Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel


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Vieux 03/09/2006, 22h01
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Par défaut Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle demeure un dilemme entier pour les femmes en âge de procréer en Europe occidentale. Selon une étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), leur participation au marché du travail dépend directement de leurs responsabilités familiales. Dans les pays où l’Etat investit peu dans l’accueil des jeunes enfants, la maternité reste un obstacle à l’entrée ou au maintien sur ce marché pour les femmes âgées de 24 à 49 ans. Et cet investissement est intimement lié aux perceptions du rôle des femmes – mères ou salariées – dans les différents pays européens. Ceux-ci peuvent être classés en deux groupes.

Dans le premier, qui inclut l’Allemagne, la Suisse, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, la garde des jeunes enfants est traitée comme une affaire privée. Les femmes sont, avant tout, valorisées pour leur rôle traditionnel de génitrices et de gardiennes du foyer. Au Royaume-Uni, le rapport Beveridge (1942), qui est à la base du système social de l’après-guerre, considère que les femmes peuvent travailler avant la naissance des enfants mais que leur responsabilité principale consiste ensuite à s’occuper de leur progéniture. Le rapport ne fait ainsi aucune mention d’un investissement public dans les structures de garde telles que crèches ou écoles maternelles.

Ce consensus s’appuie sur l’idée de la toute-puissance maternelle dans la relation avec l’enfant, que l’on ne saurait donc confier à des étrangers. Selon les théories sur l’éducation de l’époque, et notamment des travaux du psychiatre John Bowlby, la privation maternelle (maternal deprivation) entraînerait chez le jeune enfant des pathologies mentales telles que l’anxiété, la dépression ou le développement de comportements asociaux. D’où le sous-équipement collectif en matière de garde d’enfants. Malgré ces difficultés, le taux d’activité féminine a continué à augmenter, passant de 49 % à 69 % entre 1959 et 1999, mais 41 % de celles qui ont un enfant travaillent à temps partiel – 61 % pour celles qui ont deux enfants.

Cela n’est pas sans poser problème, notamment en raison du besoin de main-d’œuvre qualifiée et des revendications féministes. Ainsi, à la fin des années 1990, une coalition hétéroclite composée de syndicats, d’entrepreneurs et de groupes féministes réclame un plan national d’accueil des jeunes enfants de moins de 4 ans. En 1997, le gouvernement de M. Anthony Blair met en place deux programmes : National Child Care Strategy (Stratégie nationale de soin aux enfants) et Sure Start (Bon départ). National Child Care Strategy vise à accueillir des enfants en âge préscolaire, dans des structures contrôlées par l’Etat. Sure Start est réservé aux enfants des zones défavorisées afin de développer leurs capacités cognitives, psychologiques et physiques. Il s’accompagne de la mise en place de services de médiation parents-enfants et d’initiatives de soutien aux parents. Sure Start a commencé avec un budget de 452 millions de livres (656 millions d’euros) pour trois ans.

Stigmatisation des équipements collectifs
Grâce à ces programmes, 382 000 places en crèches ou haltes-garderies ont été créées depuis 1997. Et le nombre d’écoles maternelles a doublé entre 1991 et 2003, pour atteindre 3 800. Les femmes occupant un emploi sont plus nombreuses : 770 000 de plus entre 1997 et 2002. Il n’en demeure pas moins que, pour les enfants de moins de 36 mois, les structures publiques restent quasi inexistantes ; 58 % seulement de ceux qui ont 3 ans bénéficient d’une place en crèche alors que 65 % des enfants de 4 ans sont pris en charge par une école maternelle financée sur fonds publics... Mais ces institutions publiques ne prennent en charge gratuitement les enfants de 3 à 4 ans que douze heures par semaine, soit deux heures et demie par jour. Il faut donc se tourner vers des systèmes privés, et les frais de garde représentent, en moyenne, 30 % du budget d’une famille britannique. Il est financièrement plus avantageux pour les femmes les moins qualifiées – et les moins payées – d’abandonner partiellement ou totalement leur travail.

Si le taux d’emploi des femmes sans enfant atteint 72,4 %, celui des mères est de 65,4 %. Un tiers des femmes quittent leur travail après un accouchement. Seules 10 % des femmes ayant un enfant de moins de 5 ans travaillent à temps complet.

Dans la partie occidentale de l’Allemagne, on trouve des phénomènes identiques, et les femmes qui font garder leurs enfants sont surnommées les « mères corbeaux » (littéralement : « qui abandonnent leurs enfants »). Cette stigmatisation et l’absence de moyens de garde auraient conduit quatre femmes sur dix de la génération née à la fin des années 1960 à renoncer à la maternité, estiment la plupart des études. Quarante pour cent des femmes ayant une formation supérieure restent sans enfant. Et près de la moitié des mères (49 % exactement) travaillent à temps partiel, moins de 20 heures par semaine.

