Femme, exemple de galère au quotidien parmi tant d'autres


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Vieux 31/10/2006, 15h16
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Plages misogynes : la galère du maillot

A moi les plaisirs de la plage! C’est décidé, aujourd’hui, je lâche tout. Je me fais plaisir. Je m’écoute ! J’écoute mon corps ! Je me prépare passionnément un bon sandwich, prends une bouteille d’eau et deux belles pommes que je croquerai en admirant le magnifique ballet des vagues…

Soumaya Naamane Guessous


C’est une journée bien ensoleillée. Idéale pour aller s’oublier face à la mer, s’allonger, livrer son corps à la nature et à ses bienfaits. Confier sa peau au soleil qui se chargera de la dorer et la câliner par la douceur de ses rayons. Un beau teint hâlé qui vous donne l’air de mener une vie de vacances paisibles, loin du stress quotidien. S’abandonner à la caresse de la brise marine tout en humant la savoureuse odeur d’iode pour vidanger des poumons chargés de pollution des pots d’échappement des véhicules qui vous rendent le teint grisâtre ! L’idéal pour recharger des batteries maltraitées par une vie bien mouvementée !

Mise en situation
Inutile d’aller à une plage loin de Casablanca pour éviter de commencer cette belle journée par les agressions des chauffards. Je choisis une plage à la sortie de la ville. Me voilà sur le sable dont le contact chaud sur la plante de mes pieds me donne déjà une plaisante sensation de bien-être. Il y a un monde fou ! C’est clair, je ne suis pas la seule à avoir eu cette bonne idée ce matin !
Trouver un petit carré de sable vacant. A peine j’étale ma serviette que trois jeunes hommes se précipitent sur moi, se bousculant pour arriver chacun le premier : “Je vous apporte un parasol ?”. Oui, je veux bien un parasol pour mettre ma sacoche à l’ombre. Je m’adresse à l’un d’eux. Voilà que les trois partent sur un échange de propos violents. Le ton monte. Le langage devient de plus en plus vulgaire : “Putain de ta mère, je te dis que je l’ai vue avant toi !” Du calme ! N’oublie pas que tu es là pour te détendre ! Je finis par les départager en désignant l’heureux élu parmi eux qui aura le privilège de me louer son parasol. La bagarre repart de plus belle. Mon parasol planté, je m’assois sur ma serviette, décidée à entamer ma détente.

J’enlève ma robe, ajuste mon maillot deux pièces et m’allonge. La symphonie des vagues ! Quel plaisir ! Mais voilà que je sursaute, les tympans explosés par des milliers de décibels d’une chanson raï au goût très discutable. Je me lève, me retourne vers la source de la cacophonie : une bande de jeunes hommes déchaînés qui applaudissent, confondant le bord de mer avec un concert de Cheb Mami au complexe Mohammed V. Comme pour couvrir la musique raï, une autre bande diffuse encore plus fort une musique populaire, style chikhates. : “J’en ai marre”, se lamente la chanteuse. Moi aussi !
Je me lève, m’approche d’eux, les regarde droit dans les yeux et leur dit d’un ton respectueux et même un peu maternel : “S’il vous plaît, vous voulez baisser le volume ?” La réponse ne se fait pas attendre, mais sur un registre autre que celui de la courtoisie : “Mêle-toi de tes affaires. Tu devrais avoir honte de te promener nue ! A ton âge !” Effrayée, je regarde mon maillot, de peur d’avoir oublié de fermer mes soutiens-gorge. Non, tout est en ordre. “Va te stère (te protéger) d’abord !”, me somma l’un d’eux.

J’insiste. Je les informe qu’ils peuvent utiliser des écouteurs pour ne pas déranger le voisinage. L’avalanche des mots vulgaires qui s’abat sur moi me fait prendre conscience de ma faiblesse en tant que femme seule, sur une plage, sans homme à mes côtés pour me défendre ! Je ne vaux rien ! Je cherche un secours autour de moi. Un père de famille qui réagirait, offusquée par la situation. Walou !

