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Vieux 21/09/2006, 16h55
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Date d'inscription: mai 2006
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Par défaut Bon Dossier: "L'Islam fantasmé"

L’islam fantasmé

L’islam est sans doute l’un des sujets qui aura fait couler le plus d’encre en France ces dernières années. La plupart des titres de la presse papier mainstream y ont consacré des dossiers spéciaux. Il faut ajouter à cela une lecture « islamisée » de diverses questions politiques, nationales ou internationales. Les médias audiovisuels n’ont pas été en reste et les émissions de « débats », dont radios et télévisions sont friandes, ont souvent porté sur ce thème.

L’islam y est répétitivement présenté sous l’angle de la menace, du péril ou de la subversion, au minimum de l’altérité ; jamais comme une croyance privée légitime, une liberté garantie par la République laïque. Cette tendance a été particulièrement remarquable lors du débat « à propos » du voile islamique dans les écoles, lors des émeutes dans certains centres urbains pauvres en France en novembre 2005 ou lors de l’affaire des caricatures danoises. Mais les médias mainstream n’ont pas eu besoin d’une actualité brûlante pour mettre ainsi en scène l’islam. Pour ne citer qu’eux, les trois principaux hebdomadaires d’information généraliste français, Le Point, L’Express et le Nouvel Observateur, ont réalisé, lors des six derniers mois, des dossiers spéciaux sur l’islam, sans les rattacher à une actualité immédiate et en utilisant toujours une tonalité menaçante.

Le Point publia un dossier intitulé « Les islamistes et nous », dans lequel les mosquées françaises étaient présentées comme un terreau fertile pour l’islamisme, lui-même principal vecteur idéologique du terrorisme. Le dossier aboutissait logiquement à un soutien, plus ou moins affiché, à la politique états-unienne actuelle. L’Express développa une approche très similaire dans son dossier sur « la montée de l’islam en Europe », et même la diversité religieuse et culturelle dans son ensemble, comme des dangers pour l’Europe, et par extension pour « l’Occident ». Une semaine plus tard, c’était au tour du Nouvel Observateur, concurrent de centre-gauche des deux hebdomadaires précédemment cités, de rédiger un dossier spécial sur l’islam en France. Bien que se montrant moins virulent dans sa critique que ses confrères, cette religion y était également présentée comme une menace potentielle. Ainsi, les journalistes Marie-France Etchegoin et Serge Raffy ouvraient leur propos sur ces interrogations inquiètes, à peine contrebalancées par une question rhétorique plus positive à la fin : « faut-il redouter une montée de l’intégrisme dans notre pays ? L’islam est-il une menace pour la laïcité, un nouvel opium pour les jeunes des banlieues en mal de repères ? Ou se révélera-t-il, comme jadis le catholicisme, beaucoup plus soluble qu’on ne l’imagine dans la République ? » . Le dossier consacrait également un encart, fort peu critique, aux mesures de contrôle des mentalités des musulmans mises en place dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg, une innovation politique applaudie par les principaux théoriciens de « l’islamophobie », à l’instar de Daniel Pipes. Ces mesures partent du postulat que les musulmans peuvent être davantage suspectés que les autres d’être des adversaires des valeurs démocratiques.


D’une manière générale, les médias français dépeignent l’islam comme une menace pour les lois de la République, pour la laïcité, pour la liberté d’expression, pour les droits des femmes et, via le terrorisme qui lui est souvent associé, pour la sécurité du pays ou de « l’Occident » dans son ensemble. Il est souvent associé à l’islamisme, qui est présenté pour sa part, suivant une rhétorique importée des cercles néo-conservateurs aux États-Unis, comme un nouveau totalitarisme, comparable au nazisme ou au stalinisme. Cette analogie s’appuie sur des amalgames boiteux et sur une vision unifiée d’un fondamentalisme musulman et même du monde musulman, qui dénote une méconnaissance totale de l’islam. Ceux qui pratiquent ces associations évitent de justifier le lien entre islamisme et fascisme et préfèrent employer des néologismes à l’impact marketing bien plus fiable qu’une démonstration argumentée. On a ainsi vu l’essayiste médiatique et chroniqueur :

