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Vieux 14/09/2003, 06h25
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Par défaut A Cancun, la nouvelle unité du Sud est mise à l'épreuve

[img align=left]http://www.liberation.fr/objets/obj_18585.jpg[/img]



Des photos de l'agriculteur sud-coréen Lee Kyung Hae, sur la chapelle ardente dressée à sa mémoire à Cancun, au Mexique, où se tient le sommet de l'Organisation mondiale du Commerce. Il s'est suicidé d'un coup de couteau dans la poitrine pour manifester son dégoût de l'OMC et de sa politique.
© REUTERS




par Alan Wheatley et Doug Palmer

CANCUN, Mexique - Au deuxième jour de la conférence de l'OMC à Cancun, les Etats-Unis et l'Union européenne ont tenté jeudi d'enfoncer un coin dans la nouvelle unité affichée par les pays en développement pour réclamer la suppression des généreuses subventions accordées par Washington et Bruxelles à leurs agricultures.

L'actuel cycle de négociations sur la libéralisation des échanges, dit de Doha car il a été lancé dans la capitale du Qatar en novembre 2001, et dont Cancun constitue une réunion d'étape cruciale, vise théoriquement à réduire les obstacles tarifaires qui freinent le développement du Sud.

Un groupe de 21 pays dont certains gros exportateurs agricoles comme le Brésil, la Chine ou l'Inde, s'est constitué pour exiger l'abolition totale des aides sans même offrir de contrepartie, par un meilleur accès du Nord à leurs propres marchés.

En voulant s'imposer comme un interlocuteur de poids, ce "G21" présente-t-il une réelle menace pour les Etats-Unis et l'UE, les décisions de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) étant prises par consensus au sein de l'ensemble des 146 pays membres?

"Il y a un changement important dans la dynamique de cette organisation", a estimé le ministre australien du Commerce Mark Vaile, dont le pays milite au sein du groupe de Cairns pour la suppression des subventions agricoles et la réduction de nombreuses barrières tarifaires. "La balance penche davantage du côté des partisans de réformes", a-t-il ajouté.

[color=FF0000]QUEL CIMENT ?[/color]

Mais les Etats-Unis ont ironisé sur l'unité prétendue de ce nouveau groupe d'interlocuteurs.

"Le principe unificateur de ces pays n'est pas très clair à nos yeux", a déclaré Peter Allgeier, délégué adjoint au Commerce. "D'un côté, il y a certains de ces pays qui sont parmi les plus ambitieux sur la réforme de l'agriculture. De l'autre côté du spectre, il y a des pays qui n'ont pas été des avocats de la réforme", a-t-il estimé.

Un autre responsable américain s'est interrogé à voix haute sur le fait de savoir comment le Brésil, qui réclame une refonte totale des aides agricoles, pouvait cohabiter au sein du G21 avec l'Inde, qui possède certains des tarifs douaniers les plus élevés au monde et rechigne à ouvrir ses marchés.

"Nous sommes pas certains du ciment qui les unit, hormis le fait de vouloir que leurs voix soient entendues. Notre but est de travailler avec ceux qui partagent notre ambition plus large de faire que quelque chose se passe ici. Nous pensons qu'un grand nombre de pays membres de ce groupe sont dans ce camp", a dit ce responsable du gouvernement américain.

Du côté de l'Union européenne, on a estimé que le G21 "ne constitue pas une sorte de menace". "C'est une alliance temporaire qui veut pousser ensemble en faveur des intérêts communs de ses membres", a déclaré Arancha Gonzalez, une porte-parole des Quinze.

[color=FF0000]PAS DE LIBERALISATION A SENS UNIQUE[/color]

Les Etats-Unis et l'Union européenne sont accusés par les pays en développement de favoriser inéquitablement leurs propres agricultures en leur accordant 300 milliards de dollars par an.

Un échec de la réunion de Cancun sur la question des subventions agricoles, qui figure au coeur des discussions, signifierait l'échec de la conférence dans sa totalité.

L'Union européenne a posé des limites aux concessions qu'elle est prête à envisager et les Etats-Unis soulignent que la libéralisation ne peut être à sens unique.

"Si nous disons à nos agriculteurs de réduire leurs subventions, il nous faudra leur apporter quelque chose en échange", a prévenu Josette Shiner, déléguée adjointe au Commerce.

La journée de jeudi s'est déroulée sans incident en marge de la réunion, contestée par des milliers de militants altermondialistes.

Mercredi, quelque 5.000 manifestants avaient tenté de défiler jusqu'à la zone hôtelière de la station balnéaire mexicaine où s'est réunie l'OMC, protégée par de hautes barrières métalliques, mais ils en avaient été empêchés par la police mexicaine.

Un agriculteur sud-coréen s'était suicidé d'un coup de couteau en pleine poitrine et s'était écroulé au sein du cortège. Selon un ami, il se serait "sacrifié" pour manifester son dégoût de l'OMC et de sa politique.