Fuite en avant
Soit ! Je plie ma serviette et je marche, toujours en maillot, à la recherche d’un coin paisible. Chemin faisant, je remarque les regards qui me toisent méchamment, j’essuie les flots de paroles de certains groupes ou individus pas très tendres : “Ouah ! Quelle terma (croupe)” “Viens ma chérie, on va s’occuper de toi !” “Eh lammima (mère), t’as pas honte de te promener nue !”
Je me réfugie à côté d’une famille, certaine de trouver la paix. Un couple, deux vieilles dames et 5 enfants, dont un bébé dans une poussette. Allongée, j’essaye de garder mon calme. Mais voilà que le bébé hurle à tue-tête, sans que sa famille en soit dérangée. Puis, un chuintement bizarre s’impose à mes oreilles. Je lève ma tête pour essayer de comprendre ! Non ! Je rêve ! C’est le sifflement d’une cocotte minute qui mijote sur une petite butane ! Un tajine est en train de cuire, là, à la plage, sous un parasol !

Positive, ne te laisse pas atteindre par ces agressions ! Je me couche et continue à bronzer. Le bébé persiste dans ses hurlements ! S’ajoute le cri strident d’une jeune fille qui ne retrouve plus son sac : “Je suis allée nager et je surveillais de loin mes affaires. Qui m’a pris mon sac ?” Attroupement autour de la victime. Un agent de sécurité arrive et lui fait remarquer qu’elle n’avait pas à quitter son sac pour aller nager !
Je ferme mes yeux et mes oreilles, je me coupe du monde. Je bronze. Mmmm ! Que c’est bon ! Mais voilà qu’un corps non identifié s’interpose entre moi et mon soleil ! J’ouvre les yeux. La tête penchée sur la mienne, il hurle : “Tguermila ! Tguermila !” Abasourdie, je réalise que c’est un garçon qui me propose des cacahuètes ! Non, pas de cacahuètes ! Je bronze. Une autre ombre qui me propose ses beignets tout chauds à la confiture ! Non, non ! La baniiiille ! Non, non et non ! Mes beaux chapeaux de talienne (Italie) ! Nooooon ! Je vais les lui faire manger, ses chapeaux !

Les pieds dans l’eau
Bon, j’en ai assez ! Je vais aller marcher dans l’eau, histoire d’y noyer mes déboires. Mais que vais-je faire de mon sac ? Pas question de le laisser sur la serviette. Soit ! Je marcherai dans l’eau avec mon sac sur les épaules ! Je me dirige vers l’eau, ce qui est une véritable épreuve de slalom géant ! Je dois faire attention à ne pas marcher sur les ordures : squelettes de pastèque et de melon, peaux de banane, noyaux de pêche et d’abricot, pots de yaourt, débris de verre. Pourtant, il y a des poubelles !

Le bord de la mer est infesté de footballeurs improvisés qui se ruent vers les ballons comme des essaims d’abeilles. Se protéger des ballons, des coups de pieds des footballeurs, supporter leurs tirades obscènes, sentir les mauvaises odeurs qui se dégagent de leurs aisselles. La rage : l’un d’eux s’approche de mon oreille pour me lancer : “Viens beauté que je te le mette là !” Il me touche les fesses. C’en est trop ! Mais où suis-je ? Mon naturel jaillit violemment ! La civilisation me quitte. Je m’entends riposter : “Mets-le dans ta mère !”. Arrivée à ce stade, il devient urgent pour moi de quitter ce lieu de repos ! Intervient le coup de grâce : je croise trois hommes dont l’un d’eux me lance : “Tfou ! Va protéger ton corps !”

Le choc ! Je lance un coup d’œil aux femmes m’entourant. Seules les petites filles portent des maillots et quelques jeunes filles. La majorité des femmes qui se baignent porte des robes longues, des tee-shirts et pantalons, des qmaïsse, de longues serviettes bien nouées autour de la taille. Mais quand elles quittent l’eau, leurs corps sont bien moulés et suggestifs dans leurs habits mouillés ! Faisant partie d’une minorité qui se baigne en maillot, je comprends que ma tenue paraisse comme une nudité. Je rêve ! Où suis-je ? En Arabie Saoudite ? Est-ce bien mon pays où dans les années 60 déjà, les citadines qui le souhaitaient se promenaient en maillot en toute quiétude ? Il est où mon Maroc, celui où, fillettes, adolescentes, jeunes filles et femmes se mouvaient en toute sécurité au bord de la mer ? Et ces jeunes sans aucune éducation, d’où sortent-ils ? Personne ne leur a appris à respecter autrui, à respecter les femmes, à veiller à ne pas déranger les autres, à considérer que leur liberté s’arrête là où commence celle des autres ? C’est quoi ces jeunes déchaînés, sans scrupule, vulgaires, sans aucune notion des limites individuelles ? Est-ce les effets de la frustration sexuelle, est-ce un manque de discipline ? Ou tout simplement un mépris pour les femmes ?

