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  #1  
Vieux 09/09/2003, 23h52
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Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

[img align=left]http://www.telquel-online.com/postpics/1063101387.jpg[/img]
A Tétouan, il circulait sous escorte et se faisait appeler "Mohammed VII". À 30 ans, ce richissime trafiquant de drogue avait "acheté la ville", et narguait tout le monde. C′est ce qui l′a
perdu. Portrait.

À chaque fois, que le roi se faisait livrer un nouveau jet ski, Mounir Erramach achetait le même et venait en faire à côté de lui. A chaque fois, on le chassait mais il revenait". Ceci est un exemple de ce qui se dit de plus fou à propos des aventures de Mounir Erramach. C’est dire à quel point les langues se sont déliées depuis son arrestation. Chacun a aujourd’hui une histoire extraordinaire à raconter sur lui. D’ailleurs, le personnage s’y prête admirablement. Son côté extravagant n’a laissé personne indifférent et c’est probablement pour cette raison que tout a été focalisé sur lui et qu’il est soudain devenu un bon produit, vendeur et rentable. Mais qui est vraiment Mounir Erramach ?

D’abord, un jeune assoiffé de pouvoir et fasciné par le personnage du roi. A Tétouan, l’homme se déplaçait en cortège, entouré de gardes du corps et se faisait appeler "Mohamed VII". En trois ans, le jeune trafiquant a réussi à amasser une fortune colossale chiffrée à plus de 200 millions de DH, rien qu’en biens immobiliers. Durant la même période, il a corrompu toute la ville de Tétouan, du plus petit douanier aux plus hauts responsables locaux. Mounir Erramach n’avait donc plus de respect pour personne. Tout lui appartenait. Sans vergogne, il enfreignait les règles les plus élémentaires du jeu. Ces règles, par exemple, veulent que, quand un officiel pénètre dans un endroit public et qu’un trafiquant s’y trouve, ce dernier doit s’éclipser sur le champ. Mounir Erramach a commencé à l’oublier. Très vite, il est devenu insolent et cela commençait sérieusement à déranger. C’est aussi à ce stade de son ascension que les dérapages ont commencé à prendre de l’ampleur. A l’exemple de cet avis de recherche qu’il a lancé un jour et dans lequel il promettait 100.000 DH à quiconque lui ramènerait la main d’un truand qui l’avait volé. De toute façon, qui aurait osé s’opposer à Mounir Erramach, lui qui avoue avoir régulièrement versé une somme mensuelle de 1.200.000 DH pour avoir la "paix" ?
Personne n’aurait imaginé que le studieux élève du lycée Hassan II ait pu un jour devenir l’un des plus grands truands du pays.
Après l’obtention de son baccalauréat (sciences-maths), Mounir Erramach suit naturellement le parcours de sa mère, trafiquante de cigarettes. Après avoir tout essayé pour l’en dissuader, elle finit par céder et lui présente ses connaissances, du temps où elle était mariée à un policier.
En 1995, soit trois ans après le bac, Mounir purge sa première peine de prison pour trafic de cigarettes après s’en être tiré la première fois en payant une simple amende. Il passe six mois derrière les barreaux. Un an plus tard, il remet ça, en prend pour 4 mois ferme , récidive en 1997 et passe encore un mois en prison. Trois condamnations en trois ans, cela fait beaucoup. A croire que le jeune n’est pas fait pour le job.
A moins que ce ne soient les cigarettes qui lui portent malheur. Il change de registre et se lance dans le transport de la drogue vers l’Espagne à bord d’un pneumatique appartenant à un Espagnol dénommé Frederic. Mounir se découvre une nouvelle vocation et les affaires marchent plutôt bien. Le temps d’apprendre les rouages du métier et Mounir s’installe à son compte. Il dispose maintenant de son propre moyen de transport et dégage de plus grandes marges bénéficiaires. Il enchaîne les opérations et travaille pour le compte des plus grands de la place. Son côté tête brûlée séduisait le milieu qui commençait à l’adopter. Mounir Erramach s’enrichit démesurément au point de payer la somme de 2 milliards de centimes pour se tirer d’affaire en 2002 lorsqu’il est encore une fois arrêté. Mounir est alors pris d’une fièvre d’acquisition et commence à acheter tout ce qui se présente à lui (voir encadré). En août 2003, Mounir Erramach franchit un pas de plus dans son insolence. Un pas de trop.