- au Point, Bernard Henri Lévy utiliser le terme « fascislamiste »
- et l’éditorialiste du Figaro, Yvan Rioufol, parler pour sa part de « nazislamiste ».
- Ces mots font écho au terme de prédilection du coordinateur des faucons états-uniens, Frank Gaffney, adepte pour sa part de l’épithète « islamofasciste » (LOL !!!). Les deux éditorialistes ne sont pas les seuls en France à pratiquer ces jeux de langage.
L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, désormais en pointe des médias français dans la dénonciation du « péril islamiste » et qui s’était déjà illustré lors de l’affaire des caricatures danoises, a publié le 1er mars 2006 un manifeste intitulé « Ensemble contre le nouveau totalitarisme », qui accrédite lui aussi l’amalgame entre islamisme et nazisme.

La plupart des auteurs des articles consacrés à l’islam ou des éditorialistes se focalisant sur ce sujet se défendent de pratiquer un amalgame entre islamisme et islam ou affirment ne pratiquer qu’une critique légitime d’une religion. Notre intention n’est pas de défendre une religion ou de restreindre sa critique, nous observons simplement que nombre d’entre eux instrumentalisent la critique de l’islam pour en faire un moyen déguisé, et légal, d’appeler à la haine et à la discrimination à l’encontre d’une population.
Dans son livre L’islam imaginaire, le journaliste Thomas Deltombe a analysé comment la parole médiatique dominante et le discours politique avaient progressivement construit un référentiel musulman pour désigner les populations françaises originaires des anciennes colonies. Commentant son ouvrage pour le site Oumma.com, l’auteur analysait ainsi les débuts du processus : « Au cours des années 1980, avec l’abandon des grilles de lecture marxistes et l’émergence de la « deuxième génération d’immigrés » sur la scène publique, on assiste à une première évolution : le registre « islamique » a tendance à être de plus en plus mobilisé par les médias pour parler d’« immigrés » qui ne sont plus, comme c’était le cas dans la décennie précédente, décrits d’abord comme des « travailleurs étrangers ». Ainsi, au moment où la question de l’« intégration » est placée au centre des débats, le recours à une grille de lecture « islamique » permet de perpétuer symboliquement la mise à distance d’un segment de la population dont chacun convient qu’il n’est plus « étranger ». Progressivement, selon l’auteur, on va voir se construire l’image manichéenne et sans nuance d’un islam bipolaire opposant « les musulmans intégrés » ou « modernes », présentés comme majoritaires mais sous-représentés quand il est question de l’islam dans les médias, opposés à « l’islamisme », présenté comme minoritaire mais sur lequel va se focaliser l’attention. Et la figure du terroriste va s’associer à celle de l’islamiste.
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  #2  
Vieux 21/09/2006, 16h59
Avatar de Javâd-Khan  
Date d'inscription: mai 2006
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Par défaut Re : Bon Dossier: "L'Islam fantasmé"

L’islam est donc le prisme au travers duquel les populations issues des anciennes colonies françaises sont présentées et au travers duquel il est possible de les stigmatiser en tant que groupe. Rappelons que cette association est devenue si naturelle aux yeux de certains hommes politique que lorsque le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, développa ses idées en faveur de « l’intégration » des populations issues de l’immigration maghrébine dans l’émission 100 minutes pour convaincre de la chaîne de télévision d’État, France 2, le 9 décembre 2002, il se déclara favorable, entre autres mesures, à la nomination d’« un préfet musulman ».
Notons que cette association entre les populations originaires du Maghreb et le terme « musulman » n’est pas nouvelle et renvoie à l’histoire coloniale. Il s’agissait en effet du nom générique pour désigner les populations indigènes dans les départements français d’Algérie, dénomination associée à un statut de citoyen de seconde catégorie.


