Et en Algérie ? : Ils tabassent les victimes du séisme


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Vieux 20/09/2003, 12h40
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Par défaut Et en Algérie ? : Ils tabassent les victimes du séisme

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Des cocktails Molotov ont été lancés en direction du siège de la wilaya. La réaction des forces de l’ordre a été féroce. Plusieurs dizaines de personnes ont été ramassées.

Boumerdès aura vécu un week-end pour le moins houleux. En effet, dans la nuit de jeudi à vendredi, des émeutes ont éclaté vers 22h, aux abords du siège de la wilaya ; émeutes qui ont donné lieu à une sévère répression de la part des CNS et autres éléments des brigades antiémeutes de la police. Douze jeunes ont été embarqués dans la foulée de ces évènements. Ils ont été présentés, hier, en milieu d’après-midi, devant le procureur près le tribunal de Boumerdès. Ils ont été ensuite transférés vers une destination inconnue et leurs familles, dont certaines nous ont rendu visite hier soir, étaient encore sans nouvelles d’eux.
Tout a commencé lorsqu’une nuée de jeunes en furie, exaspérés par le calvaire de leur quotidien sous les tentes, surtout à la suite des dernières pluies, ont décidé d’occuper les pavillons vides des cités universitaires d’une ville réputée justement comme étant celle d’étudiants. L’action tourne vite à la marche populaire, si bien qu’en passant devant le siège de la wilaya, des cocktails Molotov sont lancés en direction du bâtiment officiel. Selon les témoignages de jeunes qui ont pris part à cette manifestation, “ces cocktails Molotov ont été balancés par des intrus. Notre marche, nous l’avons voulue pacifique”, nous ont-ils déclaré.
S’ensuit une violente réaction de la part des forces de l’ordre. Les Nissan et autres patrouilles de police envahissent en force le boulevard de l’Indépendance, un boulevard très fréquenté qui débouche sur le Front-de-Mer. “Les flics raflaient tous ceux qui se trouvaient sur leur passage. Ils matraquaient tous les jeunes qu’ils rencontraient, s’acharnant particulièrement contre ceux des 1200-Logements, quartier réputé être farouchement antisystème” ajoutent nos interlocuteurs. “Le premier citoyen qu’ils ont embarqué ne faisait qu’aider son ami à éteindre un feu qui s’était déclaré devant chez lui. Ils ont tabassé à mort un jeune médecin qu’ils ont abandonné le dos bleu d’ecchymoses. Ils ont roué de coups un troisième. Ils y allaient fort de la trique. Ils étaient devenus fous. Ils nous ont inondé de grenades lacrymogènes et gare à celui qui se trouvait sur leur passage.” On nous citera ainsi le cas d’un jeune qui, à les croire, n’était mêlé ni de près ni de loin à ces agitations. Son seul tort était qu’il avait été embarqué il y a environ un mois et qu’il était de passage sur ce boulevard quasi-incontournable. Facteur aggravant : il habite la cité des 1200-Logements. Ce qui indigne les jeunes de Boumerdès, c’est que ce garçon est un sinistré qui a perdu sa mère et ses sœurs. “Une fois, il était assis devant chez lui, près des décombres de la maison familiale, les policiers sont venus le déloger brutalement. S’ensuivit une altercation. Il a été embarqué, jugé et condamné à une peine de 6 mois avec sursis. Après les incidents de jeudi, c’était un gibier tout désigné pour eux”, racontent ses camarades. Une mère de famille dont le fils figure parmi les douze personnes ramassées, est morte d’inquiétude. “Comme j’habite au Front-de-Mer, ce boulevard est un passage obligé. Mon fils ne faisait que passer son chemin. C’est un garçon sans histoires. Qui plus est, c’est un étudiant tout ce qu’il y a d’exemplaire. Les policiers l’ont embarqué et je n’ai pas de ses nouvelles. Les gens qui ont causé ces troubles sont certainement des étrangers”, dit-elle.