Fortune : L′homme qui valait 2 milliards

Au Maroc
• 2 comptes bancaires au Maroc et un troisième à Marbella. Soldes inconnus
• Immeuble de cinq étages. 1 milliard 200 millions de centimes
• Deux pizzerias, 15 millions de DH
• Restaurant à Marinasmir, 1 million de DH
• 3 appartements à Tétouan, 4 millions de DH
• Une station service, 11 millions de DH
• 20 appartements à Marinasmir, 18 millions de DH
• Restaurant Dar Lmarssa, 2,5 millions de DH
• Immeuble en construction, 4,5 millions de DH
• Terrain de 8000 m2
• Mercedes 500 SL, 1,5 millions de DH
• Mercedes 400, 950.000 DH
• Yacht, 2 millions de DH
• Deux jet ski, 330.000 DH

En Espagne
• 38 appartements à Marbella, 42 millions de DH
• 3 appartements à San Pedro, 9 millions de DH
• Restaurant à Puerto Banus, 5 millions de DH
Fortune totale estimée à 200 millions de DH.

Ceux qui sont tombés dans son sillage (au 3 septembre)
Magistrats
• Mohamed Benazzouz : substitut du procureur général à la Cour d′appel de Tétouan, présumé architecte en chef des dossiers de la drogue.
• Abdelkader Younssi : substitut du procureur général à la Cour d′appel de Tétouan, secondait souvent Benazzouz dans des dossiers jugés moins importants.
• Abdelaziz Zerhouni : président de la chambre criminelle, section détenus.
• Abdessalam El Hajoui : président de la chambre criminelle, section inculpés en liberté provisoire.
• Abdallah Salal : chambre criminelle, Tétouan.

Sûreté nationale
• Mohamed Charaf Eddine : inspecteur général, ex- préfet de police à Tétouan, pendant ses six mois de service à Tétouan, a renvoyé plus de 20 officiers.
• Mohamed Sekkouri : inspecteur général, ex-préfet de police à Tétouan. Il avait, auparavant, été à la tête de la police de Tanger et de Meknès avant de rejoindre l’administration centrale. Durant son court séjour à Tétouan, il aurait amassé une fortune conséquente. Erramach a déclaré lui avoir acheté une résidence meublée en Espagne.
• Abdelkrim Belaalmia : ex-chef de brigade anti-drogues à la PJ de Tétouan, en une année et demie, il a laissé apparaître des signes de richesse qui ont impressionné ses collègues.
• Youssef Jbara : commissaire divisionnaire, PJ Tétouan puis en poste à Ouezzane.
• Youssef Hrass : commissaire, a déjà exercé à Marinasmir
• Yassine Zwawi : ex-chef de brigade anti-drogue, soupçonné d’être l’intermédiaire entre Erramach (avec lequel il s′affichait souvent) et les responsables de la sûreté.
• Mostapha Laroussi : officier, connu pour son changement fréquent de voitures de luxe.
• Abdessadaq Boussalam : commissaire, ex-patron de la PJ.
• Mohamed Hassan : ex-chef de la sûreté de Fnideq

Armée
• Omari Zemzmi : commandant, 42 ans, natif de Oued Zem, a exercé dans la zone sud avant d’être affecté au nord pour
lutter contre l’émigration clandestine.
• Younes Bennani : capitaine, 30 ans, natif d’Agadir, lauréat de l’Académie militaire de Meknès, en fonction au nord depuis 1992, responsable de Oued Lmrsa, principal passoire des trafiquants.