Il est vrai que je suis dans une plage accessible à la population par les transports publics. Mais ne n’est pas une raison pour en faire un souk ! Enfant et adolescente, je passais mes vacances dans la maison de plage de mes parents. Les enfants des douars avoisinants étaient nos compagnons de jeu. Nous partagions les mêmes règles de politesse. Ils nous respectaient et nous protégeaient en cas de besoin. Je n’ai aucun souvenir de ces attitudes, même chez les ruraux qui fréquentaient cette plage. Ecœurée, je retourne à ma serviette ! Plutôt là où j’avais laissé une serviette, qui a disparu. Trop, c’est trop !
A côté de moi, un père bat son fils qui a refusé de mettre sa casquette. Hurlements du gosse. Insultes du père. Ok ! Mes tortionnaires ont gagné ! Je ramasse mes clics et mes claques !

Dernière modification par Zohra ; 31/10/2006 à 15h27.
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Vieux 31/10/2006, 15h17
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Changement de décor
Caaaaalme-toi ! Je prends ma voiture et me dirige vers une de ces plages privées, quelques kilomètres plus loin. Je vais retourner à la civilisation. A ma civilisation ! 60 DH à l’entrée. Interdit de manger d’autres aliments que ceux du restaurant. Ah bon ! Et mon sandwich et mes belles pommes ? Un transat, un parasol, une musique assourdissante qui me vient de quatre baffles situés juste derrière ma tête. Non, on ne peut réduire le volume, les gens aiment écouter la musique au bord de la mer. Ok ! Si les gens aiment, je vais supporter.

Autour de moi, des femmes de tout âge. Certaines sont allongées, maquillées, coiffées avec soin, le corps bien enduit de divers produits solaires. Leurs bijoux scintillent sous les rayons solaires. Sacoches signées, trousses signées, serviettes signées, sandales signées. Les sonneries des téléphones mobiles se relaient. “Allo ! Oui, je suis à la plage. Il fait booo ! Bes-laaaamtek !” Est-on aussi indispensable à la marche du monde pour ne pas quitter son portable face à la mer ? A-t-on besoin de hurler ainsi dans une conversation téléphonique ?

Ma curiosité de sociologue prend le pas sur mes intentions de passer une tendre journée de détente. J’observe ces femmes affalées sur leurs transats, à siroter les différentes boissons qu’elles commandent aux serveurs. Certaines ont des enfants qui jouent à côté d’elles. A voir la manière avec laquelle elles leur parlent, on sent qu’elles sont dérangées. Certaines de ces femmes n’ont pas bougé de leur place depuis plus de deux heures ! Certaines chassent, l’air dégoûté, les grains de sable qui leur collent au corps. Je les épie pour savoir si elles vont finir par se lever, accompagner leurs enfants sur le sable, construire avec eux des châteaux, creuser des trous, jouer au ballon, se baigner. Non, cela ne fait pas partie du programme. Histoire de complexes
Rares sont celles qui vont nager. Je me dis que c’est peut-être par pudeur ou par crainte des regards des conservateurs qui occupent la plage, au-delà des limites de cet espace privé où je me trouve. Certaines sont accompagnées de leur femme de ménage dont l’une ne doit pas dépasser les 12 ans, bien enveloppées dans leurs habits, suant à force de courir derrière des bambins débordant d’énergie. Mais ma voisine se plaint des enfants d’aujourd’hui qui sont difficiles. Je lui demande pourquoi elle ne laisse pas son fils se baigner. “J’ai peur qu’il ne se noie. Il n’y a pas de maître-nageur.” Je scrute le bord de mer pour repérer un éventuel maître-nageur. Effectivement, je n’en vois pas. Plus tard, je découvre un seul maître-nageur pour toute une plage. Assis à discuter avec une bande de jeunes filles ! De temps en temps, il souffle fort dans son sifflet, histoire de justifier sa présence.

Mais pourquoi ma voisine n’irait-elle pas se baigner avec son fils pour le calmer, pour partager avec lui un moment de plaisir ? “Ma grossesse m’a abîmé le corps. Regarde mon ventre. Je n’ose plus me montrer en maillot. Je préfère rester allongée pour qu’on ne me voie pas !” “Mais vous êtes bien et vous n’avez pas à vous complexer. Si vous aimez la mer, profitez-en !” “Ah non ! J’ai pas le courage ! C’est horrible comme les Marocains sont négatifs. Ils n’arrêtent pas de regarder et ils te jugent d’abord par ton corps. Je ne veux pas être critiquée.” Je lui suggère d’ignorer le regard des autres. “Je ne peux pas ! Je suis heureuse quand je suis à l’étranger. Personne ne fait attention à toi. Chacun s’habille et se comporte comme bon lui semble. C’est vraiment la paix. On se sent soi-même. On n’a pas besoin de se comporter conformément au regard des autres.”

