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#1
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Pendant l'été, des centaines de milliers de MRE se ruent vers cette ville côtière à proximité de la frontière algérienne. Zoom sur les différences entre Marocains et Européens, locaux et MRE, Français et Néerlandais, Arabes et Berbères… La plage est comble, du moins de ce côté de la frontière. Quelques centaines de mètres plus loin, en Algérie, pas âme qui vive. Comme tous les ans, Saïdia est envahie par un grand nombre de MRE, un mélange haut en couleur de locaux, de Français, Néerlandais, Belges, Allemands et Espagnols d'origine marocaine. Mais on est loin du melting-pot auquel on pourrait s'attendre. Sur la plage, ce sont pour la plupart des locaux originaires des villes de Berkane et d'Oujda, comme le confirme le nombre de foulards sur les têtes, aussi bien sur le sable que dans la mer. “Si vous voulez voir des bikinis, explique Rachid, avec un sourire édenté, un plateau de gâteaux à la main, vous devez aller dans les beach clubs. C'est là que se trouvent les étrangers. Du moins, ceux qui ont de l'argent à dépenser”. Regards croisés et embouteillage Les étrangers. Rachid ne semble pas gêné par l'utilisation de ce terme pour qualifier ses compatriotes vivant de l'autre côté de la Méditerranée mais, à plusieurs titres, c'est ce qu'ils sont. Et c'est en étrangers qu'ils sont traités par les locaux. En hiver, Saïdia est une ville morne, avec à peine 3000 habitants, à l'extrême nord-est du royaume, mais aux mois de juillet et août, 300 000 touristes investissent ses 13 kilomètres de plage. Les prix montent au rythme de la population. Et pour cause, Saïdia doit s'assurer des rentrées d'argent suffisantes pour le reste de l'année. “Ils nous regardent comme si nous étions des portefeuilles ambulants”, dit Youssef qui habite la banlieue parisienne, “Bien sûr, nous sommes super riches”, ajoute-t-il sur un ton sarcastique, mais si nous sommes si riches ici, comment cela se fait-il que nous comptions pour des prunes en France ? Son ami, Mohamed, de Créteil, explique, dans un français pur beur : “Au Maroc, vous êtes soit super riche, soit super pauvre, c'est pourquoi les gens d'ici ne peuvent pas imaginer que nous fassions partie au mieux de la classe moyenne; du coup, ils essaient de nous soutirer autant d'oseille qu'ils peuvent”. Youssef et Mohamed sont à la terrasse du Kim Club, point de rencontre des MRE de France. Ici, pas de foulards mais des bikinis assez minimalistes. Avec très peu de locaux, cette plage est plus étrangère que marocaine. Quand on leur demande leur nationalité, Youssef et Mohamed répondent instinctivement : “française”. Mais quand ils ont pris le temps d'y réfléchir un peu plus longuement, ils semblent comme gagnés par le doute. Youssef : “En France, on nous considère comme des Marocains, autant dire des étrangers ; ici, au Maroc on nous considère comme des Français, c'est-à-dire, encore une fois, des étrangers”. “Nous sommes les deux… ou alors ni l'un ni l'autre, ajoute Mohamed en riant, ce qui fait de nous des Espagnols puisqu'on nous situe entre la France et le Maroc !” Une crise d'identité ? “Pas du tout, rétorque Mohamed, c'est génial d'être le produit d'un mélange !” Chacun sa nationalité, chacun son club Un sentiment similaire mais plus négatif, est partagé par Brahim, Abdel et Mo. Tous trois sont venus des Pays-Bas dans leur Audi A3, une assez belle voiture pour ces jeunes dont le plus âgé a 24 ans à peine. Même si la vie aux Pays-Bas ne semble pas trop dure pour eux, ils ont répondu “marocaine” quand ils ont été interrogés sur leur nationalité. Mo y va de son explication : “Aux Pays-Bas, tous nos amis