Gendarmerie
• Abdellah Serhane : adjudant-chef
• Said Massou : sergent-chef
• Mostapha Merroun : sergent-chef

Douane
• Abdelkader Hbouli : agent technique

DST
• Ramzi M’rabet

Hommes d’affaires
• Mostapha Benaboud : richissime entrepreneur tétouanais.
• Ahmed Charafeddine : entrepreneur.
• Mostapha Titwani : entrepreneur.
• Mohamed Khadari : président de commune.

Telquel, Maroc
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  #2  
Vieux 09/09/2003, 23h58
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Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

Merci benzino pour l'info..desormais ou est sa richesse pour le faire sortir..

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  #3  
Vieux 10/09/2003, 00h06
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Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

Pour la première fois de son histoire, le Maroc sacrifie un grand nombre de ses responsables pour une affaire de drogue. Qui sont-ils ? Quelles étaient leurs méthodes ? Et surtout, jusqu′où l′Etat ira-t-il ?

"Aucune affaire n’est traitée en ce moment. La moitié des juges est en vacances, l’autre en prison". Dans les nouveaux locaux de la Cour d’appel de Tétouan, la phrase revient chaque fois que quelqu’un s’étonne du calme des lieux, d’habitude animés. L’entrée est sévèrement filtrée, le port de badges obligatoire pour les visiteurs, et l’accès aux différentes ailes du tribunal se fait sous escorte policière. Tout Tétouan ne parle plus que de l’affaire qui a provoqué un véritable séisme dans la ville, celle désormais connue sous le nom de "l’affaire Mounir Erramach". Dans la rue, des centaines d’histoires se racontent, toutes aussi surréalistes les unes que les autres. La presse quotidienne, qui titre sur l’affaire, est épuisée avant la mi-journée et des photocopies d’articles se vendent à 1 DH pièce dans l’après-midi. En cette fin de saison estivale, les touristes affluent toujours autant vers la ville de la colombe blanche. C’est qu’à part les discussions sur les terrasses des cafés, rien ou presque n’a changé. Les Tétouanais continuent à mener leur vie de tous les jours, ils ne sont ni choqués ni étonnés, mais tout simplement soulagés de voir que tout le pays partage désormais ce qui a fait leur quotidien pendant une bonne dizaine d’années. "Vous, les gens du Dakhil, s’étonne un journaliste local, un rien vous choque. Les bagarres au sabre et les coups de feu font partie de notre vécu et c’est nous qui devrions être surpris de voir que Rabat ne s’y intéresse que depuis l’affaire Erramach ".
Après "l’assainissement" de 1996, et avec l’arrestation des principaux barons de l’époque, tout le monde avait cru que le Maroc mettait définitivement un terme au trafic de la drogue. Un an auparavant, un rapport alarmant rédigé par l’OGD (Observatoire géopolitique des drogues) pointait du doigt de hauts responsables dans l’appareil de l’Etat. Driss Basri, alors ministre de l’Intérieur, donne un grand coup de pied dans le milieu des narcotrafiquants. "L’assainissement" a bien eu lieu, mais il n’était en fait qu’une gigantesque supercherie destinée à faire plaisir aux Européens puisque, après une accalmie de quelques mois, l’exportation du cannabis a repris de plus belle et jamais les quantités n’ont été aussi importantes. Les conséquences du coup de pied de Basri sont nombreuses mais on ne retiendra pour le moment que l’arrestation de Dib, Derkaoui, Yakhloufi et les autres, qui a laissé la place à une nouvelle génération de trafiquants, plus jeune, moins expérimentée certes, mais tellement pressée et assoiffée de vie qu’elle a réussi à s’imposer en un rien de temps. La génération "post-assainissement" était née.

