris une trentaine de kilos à cause du stress. Au bout d'un certain temps j'ai pu me raccrocher à une bouée de sauvetage : je me suis remarié avec un ex-ami, Peter van Rooy, et il m'a donné la joie de la naissance d'une fille. C'est lui qui m'a encouragée à aller de l'avant dans ma quête de vérité sur la cause de la disparition de Nico | source le politiebond un syndicat de policier néerlandais.
Si vous voulez les sources, contactez moi par mp, je vous les communiquerai.
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