Amazighes de Libye : aperçu


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  #1  
Vieux 14/09/2003, 13h47
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Par défaut Amazighes de Libye : aperçu

Septembre 1969 - Septembre 1999, trente ans de répression, d’humiliation digne d’une véritable dictature...Durant cette période, le peuple libyen a souffert et continue à subir les caprices d’un régime qui est à bout de souffle, après des années d’essais et d’échecs successifs à tous les niveaux. Sur le plan politique, ce régime n’a rien innové à part, certaines méthodes de torture qui dépassent l’imagination. Un système qui a fonctionné depuis des décennies sans constitution, ni lois, ni droits, arrestations arbitraires, des centaines de prisonniers disparus, des milliers sous les verrous, liquidation physique de tous les opposants, des dizaines tués à l’étranger par des commandos de la mort. Ce peuple libyen qui a résisté à un lourd passé : sécheresse, maladie, misère, colonisations, guerres durant des siècles n’a pas de répit.
Libya, nom venu de la tribu berbère Libou, immense Sahara qui garde en mémoire les vestiges et les gravures de notre histoire. En 662, après quinze ans de lutte, les Arabes basés en Egypte l’emportent sur les Byzantins qui, en 532, avaient effacé près d’un siècle de domination vandale sur l’Afrique romaine. Les populations de la future Libye sortent du monde latin pour entrer dans l’ère musulmane. En 1551, l’empire Ottoman envoie ces pachas à la conquête de Tripoli. Une nouvelle ère de rackets et de harcèlements pour le compte des beys et des sultans commença. Trois cent soixante ans de colonisation turque sans aucune structure politique ni culturelle, les Turcs visaient seulement les intérêts économiques en exigeant des taxes très élevées à une population démunie. Ce qui explique le désastre linguistique et idéologique que nous subissons aujourd’hui et également dans toutes les ex-colonies turques (le triste exemple des Balkans nous le rappelle). 1911, avec le partage entre les pays occidentaux, la Libye revient à l’Italie, qui rentre en guerre contre un million de lybiens munis de fusils à poudre, hérités des turcs, pour affronter des chars et des armes modernes, cette résistance durera une trentaine d’années avec d’énormes pertes humaines surtout dans les régions berbérophones qui étaient déjà touchées par une guerre civile. La population de cette région a subi plusieurs fois la déportation et l’assassinat de milliers de civils à cause de la trahison de certains responsables arabisants (comme Mohamed Fkini qui a demandé, dans une lettre adressée au général Garciani, de ne plus permettre le retour des berbères chez eux car ils sont de redoutables ennemis aux italiens). Le Général Garciani confirme dans son livre “vers Fezzan ”, la déportation massive de Berbères et l’exécution du célèbre Sassi Khzam, cette période a été également marquée par une résistance farouche de combattants Amazigh des montagnes de Nafoussa, la région de Zwara au Nord, et l’Agir au sud de la Libye. Parmi les résistants, nous pouvons citer Youssef Kherbich, Suliman Elbarouni et Kalifa Ben Asker. Ce dernier était considéré comme un redoutable guerrier, notamment au sud dans la région Touareg. Autre personnalité libyenne digne d’être évoquée : Suliman Elbaraouni qui a tenté d’édifier cette période par la création de la République Tripolitaine en 1918, république berbère et l’impression de sa propre monnaie. Il a été l’auteur de nombreux écrits et poèmes ainsi que des articles dans les journaux turcs pour enfin créer son propre journal. Cet homme a également plaidé auprès des Nations Unies l’indépendance de la Libye. Il s’agit d’un personnage qui nous fait penser à Abdelkrim El-Khatabi par ses connaissances et sa manière de mener la guerre et les négociations. Suliman Elbarouni était sans doute une des personnalités berbères parmi les plus importantes en Libye. Il mourut en exil en Turquie en 1940.

Ces rappels historiques font référence à des cycles d’affrontements permanents et sans relâche mais malgré cette histoire désastreuse, les berbères ont survécu et ont conservé leur culture seulement par l’oralité. Il est étonnant aujourd’hui de découvrir une population qui a su garder sa langue d’origine durant tous ces siècles, sans école, sans écriture et sans aucun appui. La langue Tamazight continue à vivre, les imazighen ne manquent pas d’imagination pour sauvegarder leur culture, l’ibadite comme choix religieux en Libye a joué un rôle primordial face à l’arabisation. Les travaux de Ali Maamar et Omar Ennami témoignent de cette époque.