[color=FF0000]Fait divers[/color]

Retour à Tétouan. Nous sommes le 3 août 2003, il est 2 heures 30 passées. Mounir Erramach se trouve au Baobar, une discothèque située à Kabila, entre Tétouan et Fnideq. Dans le procès verbal de la police, voici ce que raconte Erramach : "(…) Vers 3 heures du matin, Mourad Bouziane (intermédiaire entre trafiquants marocains et espagnols) est entré au Baobar . Il y est resté jusqu’à 4h30. A son départ, je suis sorti à mon tour. Dans le parking, il était hors de lui. Un des hommes de main de Hicham Harbouli (trafiquant toujours en fuite) avait brisé le pare-brise de sa Mercedes 500 SL. J’ai essayé de le calmer avant de lui demander de me suivre jusqu’à ma station service qui ne se trouve pas loin du Baobar. Quand nous nous y sommes tous retrouvés, je lui ai proposé d’aller déposer une plainte à la police. Je l’ai donc accompagné jusqu’à M’diq où nous avons déposé un de ses hommes devant le poste de la police pour s’occuper de la plainte. Au retour de ce dernier, nous sommes tous repartis vers la station et une fois là-bas, j’ai laissé Mourad avec ses hommes pour rentrer chez moi à Marinasmir pour me coucher. Quand je me suis réveillé, il était 15h30 et c’est à ce moment que j’ai appris qu’il y a eu une course poursuite entre Mourad Bouziane qui était accompagné par un de ses hommes et deux hommes de Hicham Harbouli". Dans sa déclaration, Mounir Erramach explique que cette animosité entre Bouziane et Harbouli date depuis le jour où ce dernier avait vendu une tonne de hachisch de mauvaise qualité à un Français et où Mourad Bouziane, jouant le rôle d’intermédiaire, avait vu sa réputation mise en péril.
Résultat de la course poursuite du 3 août : un accident et deux blessés graves à l’arme blanche, vite évacués à bord d’un véhicule privé vers une clinique à l’entrée de Tétouan. De fil en aiguille, les enquêteurs remontent jusqu’aux deux blessés qui recevaient leurs soins à la clinique. Une fois interrogés, plusieurs noms commençaient à tomber, dont celui de Mounir Erramach.

[color=FF0000]Coup de filet[/color]

Ce dernier est arrêté quelques jours après l’accident à Tanger. C’est un trafiquant notoire puisqu’il a plusieurs séjours en prison à son actif pour trafic de cigarettes, entre autres. Au fur et à mesure de l’avancement de l’enquête, l’affaire prend une ampleur inattendue. Les noms cités ne sont pas des moindres. Des juges, des responsables dans la police, la gendarmerie, les douanes, l’armée et même à la DST. Six corps vitaux qui tombent en quelques jours, une première. Le simple fait divers devient une affaire nationale qui menace l’équilibre même de l’Etat. La presse quotidienne revient chaque jour un peu plus sur les révélations d’Erramach, l’homme qui a corrompu toute une ville. Sur le PV officiel cependant, pas de traces des dites révélations, les noms d’officiels sont introuvables. Erramach se contente d’énumérer les opérations qu’il a menées ces trois dernières années et de raconter le film de la nuit du 3 au 4 août. Il paraît même serein, clair et précis dans ses réponses. De deux choses l’une, soit le PV a été nettoyé, soit, et c’est une version qui revient avec insistance, Erramach n’a jamais fait de révélations impliquant quiconque. Privilégions la première version puisque, pour des raisons évidentes de confidentialité de l’investigation, les enquêteurs avaient besoin d’agir dans la discrétion et intéressons-nous un peu plus à leur prise.
Il y a d’abord les trafiquants. Ceux directement impliqués dans cette affaire (Hicham Erramach et Mourad Bouziane). Trentenaires, ils se sont vite imposés sur le circuit de la drogue au Maroc et à l’étranger. Ils sont poursuivis pour "constitution de bande criminelle, trafic de drogue international, tentative d’assassinat et coups et blessures à l’arme blanche". Les perquisitions effectuées dans leur bastion, dans la région de Tétouan, ont permis la découverte d’un équipement, en un mot, impressionnant. Carabines, appareils de téléguidage GPS, pistolets, munitions, jumelles, sabres et armes blanches diverses, émetteurs récepteurs, outils de localisation par satellite, de nombreuses voitures de luxe immatriculées au Maroc et en Espagne, de grandes quantités de chira, des armes à décharge électrique, des zodiacs plus puissants que ceux de la marine marocaine et de la Guardia civil espagnole, une dizaine de bonbonnes de gaz de 25 kilos chacune, etc.
Les noms de trafiquants impliqués dans les opérations des deux barons de la drogue (Erramach et Bouziane) sont nombreux. Parmi eux, une grosse prise passée presque sous silence. "El Nene" (prononcez "néné", littéralement "gamin" en espagnol) est tombé. Mohamed El Ouazzani (ou Ettayeb) a été arrêté à Casablanca le 18 août. Espagnol (Sebtaoui) d’origine marocaine, il était poursuivi par Interpol (voir encadré) depuis qu’il s’était enfui d’une prison espagnole où il purgeait une peine pour meurtre.

