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| ANKARA (AFP) - Plus de cent mille Turcs ont rendu samedi un dernier hommage à Bülent Ecevit, ancien Premier ministre à la rare réputation d'honnêteté et qui ordonna l'intervention de l'armée turque à Chypre en 1974. Des obsèques nationales ont été organisées pour cet ancien chef charismatique qui s'est éteint le 5 novembre à l'âge de 81. Dès les premières heures du matin une foule nombreuse s'était réunie sous un ciel gris et le froid dans le centre d'Ankara devant le siège du parti de la gauche démocratique (DSP). Le disparu avait dirigé la formation jusqu'aux dernières élections législatives de 2002 où le parti avait essuyé une cuisante défaite, perdant tout ses sièges au parlement. Le cercueil d'Ecevit, recouvert d'un drapeau turc, a été transportée de la clinique militaire où il est mort au DSP puis au parlement où les plus hauts dignitaires lui ont présenté leur respect. Le chef de l'Etat Ahmet Necdet Sezer, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, ainsi que son principal rival politique, l'ex-Premier ministre et président de la République Süleyman Demirel, ont assisté à une cérémonie. Kenan Evren, ex-homme fort du coup d'Etat militaire de 1980 qui avait brièvement emprisonné et interdit Ecevit de politique, l'ex-leader des chypriotes turcs Rauf Denktash et son successeur Mehmet Ali Talat étaient également là. Le cortège s'est ensuite dirigé vers la grande mosquée de Kocatepe où l'attendaient sur l'esplanade 20.000 personnes, scandant "l'homme du peuple, Ecevit". Des dizaines de milliers d'autres étaient massées aux alentours. La police a pris des mesures de sécurité draconiennes pour assurer l'ordre pendant les obsèques qui coïncident avec un congrès du parti de la Justice et du Développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir. Pas moins de 10.000 policiers étaient déployés. Les autorités craignaient que les obsèques ne se transforment en manifestation contre le gouvernement islamo-conservateur accusé d'éroder les principes laïques. Le Premier ministre Erdogan et ses ministres ont été hués par la foule à la mosquée sous les slogans "la Turquie est laïque et le restera". Le cercueil a ensuite été posé sur un affût de canon qui a traversé la capitale jusqu'au cimetière national où reposent les anciens présidents. Ecevit y a été enterré grace à une loi spéciale. Tout au long du parcours des gens ont jeté des fleurs sur le cercueil. Ancien journaliste et poète, M. Ecevit avait étudié la littérature anglaise et le sanskrit. L'ordre donné en 1974 aux troupes turques d'intervenir contre Chypre, en riposte à un coup d'Etat d'ultranationalistes chypriotes grecs qui voulaient rattacher l'île à la Grèce dirigée par une junte militaire, lui ont valu le surnom de "conquérant de Chypre". Pendant une vie politique de presque 50 ans, cet homme à l'aspect chétif, portant la moustache et une casquette de marin, son symbole, a lutté en faveur de la classe ouvrière et de la défense de la laïcité. Malgré un bilan politique mitigé, il était très respecté pour sa vie modeste et sa probité dans une classe politique minée par des affaires de corruption. Il était épaulé par sa femme Rahsan, son amour de jeunesse. Le couple n'a pas eu d'enfants. Par Burak AKINCI |
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