L’éclatement de la deuxième guerre mondiale, suivi par l’implication de l’Italie et la découverte du pétrole a précipité le départ des italiens et un semblant d’indépendance. En 1952, la Libye est proclamée Royaume libyen uni, un système monarchique à l’anglaise, à sa tête, le Roi Idriss El Mahdi El Sanusi, originaire de Mestaghanem. Ce système imposé au peuple qui n’a pas eu le choix d’un quelconque système jusqu’à nos jours. Dans la constitution monarchique, on relève dans l’article 192 : “ la langue officielle du Royaume est l"arabe ”. Durant ces années, nous remarquons le développement du nationalisme arabe avec Nasser en Egypte, le parti Baath, les frères musulmans, etc... et l’existence de multiples partis politiques en Libye et une presse importante (nous pouvons recenser plus d’une dizaine de journaux et de nombreuses maisons d’édition, bibliothèques...).

1969 : La prise du pouvoir par les militaires : La naissance de la République Arabe Libyenne va précipiter, la suppression de la Constitution, la dissolution du parlement et l’interdiction des partis politiques, des journaux, revues, la destruction publique des livres voir même les instruments de musique, la seule référence idéologique et culturelle reste le petit “livre vert ”, A partir de cette date, les problèmes identitaires surgissent pour la première fois. Une véritable confrontation s’engage, notamment dans les régions berbérophones. Ce régime nie les berbères dans leur identité culturelle et communautaire, il les assimile à une tribu arabe et leur langue à un singulier dialecte venu du Yémen. Dès les années 1970, le mouvement Amazigh est né avec l’héritage du passé Ibadite et la dure réalité dictatoriale, il a pris forme malgré le désordre et la répression, l’axe principal du travail préliminaire a été de faire prendre conscience à la population de son attachement à la langue Amazigh comme support d’expression et le refus de perte d’identité. L’offensive et l’acharnement de l’Etat à arabiser les régions Amazigh en commençant par la modification des programmes scolaires, falsification de l’histoire, l’interdiction totale de l’utilisation de la langue, de la musique et du chant Amazigh. Cette négation de l’existence berbère est répercutée à nos jours par des supports du pouvoir. Récemment, un “historien ” libyen Ali Khchim écrit “les berbères arabes ” pour traduire la pensée de son maître et ses intentions vis à vis de Tamazight. Une conférence a eu lieu à Tripoli autour de ce livre, celle-ci a provoqué une vaste polémique car les militants Amazigh ont su maîtriser le débat et démontrer les intentions de cet “historien ” qui a fini par appeler les services de sécurité comme dernière réponse. Saïd SIFAW, écrivain, poète et journaliste a été un des piliers de ce mouvement amazigh en Libye, suite à sa tragique disparition en 1994, une organisation au sein du groupe Amazigh, à l’intérieur et l’extérieur se constitue sous le nom du mouvement Amazigh libyen (Sifaw). Un tract a été distribué et publié dans plusieurs journaux : “ Libya est le nom historique de Tamazgha dans sa globalité. Aujourd’hui, la Libye ne peut être dissociée de cette entité que représente Tamazgha. La langue Tamazight est un des fondements constitutifs de la culture du peuple de cette région.” D’après ces réalités incontournables qui reflètent notre identité, la nécessité d’exercer un rôle efficace dans l’évolution de la civilisation et de l’humanité, et la preuve de notre détermination à fournir un travail positif, viennent renforcer notre volonté d’officialiser nos actions à l’échelle nationale et internationale. C’est ainsi que ce traduit la création de SIFAW. Son objectif repose sur la défense de l’identité, de la culture et de la langue Amazigh, d’assurer leur promotion et leur développement dans la modernisation grâce à un travail de prise de conscience.
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  #2  
Vieux 14/09/2003, 13h53
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quelques sites amazighs libyens :

1/ TAWALT


2/ LIBYAMAZIGH
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  #3  
Vieux 14/09/2003, 14h00
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Merci pour l'article.
Pays intéressant et malheureusement trop isolé du reste du Maghreb à cause de la longue domination fantasque de Khadafi. Après, il faudra un article sur les berbères d'Égypte. Ceux de l'oasis de Siwa.
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  #4  
Vieux 14/09/2003, 14h04
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de rien :-)

Vous voulez les entendre ?!