Libération, France
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  #2  
Vieux 16/09/2003, 02h22
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Par défaut Cancun se conclut par un échec

La conférence ministérielle de l’OMC qui se déroulait à Cancun (Mexique) s’est terminée sur un échec. Les négociations ont échoué avant même d’avoir commencé sur le fond. Les pays riches estiment qu’il était prioritaire de négocier les termes de Singapour (investissement, concurrence, marchés publics, facilitation des échanges). Les pays pauvres, menés par le G-22 ont répliqué qu’ils ne négocieraient rien si l’OMC ne commençait pas par régler le dossier agricole (subventions et accès aux marchés). Ils ont claqué la porte comme à Seattle en 1999.


«Ce qui s’est passé est fort regrettable mais c’était à prévoir. On ne pouvait pas espérer à Cancun avoir pire qu’à Doha, et on a eu pire qu’à Doha. Que ceux qui nous offert cela prennent la responsabilité historique de l’échec de Cancun», a immédiatement déclaré à RFI Mme Aicha Agne Pouye, ministre de l’Agriculture du Sénégal. Dimanche, aux alentours de 16 heures, George Odour Ong’wen, un membre de la délégation du Kenya, est monté à la tribune pour déclarer la rupture des négociations : «C’est fini, ça suffit !». Les délégués ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), l’Union africaine et les PMA (Pays les moins avancés) n’ont pas supporté que l’ordre du jour des négociations portent sur les thèmes de Singapour alors que depuis une semaine, toutes les discussions de la conférence de l’OMC portaient sur l’agriculture et le coton.

«En commençant par Singapour, cela voulait dire que les pays riches ne voulaient pas tenir compte de la situation dramatique de l’Afrique. C’est une gifle ! explique un délégué du Burkina-Faso. Ils nous ont dit qu’il fallait négocier ces thèmes car c’était leur priorité et qu’ils ne pouvaient retourner en Europe et aux États-Unis sans avoir réglé la question». Les trois groupes africains ont répliqué que leurs priorités étaient la question agricole, l’accès au marché, les subventions et le coton. Devant la réponse négative, l’ensemble du G-22, qui représente plus de la moitié de la planète, a abandonné la salle sous les applaudissements des ONG qui voulaient que cette conférence ne puisse aboutir. Michel Egger, chef d’une importante ONG suisse souligne «qu’il valait mieux pas d’accord qu’un mauvais accord».

Dans ces conditions, Luis Ernesto Derbez, président de la conférence de l’OMC, a estimé qu’il serait impossible de débattre de l’agriculture dans des conditions d’équilibre acceptable et a décidé d’appeler à la clôture de la conférence.

[color=FF0000]Réactions[/color]

Néanmoins, la rupture des négociations à l’OMC est loin de résoudre les problèmes : «C’est un coup dur pour les relations multilatérales. Elle annonce un retour en force du bilatéral, explique François Loos, ministre français du Commerce extérieur. Or, dans ce cadre, ce sont toujours les pays qui ont les normes, les lois et les règlements les plus forts qui finissent par imposer leur voix.» Il estime que «de toute manière, il y aura un après-Cancun, il faudra tirer les leçons, reformuler les questions, être plus à l’écoute des autres, faire des choix et ne pas mélanger idéologie et pragmatisme, car lorsque l’idéologie l’emporte, le concret stagne, ce qui rend difficile les compromis». Un point positif à souligner : l’absence d’accord à Cancun ne remet cependant pas en question celui précédemment obtenu sur les médicaments.

Cancun est une occasion manquée pour le cycle de Doha, mais c’est aussi une chance à saisir. Les États membres de l’OMC doivent maintenant se tourner vers un autre modèle multilatéral, celui qui prétend fonder sa légitimité sur la participation de tous les États et de leurs peuples. Substituer à l’Organisation mondiale du commerce l’Organisation du commerce mondial.

Cette rupture des négociations favorise une nouvelle donne avec la montée en puissances des pays du Sud qui refusent de s’aligner sur les positions des pays riches. Le G-22, dont les lignes de partage ne sont pas Nord-Sud ni Est-Ouest, mais sont de plus en plus des alliances hétéroclites, démontre néanmoins une certaine unité et une force bien qu’en son sein, il y ait des pays aux économies asymétriques. Les propositions qui sont sur la table restent sur la table mais il faudra les aborder d’une nouvelle manière et régler en priorité les problèmes agricoles que le tiers-monde estime plus important que les intérêts des multinationales.

Il faut enfin que l’OMC, dont l’organisation est «médiévale», selon les propos du commissaire européen Pascal Lamy, revoie sans attendre son mode de fonctionnement pour être plus transparente dans ses décisions et plus pragmatique dans ses priorités.

Source : RFI
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