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| salam, Rachid Nini est une tornade qui emporte tout sur son passage. Ses chroniques fascinent, dérangent… Sa langue (un mélange d'arabe et de darija) envoûte, choque mais fédère des corporations entières. Zoom sur un phénomène de société. Ces derniers temps, une journée ordinaire de Rachid Nini commence au tribunal. Ce matin, il arrive en retard à la première séance d'un procès en diffamation que lui intente un médecin casablancais. Sur la base d'une information parue sur les colonnes d'un quotidien de la place, Nini a évoqué, dans les détails et à sa manière, “la nomination d'un praticien mentalement déséquilibré à la tête d'un service médical au CHU de Casablanca”. Remarquant la présence de Nini, le juge expédie machinalement les questions de routine et l'interroge sur la nature de sa relation avec le journaliste, auteur de l'information originelle. “Comme plusieurs autres confrères, M. le président, je l'ai connu au tribunal”, répondra Nini. Le juge retiendra difficilement un sourire timide tandis que, dans la salle, de nombreux “spectateurs” partent d'un rire bruyant. La séance dure quelques minutes encore et le procès finit pas être reporté, sans surprise, à une date ultérieure. à la sortie du tribunal, Nini est approché par l'avocat du plaignant. Poussant le fair-play à son extrême, il assure le chroniqueur de sa solidarité et le prie de “ne pas renoncer”. Quelques mètres plus loin, c'est le médecin plaignant en personne qui vient le saluer, puis lui avouer qu'il “lisait sa chronique chaque matin avec un réel plaisir, jusqu'au jour où il s'y est retrouvé cité”. à la police, cela s'est passé de la même manière. Comme pour l'instruction de chaque affaire, Rachid Nini a été convoqué dans un bureau de la police judiciaire et reçu par un responsable affable et lecteur invétéré de sa chronique. Très vite, il s'est retrouvé entouré de plusieurs policiers, en tenue ou en civil, lui prodiguant de précieux conseils lors de la rédaction du procès-verbal. Le succès… À l'origine de tout ce traitement d'exception, une colonne. Une chronique quotidienne en dernière page du quotidien Assabah. Là même où Rachid Nini a travaillé, pendant plusieurs mois, en tant que simple journaliste, après son retour d'Espagne. Quand il intègre 2M en 2001, il y produit l'émission “Nostalgia”, mais quelque chose le démange. Il fait partie de ces hommes nés pour écrire. Il propose alors sa chronique à son ancien employeur qui saute sur l'occasion. Le succès est immédiat. Ses premières chroniques sont photocopiées et revendues au cinquième du prix du journal et au bout de quelques mois seulement, les ventes d'Assabah explosent. Nini est systématiquement approché dans la rue, les taximen, tout comme les propriétaires de café, n'acceptent plus d'être payés ; son mail croule sous les messages de détresse, de félicitations, d'injures ou de déclarations d'amour. Un phénomène de société est né. Nini n'a cependant pas de recette miracle. “En plus de sa maîtrise de la langue arabe et des techniques de narration, il est proche de ses lecteurs. Il a démontré que le dialecte était un excellent moyen de communication, pas du tout ringard”, dit de lui un autre grand chroniqueur qui aime rester anonyme. “En lisant Nini, de larges couches de la population se retrouvent dans ses quelques lignes quotidiennes. Ce n'est pas ce qui réglera leurs problèmes, mais l'effet catharsis est important”, analyse un sociologue qui suit avec intérêt le parcours du “chroniqueur du peuple”. Du peuple ? Pas seulement. Rachid Nini fédère des corporations entières, et pas uniquement dans le “Maroc d’en bas”. Des flics aux avocats, en passant par les médecins, les imams, les taximen, les magistrats, les ministres, les walis ou les gouverneurs. Tout le monde lit Nini ou en entend parler. L'Agence Nini Press Pour sa chronique, Rachid se nourrit de tout. De cet imam qui se plaint des abus de son supérieur, du flic qui justifie son racket quotidien, des déboires des ministres, des