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Liban - La victoire incontestée du Hezbollah lors de la dernière guerre qui l’a opposé à Israël lui a donné des ailes au sein même de la classe politique libanaise. Après avoir soufflé le chaud et le froid, le parti de Dieu décide de sévir, et entraîne avec lui le mouvement Amal. Les Libanais qui avaient accueilli avec satisfaction le 6 novembre dernier la reprise du dialogue politique, retrouvent le goût amer de la crise. Après d’interminables réunions entre toutes les tendances politiques et religieuses du pays, le couperet est tombé samedi. Les cinq ministres chiites du cabinet de Fouad Siniora ont tous remis leur démission au Premier ministre. Il s’agit de Faouzi Salloukh, ministre des Affaires étrangères, Mohamed Fneich, ministre de l’Energie, Trad Hamada, ministre du Travail, Mohamed Jawad Khalifa, ministre de la Santé, et Talal Sahili, ministre de l’Agriculture. Sèchement refusée par le chef du gouvernement, cette démission collective et sans nul doute ethnique risque d’aggraver les clivages politiques et de donner un sérieux coup de massue au chantier inter-libanais. «Nous avons démissionné parce que la majorité insiste pour exercer le pouvoir toute seule […], nous ne voulons pas de ministres qui suivent aveuglément la majorité», a lancé, furieux, hier, Mohamed Raad, chef de file du Hezbollah à la Chambre des députés. Mais si cette crise témoigne d’une chose, c’est surtout du fossé qui ne cesse de se creuser entre la majorité parlementaire dirigée par Saad Eddine Al Hariri et l’alliance conclue entre le parti de Dieu et le Courant national libre. Dirigé d’une main de maître par Michel Aoun, ce courant récolte un à un les fruits de son opposition au gouvernement actuel. Artisan incontestable de l’entente contre-nature avec Hassan Nasrallah, l’ancien Premier ministre par intérim du Liban reste sans conteste le grand gagnant de la nouvelle crise que traverse son pays. Et ce sont bien les Forces du 14 mars qui se trouvent encore affaiblies par cette épreuve. Diminués depuis que le Hezbollah leur dispute la légitimité politique au sein même du Liban, la coalition qui rassemble Saad Al Hariri, Walid Joumblatt, Naïla Moawadh, Amine Jemayel et Samir Jaajaa se voient également bousculés par le président de la République. Pro-syrien jusqu’au bout des ongles, Emile Lahoud n’a pas lésiné sur les mots pour discréditer la majorité parlementaire dans son pays. «Le président Lahoud a informé le Premier ministre Fouad Siniora que son gouvernement avait perdu sa légitimité constitutionnelle et que de ce fait, toute réunion du cabinet est anticonstitutionnelle et sans valeur», pouvait-on lire dans le communiqué cinglant de la Présidence libanaise. Mais cette réaction de la part du chef de l’Etat libanais était plus que prévisible, puisque les ministres démissionnaires défendent la même ligne politique que lui. Près de trois mois après la fin de la guerre dévastatrice qu’il a subie, le pays du Cèdre se voit de nouveau confronté à un avenir plus qu’incertain. Au lieu de faire fi de leur appartenance religieuse ou ethnique, les formations politiques accentuent leurs divergences et hypothèquent de plus en plus le consensus né au lendemain du 14 août 2006. Au même moment à Washington, Georges W. Bush et Ehud Olmert devront sans doute aborder le problème libanais. Avec cette tension, c’est une épine de plus qui disparaîtra de leur pied. Par Mohamed Khaled Drareni - La Tribune, le 13 novembre 2006. Liban : A qui profite la crise ? |