D’autres femmes se mêlent à la discussion pour se plaindre de leurs bourrelets, de leurs seins flétris, de leur culotte de cheval, des kilos qu’elles ont pris en hiver. Je leur suggère de se mettre en maillot une pièce. “C’est pire, il met en valeur tous tes débordements !” “Moi, j’ai pas eu le temps de me faire épiler. Je me cache dans mon coin pour que personne ne voie ma chouha.” Je lui fais remarquer que ses poils ne sont pas visibles : “Siiiii ! Wily ! Regarde !”

Pensive, je regarde passer les hommes en maillot. Ceux de mon espace privé et ceux de la plage publique. Des ventres gros et gras, des cuisses bien dodues, des poils tapissant le corps entier. Ils sont heureux, eux. Ils ne sont pas gênés par le regard des autres. Ils ne sont pas continuellement en compétition. Ils ne sont pas accusés de créer la concupiscence quand ils promènent leur corps en maillot sur les plages. Ils ne sont pas censés séduire les croyantes et créer le chaos ! Un homme en maillot à la plage est un individu qui profite de sa journée. Une femme en maillot à la plage est une provocation, une source d’érotisme ! Les femmes aussi désirent, peuvent être attirées par des corps masculins. Mais cela, les hommes ne l’admettent pas et les femmes ne l’avouent pas.

Le regard de l’autre
Les éclats de rires de mes voisines me tirent de mes réflexions. “Regarde celle-là. Franchement, elle devrait se cacher. On dirait une Orangina ! Si j’étais comme elle, je ne viendrais même pas à la plage.” Quelle intolérance ! Pourquoi être toujours à critiquer ou à chercher la perfection partout. Cette femme qui se plaignait de ce que le regard des autres est dévastateur, ne se rend pas compte qu’elle y contribue grandement, qu’elle entretient le poids du regard des autres. Elle en est responsable et victime en même temps !
Il est vrai que de très nombreuses femmes ne s’affichent pas en maillot par complexe par rapport à leur forme, leur poids qui ne correspondent pas aux normes telles imposées implicitement par le dictat de la mode.
“J’adore nager. Mais j’ai arrêté depuis des années, parce que j’ai pris 15 kg.” Je la regarde perplexe. Mais on est à la plage. Pas à un défilé de Barbie ! Et qui a décrété qu’un corps de femme doit être sculpté pour bénéficier des bienfaits de la nature ? “Regarde ces jeunes filles. Elles ont de la chance d’être minces et musclées. Mais tu verras, dès qu’elles se marieront, elles deviendront comme nous et je te jure qu’elles ne déambuleront plus ainsi avec fierté !” Je lui fais remarquer que je n’ai aucun complexe et que j’accepte mon corps tel qu’il est. “Tu as de la chance de ne pas faire attention aux autres. Comment tu fais ?”
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  #3  
Vieux 31/10/2006, 15h18
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Comment je fais ? Mais je ne me pose même pas la question. Je suis là pour moi et non pour exhiber un corps de mannequin. Je sais maintenant pourquoi de nombreuses femmes se promènent en paréo ou avec la serviette autour de la taille. Que ce soit par pudeur, je comprends. Pour céder à cette pression récente de l’environnement et pour éviter le regard des autres ? Je n’en reviens pas ! Bon, je me lève pour aller me baigner. Là aussi, je me rends compte que peu de femmes circulent en maillot. Il est vrai que certains regards vous mitraillent, histoire de vous rappeler votre tenue indécente.
Une grosse femme, bien téméraire, passe devant moi, bien dissimulée derrière son paréo. Une bande de jeunes hommes lui barre la route : “Regarde-moi cette belle bouée. Ach-hima (la graisse). Je peux me mettre sur toi pour nager ?”