petites histoires des écrivains... Et les informations lui proviennent de partout. Son mail reçoit des messages (au moins une vingtaine par jour) des quatre coins du pays et du monde. Récemment, un hacker a réussi à attaquer sa boîte électronique. Il s'en est par la suite excusé et expliqué que “des personnes lui avaient promis 500 DH contre le mot de passe de Nini et qu'à présent, il regrettait son acte”. En restituant sa boîte à Rachid, le hacker y a installé un nouveau mot de passe (provisoire) : pardon. Puis il y a le téléphone, qui n'arrête jamais. Rachid ne se demande plus comment les gens ont accès à son numéro et ne songe pas à le changer. “ça ne servirait à rien de toute façon”. En une heure, Rachid peut recevoir plus de quatorze messages (moyenne constatée lors d'une soirée dans un café de Casablanca). L'émetteur, un vague prisonnier à Settat. L'objet des messages : le détail des tarifs pratiqués par les matons et les privilèges accordés au cousin d'un ministre actuel incarcéré à la même prison. Chez lui, à Rabat, Rachid reçoit fréquemment de bien étranges visites. Dimanche dernier, une enveloppe était glisée sous sa porte. Dehors, personne. La lettre lui était adressée par une institutrice en conflit avec son administration de tutelle. Comment a-t-elle eu son adresse ? Cela fait partie des questions auxquelles Nini ne cherche plus de réponse. Bien plus, il a récemment ouvert “un bureau”. Chaque matin entre 8h45 et 9h15, il reçoit à sa table de petit-déjeuner, dans un café au centre-ville, à Rabat. On vient chez lui pour se plaindre, dénoncer ou simplement faire connaissance. Récemment, il a découvert qu'un loubard du centre-ville a commencé à se faire payer pour “ramener les gens au café de Rachid Nini”. Parfois, Nini a aussi droit à des histoires attachantes. Comme celle de ce père de famille venu lui raconter comment son fils (12 ans) s'est fait renvoyer de classe parce qu'il a rendu une copie de dissertation en darija… comme son idole. Un autre jour, un enseignant de philosophie est venu lui jurer par tous les dieux (pendant plusieurs minutes) qu'il était… Jésus. Ce jour-là, il s'est difficilement retenu d'éclater de rire. Étiquettes Alors, forcément, avec autant de popularité, on ne reste pas longtemps sans étiquette. Le problème, c'est que Rachid en a plusieurs. Il est gauchiste parce que, comme les camarades authentiques, il écrit dans une langue débridée et flingue à visage découvert ses gouvernants. Il est également islamiste parce que, comme les barbus, il propage une pensée rétrograde qui exclut les homosexuels et dénonce les féministes. Mais Rachid est d'abord flic, voyons ! Il est au courant de tout et rien ne lui échappe. Mieux, c'est un homme de cour. Un vrai. Sinon, comment expliquer son franc-parler et son insolence autrement que par une… carte blanche royale ? Bref, Nini fascine, dérange, mais ne laisse jamais indifférent (pour le moins qu'on puisse dire). Il y a quelques semaines, Rachid a reçu une lettre envoyée par une fervente lectrice. La demoiselle, qui a soigneusement laissé son numéro, lui avouait “qu'elle éprouvait un désir sexuel intense à la lecture de chacune de ses chroniques”. Le problème, c'est qu'elle s'est trompée d'adresse. La lettre a échoué sur le bureau d'Ali Anouzla, authentique Sahraoui, directeur d'Al Jarida al oukhra. C'est que depuis un moment, Rachid multiplie les tribunes (Assabah, Al Jarida al oukhra et Casamaville). “Une seule colonne n'applaudit pas”. N'a-t-il pas peur de se fatiguer ? Il élude la question. Son objectif : “Apprendre aux gens à parler comme ils pensent, à ne plus s'imposer le politiquement correct”. Sa motivation : “L’effet produit par ses chroniques”. Pour le reste, tout le reste, il fait confiance à la bonne étoile qui a montré sa voie à l'enfant du peuple qu'il est. Paru sur TelQuel salam
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| salam, moi j'adore les article de Rachid Nini. vous le connaissez ce monsieur ? salam
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