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#1
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Voici un texte à titre d'information. Il n'est pas complet, mais il donne une première idée du projet. Interview de Mme Fatima Boukhris (linguiste, directrice du Centre de l’Aménagement Linguistique à l’IRCAM) par M. Moukhlis 1. Quelle est la stratégie du CAL en matière de standardisation ? La standardisation a pour objectif l’élaboration, à long terme, d’une langue standard, c-à-d. une langue qui, au delà des variations régionales, s’imposerait comme moyen de communication par des locuteurs susceptibles d’utiliser d’autres variétés linguistiques. La standardisation de l’amazighe s’impose donc, d’autant plus avec son introduction dans le système éducatif, et avec le rôle que cette langue est appelée à jouer « dans l’espace social, culturel et médiatique, national, régional et local » (cf. article 2 du Dahir portant création de l’IRCAM). Elle est parmi les missions essentielles du Centre de l’Aménagement Linguistique (CAL). Voici quelques postulats de base : - La standardisation de l’amazighe est réalisable. En effet, l’unité de l’amazighe est incontestable, facile à vérifier, et elle a été mise en évidence, depuis les débuts du siècle dernier, par plusieurs chercheurs qui ont travaillé sur cette langue. - La standardisation précipitée et non maîtrisée de l’amazighe est hasardeuse et peut porter préjudice à la langue. Elle peut aboutir à la création d’une langue peu naturelle, ou de ce qu’on pourrait qualifier de « monstre linguistique », et elle risque de ne pas être acceptée. - Le CAL, et partant l’IRCAM, a choisi une standardisation compositionnelle, qui part des trois grandes variétés de l’amazighe en usage au Maroc (tachelhite, tamazighte et tarifite) pour construire une langue unifiée. C’est un choix qui s’inscrit dans une perspective démocratique. Etant donné ce choix, l’approche ou la stratégie ne peut être que progressive. Par progressif s’entend : a- L’aménagement intradialectal : C’est un travail préalable à l’aménagement interdialectal, car la diversité caractérise les parlers qui composent un dialecte. C’est un travail qui demande moins de temps dans la mesure où des études existent. Pratiquement tous les aspects linguistiques de l’amazighe ont été décrits. Il existe des grammaires de différents parlers ou dialectes, des lexiques, des dictionnaires etc. Dans la perspective de l’aménagement intradialectal, le CAL a commandité un certain nombre de travaux, par voie de la recherche contractuelle, portant sur le lexique, la syntaxe et la morphologie des diverses variétés de l’amazighe. b- L’aménagement interdialectal : le travail de standardisation à ce niveau opère à partir des trois variétés de l’amazighe. Il faut préciser qu’à ce niveau, un grand pas a été réalisé depuis la création de l’IRCAM. En effet, la graphie tifinaghe est codifiée, le système phonologique de l’amazighe standard est déterminé et les règles d’orthographe, basées sur les propriétés grammaticales de la langue, sont fixées. Ces trois réalisations sont fondamentales car l’amazighe, langue jadis à tradition orale, est désormais dotée d’un système d’écriture. C’est un pas géant dans le processus de standardisation. Le travail de standardisation se poursuit sur les autres composantes de la langue, à savoir le lexique et la grammaire. Ainsi, la standardisation de l’amazighe est à construire dans le temps, avec l’adoption d’une stratégie à moyen et à long terme. Progressif, implique donc un effort à long terme, soutenu, dans le but d’aboutir à une langue standard et de modifier la fonction de la langue au sein de la société. La langue est un produit social, son acceptabilité par les usagers est une condition fondamentale et un gage de sa promotion. 