sont marocains, nous parlons berbère entre nous, nous épousons des Marocaines et sommes musulmans”. Mais pendant leurs vacances au “pays”, ils se sentent plus néerlandais que jamais. “Ici, les Marocains sont jaloux de nous. Dès qu'ils voient une voiture immatriculée en France ou aux Pays-Bas, on a l'impression qu'ils ont envie de lancer un pavé contre le pare-brise”, dit Mo. Comme les autres vacanciers du Club Eden, nos trois jeunes se plaignent de la flambée des prix, “spécialement conçus” pour les MRE. “Ici, commente Mo, les locaux ne ratent aucune occasion pour profiter de nous. Ils nous prennent pour des vaches à lait, des touristes et rien d'autre, même pas des Marocains. Au Pays-Bas, nous sommes des étrangers, nous sommes traités comme si nous n'appartenions pas à ce pays. Nous sommes comme des gitans”. En soirée, quand le Kim Club bouge sur les rythmes du rap français, le Club Eden programme plus de musique américaine. Bien sûr, le Kim est géré par un Français, Thierry Delvert, alors que l'Eden appartient à un Maroco-néerlandais, Ahmed Arifi. Le Kim est le bastion des Franco-marocains de Saïdia et la langue principale à l'Eden est le néerlandais. Les Belgo-marocains font l'aller-retour entre les deux clubs ! Nadia n'a pas de problèmes d’identité, “Je suis belge, même si je viens d'un contexte marocain”. Ce matin, elle vient de revoir Saber, son petit ami, venu en trois jours de Malines, au nord de la Belgique, à bord de son camping-car. Nadia et Saber semblent former un couple parfaitement intégré, même si l'une est francophone et l'autre néerlandophone- avec un accent flamand. Tous deux ont des emplois stables en Belgique dans le secteur des transports. Ils s'embrassent sur la plage, sachant bien que c'est haram. “On s'en fout” dit Nadia, sourire aux lèvres. Saber, lui, n'a pas le sentiment de représenter un modèle d'intégration réussi : “Quand je postule pour un nouvel emploi, ils me disent : 'Les Marocains sont ceci, les Marocains sont cela…'” Mais quand ils se rendent compte que moi-même je suis Marocain, ils me disent : “Nous n'avons rien contre vous, vous êtes différent”. |
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#2
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Langue, identité et amour La famille de Nadia est des environs de Berkane, son amie Amal, d'Oujda. Toutes deux issues d'une région arabophone, elles ne cachent pas un certain dédain vis-à-vis de “ces Berbères” ; c'est ainsi qu'elles appellent bon nombre de ces jeunes MRE impétueux. Ce dédain est partagé par Salma, une Liégeoise : “Les Berbères ne se marient qu'entre eux, le plus souvent à l'intérieur de leurs familles. Ces gens vivent au Moyen-Age”. Il est vrai qu'environ 80% des Maroco-néerlandais rencontrent leurs futures épouses au Rif et qu'un nombre important de ces mariages se fait entre cousins. “C'est ridicule, ils ne sont pas amoureux pendant onze mois et quand ils viennent ici pour quelques semaines, ils rencontrent comme par magie l'amour de leur vie, dit Salma, non sans sarcasme. Vous savez quoi ? Les MRE des Pays-Bas considèrent ceux de France comme arrogants, et ceux-ci, à leur tour, considèrent les Maroco-néerlandais comme des crâneurs incultes. Ils pensent que c'est parce que les uns sont berbères et les autres arabes. Mais quand vous y réfléchissez deux secondes, vous vous rendez compte que la même différence existe entre Français et Néerlandais de souche. Ils sont plus européens qu'ils ne le croient. En fait, ils ont plus de point communs entre eux qu'avec les Marocains d'ici”. La langue est la principale différence entre les locaux et les MRE, qu'ils soient français, belges, néerlandais, d'origine berbère ou arabe. Quand sur