[color=FF0000]De vrais étudiants arrêtés[/color]

Fait curieux : la plupart des jeunes qui ont été arrêtés jeudi soir sont, effectivement, des étudiants. Certains d’entre eux sont en période de rattrapages et avaient plutôt la tête aux modules qu’ils doivent racheter. À noter qu’outre les douze jeunes, plusieurs personnes ont été arrêtées, puis relâchées.
Vendredi 19 septembre. 11h. Un jeune remarque un mouvement suspect. Il habite les 1200-Logements et il passe pratiquement toute la journée dans son quartier. C’est dans l’enceinte même de ce quartier que se trouve le tribunal de Boumerdès. Ce jeune verra ainsi un fourgon de police, encadré par des CNS, ramener les 12 jeunes arrêtés la veille, et ceux-ci bousculés et traînés vers le bâtiment délabré.
Ils vont être déférés sous peu devant le procureur. Notre homme court vite alerter ses copains, et un rassemblement s’organise aux abords du tribunal. Le rassemblement est tout à fait pacifique. “Nous étions assis par terre et nous attendions. Notre but était simplement la libération immédiate de nos camarades”, dit l’un d’eux. Pour les manifestants, le choix de l’heure n’est pas fortuit : “Ils ont fait exprès de les ramener un vendredi, à l’heure de la prière, pour que tout se fasse en catimini”, accusent-ils. Bientôt, des femmes vont venir grossir les rangs des protestants. “Nous n’avons pas voulu envoyer nos enfants à la matraque. Nous les avons exhortés à rester sages et à protester pacifiquement en les obligeant à rester à terre”, dit une dame. Devant le sit-in ainsi improvisé, un cordon de CNS se constitue. Une haie de casques bleus, la matraque bien mise en évidence, se tient prête à intervenir. Il est presque 15h. L’inévitable finit par se produire. “Les CNS se sont rués sur nous et ont commencé à nous matraquer. Pourtant, nous ne leur avons rien fait. Nous étions juste venus demander des nouvelles de nos camarades. En fait, c’était une diversion. Ils ont profité de ce brouhaha pour faire sortir les personnes arrêtées et les conduire on ne sait où. On ne sait pas s’ils sont à El-Harrach ou à Tataouine…” La mère de l’un des jeunes arrêtés témoigne : “Ce matin (vendredi, ndlr), j’ai vu mon fils au central. Les policiers étaient corrects. Nous avons pensé que c’était juste une garde-à-vue, une affaire de 24 heures ou 48 heures au maximum. Là, nous sommes sans nouvelles.” La nuit d’hier a donc été longue, très longue. Pour les détenus, mais aussi pour leurs familles, pour les sinistrés et pour tout le monde.
La population semble exaspérée par le comportement des représentants de l’ordre. “Au lieu de s’attaquer aux fléaux qui gangrènent notre société, ils s’en prennent à des innocents ! L’autre jour, un soûlard a agressé une jeune fille qui se dirigeait vers sa tente. Les policiers du poste de surveillance au niveau du site ont été appelés à la rescousse. Tout ce qu’ils ont trouvé à dire : “On est dépassés !”. Vous les voyez les premiers à se terrer dans leur tente, le soir. La sécurité des camps est le dernier de leur souci !”, tempête un père de famille.
Les citoyens de Boumerdès sont décidés à en finir avec cette situation. Aujourd’hui, un rassemblement est prévu à 9h30 pour revendiquer la libération immédiatement des jeunes arrêtés, jeudi soir, et pour réclamer des chalets.