2. Quelles difficultés particulières pose le processus d’unification de l’amazighe ? L’unification de la langue amazighe est un idéal auquel nous aspirons. Comme il a été souligné ci-dessus, l’unité profonde de la langue amazighe est incontestable. Elle est saisissable à tous les niveaux de la langue : lexical, morphologique et syntaxique. Mais la diversité est le revers de la médaille. Elle est plus accentuée au niveau phonologique et lexical qu’au niveau morphosyntaxique. Pour ce qui est de l’aspect phonologique, l’approche adoptée est souple, en ce sens qu’il est fait une distinction entre le niveau de l’écriture et celui de la prononciation. L’écriture est à tendance phonologique et la prononciation est libre en fonction des habitudes des usagers. Pour les autres niveaux de la langue (lexique et morphosyntaxe), nous avons retenu comme principe de sauvegarder la richesse de la langue en accordant une large part à la variation. Il faut souligner que le fait que la langue amazighe soit restée pendant très longtemps une langue orale, qu’elle n’a pas eu accès à l’enseignement comme les autres langues, ce qui a retardé son passage à l’écrit, en plus du cloisonnement des usagers des trois grandes variétés de l’amazighe, lui a causé du tort. 3. Comment gérez-vous la variation lexicale ? La variation lexicale est un phénomène naturel, elle caractérise toutes les langues. Si l’on prend l’arabe marocain par exemple, un même objet ou concept peut être nommé différemment selon les régions. L’amazighe ne fait donc pas l’exception. Il faut noter qu’il y a un fonds lexical commun à toutes les variétés de l’amazighe et qui concerne un certain nombre de secteurs comme le corps humain, l’habitat, les couleurs, entre autres. Mais comme il vient d’être dit, le lexique est parmi les domaines de la langue où la variation est la plus perceptible. Les différents cas de figure vont de la synonymie, au glissement de sens à l’antonymie ou sens contraire (un même mot qui a deux significations opposées selon les variétés où il est utilisé), etc. Tout en sauvegardant la richesse lexicale de la langue, il faut gérer sa variation dans une langue unifiée. Les différentes options, à titre indicatif, sont de considérer comme synonymes plusieurs mots qui ont le même sens, de redistribuer les mots de sens opposé en affectant un sens précis à chacun d’entre eux, de ne pas retenir un terme dont la signification choque dans une variété linguistique particulière, entre autres. Dernière modification par Touznayt ; 30/10/2006 à 03h42. |
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| 4. Quelles sont les actions réalisées et celles en cours de réalisation ? Il faut préciser que l’IRCAM fonctionne avec des programmes d’action approuvés par le Conseil d’Administration, lesquels programmes sont soit annuels soit pluriannuels et regroupent les différentes actions des centres de recherche de l’Institut. Les actions du CAL sont à caractère multiple. Elles oscillent entre la recherche action sur la langue amazighe, la gestion de la recherche contractuelle, la formation des formateurs en amazighe, le rayonnement du centre et de l’IRCAM en général, entre autres. Mais les actions fondamentales sont celles qui portent sur la langue et qui vise son aménagement. Dans ce cadre, un certain nombre d’actions ont été réalisées. Elles portent sur les axes suivants : 1) la codification de la graphie tifinaghe, la détermination du système phonologique de l’amazighe standard et l’élaboration des conventions orthographiques ; ces trois actions qui posent les premiers jalons de la standardisation de l’amazighe sont publiées dans l’ouvrage Initiation à la langue amazighe, paru en 2004. Un autre ouvrage présentant les trois questions avec plus d’approfondissement est sous presse. Il s’intitule Graphie et orthographe de l’amazighe. 2) Dans le domaine de l’aménagement du lexique et de la grammaire, deux travaux sont réalisés : vocabulaire de l’amazighe de base 1 et Eléments de grammaire de l’amazighe. Dans le but de mener une réflexion commune avec les compétences externes, sur diverses questions touchant la standardisation de l’amazighe, la variation et la convergence des variantes de l’amazighe, etc., le CAL a organisé trois colloques auxquels ont participé des enseignants chercheurs de différentes universités marocaines. Les actes du premier colloque (Standardisation de la langue amazighe) sont parus en 2004, ceux du 2ème colloque (Structures morphologiques de l’amazighe) sont sous presse et les actes du 3ème colloque sont en préparation. Sont en cours de réalisation, également, des actions sur d’autres aspects de la langue. Il s’agit d’un manuel de conjugaison de l’amazighe, de la terminologie grammaticale et du lexique des médias. Comme on le voit, les actions sur la langue visent l’accompagnement de l’introduction progressive de l’amazighe dans le système éducatif et médiatique. 