[color=FF0000]Officiels ripoux[/color]

D’abord suspendus, de nombreux magistrats de la Cour d’appel de Tétouan ont vite été inculpés puis détenus, après que leurs noms aient été cités lors des interrogatoires. Dans sa conférence de presse, le ministre de la Justice a même affirmé, avant l’aboutissement de l’enquête, que "la moitié des magistrats de la cour d’appel étaient impliqués dans des affaires de drogue". Les avocats tétouanais vont plus loin que Bouzoubaâ pour affirmer que "sur la vingtaine de magistrats à la Cour d’appel, trois seulement n’ont vraiment rien à se reprocher". A l’écriture de ces lignes, cinq magistrats étaient en détention. Deux substituts du procureur général et trois présidents de la Chambre criminelle, tous directement impliqués dans des affaires de drogue. A Tétouan, on les appelle "les architectes des dossiers". Leurs "prestations" étaient "facturées" selon "une grille de tarifs" presque rendue publique. Pour avoir une idée, dites-vous que des sommes de 20.000 ou même 50.000 DH ne concernaient plus que la petite délinquance à Tétouan ; que les tarifs pour les affaires de drogue commençaient à 6 millions de DH en moyenne. Erramach n’a-t-il d’ailleurs pas avoué qu’en 2000, il a dû payer l’équivalent de deux milliards de centimes pour être acquitté ? L’enquête pour les magistrats s’est, pour le moment, arrêtée à Tétouan malgré la demande de certains avocats locaux de l′étendre à d’autres villes marocaines.
Côté police, l’enquête est remontée loin, "même trop loin" de l’avis de cet ex-responsable des RG à Tanger. Le nom de l’ex-patron de la Sûreté nationale, Hafid Benhachem a été cité plus d’une fois dans la presse. Plusieurs sources font état de son assignation à résidence ou de sa "future inculpation". Informations difficiles, sinon impossibles, à vérifier dans l’immédiat. En gros, on reprocherait à l’administration centrale de la Sûreté nationale de "vendre" les affectations dans la région du Nord. Qui dit vente dit investissement et donc obligation de rentabilisation, et de préférence à court terme. La police, déjà pointée du doigt après les attentats du 16 mai, ne trouve d’autre argument pour se défendre que cette mise au point qui revient, en off bien évidemment, sur la langue de plusieurs de ses responsables, "l’achat des affectations est aussi valable pour la police que pour la gendarmerie et la douane". Parlons-en justement de la gendarmerie et de la douane. Qui a-t-on inculpé dans cette affaire ? Un adjudant-chef et deux sergents pour la gendarmerie et un simple agent technique des douanes. S’arrêtera-t-on à ce niveau ? La question est légitime, d’autant plus que les enjeux et les sommes engagées dans de telles opérations dépassent par leur ampleur les postes des personnes inculpées. A Tétouan, et on en parle en connaisseur, on voit mal un sergent agir de son propre chef dans une opération où le préfet de police et le substitut du procureur général à la Cour d’appel sont parties prenantes. D’autant plus que c’est sur le territoire de compétence des gendarmes que l’essentiel des opérations est mené. De plus en plus, des voix s’élèvent pour que l’enquête aille jusqu’au bout et appellent "le ministre de l’Intérieur à prendre ses responsabilités" et réclament la démission du général Hosni Benslimane (voir débat).
Car ici, tout se fait en parfaite coordination entre les différents services. En règle générale, ce sont des hommes d’affaires qui jouent aux intermédiaires entre les trafiquants d’un côté et les responsables de l’Etat de l’autre. Un plan détaillé est alors établi et toutes les mesures sont prises pour le bon déroulement des opérations. Les Tétouanais parlent même d’un emploi du temps maritime détenu par certains hauts responsables locaux.