ICI
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  #5  
Vieux 14/09/2003, 14h11
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Le silence du désert
Siwa - Egypte
jeudi 15 mai 2003.


Mirage saharien aux confins de la Libye, Siwa la berbère reste une oasis mythique.
Au moindre congé, les Cairotes aisés fuient la capitale. Tournant le dos aux norias de touristes qui remontent la vallée du Nil jusqu'au Soudan, ils gagnent le delta fertile, la campagne du nord parsemée de pigeonniers et la côte de Méditerranée. Toujours plus à l'ouest, ils fuient vers Marsa-Matrouh, où les plages se couvrent d'ensembles balnéaires à l'occidentale baptisés New California, Venicia ou Costa del Sol.

Certaines sont encore en zone militaire, comme à El-Alamein, où reposent depuis 1942 les soldats de Rommel et de Montgomery. Là, le désert écrasé de chaleur est pierreux, monotone, à peine traversé par les chameaux et quelques véhicules tout-terrain.

Sous bonne escorte, c'est vers la Libye qu'il faut aller pour trouver les beautés des dunes et des palmeraies. Découvrir l'oasis cachée de Siwa, mirage saharien à 800kilomètres du Caire. Depuis Alexandre le Grand, cette oasis est un mythe. La légende veut que le conquérant macédonien de la Perse et de l'Egypte, après avoir fondé Alexandrie, vint à Siwa consulter l'oracle du temple d'Amon, le dieu des dieux. Ainsi un fils de Zeus reconnu dieu vivant des Egyptiens devenait le premier pharaon hellène. Nul ne sait si Alexandre, décédé à Babylone à l'âge de 33ans, ramené en Egypte, fut enterré à Alexandrie ou à Siwa. Dans l'oasis, la montagne des morts, le Gebel el-Mawta, est creusée de tombes où les sarcophages de l'époque gréco-romaine ont été pillés. Toutes n'ont pas été fouillées. Quatre d'entre elles, Si Amon, Niperpa Thot, Mesou Isis et la tombe dite du Crocodile, gardées et fermées à clé, contiennent des fresques murales comparables à celles des mastabas du Nil.

Située à 24mètres au-dessous du niveau de la mer à l'extrémité de la dépression de Qattara, Siwa la berbère s'étend sur 80kilomètres dans le désert de Libye avec ses villages de brique crue, ses palmiers, ses lacs salés. Restés très traditionnels, parlant peu l'arabe, ses habitants, les Issiwanes, vivent du commerce agricole, des dattes, des oliviers, de l'artisanat et se déplacent à dos d'âne ou à bicyclette. Fini le temps des caravanes. Le tourisme naissant nourrit de grands projets qui risquent de tout bouleverser. Ici, la vieille forteresse de Shali (« ville » en berbère), construite de rochers enduits de glaise et de blocs de sel, s'est écroulée lors de violentes pluies. Mais l'eau est tout pour la survie des hommes dans le désert : Siwa utilise les sources pour son système d'irrigation. Celle d'Aïn el-Hammam, surnommée Bain de Cléopâtre, est fraîche le jour, chaude la nuit.

A l'heure de l'appel du muezzin, avant même un premier chant de coq sous un palmier-dattier, quelle plus belle aventure que de partir tôt en 4x4 avec un guide pour bivouaquer dans ces dunes, au bout du monde… Surprise : sous le soleil brûlant, parmi les roches calcaires érodées par le vent, au détour d'une crête de la mer de sable, voici un étang surgi d'une source « miraculeuse », entouré de roseaux verts. A notre approche, deux hérons étonnés prennent leur envol. Le grand silence du désert s'installe.

Hugues Néel.
Le Nouvel Observateur.
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  #6  
Vieux 14/09/2003, 14h20
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L'oasis de Siwa, une légende à l'autre bout de Tamazgha ?
Récit d'un voyage pas comme les autres


Lorsque l'on parle de Tamazgha, on dit souvent que son territoire s'étend de Siwa (Égypte) jusqu'aux Îles Canaries. Mais Siwa a toujours été pour moi un mythe, un mystère car si lointaine et si difficile d'accès. De plus, il n'y a pratiquement aucune littérature sur Siwa si ce n'est quelques articles sur son système linguistique et son histoire ancienne. Et puis, je n'avais jamais rencontré quelqu'un qui l'ait visitée et qui puisse en parler vraiment. J'ai fini par me dire que Siwa ne doit être qu'un mirage qui vient alimenter ce rêve de grandeur qu'ont les Amazighs en particulier, mais qui caractérise tous les peuples minorisés. Pour en avoir le coeur net, la seule solution était d'aller vérifier sur place.