La dénonciation des crimes coloniaux et de l’esclavage a été globalement critiquée dans les médias mainstream qui la présentent comme une expression politique communautariste, voire comme une marque d’hostilité contre « les Français ». Ce faisant, ceux qui manient cet argumentation excluent les populations noires ou arabes de la communauté nationale. En outre, ils disqualifient une revendication républicaine d’égalité en la qualifiant de « communautariste », alors que leur déni de l’Histoire manifeste un communautarisme blanc.
Des historiens comme Max Gallo ou Olivier Pétré-Grenouilleau, remettant en cause la présentation de l’esclavage comme un crime contre l’Humanité, ont été conviés sur de nombreux plateaux de télévision ou ont été largement interviewés dans la presse papier. M. Petré Grenouilleau a même reçu le Prix du Sénat du Livre d’Histoire 2005 pour son travail comparant l’esclavage des noirs pratiqués par les Arabes et les déportations de masse d’esclaves organisées par les puissances européennes.
Ces historiens, appuyés pour l’occasion par les milieux sionistes, reprochèrent aux mobilisations en faveur de la reconnaissance du crime esclavagiste de vouloir mettre sur le même plan la déportation et l’esclavage des Africains et la Shoah. L’argument glissa vite à une accusation d’un antisémitisme (LOL !!!) rampant de ces mouvements qui souhaiteraient, d’après leur détracteur, moins voir le crime de l’esclavage enfin reconnu que minimiser la monstruosité du génocide juif.


Dans le même temps, la rhétorique selon laquelle « l’Occident » devait cesser de s’excuser pour son passé colonial, thèse traditionnelle de l’extrême droite revendiquée, retrouva un nouveau souffle. Certains penseurs sionistes ou atlantistes ont rallié cette dénonciation du « complexe colonial » après les attentats du 11 septembre 2001. Ils déploraient un manque de mobilisation de l’Europe contre le « péril islamiste » et l’attribuaient au souvenir honteux du passé colonial. L’essayiste Pascal Bruckner fut, en France, l’un des principaux chantres de la dénonciation du complexe de culpabilité européenne, jugeant que ce traumatisme devait être évacué par « l’Occident » qui devait s’unifier contre « l’islamisme ». Il accusait le « complexe colonial » de pousser des mouvements de gauche français à se montrer trop conciliants avec « les islamistes ». Il déclarait même à propos du Réseau Voltaire qu’en contestant la version bushienne du 11 septembre, nous émasculions nos lecteurs et ouvrions la porte aux hordes islamistes pour qu’elle commettent un nouveau génocide. Le rejet du « complexe colonial » fut largement repris par les auteurs français qui, durant l’année 2005, publièrent plusieurs ouvrages dénonçant la complaisance d’une partie de la gauche française à l’égard des « islamistes » et la naissance d’un courant qualifié d’« islamogauchiste ».

La présentation d’un islam militant, adversaire de la démocratie, et voulant imposer ses valeurs à « l’Occident » et la dénonciation de la mobilisation en faveur de la reconnaissance des crimes coloniaux ont fini par former un agrégat argumentatif : les populations issues de l’immigration africaine souhaitent imposer leurs valeurs (« islamistes ») et leur lecture (« communautariste ») de l’Histoire à la communauté nationale française.
C’est l’approche que le journaliste du Nouvel Observateur Claude Askolovitch, par ailleurs pourfendeur régulier des liens entre mouvements altermondialistes et organisations musulmanes, développa dans le mensuel L’Histoire en septembre 2005. Dans un long article consacré aux difficultés de l’enseignement de l’Histoire dans les collèges et lycées français, le journaliste consacra l’essentiel de sa réflexion au poids que constituait la présence des jeunes musulmans dans les cours, les accusant de refuser les enseignements sur la Shoah, les approches historiques concernant ******* et de commettre des violences antisémites.