Quelle incorrection ! Quelle intolérance ! Quelle arrogance !
J’entreprends une marche dans l’eau et m’éloigne de l’enceinte de la plage privée. J’essaye de ne pas me laisser décourager par les regards et les propos indécents de nombreux hommes. Des jeunes et des moins jeunes, qui vous lancent des phrases par ci, des insultes par là. Même des petits gamins qui s’exercent à la drague, juste pour vous embêter, juste pour se prouver leur virilité. Des jeunes filles sont harcelées par des dragueurs de tout âge. Certains vont jusqu’à les toucher. Elles changent de direction. Les dragueurs ne lâchent pas prise. Des marchands ambulants vous mettent sous le nez toutes sortes de produits, y compris des DVD de films piratés. Des femmes vous harcèlent pour vous décorer les mains au henné. J’arrive sur les rochers et m’assois pour méditer sur mon sort et celui de mon environnement.
Derrière moi, un couple avec deux enfants. Le père est barbu, la mère est voilée. Le père, en maillot, se rafraîchit joyeusement. La mère, les pieds dans l’eau, transpire sous son voile. Les deux garçons, en maillot, barbotent dans l’eau. La fille, de 13 ou 14 ans, porte un jogging, un foulard bien mouillés. Le père me dit avec un ton respectueux : “Changez de place, s’il vous plaît. Ici c’est un endroit pour les familles.” Inutile de dialoguer. Je rebrousse chemin vers mon espace privé. Je me sens compressée. Une forte pression sur les épaules.

Je reviens à ma transat. Je sors une pomme. Je la croque avec violence pour me libérer de ma rage. “Vous n’avez pas le droit de manger d’autres aliments que ceux de notre restaurant !” Non, encore une persécution ! Ma parole, je deviens paranoïaque ! Je quitte l’espace privé et me mets sur le sable, face à la mer qui était censée me délivrer de mon stress. Je remarque que peu de femmes jouent au ballon, peu de femmes marchent, peu de femmes nagent, peu de femmes bougent. La plage est un espace où se meuvent les corps masculins. Je me sens étrangère à cette ambiance. Une sensation désagréable, due au fait de ne plus retrouver mes repères dans un environnement qui est le mien.

Dictats de la mode. Pas de respect pour la femme non escortée par un homme. Carence d’un système éducatif qui a failli à l’essentiel : le respect de l’éthique, de la discipline et d’autrui… Mais que sommes-nous devenus ? Et où allons-nous ?





publiée le 01/07/2006
dans FEMMES DU MAROC
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  #4  
Vieux 31/10/2006, 15h23
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où tu veux en venir Zohra ...
Moi je reconnais , vous êtes libres les femmes, faites ce que voulez,
juste laissez nous tranquille !
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  #5  
Vieux 31/10/2006, 15h27
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en fait, c'est au gens et surtout les mecs de changer leur regards sur les femmes. parske c'est souvent du Faites ce que je dis mais pas ce que je fais!!
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  #6  
Vieux 31/10/2006, 16h44
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Tout d'abord ce texte est super long mais qu'est ce qu'il est intressant !!
C'est la stricte vérité tout ce qui est décrit dans ce témoignage est véridique, tout ces scènes je les ai vu de mes yeux, je me suis senti parti r au bled en l'espace d'un instant j'ai pris mon temps pour le lire comme pour ne pas revenir tout de suite sur terre.
Merci Zohra pour ce post très intéressant, il est vrai que les hommes sont de moins en moins respectueux, mais tout ça c'est si réel je me disaisj'ai déjà vu ça, c'est grave comme même, mais pour cette femme c'etait vraiment pas sa journée.
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  #7  
Vieux 31/10/2006, 17h21
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Citation:
Envoyé par ZOHRA
Plages misogynes : la galère du maillot

A moi les plaisirs de la plage! C’est décidé, aujourd’hui, je lâche tout. Je me fais plaisir. Je m’écoute ! J’écoute mon corps ! Je me prépare passionnément un bon sandwich, prends une bouteille d’eau et deux belles pommes que je croquerai en admirant le magnifique ballet des vagues…