Je suis parti avec un ami, Saïd, sans aucune information, une aventure vers un inconnu qui est censé nous être si proche. D'emblée nous avons remarqué que même en Égypte (Le Caire, Alexandrie), les gens ne connaissent pratiquement rien de Siwa. Les uns nous ont dit que c'était une oasis comme une autre, d'autres nous ont conseillé que si l'on voulait faire du tourisme, il y avait en Égypte de bien plus belles oasis. Quant à la particularité linguistique de Siwa, il s'agit pour les uns d'un dialecte dérivé de l'arabe et pour d'autres, de l'arabe égyptien prononcé avec un accent particulier.

Le voyage fût long (environ 900 km de désert) mais beaucoup moins pénible que nous le craignions. À moins que ce ne soit la hâte de découvrir enfin la légende qui nous ait fait tout oublier. Le car, le moyen de transport le plus pratique, s'arrête très souvent pour des contrôles militaires très fréquents à cause de l'activisme islamiste, paraît-il. De loin, dès que commence à apparaître cet îlot de verdure au milieu de l'océan saharien, on est parcouru par ce sentiment de soulagement et de joie intense. L'oasis nous parait si petite, plantée en plein milieu de l'immense désert libyque. D'où que l'on vienne, il faut avaler des centaines de kilomètres de désert tantôt rocailleux, tantôt sablonneux formant des dunes qui ondulent à l'infini. De plus près, Siwa s'avère être une grande oasis qui s'étend sur environ 30 km de long et 20 km de large, entourée de deux grands lagons qui lui donnent un air féerique.

À l'arrivée du car, il y a toujours un petit attroupement de gens qui attendent, qui le courrier, qui les journaux, qui les médicaments, qui les touristes, etc. À notre descente du car, un adolescent s'approche et s'adresse à nous en anglais pour nous proposer son aide pour transporter nos bagages jusqu'à l'hôtel. Mon ami lui répond spontanément en amazigh. Le jeune homme ouvre de grands yeux, recule et hurle à l'adresse des autres : Ssawalen tasiwit ! ssawalen tasiwit ! (Ils parlent le siwi !), comme s'il venait de faire la découverte de sa vie !

Nous avons été adoptés dés cet instant- là par tous les habitants de Siwa, extrêmement heureux (nous et eux) de voir, montrer, discuter, toucher, comme pour vérifier que ces moments étaient bien réels. Nous avons rencontré un nombre incalculable de gens de tous les âges, de l'enfant de 5 ans au vieillard sans âge et de toutes les conditions sociales (disons tout de suite que les différences sociales ne sont guère visibles à Siwa). Partout la même joie d'échanger, de raconter leur histoire telle qu'ils la connaissent, de leur quotidien et surtout de poser des questions, infiniment de questions sur la réalité des autres régions amazighes, sur le mode de vie, sur l'histoire des Amazighs, sur la langue, sur l'écriture... Leur accueil a été tel que nous ne sommes pas restés suffisamment longtemps pour pouvoir répondre à toutes les invitations.

Les Siwis ont tous une immense soif de savoir ; car ce qu'ils savent n'est pas écrit et avec le temps, la mémoire de Siwa s'est progressivement effacée. Il faut également rappeler que Siwa était totalement fermée aux étrangers jusqu'au début des années 90, et que l'électricité n'y a fait son apparition qu'en 1985. Par ailleurs, les moyens de communication égyptiens ne sont pas spécialement tournés vers le reste de l'Afrique du Nord et les Siwis se sont trouvées ainsi privées d'information, vivant pratiquement en vase clos.

