LES ORIGINES D´UNE CONFRÉRIE AU SENEGAL


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Vieux 05/09/2003, 13h23
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LES ORIGINES D´UNE CONFRÉRIE

Les liens entre les Souverains alaouites et les Tidjanes du Sénégal sont séculaires. Abdelkader Timoule, notre consultant en histoire, fait le point ici sur les origines de cette confrérie. Et ce, à l'occasion du décès de Serigne Abdelaziz Say Hadj, Khalif général des Tidjanes du Sénégal.

Abdelkader TIMOULE

En ce dimanche du 10 Joumada 1 1 418 de l'Hégire (14 septembre 1997) s'éteint Serigne Abdelaziz Say Hadj, Khalif général des Tidjanes du Sénégal, à l'âge de 93 ans. Il était le fils de Hadj Malick Say (mort en 1922), de famille Toucouleur. Les marabouts de la génération de son fils ont été ses élèves, et lui même était adepte de l'école marocaine Tidjania du Sud à Tichitt (actuellement en Mauritanie), dirigée alors par Cheikh Hamallah et puis par l'hadj Omar, auteur des fameuses Rimahs en 1845.

A l'anniversaire de la naissance du Prophète (Al Mawlide), plus de cent mille fidèles se rendent chaque année en pèlerinage sur la tombe de Haj Malick Say à Tiwaouane.

Charisme

Les grandioses funérailles organisées à Tiwaouane (90 km de Dakar), ville sanctuaire de la confrérie des Tidjanes, ont été conduites par le premier ministre Habib Thyam, en présence d'une immense foule de fidèles. Le défunt a été inhumé auprès de son père.

Parmi les personnalités présentes à l'enterrement du Khalif, l'ambassadeur de S.M. le Roi Hassan II. Le Souverain est effectivement un protecteur de la noble Zaouia des Tidjanes du Sénégal.

Celle-ci n'a jamais cessé d'ailleurs de réaffirmer l'attachement de ses adeptes au glorieux Trône alaouite, et de témoigner leur gratitude à Sa Majesté le Roi Hassan II pour la sollicitude dont il les entoure depuis toujours.

La disparition du Cheikh est une grosse perte pour le Sénégal, toutes tendances politiques confondues. Il savait tendre la main aux autres confréries de son pays. Au Sénégal, il existe plusieurs confréries dont celle des "Mourides". La Zaouia Tidjania demeure, de loin, la plus importante numériquement et régit le cadre de vie de la majorité des Musulmans sénégalais.

Miracles

Le ressort et la dynamique de l'action du cheikh sur ses disciples, c'est, bien entendu, la baraka. Ce mot arabe, adopté par les Africains, exprime le pouvoir charismatique, la vertu, ou, si l'on veut, le flux magnétique, qui se transmet notamment par la salive et l'imposition des mains. Baraka signifie, littéralement, "bénédiction".

A la limite, cette faculté s'accompagne de miracles. Il faut, d'ailleurs, distinguer entre deux termes (dont aucun, du reste, n'est coranique): la mou'jiza ou miracle d'un prophète et la karama, ou charisme d'un saint.

Après bien des auteurs arabes, tel que Al-Iji (ob.1355), le Sénégalais Amadou Bamba (1850-1927), fondateur de la confrérie des Mourides, a précisé, dans un poème sur les "Itinéraires du Paradis" (Masalik al-Jinan), la distinction fondamentale: l'équivalent du miracle (mou'jiza) du Prophète passe dans le charisme (karama) du saint (wali), car celui-ci est l'héritier de celui-là. Les prophètes sont des preuves de l'existence de Dieu et les saints sont les signes que sa religion est la vraie. Les prophètes sont impeccables et les saints sont préservés et honorés. Tous deux participent à l'immunité (isma) divine, comme le montrent les Gnostiques.

Seulement, l'immunité des prophètes est nécessaire, tandis que celle des saints ne l'est pas. En Afrique noire, plusieurs personnages religieux se sont vus attribuer par leurs disciples des miracles variés.

C'est le cas du célèbre conquérant Toucouleur El Hadj Omar (1794-1864), cité plus haut, dont la baraka est la plus active.

Il y en a à Tombouctou, que l'on appelle Haydara, dont l'ancêtre était un Marocain rebelle, Ali Ben Haydar, réfugié au Soudan en 1672. En Casamance, les Haydara se disent héritiers du Chérif Yunus originaire de la Mecque, arrivé en Afrique noire, et installé, vers 1700, dans la région de Sédhiou. Un des plus célèbres de ces Chorfas était Fanta Mâdi Kaba (1878-1955), le "chérif de kankan", fils du conseiller religieux de Samory, également de lointaine origine marocaine et d'obédience quadiriya, confrérie dont la fondation est bien antérieure à celle de la Tidjaniya.

A l'origine, la religion islamique ne connaissait guère de confréries qui sont nées, par la suite, de ce qu'on pourrait appeler le mysticisme de l'Islam, le tessaouf ou soufisme. Ce mouvement mystique "prit naissance" dans le Moyen Orient à la fin du VIIIème siècle de l'ère chrétienne, en réaction contre le formalisme desséché et vide des docteurs de la religion musulmane.