Pour Jeanne Fagnani, chercheuse au CNRS, « les crèches publiques ou privées accueillent seulement 2 % des enfants âgés de moins de 3 ans ; 64 % des enfants ayant entre 3 et 6 ans sont pris en charge par des jardins d’enfants qui ne font pas partie du système scolaire. Mais la plupart de ces jardins d’enfants sont ouverts le matin seulement, et l’enfant peut rarement déjeuner sur place ». De même, les écoles primaires et secondaires ne fonctionnent que de 8 heures à 13 heures.

Les mentalités changent d’autant plus lentement que, selon Jeanne Fagnani, « la stigmatisation des crèches collectives, perçues comme emblématiques du système culturel et politique de l’ex-Allemagne socialiste, contribue aussi à expliquer les très fortes réticences culturelles et idéologiques des Allemands de l’Ouest à l’égard d’une prise en charge collective des très jeunes enfants ».

Il est significatif que le budget consacré à la garde d’enfants dans le système préscolaire (avant l’âge de 4 ans), en 2002, ne représente toujours que 0,8 % du produit intérieur brut (PIB) en Allemagne ; il s’élève à 0,6 % du PIB aux Pays-Bas ; à 0,5 % au Royaume-Uni, champion toutes catégories du sous-équipement. Dans le second groupe de pays étudiés, les dépenses représentent 2,7 % du PIB au Danemark, 1,3 % en France, 1,9 % en Suède.

La Suède fut la pionnière pour les politiques d’égalité des sexes fondées sur la conciliation entre travail et vie familiale. Contrairement à leurs homologues allemands, les syndicats et les partis sociaux-démocrates se sont fortement impliqués dans la promotion de la norme du ménage à deux revenus, avec le renfort des mouvements de femmes. Dès la fin des années 1960, le gouvernement a pris des mesures pour encourager la formation de familles à deux revenus. En 1971 est instaurée l’imposition séparée des couples. Comme le montre Marie-Thérèse Letablier, spécialiste des politiques familiales en Europe, il devient plus intéressant, pour un couple, que la femme ait un emploi plutôt que l’homme augmente ses heures de travail.

En 1972, lors du congrès du parti social-démocrate, le premier ministre Olof Palme affirme que « l’égalité entre les sexes passe par le marché du travail et [que] le droit à l’emploi des femmes doit être soutenu ». Un système de congés parentaux permet à l’un des parents de retrouver son emploi au bout d’un an. Des services municipaux de garde des jeunes enfants sont également mis en place et ont pour double mission de permettre aux parents de concilier travail et vie familiale, et d’assurer le bien-être et la socialisation précoce des enfants. En 1995, devant la multiplication des listes d’attente, une loi a même fait obligation aux communes de mettre rapidement des places à la disposition des enfants qui en avaient besoin.
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  #2  
Vieux 03/09/2006, 22h02
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Par défaut Suite: Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Toutefois, à partir des années 1990, on note un ralentissement de l’investissement dans les services d’accueil de la petite enfance, surtout de la part de l’Etat central. Les dépenses publiques sont passées de 2,2 % du PIB en 1994 à 1,8 % en 1999 et à 1,9 % en 2002. La crise économique aidant, le taux d’activité des mères d’un enfant de moins de 4 ans est passé de 85 % en 1990 à 77,5 % en 2002. Le temps partiel, traditionnellement très répandu en Suède, a lui aussi fortement diminué : 59 % en 1990, 47 % en 2000.

A mi-chemin entre l’Allemagne et la Suède, les politiques familiales françaises successives ont favorisé le modèle de la mère qui travaille. En effet, la grande préoccupation des pouvoirs publics depuis la fin du XIXe siècle est d’encourager l’emploi féminin, plutôt perçu comme le corollaire du maintien d’un taux de natalité élevé. Le développement d’une politique active de soutien aux mères salariées connaît un grand essor dans les années 1970-1990. En ville, les crèches collectives publiques ou les crèches familiales sont instaurées. Et l’école maternelle est gratuite pour les enfants de 2 ans et demi (3 ans en réalité). Au total, les capacités d’accueil ont doublé entre 1975 et 1990, tandis que l’activité salariée des femmes (pour les mères ayant deux enfants) passait de 66 % en 1982 à 78 % en 1990.

Rêvant d’un retour des femmes à la maison et réduisant les dépenses publiques dans ce domaine, les gouvernements successifs de droite et de gauche ont sérieusement infléchi ces choix à partir des années 1980. En 1985, le gouvernement de M. Laurent Fabius crée un salaire maternel, l’allocation parentale d’éducation (APE), qui permet aux femmes ayant un troisième enfant de retrouver leur emploi après un arrêt pouvant aller jusqu’à trois ans. En 1994, le gouvernement de M. Alain Juppé étend l’APE aux familles de deux enfants dont l’un a moins de 3 ans. Le nombre de bénéficiaires passe de 140 000 à la fin de 1994 à plus de 500 000 à la fin de 1997.