[color=FF0000]Complicités des deux rives[/color]

Sur le terrain, la côte qui sert au trafic de drogue va de Moulay Bousselham à Al Hoceima avec Martil au milieu pour délimiter le champs d’action des trafiquants du nord et ceux de l’est. Sur la côte Fnideq - Tanger, les points de passage sont connus de tous. Belyounech, Oued El Mersa, Dalia, Oued Rmel, Oued Aliane et Ksar Sghir pour ne citer que les plus pratiqués. Ces villages sont généralement difficiles d’accès et sont situés soit derrière une forêt épaisse, soit au creux de grands rochers. Oued El Mersa en fait partie. Le village se trouve dans une falaise entre deux montagnes rocheuses qui servent de dépôt aux trafiquants. D’ailleurs, c’est bien là que les plus grandes perquisitions ont eu lieu. A Belyounech, certains riverains racontent qu’avant l’incident de l’îlot Toura (à quelques centaines de mètres seulement), les trafiquants y stockaient leurs marchandises en attendant leur acheminement vers les côtes espagnoles. D’ici, Tarifa paraît si proche, qu’on pourrait la toucher du doigt. Ici et là, des postes de surveillance regardent indifféremment l’océan. Des petites guérites en bleu et blanc occupés par deux militaires. "On a déjà vu des m’khaznia charger les embarcations avec les trafiquants", raconte ce villageois. Khalid Al Attaoui, journaliste à Al Ahdat Al Maghribia, avait même publié un article datant du 27 avril où il décrivait le déroulement d’une opération de trafic à laquelle il avait personnellement assisté. Il dit avoir vu des gendarmes recevoir de la main de trafiquants des sommes d’argent et d’autres donner les instructions relatives aux marées, au changement de garde et aux rondes de la Guardia Civil. Le processus est d’une simplicité enfantine, mais extrêmement coûteux. Il suffit de disposer du bon intermédiaire, que ce dernier ait ses entrées chez les différents services pour que tout se passe sans embûches. Le responsable de la gendarmerie envoie les rondes à l’est alors que l’embarcation de haschisch traverse à l’ouest, même chose pour la Guardia Civil (puisque les complicités dépassent la rive marocaine). Le militaire en poste de surveillance, quand il n’escorte pas les trafiquants lors de l’acheminement des zodiacs et de la marchandise, fait comme s’il n’avait rien vu, ou chasse les curieux qui s’aventurent sur les lieux.

[color=FF0000]Pourquoi maintenant ?[/color]

Mais tout cela n’est pas nouveau. Le trafic de drogue ne s’est jamais arrêté, les méthodes n’ont pas changé et des incidents comme celui du 3 août sont fréquents. En septembre 2002, des coups de feu ont été entendus à Marinasmir et pas plus tard qu’en mai dernier, la même chose s’est produite dans le parking de l’hôtel Ahlen à Tanger. L’année dernière, trois personnes ont été tuées par balles sur le boulevard Youssef Ibn Tachfine, en plein centre de Tanger. Alors, pourquoi maintenant ? Réponse très directe : cette fois, l’incident a eu lieu à quelques centaines de mètres de la résidence du roi. Cela ne se fait pas. Pas quand le roi est là. Tout se serait donc enclenché à cause d’un coup de tête, un moment de colère. D’autres sources, sécuritaires celles-là, avancent que "l’opération coup de poing était préparée pour après les élections du 12 septembre". Selon des informations de plus en plus persistantes, un rapport très compromettant sur le trafic de drogue serait en préparation au niveau de l’Union Européenne. Ce qui expliquerait l’opération programmée. Seulement, pour les raisons expliquées plus haut, la campagne a été engagée plus tôt que prévu.