Tous les Siwis (environ 20.000) parlent tasiwit (l'amazigh de Siwa) qu'ils utilisent quotidiennement dans la vie courante. Ils n'utilisent l'arabe ou l'anglais qu'avec les étrangers. Partant de mes propres jugements d'Amazigh kabyle connaissant assez bien les autres composantes amazighes, le tasiwit me parait avoir plus des ressemblances avec le tachelhit ou le tachawit. Environ 40% des mots utilisés sont des emprunts au dialecte égyptien. Cela étant dit, au bout d'une semaine, un amazighophone de n'importe quelle région pourra communiquer très facilement en siwi. Les Siwis ne connaissent pas le système d'écriture tifinagh, ni l'usage des caractères latins. Des dizaines de fois, nous avons dû écrire aux gens qui nous le demandaient l'alphabet tifinagh qui les a particulièrement intéressés.

Les Siwis vivent presque en autarcie de la culture du palmier dattier, de l'olivier et du maraîchage. Il ne pleut pas beaucoup mais, paradoxalement, l'eau est très abondante. Il y a beaucoup de puits, de sources et de fontaines d'eau chaude, utilisée pour tout usage éventuellement après son refroidissement à l'air libre. Siwa produit et commercialise dans toute l'Égypte une eau minérale naturelle en bouteille qui porte son nom.

Les Siwis sont tous musulmans pratiquants et la densité de mosquées par habitant y est extrêmement élevée. Les coutumes sont très rigides, notamment en ce qui concerne les femmes. Celles-ci sont très rares dans les rues et dans les champs, toujours entièrement voilées de noir. Lorsqu'on les croise, elles se détournent et passent furtivement. Dans les lieux publics, y compris les boutiques et les cafés, il n'y a jamais de musique. En revanche, les prêches islamistes hurlantes sont diffusées à longueur de journée par des radiocassettes taïwanaises. À l'évidence, l'influence des Frères musulmans est extrêmement présente et pesante sur la société siwie.

Pourtant, il existe à Siwa quelques exemples d'espaces de libre expression pour les hommes (je ne sais pas s'il en existe de similaires pour les femmes). Comme dans toutes les oasis, on produit librement à Siwa cet alcool de palmier appelé lagbi ou lagmi consommé (avec modération) dans les fêtes ou entre amis. Autre curiosité, les Siwis ne vont jamais dans les cafés, qui sont réservés aux étrangers de passage. Ils se retrouvent entre eux, par groupes d'âge ou par affinités, dans des espèces de ‘saloons' installés dans chaque quartier, pour discuter, écouter de la musique, chanter, danser ou regarder la télévision.

http://www.mondeberbere.com/PARImazi...emple_amon.jpg

Pour le touriste, Siwa est truffée de curiosités et de sites historiques : les beaux vestiges de deux anciens villages typiques de Siwa, Shali au nord de l'oasis et Aghurmi au sud, le temple d'Amon (d'après les Siwis, c'est de là que vient le mot aman, ‘eau'), Adrar n lmuta ‘la montagne des morts', une montagne dans laquelle on a creusé des tombes et qui date de l'an 664 avant J.-C., sans oublier la Maison de Siwa qui est en fait le musée dans lequel on peut retrouver quelques traces de la longue histoire de Siwa. Trop longtemps enfermés, n'ayant pas connu d'autres environnements que le désert et la télévision égyptienne (un autre désert ! ), les Siwis, jeunes et moins jeunes, aspirent très fortement à échanger avec le monde extérieur et en particulier avec leurs frères des autres contrées de Tamazgha.

Il y a encore beaucoup de choses à raconter sur Siwa mais l'anecdote suivante vous donnera peut-être une idée sur l'état d'esprit des Siwis. Youssef est un jeune artiste à qui la municipalité de Siwa a commandé une stèle qu'elle souhaite bâtir sur la place centrale de Siwa. Il m'a montré son projet dessiné, représentant quelques symboles de Siwa (sources, Shali). Il m'a dit que depuis notre rencontre, il a décidé de le modifier en lui ajoutant le ‘Z' amazigh.

Belkacem LOUNES
février 1999

Voici quelques exemples de mots en tasiwit :

aman (eau), aksum (viande), agben (maison), akubbi (garçon), tletca (fille), talti (femme), teltawin (femmes), neta (lui), azemmur (olives), tini (dattes), maci (oui), oula (non), betin (qui ou quoi), cek (toi), tanta lhalnnek ? (comment vas-tu ?), siwel didi (parle avec moi), melmi (quand), melmig azragh cek ? (quand te verrais-je ?), zewelas (salue-le, n'est-ce pas de là que vient le mot «azul» ?)

mondeberbere.com
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  #7  
Vieux 14/09/2003, 14h23
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