la corniche, un groupe de jeunes Maroco-allemands roulant en BMW décapotable, drague à tue-tête un groupe de jeunes filles en allemand, celles-ci leur répondent en français en disant : “Vous êtes complètement saouls !” et quand ils ne comprennent pas, elles reprennent en arabe, mais là-dessus, les Allemands rétorquent en berbère. Cela conduit à une situation assez hilarante dans laquelle des jeunes d'origine marocaine finissent par communiquer en… anglais ! La fête, c'est pas donné à Saïdia ! Quand à une heure du matin, le Kim et l'Eden ferment, de nombreux MRE semblent paumés. Où aller maintenant ? Les seules lieux encore ouverts à cette heure-là, sont la discothèque du Patio et le club de l'Hôtel Adlal. Salma, la Liégeoise, met en garde : “Attention, le bar d'Adlal n'est pas un endroit pour filles normales, si vous voyez ce que je veux dire ? Après une heure du matin, une fille ne peut faire la fête nulle part”. Direction : la discothèque du Patio, située sur la plage à quelques kilomètres à l'ouest de Saïdia. Mais il paraît qu'il n'y a personne. Les autorités ont retiré la licence d'alcool à la suite d'une bagarre (on dit que le fils d'un colonel de la Gendarmerie royale qui y était impliqué s'est vengé en faisant retirer la licence de vente d'alcool). Depuis lors, le Patio sombre dans un état de rigor mortis permanent. Les jeunes MRE veulent faire la fête tard, mais non sans boisson. Reste le club de l'hôtel Adlal au centre de Saïdia. A l'intérieur, des MRE de différentes nationalités. Ahmed, qui vient d'Espagne, se plaint du prix élevé des consommations : “C'est dingue, à Malaga, je peux en avoir deux pour le même prix et pour un contenu double !” A 120 dirhams la bière, l'Hôtel Adlal n'a rien à envier aux clubs les plus chers de Casablanca et de Marrakech. Pourtant la piste de danse ne désemplit pas. “Que veux-tu, il n'y a pas d'autre endroit où aller, dit Ahmed, et puis il y a de belles nanas ici”. Belles nanas, d'accord, mais Salma était pertinente dans sa mise en garde. Toutes, sans exception, sont des prostituées venues de tout le Maroc pour avoir leur part de la prospérité estivale de Saïdia. Lors d'une conversation avec “Asmaâ” de Mekhnès, il s'avère que l'alcool n'est pas la seule denrée chère de la ville. “Ecoute, il y a plein de gars par ici, des touristes avec de l'argent plein les poches, et peu de filles. Il est donc tout à fait normal que nos tarifs soient plus chers que dans les autres endroits et pendant les autres saisons. De plus, ces étrangers sont payés en euros, alors où est le mal ?” Des “étrangers” : le mot revient comme un leitmotiv. Il est vrai que ces questions d'identité et de nationalité peuvent être déroutantes. Et pas seulement pour les adultes mais aussi pour les enfants. Retour à l'Eden Club, le lendemain matin. Fahoud, neuf ans, de Rotterdam, vêtu du maillot orange de l'équipe de football des Pays-Bas, dit fièrement : “Je suis marocain mais, ajoute-t-il dans un néerlandais parfait et non sans fierté, j'ai un passeport néerlandais, je ne suis ici que pour les vacances”. Alors qui est Fahoud en vérité : un Marocain ou un Néerlandais ? Mystère. Vient alors la question qui coince, celle qui ne peut rester sans réponse “Si le Maroc joue contre les Pays-Bas en Coupe du monde, qui veux-tu voir gagner ?” Fahoud semble pris au dépourvu, presque choqué par cette éventualité. Mais avec cette logique facile dont seuls les enfants sont capables, il répond avec un haussement d'épaules: “Je voudrais que tous les deux gagnent !” Très satisfait de sa réponse, il s'est levé et s'en est allé. Si seulement les adultes étaient aussi pragmatiques source telquel |
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