[color=FF0000]Tant qu’il y aura des champs …[/color]

La machine est donc aujourd’hui enclenchée, mais ira-t-elle jusqu’au bout ? Ou bien au contraire s’arrêtera-t-elle à ce niveau parce qu’on est déjà allé trop loin ? Le débat de la semaine essaie de répondre à cette question. Mais intéressons-nous à une autre, beaucoup plus terre à terre : pourra-t-on un jour arrêter le trafic ? Rien n’est moins sûr. D’abord, parce que la culture de cannabis est passée de 74.000 ha en 1996 à près de 200.000 ha aujourd’hui alors que le Maroc s’était engagé à réduire "considérablement" les champs de haschisch. Les détruire dans l’état actuel des choses provoquerait au mieux une émeute générale, au pire une insurrection générale.
Ensuite, et c’est le plus important, parce que la région ne vit plus que de cela. Il suffit de faire un tour dans la région. Toutes les infrastructures visibles de la route sont l′œuvre des trafiquants. A tel point que les nordistes considèrent les beznassas comme "la véritable agence de promotion des provinces du Nord". La région est loin de ressembler à une zone rurale, et c’est grâce encore une fois, aux barons. Dib, n’avait-il pas d’ailleurs créé à lui seul tout un village avec école, instituteur détaché du ministère, cantine, routes, etc. ?
Finalement, les surfaces consacrées au cannabis s′étendent au même rythme que l′aveuglement collectif. La légalisation revient toujours comme la solution la plus évidente. Au moment où l’Europe légalise la consommation, le Maroc ne gagnerait-il pas simplement à canaliser l’argent de la production ?

Telquel, Maroc
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  #4  
Vieux 10/09/2003, 09h50
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Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

Grave de grave le mohammed 7!! il etait temps de mettre un terme à ces bandits de campagnes.. merci benzino pr l'article
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  #5  
Vieux 10/09/2003, 10h13
Avatar de saidsahraoui
 
Date d'inscription: juillet 2003
Messages: 6 509
Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

Merci benzino pour cet article intéressant! tu as l'adresse du site web de tel quel?? :-D
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  #6  
Vieux 10/09/2003, 10h15
 
Date d'inscription: septembre 2003
Messages: 189
Par défaut Mounir Erramach : l′homme qui se prenait pour le roi

si possible m'envoyer aussi l'adresse :-D
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  #7  
Vieux 20/09/2003, 10h30
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Par défaut Affaire Erramach : Les juges jugés

Le procès des cinq magistrats tombés dans le sillage de l’affaire Mounir Erramach s’annonce corsé. Ces derniers font savoir, via leur avocat, Me Abdelatif Wahbi, qu’ils récusent leurs déclarations aux enquêteurs de la BNPJ. Selon l’avocat, la procédure s’appliquant aux magistrats a été violée de fond en comble : "Le procureur général adjoint auprès de la Cour d’appel de Tétouan, Ben Azzouz, a été arrêté chez lui sans l’ordre express du président de la chambre criminelle, comme le stipule la loi et avant même qu’il n’ait été démis de ses fonctions". Aujourd’hui encore, insiste Me Wahbi, "aucune accusation n’a été portée contre les magistrats poursuivis. En revanche, ils ont été interrogés en toute illégalité par la police." Ainsi, au lieu d’une protection due à leur statut exceptionnel, les juges poursuivis ont eu droit à un traitement exceptionnel qu’ils sont résolus à dénoncer.

Telquel, Maroc
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