Mysticisme

Le soufisme semble systématiser l'effort personnel dans la recherche du salut et de l'anéantissement en Dieu. Les Soufis prescrivent à leurs adeptes le renoncement aux choses de ce monde, la continence, l'humilité et le respect scrupuleux des principes fondamentaux de la Sunna et du Coran. Ce mouvement s'est répandu en Afrique de l'Ouest par l'intermédiaire de deux confréries, essentiellement, la Qadiriya et la Tidjaniya.

La première a été fondée en Orient par Sidi Abou Mohamed Abdelkader Jilani, celui que tout Bagdad surnommait le "vivificateur de la foi" (Mohyidin). Le qadirisme aurait été introduit en Afrique à la fin du XVI siècle par Mohamed Abd el Krim El Maghili, le persécuteur des juifs sahariens.

La seconde, la Tidjaniya a été fondée à la fin du XVIII siècle par le cheikh Abu el Abbas Ahmed El Tidjani, dont le tombeau est à Fès, capitale spirituelle du Maroc. Cette "voie" a été introduite en Afrique par Cheikh Mohammed El Havew, le savant mauritanien de la tribu des Idaw Ali. Cheikh Tidjani a fait codifier la doctrine de sa confrérie dans le bréviaire tidjani intitulé "Jawahir el Maani", rédigé sous sa dictée par Haj Ali Harazim ben Beradah.

Influence humaine

Le Sénégal est la terre d'élection. Le "maraboutisme" parait, à certains observateurs européens, tellement caractéristique de l'Afrique noire, qu'ils en viennent à confondre avec lui l'ensemble de l'Islam.

Il s'agit, cependant, d'un phénomène très général dans le monde musulman, où sous divers noms, on rencontre ces personnages religieux, plus ou moins lettrés, plus ou moins magiciens ou guérisseurs, parfois mystiques authentiques, souvent affiliés à une confrérie: Shaykh d'Afrique du Nord, mola, faqir, akhund. Contrairement à l'esprit et à la lettre de la Révélation coranique partout est apparu, dans une religion sans clergé, l'intermédiaire entre la créature et le Créateur.

Il va sans dire que toutes les confréries et leur Zaouia ont été vulgarisées par les Marocains qui avaient une longue expérience de l'Afrique de l'Ouest, particulièrement les fakih berbères de Mauritanie commandités par les savants de la capitale spirituelle de tout le Maghreb d'alors, Fès, mais aussi à partir de Marrakech.

Nous savons par le voyageur marocain Ibn Battouta qui effectua, sur les ordres du Sultan merinide Abou Inane, un séjour au Mali, qu'il a découvert sans surprise un nombre important d'Arabes, dont une importante communauté marocaine de la région de Safi-Imazzigen (Mazagan par déformation des Portugais) à la cour de Mansa Souleïman.

Il se lia d'amitié avec quelques savants marocains tels le juge Aboul Abbas Addoukali, le légiste Mohamed Ibn Alfakih, les lecteurs de Coran Abdalaouâhid, Chamseddine Ibn Annakouich et Ali Azzoudy.

Le mot Sénégal, avec un L final, apparaît tardivement. Les Portugais écrivaient, généralement, Sanaga ou çanaga, comme Eanes de Zurara) 1452). Selon Monod et Mauny (Edition française de Zurara, Ifan, 1960): "De çanaga l'occident on a fait Sénégal. L'étymologie de cet hydronome vient tout simplement des Berbères Zenaga qui en peuplaient la rive nord".

Relations antiques

C'est, en effet, l'étymologie généralement reçue. Il faudrait, cependant, tenir compte d'une autre possibilité. En effet, Albakri, appelle Isenghan, d'une part, les deux rives de l'embouchure du Sénégal, et d'autre part, une ville à cheval sur le fleuve.

On retrouve, en 1413, Isingan ou Ibsengam sur la carte de Mecia de Viladestes, comme nom de ville porté à l'encre rouge, sur la rive droite de l'embouchure du Sénégal. Mais bien avant cette époque, on relève que la transcription grecque du voyage de l'amiral carthaginois Hannon situe son passage au Maroc et à Safi - dans le premier quart du 5e siècle avant Jésus Christ. Cet exploit célèbre est désigné dans les annales de l'exploration maritime sous le nom de "Périple de Hannon».

L'amiral fut piloté par deux indigènes berbères embarqués probablement entre Safi et Essaouira et qui le conduiront jusqu'aux côtes du Cameroun et au Golf de Guinée.

Ce qui suppose sans aucun doute que ces guides marins connaissaient parfaitement les rivages d'Afrique Noire pour se risquer si loin du littoral de leur contrée avec les marins carthaginois. Sinon comment expliquer par exemple que la Guinée tire son nom du berbère "Inagnaouen" (pays des Noirs) et que le nom "Sénégal» dérive de "Zenéguen" qui est le pluriel berbère de "Zénaga", grande tribu berbère (Sanhaja), et que le qualificatif de pêcheurs "Imraguen» de Mauritanie vient du berbère "Amrig» qui signifie pêcheur.
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