5. Quels sont les grands axes de votre programme de formation des enseignants ? Il convient de donner quelques précisions : a) depuis l’insertion de l’amazighe dans le système éducatif en septembre 2003, l’IRCAM encadre les différentes sessions de formation des professeurs de l’amazighe en collaboration avec le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur, de la Formation des Cadres et de la Recherche Scientifique (MEN). b) La formation est continue en ce sens que chaque année, il est prévu plusieurs sessions de formation (cf. les circulaires 108, 82 et 90 du MEN). c) La formation est de courte durée. Elle varie entre 3 et 5 jours, exception faite de la première session de formation des formateurs en amazighes qui a eu lieu en juillet 2003 et qui était de 15 jours. d) Elle est destinée à des professeurs du primaire amazighophones qui ont déjà un savoir et un savoir faire en pédagogie et en didactique d’autres langues et une connaissance implicite des règles grammaticales, au sens large du terme, de l’amazighe puisqu’ils sont des locuteurs natifs. e) La formation comprend deux modules : le module langue que dispense le CAL et le module pédagogie qui est pris en charge par le Centre de la Recherche Didactique et des Programmes Pédagogiques (CRDPP) de l’IRCAM. Ces différents facteurs déterminent le programme de formation des enseignants établi par le CAL. C’est un programme qui suit une progression et qui essaie de répondre aux besoins immédiats des enseignants de l’amazighe. Deux grands axes sont retenus : l’écriture de l’amazighe et les règles de fonctionnement de la structure de la langue. Le premier axe a pour objectif d’amener l’enseignant de l’amazighe à maîtriser l’alphabet tifinaghe, à utiliser correctement les règles d’orthographe et à prendre conscience des choix de l’IRCAM dans l’opération de standardisation au niveau de l’écrit. Par le deuxième axe, il s’agit de sensibiliser l’enseignant au fonctionnement de l’amazighe dont il connaît implicitement les règles, comme il a été dit ci-dessus. Concrètement parlant, il s’agit de le sensibiliser à la morphologie nominale et verbale, à la structure de la phrase, aux caractéristiques du lexique, etc. 6) Comment évaluez-vous cette formation ? La formation des enseignants de l’amazighe, telle qu’elle vient d’être décrite, essaie de répondre à une urgence en matière des ressources humaine. En dépit de son caractère limité (nombre de jours, effectif élevé des enseignants à encadrer, infrastructure, etc.), elle a pu atteindre les objectifs qui lui ont été assignés, du moins dans les AREF où nous avions pu intervenir. En effet, les enseignants maîtrisent rapidement l’écriture en amazighe (en tifinaghe et selon les conventions développées par l’IRCAM), les règles grammaticales et sont sensibles au processus de standardisation. Néanmoins, cette formation ne peut perdurer, car, d’une part, le nombre des enseignants à encadrer chaque année ne cesse de croître, en raison de la généralisation progressive, verticale et horizontale de l’amazighe ; d’autre part, la formation initiale est la seule qui puisse garantir un enseignement de qualité de l’amazighe. Ce qui est une solution d’appoint pour lancer l’enseignement de l’amazighe -la formation actuelle- ne pourra constituer une règle pour l’amazighe. 7) Etes-vous sereine pour l’avenir de la langue amazighe au sein de l’école marocaine ? Non, je ne le suis pas. Mais il faut souligner quand même que l’intégration de l’amazighe dans le système éducatif, quelles que soient les conditions dans lesquelles elle s’est faite, est à saluer parce que c’est un grand pas et un tournant décisif dans l’histoire de la langue. Mais il y a énormément à faire pour réussir l’intégration en question. Il s’agit, entre autres et en premier, de la formation des cadres de l’amazighe en intégrant la langue et la culture amazighes à l’université et dans les différents centres de formation (CFI, CPR et ENS). Un point est également important, c’est celui du statut et de la place de l’amazighe à côté des langues enseignées au Maroc. 8) Votre dernier mot. Deux défis sont à relever : la standardisation de l’amazighe et la réussite de son intégration dans le système éducatif, processus qui sont tous deux enclenchés. Leur réussite incombe à tous. Les passages mis en relief sont d'après moi les idées à retenir. Certaines d'entre elles sont contestables, mais je vous laisse vous faire votre idée. Dernière modification par Touznayt ; 30/10/2006 à 03h50. |