Les femmes résistent
Dans le même temps, des incitations fiscales pour les gardes d’enfants à domicile, tels l’aide aux familles pour l’emploi d’une assistante maternelle agréée (Afeama), l’allocation de garde d’enfants à domicile (AGED), les crédits d’impôts et autres, se multiplient. La rigidité des horaires des crèches publiques (alors que les emplois aux horaires atypiques se développent et que les temps de transport travail-domicile s’allongent dans les villes), la pénurie des places expliquent le succès de l’Afeama (plus de 500 000 bénéficiaires en 1999) et de l’AGED (de 12500 en 1993 à 80 000 en 1997).

En fait, l’APE incite les femmes peu qualifiées à se retirer précocement du marché du travail – pour la première fois depuis la Libération, leur taux d’activité régresse, de 62 % en 1993 à moins de 50 % en 2002 –, leurs consœurs diplômées, elles, se méfiant à juste titre de toute interruption prolongée de l’activité. De plus, le recours aux aides fiscales plutôt qu’à l’expansion des modes de garde collectifs favorise les familles aisées. En effet, la garde à domicile coûte cher (en moyenne 1 050,68 euros par mois pour un enfant de 1 an), et plus les revenus sont élevés, plus les réductions d’impôts sont importantes. Enfin, la privatisation de l’offre de services s’accompagne d’un ralentissement de l’investissement dans les équipements collectifs : le rythme de création des places en crèche diminue, passant de 5 000 places par an avant 1996 à moins de 2 000 depuis cette date.

En dépit de ces obstacles, 56,6 % des enfants de moins de 3 ans bénéficient de crèches ou d’assistantes maternelles, et le taux d’activité des femmes de 25 à 49 ans continue de progresser, passant de 45 % en 1968 à 80 % aujourd’hui. Pour Jeanne Fagnani, « lorsqu’elles n’ont qu’un seul enfant, les Françaises figurent dans la catégorie des mères les plus actives au sein de l’Union européenne (85,4 %) ». Toutefois, depuis la fin des années 1980, le temps partiel, majoritairement féminin, s’est considérablement étendu ; il touchait 8 % des femmes en 1980, 32,6 % en 2000. Le plus souvent, ce mode de travail n’est pas choisi.

Dans l’ensemble de l’Europe, la progression du taux d’activité des femmes, y compris pour les mères de jeunes enfants, se poursuit d’année en année malgré le chômage. Cette progression s’est faite, selon les pays, avec ou contre les politiques familiales. L’exemple des pays scandinaves et de la France montre que les politiques de soutien aux mères salariées, notamment la politique d’accueil de la petite enfance, jouent un rôle décisif dans les processus d’insertion ou de maintien des femmes sur le marché de l’emploi.

En France, la pénurie de crèches atteint un tel niveau que les groupes privés commencent à flairer la bonne affaire. D’autant que le gouvernement et les collectivités locales peuvent désormais financer la construction et les équipements à hauteur de 80 %. Le plus souvent, ce sont les femmes qui, face aux problèmes de garde des enfants, sont contraintes d’abandonner, au moins partiellement, leur travail. Toutefois, la pression est moins forte en France qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne.

Anne Daguerre.
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  #3  
Vieux 03/09/2006, 22h06
 
Date d'inscription: août 2006
Messages: 526
Par défaut Re : Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Je reviendrai sur ce sujet quand j'aurai plus de temps inchallah
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  #4  
Vieux 03/09/2006, 22h25
Avatar de Bouba31
zeeeeen
 
Date d'inscription: septembre 2004
Âge: 23
Messages: 4 852
Par défaut Re : Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

J'ai pas lu tes textes mais si vous voulez conciliez taf et enfants y'a le télé travail !
blablateur : en fait c qd que t'auras du temps pour revenir sur tous les sujets ?
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  #5  
Vieux 05/09/2006, 05h00
 
Date d'inscription: août 2006
Messages: 526
Par défaut Re : Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Citation:
Envoyé par zoba16
J'ai pas lu tes textes mais si vous voulez conciliez taf et enfants y'a le télé travail !
blablateur : en fait c qd que t'auras du temps pour revenir sur tous les sujets ?
Je constate une certaine inconstance de l'esprit, un projet professionnel face à un autre familial. Le problème du choix ne se pose pas. La question ne doit pas être posé au forum, mais au mari d'abord "qu'est ce qu'il pense" ?
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  #6  
Vieux 05/09/2006, 05h02
Avatar de kuida
Mazel Tov !
 
Date d'inscription: février 2005
Âge: 23
Messages: 4 742
Par défaut Re : Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Citation:
Envoyé par blablateur
Je reviendrai sur ce sujet quand j'aurai plus de temps inchallah
Tu portes bien ton pseudo !
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  #7  
Vieux 05/09/2006, 05h06
 
Date d'inscription: août 2006
Messages: 526
Par défaut Re : Enfant ou travail, un dilemme toujours actuel

Citation:
Envoyé par kuida
Tu portes bien ton pseudo !
Kuida laisse-moi tranquille
Ne me cherche pas
J'ai un pistolet à eau que mon père m'achetait chaque année
A Aychoura

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