Soumaya Naamane Guessous


.........
Les pieds dans l’eau
Bon, j’en ai assez ! Je vais aller marcher dans l’eau, histoire d’y noyer mes déboires. Mais que vais-je faire de mon sac ? Pas question de le laisser sur la serviette. Soit ! Je marcherai dans l’eau avec mon sac sur les épaules ! Je me dirige vers l’eau, ce qui est une véritable épreuve de slalom géant ! Je dois faire attention à ne pas marcher sur les ordures : squelettes de pastèque et de melon, peaux de banane, noyaux de pêche et d’abricot, pots de yaourt, débris de verre. Pourtant, il y a des poubelles !
Le bord de la mer est infesté de footballeurs improvisés qui se ruent vers les ballons comme des essaims d’abeilles. Se protéger des ballons, des coups de pieds des footballeurs, supporter leurs tirades obscènes, sentir les mauvaises odeurs qui se dégagent de leurs aisselles. La rage : l’un d’eux s’approche de mon oreille pour me lancer : “Viens beauté que je te le mette là !” Il me touche les fesses. C’en est trop ! Mais où suis-je ? Mon naturel jaillit violemment ! La civilisation me quitte. Je m’entends riposter : “Mets-le dans ta mère !”. Arrivée à ce stade, il devient urgent pour moi de quitter ce lieu de repos ! Intervient le coup de grâce : je croise trois hommes dont l’un d’eux me lance : “Tfou ! Va protéger ton corps !”

Le choc ! Je lance un coup d’œil aux femmes m’entourant. Seules les petites filles portent des maillots et quelques jeunes filles. La majorité des femmes qui se baignent porte des robes longues, des tee-shirts et pantalons, des qmaïsse, de longues serviettes bien nouées autour de la taille. Mais quand elles quittent l’eau, leurs corps sont bien moulés et suggestifs dans leurs habits mouillés ! Faisant partie d’une minorité qui se baigne en maillot, je comprends que ma tenue paraisse comme une nudité. Je rêve ! Où suis-je ? En Arabie Saoudite ? Est-ce bien mon pays où dans les années 60 déjà, les citadines qui le souhaitaient se promenaient en maillot en toute quiétude ? Il est où mon Maroc, celui où, fillettes, adolescentes, jeunes filles et femmes se mouvaient en toute sécurité au bord de la mer ? Et ces jeunes sans aucune éducation, d’où sortent-ils ? Personne ne leur a appris à respecter autrui, à respecter les femmes, à veiller à ne pas déranger les autres, à considérer que leur liberté s’arrête là où commence celle des autres ? C’est quoi ces jeunes déchaînés, sans scrupule, vulgaires, sans aucune notion des limites individuelles ? Est-ce les effets de la frustration sexuelle, est-ce un manque de discipline ? Ou tout simplement un mépris pour les femmes ?

Il est vrai que je suis dans une plage accessible à la population par les transports publics. Mais ne n’est pas une raison pour en faire un souk ! Enfant et adolescente, je passais mes vacances dans la maison de plage de mes parents. Les enfants des douars avoisinants étaient nos compagnons de jeu. Nous partagions les mêmes règles de politesse. Ils nous respectaient et nous protégeaient en cas de besoin. Je n’ai aucun souvenir de ces attitudes, même chez les ruraux qui fréquentaient cette plage. Ecœurée, je retourne à ma serviette ! Plutôt là où j’avais laissé une serviette, qui a disparu. Trop, c’est trop !
A côté de moi, un père bat son fils qui a refusé de mettre sa casquette. Hurlements du gosse. Insultes du père. Ok ! Mes tortionnaires ont gagné ! Je ramasse mes clics et mes claques !
c'est l'enfer que tu décris là, pas le paradis du bord de mer... effectivement ça me rappelle des souvenirs sur la plage de mohammedia, mais pas à ce point tout de meme, quoique...
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  #8  
Vieux 31/10/2006, 17h24
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Quelqu'un peut me faire un chtit résumé?
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  #9  
Vieux 31/10/2006, 17h29
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Citation:
Envoyé par mkindy
Quelqu'un peut me faire un chtit résumé?

Oui Mkindy avec plaisir malgré que tu es rejeté les hommes sur un autre topic/

En résumé, c'est une jeune femme qui s'en va à la mer pour décompresser et qui est sans cesse importuné par les mecs qui ne la respecte pas, qui la drague sans cesse, qui critique son maillot 2 pièces, et qui est dévisagé par des barbus.
Elle ne reconnait plus son pays qu'elle a quitté, et au final se sent mieux dans son pays d'adoption.
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  #10  
Vieux 31/10/2006, 17h32
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Citation:
Envoyé par mkindy
Quelqu'un peut me faire un chtit résumé?
Moi je n'ai lu que ce que Doudouzazou a mis en gras. Ce que j'ai compris c'est que nos plages sont trop sales et que les jeunes ne laissent pas les femmes en maillots de bain tranquilles.

PS: j'ai lu en diagonale donc...
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Climb high! Climb far! Your goal the sky. Your aim the star.
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