Etats-Unis : De nouveaux musulmans à la conquête de l’Ouest Le New York Times rapporte une enquête effectuée par le très officiel Departement of Homeland Security and the Census Bureau qui révèle que, cinq ans après le 11-Septembre 2001, les Etats-Unis enregistrent la plus forte immigration musulmane de ces deux dernières décennies. Après la tragédie du World Trade Center -qui a fait près de trois mille morts à la suite d’actes terroristes fomentés par des extrémistes musulmans- et jusqu’en 2003, le nombre de musulmans posant le pied sur le sol américain avait considérablement chuté. Depuis 2004 la tendance s’inverse. Les chiffres attestent que les Etats-Unis attirent les populations arabes du Moyen-Orient, du Maghreb et de l’Asie. La loi de renforcement des mesures de sécurité (le Patriot Act) instaurée au nom d’une lutte acharnée du président Bush aux terroristes a beau rendre difficile au quotidien la vie des musulmans, les Etats-Unis restent pour les candidats à l’immigration une terre de liberté où peut naître une «deuxième vie».
«Je me sens libre dans ce pays, déclare Nur Fatima, 25 ans. Libre de tout. Libre de penser»: ce propos rapporté dans le New York Times est celui d’une Pakistanaise arrivée à Brooklyn il y a six mois et qui a rapidement laissé tomber le voile islamique qu’elle avait porté pendant dix ans, une fois le pied posé sur le sol américain. Elle poursuit: «Je suis venue aux Etats-Unis parce que je veux aller de l’avant. Pour moi, c’est une seconde vie». Le New York Times s’appuie ainsi sur quelques témoignages qui viennent donner du corps à une enquête établie par le bureau du Département de sécurité et de recensement de la patrie d’après laquelle, en 2005, près de 96 000 musulmans ont acquis le statut de résidents permanents légaux aux Etats-Unis. Sur les 96 000, quelque 40 000 d’entre eux ont fait leur demande d’intégration sur la seule année 2005. Ce chiffre annuel est le plus haut jamais atteint depuis les attaques terroristes. Il peut surprendre si l’on replace cette vague d’immigration dans le contexte tout particulier des événements du 11-Septembre qui ont déstabilisé les Etats-Unis et aiguisé une méfiance à l’égard des populations arabes.
«L’Amérique a toujours été la terre promise pour les musulmans et les non-musulmans. En dépit de l’opposition musulmane aux services de police, les musulmans continuent de venir ici parce que les Etats-Unis leur offrent ce dont ils manquent chez eux», liberté de s’habiller, d’étudier, de travailler, explique Behzad Yaghmaian, un écrivain iranien exilé. La première vague d’immigration date des années 1960, et les trente années qui ont suivi marquèrent une forte progression de l’immigration en provenance de vingt-deux pays d'Asie, du Moyen-Orient et du Maghreb. Puis, en 2001, après la tragédie du World Trade Center, souligne le journal américain, tout a basculé. Ainsi, par exemple, des centaines d’immigrés pakistanais se sont «volatilisés» après que le gouvernement leur a demandé de se présenter pour être enregistrés. Une trentaine d’échoppes du quartier «Little Pakistan» de New York ont fermé boutique, et la fréquentation de l’école publique par les enfants pakistanais a chuté de moitié entre 2002 et 2003. Depuis 2004, on assiste à un revirement total de la situation qui n’est pourtant pas dû à un laxisme dans le contrôle des papiers: les demandes de visas ne sont pas rejetées mais scrupuleusement étudiées. «Comme les autres immigrés, les musulmans (…) sont soit des réfugiés, soit des étudiants, soit des touristes».
«Prouver qu’ils sont ici en tant que musulmans américains»
Pourtant le climat est délétère. Les musulmans se sentent souvent exposés aux suspicions depuis le 11-Septembre. Certains ont choisi de changer de nom pour éviter le discrimination dans le travail: Mohammed a choisi de se faire appeler «Moe», et Osama, «Sam». Des mosquées ont été vandalisées. Des crimes raciaux et des agressions à l’égard des musulmans ont augmenté. Au nom d’une mission qu’il qualifie lui-même de «messianique», le président Bush ne cesse d’affirmer qu’il entend traquer, sans relâche et par tous les moyens, les terroristes. «On a été "cambriolés", six mois après le 11-Septembre, et on ne peut s’empêcher de penser que c’est un travail de professionnel. Les cambrioleurs n’ont presque rien emporté alors qu’ils ont pris le temps de crocheter soigneusement la porte, de fouiller soigneusement nos papiers et nos vêtements», témoigne Isabelle Lajmi dans Libération, une Française de la banlieue de Washington mariée à un Tunisien. Libération de souligner: «Rien ne permet à Isabelle d’être certaine qu’il s’agit d’une visite policière. Mais comme le Patriot Act [une loi de renforcement des mesures de sécurité] autorise ce type de visite, rien ne permet de l’exclure, d’où le sentiment désagréable du soupçon permanent.»
Zahid H.Bukhari, le directeur du programme d’études sur les musulmans américains à l’université de Georgetown, constate de facto un changement de perception des Américains sur l’ensemble des communautés immigrées musulmanes. Il explique, que dans leur quotidien, ces immigrés doivent «prouver qu’ils sont ici en tant que musulmans américains, plutôt qu’en tant que Pakistanais, Egyptiens ou autre nationalité.» Mieux vaut à ce titre bien maîtriser la langue du pays d’accueil: le New York Times rapporte que Nur Fatima, sitôt arrivée aux Etats-Unis s’est inscrite aux cours d’anglais dispensés par le Mr.Razvi’s Center, un bureau d’accueil des personnes pakistanaises. Mr Razvi avait une boutique d’antiquités avant le 11-Septembre. Il a changé d’activité et fait de sa boutique un centre d’accueil et d’aide à l’insertion. Comme lui, d’autres musulmans organisent des rencontres avec les agents fédéraux pour apaiser les relations entre les autorités et les immigrés. «Chacun doit faire la distinction entre le gouvernement et les gens. Avec qui suis-je en train de traiter, Bush ou la population américaine? Suis-je en train de préparer mon futur en Egypte ou mon futur ici?», souligne avec pondération Youssef.
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