Lors des émeutes de novembre 2005, un certain nombre d’éditorialistes, de commentateurs ou d’experts médiatiques ont également avancé l’idée que, non seulement, les violences avaient des mobiles ethniques ou religieux mais qu’elles exprimaient une haine de la République française en tant qu’institution, voire un rejet de « l’Occident ». Philippe Val présenta les émeutiers comme des hordes antisémites. Alain Finkielkraut, dans une désormais célèbre interview à Ha’aretz », dénonça également l’antisémitisme des émeutiers et affirma que c’était l’identité judéo-chrétienne de la France qui était visée par les violences. L’essayiste médiatique avait consacré une partie de ses nombreuses interventions dans la presse mainstream les mois précédents, à dénoncer le développement d’un « racisme anti-blanc » chez les jeunes noirs et arabes français suite à des agressions survenues au cours des manifestations lycéennes de février et mars 2005.
On retrouva ces argumentations sur la violence raciste, et surtout antisémite, à l’occasion des commentaires médiatiques entourant le décès d’Ilan Halimi, jeune français juif, tué après avoir été séquestré lors d’un rapt crapuleux.
Conscients que la presse était allée trop vite et trop loin dans cette affaire, des intervenants conviés à une émission phare de la chaîne d’État France 5 consacrée à la déontologie des journalistes, rappelèrent que l’antisémitisme des criminels, s’il était avéré, n’impliquait pas que leur crime soit antisémite. Cependant, ils admettaient comme allant de soi que la foi musulmane des criminels était une preuve de leurs préjugés antisémites.

Non seulement les violences en France sont présentées comme étant majoritairement le fait de groupes classés ethniquement, mais elles peuvent également être présentées comme l’expression d’une haine raciste. Bref, elles sont analysées selon une grille de lecture similaire à celle qui a prévalu après les attentats du 11 septembre 2001 : il s’agit d’une déclaration de guerre du monde musulman à un « Occident » judéo-chrétien et démocratique haï.
En outre, comme les Français issus de l’immigration sont assimilés à l’islam, lui même assimilé au terrorisme, ils peuvent représenter une menace en devenant les vecteurs du terrorisme en France.

Ce portrait permet de construire une image inversée de l’identité française selon les médias dominants. C’est l’image d’une France appartenant avant tout à « l’Occident », ensemble culturel judéo-chrétien et démocratique dont l’action est globalement bénéfique pour le monde. Comme les populations originaires d’Afrique ne parviennent pas à « s’intégrer » en France, il faut conclure que les différences culturelles entre le monde « musulman » et le monde « occidental » sont très importantes et surtout que les civilisations sont globalement imperméables. La France est aussi menacée parce qu’occidentale.

Un tel portrait de la France l’éloigne de son idéal républicain et en fait un allié « naturel » d’Israël et des États-Unis dans la « guerre » qu’ils livrent au « terrorisme islamiste ».
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  #3  
Vieux 21/09/2006, 17h08
Avatar de Difkoum
Ce n'est pas du pepsi
 
Date d'inscription: août 2002
Messages: 10 812
Par défaut Re : Bon Dossier: "L'Islam fantasmé"

Rendons à Cesar ce qui lui appartien.

Cédric Housez
Spécialiste français en communication politique, rédacteur en chef de la rubrique « Tribunes et décryptages ».

Article copié/collé depuis le site du réseau voltaire.
__________________
L'Athée haut rit des âmes pauvres.
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  #4  
Vieux 22/09/2006, 00h52
Avatar de benkabss
 
Date d'inscription: août 2005
Messages: 8 257
Par défaut Re : Bon Dossier: "L'Islam fantasmé"

Citation:
Envoyé par Difkoum
Rendons à Cesar ce qui lui appartien.

Cédric Housez
Spécialiste français en communication politique, rédacteur en chef de la rubrique « Tribunes et décryptages ».

Article copié/collé depuis le site du réseau voltaire.
bien joue...
tu l'as grille..

personnellement je suis ne suis pas un adepte de ce reseau
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