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La paix au Liban, risque mortel pour Israël L'un des éléments sous-jacents de l'agression israélienne est soigneusement ignoré par nos médias. Il est pourtant vaguement évoqué dans les déclarations sur une «solution globale». Question qui fâche: est-il préférable pour Israël d'avoir un interlocuteur libanais démocratiquement élu ou un pays aux tensions exacerbées et aux milices à nouveau incontrôlables? Question que l'on peut lier, me semble-t-il, aux derniers événements en Palestine. La destruction du gouvernement élu de Gaza déclenchée le jour même de la reconnaissance implicite de l'état israélien par le Hamas apporte une réponse plutôt claire... Un des nœuds du problème réside dans le droit au retour des Palestiniens. Ce droit au retour garantit aux Palestiniens chassés en 1948 la possibilité de, hé bien, retourner chez eux. Rien qu'au Proche-Orient, ils sont environ 4 millions, dont «seulement» 1,4 million en Palestine (Gaza et Cisjordanie). Ce sont les chiffres du Monde diplomatique pour 1999. Selon Alain Ménargues (Le Mur de Sharon, 2004), «Dans le “Grand Israël”, cher au Premier ministre Ariel Sharon, il y a aujourd'hui 5,1 millions de juifs et 4 millions de Palestiniens. À ce rythme, les Palestiniens deviendront majoritaires entre 2007 et 2013. Ils atteindront alors 8,1 millions, contre 6,7 millions de juifs.» Les résolutions internationales sont claires sur ce point (essentiellement: résolution 35/168 du 15 décembre 1980: «The General Assembly [...] reaffirms the inalienable right of the Palestinians to return to their homes and property in Palestine, from which they have been displaced and uprooted, and calls for their return [...]»). Ou plutôt, sur deux points: le droit au retour est lié au droit à l'autodétermination. De fait, l'arrivée d'un gouvernement bénéficiant de la légitimité d'élections libres et moins accommodant pour encore «temporiser» marquait la possibilité que ce gouvernement utilise cette légitimité pour démarrer la création d'un véritable État, donc réaliser enfin l'autodétermination palestinienne. État qui aurait eu toute légitimité à faire valoir ses droits au niveau international, dont le droit au retour des exhilés (devenus, alors, des expatriés). Si la partie de l'accord Hamas-Fatah du 27 juin 2006 consacrée à «la création d’un État “sur tous les territoires occupés en 1967”» a été abondamment commentée selon l'axe de la reconnaissance implicite d'Israël, elle affirme avant tout la proclamation d'un État palestinien! Un État palestinien enfin proclamé, nul ne pourrait prétendre lui interdire d'accueillir sur son territoire ses propres ressortissants... Or, pour tous les partis de gouvernement israéliens, ce droit au retour est fondamentalement considéré comme menant à la destruction de l'État juif. Accéder au droit au retour c'est renoncer au fondement même de l'idéal sioniste. Vous pouvez par exemple consulter le dossier du site Chrétiens et Juifs consacré au droit au retour des Palestiniens (une très abondante documentation est disponible en ligne). D'ailleurs, lorsque les Palestiniens revendiquent publiquement le droit au retour, il n'est jamais bien loin qu'Israël explique que ces gens-là veulent la destruction d'Israël. La question démographique (le rapport entre le nombre d'Arabes et de juifs en Palestine), évidemment liée au droit au retour, est au centre de l'activité politique et stratégique israélienne. Imaginons maintenant le Liban tel qu'il se développait avant l'agression israélienne. Gouvernement nettement pro-occidental, démocratiquement élu, une concertation nationale visant notamment à réformer et renforcer la légitimité démocratique des structures étatiques, le retour dans le très court terme de très nombreux expatriés, un «boom» économique (sans mauvais jeu de mot) promis lui aussi à court terme, l'intégration du pays dans le concert des nations que les médias occidentaux considèrent comme des interlocuteurs légitimes... Et, à moyen terme, la question des relations avec Israël. Question d'ailleurs déjà évoquée à plusieurs reprises par de nombreux politiques libanais. Travailler à l'élaboration d'un traité de paix. Tout le processus récent de normalisation du Liban, avec à sa tête un gouvernement pro-occidental, menait directement à cela. Or, l'une des questions centrales d'un traité de paix entre le Liban et Israël est le droit au retour des palestiniens. Des points comme la libération de territoires que les Libanais considèrent libanais, la pacification de la frontière, la libération des prisonniers, la normalisation des dernières milices, le désarmement des camps palestiniens, la fourniture des cartes des champs de mine au Sud Liban, etc., ce sont toutes des choses acceptables (et négociables) par les deux parties dans l'optique d'un traité de paix. Le droit au retour des palestiniens, à l'inverse, n'est négociable par aucune des parties. Tous les partis politiques libanais refusent l'implentation des Palestiens sur leur territoire. C'est l'un des rares sujets politiques qui fasse l'unanimité totale dans le pays. Le droit au retour des Palestiniens est, pour les Libanais, un point qui n'est pas négociable. Les raisons ne sont pas forcément identiques: pour certains, c'est la solidarité avec la cause palestinienne, pour d'autres c'est le refus d'un déséquilibre «éthno-religieux» déplacé au Liban même; dans tous les cas, pour tous les partis, c'est aussi l'une des grandes causes des quinze années qui ont détruit le pays. Le départ des Palestiniens solderait ainsi symboliquement pour les Libanais ces années terribles. Pour exemple, dans le «document d'entente mutuelle entre le Hezbollah et le Courant patriotique Libre» (de Michel Aoun) signé en février 2006, la question palestinienne l'un des dix points de l'accord; on lit en particulier: «Le droit au retour des Palestiniens est une question fondamentale et établie et le refus de l’implantation fait l’unanimité auprès des Libanais. Cette décision est définitive et irrévocable.» Aucun parti libanais ne peut donc accepter une paix avec Israël sans le retour des Palestiniens. C'est une condition absolument incontournable. Et la légitimité retrouvée du Liban sur la scène internationale (à la fois par sa normalisation démocratique approuvée par la communauté internationale, et par l'intégration économique à laquelle un développement rapide le promettait) rendait particulièrement légitime cette revendication, par ailleurs soutenue par plusieurs résolutions internationales. De l'autre côté, ce droit au retour est perçu, à tort ou à raison, par les dirigeants israéliens, comme un risque mortel. Il est parfaitement inacceptable. La seule raison qui a permis jusqu'à présent à Israël de justifier son refus du droit au retour des Palestiniens est l'état de guerre permanent dans lequel se trouvait le pays. Guerre coûteuse pour Israël, mais infiniment négligeable face au risque mortel que représenterait le retour des «expatriés». Les palestiniens sont près de 400000 au Liban. Un droit au retour accepté pour ceux-là ouvriraient évidemment reconnaissance à tous les autres, et immédiatement les près de quatre millions présents au Proche-Orient. Rien qu'en ne comptant que les palestiniens vivant dans des camps de réfugiés (candidats immédiats à un retour, n'ayant même pas une raison économique de rester à l'étranger), ils sont plus d'un million au Proche-Orient. Un Liban normalisé et totalement réintégré à la communauté internationale aurait pour revendication immédiate, parfaitement légitime (avec pour but affiché — et réel — une paix définitive avec Israël), le retour des réfugiés palestiniens; exactement le point principal qu'Israël considère comme la plus grande menace à son existence, bien supérieure aux actions «terroristes» limitées. Si cela peut sembler paradoxal, l'état de guerre permanent est pour Israël une condition de sa survie, puisque lui seul permet de refuser l'application du droit au retour. Source:Rezo.net - Loubnan ya Loubnan |