Liberté, Algérie
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Vieux 24/09/2003, 18h31
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Par défaut « Un procès humiliant »

Hier, mardi 23 septembre, 15 h 30. Dans l'une des salles d'audience de la cour de justice de Boumerdès, l'angoisse des dizaines de citoyens venus suivre le déroulement du procès de 12 jeunes interpellés, le week-end dernier, puis aussitôt incarcérés dans la maison d'arrêt d'El Harrach, cède la place à la colère et à l'indignation. Le verdict du juge vient de tomber : 1 an de prison avec sursis à l'encontre de 10 jeunes inculpés, âgés entre 20 et 25 ans, en plus d'une amende de 5 000 DA. 18 mois de prison avec sursis et la même amende pour 2 autres jeunes issus d'une même famille, âgés entre 25 et 30 ans, et accusés d'avoir squatté, la semaine passée, des logements d'une cité jouxtant le siège de l'EPRC à Boumerdès. « C'est une injustice », s'insurgent les parents des inculpés à la sortie du prétoire. Ces derniers tiennent cependant à rendre hommage à Me Khiari qui a défendu jusqu'au bout leurs enfants, en répondant au texte d'accusation par le procureur et qui avait requis 4 ans de prison à l'encontre des 10 prévenus.
Réagissant au motif d'inculpation pour attroupement, désobéissance et atteinte aux biens publics, cet avocat a relevé tout d'abord une contradiction. « Un tel procès ne s'applique, selon les lois en vigueur, que dans le cas où il y aurait eu attroupement à main armée suivi de saccage de biens publics. Et les dossiers en notre possession ne prouvent aucune existence de dégâts au niveau du siège de la wilaya où s'est déroulée, jeudi dernier, la manifestation. » Et d'ajouter : « Avant toute interpellation, les policiers devraient recourir, tout d'abord, aux sommations. Et cette procédure n'avait pas été effectuée. » « Pourquoi juge-t-on alors ces jeunes en les traitant de dangereux fauteurs de troubles sur la base de l'article 99, d'autant que la marche en question avait un caractère pacifique ? » s'interroge-t-il. Le juge et le procureur ont simultanément posé, pendant près de 2 heures, à chaque inculpé, 2 questions qui furent le fil rouge de tout le procès : avez-vous participé à la manifestation ? Avez-vous saccagé des biens publics ?
Lorsque les prévenus répondaient par la négative, les magistrats les soumettaient à une question-piège : que faisiez-vous, alors, à 500 ou 100 m de la foule qui manifestait ? 2 jeunes seulement ont avoué avoir pris part à la marche. Les autres, rappellent des témoins, ont été appréhendés, matraqués par la police avant d'être embarqués au centre-ville et sur le boulevard menant au front de mer. Me Khiari, qui n'a pourtant été engagé que par les parents d'un inculpé, un lycéen de 19 ans, a pris dans la foulée la défense de l'ensemble des jeunes interpellés.
« Ils ont réclamé des chalets ou des logements et ils se sont retrouvés en prison », conclut-il. « Une année de prison avec sursis. C'est de la hogra », s'indignent les parents des jeunes prévenus. Ils décident de faire appel pour obtenir un procès innocentant leurs enfants. Ils veulent aussi réagir ensemble pour réclamer la mise en place d'une commission d'enquête censée faire toute la lumière sur les dépassements des policiers lors de la marche pacifique du week-end dernier. Suite à ce verdict, les jeunes inculpés, dont l'un durement tabassé par la police porte toujours des ecchymoses au niveau de l'il gauche, se sentent humiliés. « Alors que nous attendions sa protection et son assistance, l'Etat s'est acharné contre nous », lance l'un d'entre eux en se dirigeant vers sa tente de sinistré. « Derrière ce Pouvoir qui harcèle et punit nos gosses alors qu'ils n'ont rien fait se profile l'ombre de MM. Bouteflika et Zerhouni qui veulent maintenant prendre leur revanche contre la population qui les a refoulés à coups de cailloux au lendemain du séisme, au moment où elle n'avait aucun moyen pour sauver les victimes ensevelies sous les décombres », expliquent des représentants de ces familles sinistrées.
Hier, la porte s'est ouverte, donc, pour la parole. « Je suis venue soutenir Nadjib Younsi et consorts qui ont sauvé ma fille Lamia et bien d'autres personnes lors du séisme », témoigne une jeune femme entre deux sanglots. Une autre d'enchaîner : « Notre justice condamne des jeunes innocents et laisse en liberté des terroristes ayant décimé des milliers de citoyens. »

Salim Haddou

Le Matin, Algérie
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