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  #11  
Vieux 01/12/2006, 11h16
Avatar de soheyla
ramadhane moubarrakoum
 
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Par défaut Re : Nizar Kabbani

......


Balkis, la tristesse me transperce.
Beyrouth qui t'a tuée ignore son forfait,
Beyrouth qui t'a aimée
Ignore qu'elle a tué sa bien aimée
Et qu'elle a éteint la lune.
Balkis ! Balkis ! Balkis !
Tous les nuages te pleurent,
Quidonc pleurera sur moi ?

Balkis, comment vas-tu pu disparaître en silence
Sans avoir posé tes mains sur mes mains ?

Balkis, comment as-tu pu nous abandonner
Ballottés comme feuilles mortes par le vent ballottées,
Comment nous as-tu abandonnés nous trois
Perdus comme une plume dans la pluie ?

As-tu pensé à moi
Moi qui ai tant besoin de ton amour,
Comme Zeinab, comme Omar ?
Balkis, ô trésor de légende !
O lance irakienne !
O forêt de bambous !
Toi dont la taille a défié les étoiles,
D'où as-tu apporté toute cette fraîcheur juvénile ?

Balkis, toi l'amie, toi la compagne,
Toi la délicate comme une fleur de camomille.

Beyrouth nous étouffe, la mer nous étouffe,
Le lieu nous étouffe.
Balkis, ce n'est pas toi qu'on fait deux fois,
Il n'y aura pas de deuxième Balkis.
Balkis ! les détails de nos liens m'écorchent vif,
Les minutes et les secondes me flagellent de leurs coups,
Chaque petite épingle a son histoire,
Chacun de tes colliers en a plus d'une,
Même tes accroche-cœur d'or
Comme à l'accoutumée m'envahissent de tendresse.

La belle voix irakienne s'installe sur les tentures,
Sur les fauteuils et les riches vaisselles.
Tu jaillis des miroirs
Tu jaillis de tes bagues,
Tu jallis du poème,
Des cierges, des tasses
Et du vin de rubis.

Balkis, si tu pouvais seulement
Imaginer la douleur de nos lieux !
A chaque coin, tu volettes comme un oiseau,
Et parfumes le lieu comme une forêt de sureau.

Là, tu fumais ta cigarette,
Ici, tu lisais,
Là-bas tu te peignais telle un palmier,
Et, comme une épée yéménite effilée,
A tes hôtes tu apparaissais.

Balkis, où est donc le flacon de Guerlain ?
Où est le briquet bleu ?
Où est la cigarette Kent ?
Qui ne quittait pas tes lèvres ?
Où est le hachémite chantant
Son nostalgique chant ?

Les peignes se souviennent de leur passé
Et leurs larmes se figent ;
Les peignes souffrent-ils aussi de leur chagrin d'amour ?

Balkis, il m'est dur d'émigrer de mon sang
Alors que je suis assiégé entre les flammes du feu
Et les flammes des cendres.

Balkis, princesse !
Voilà que tu brûles dans la guerre des tribus.
Qu'écrirais-je sur le voyage de ma reine,
Car le verbe est devenu mon vrai drame ?
Voilà que nous recherchons dans les entassements des victimes
Une étoile tombée du ciel,
Un corps brisé en morceaux comme un miroir brisé.
Nous voilà nous demander, ô ma bien aiméme,
Si cette tombe est la tienne
Ou bien celle en vérité de l'arabisme ?

Balkis, ô sainte qui as étendu tes tresses sur moi !
O girafe de fière allure !

Balkis, notre justice arabe
Veut que nos propres assassins
Soient des Arabes,
Que notre chair soit mangée par des Arabes,
Que notre ventre soit éventré par des Arabes,
Comment donc échapper à ce destin ?
Le poignard arabe ne fait pas de différence
Entre les gorges des hommes
Et les gorges des femmes.

Balkis, s'ils t'ont fait sauter en éclats,
Sache que chez nous
Toutes les funérailles commencent à Karbala
Et finissent à Karbala
Je ne lirai plus l'Histoire dorénavant,
Mes doigts sont brûlés
Et mes habits sont entachés de sang.

Voilà que nous abordons notre âge de pierre,
Chaque jour, nous reculons mille ans en arrière !
A Beyrouth la mer
A démissionné
Après le départ de tes yeux,
La poésie s'interroge sur son poème
Dont les mots ne s'agencent plus,
Et personne ne répond plus à la question,
Le chagrin, Balkis, presse mes yeux comme une orange.
Las ! je sais maintenant que les mots n'ont pas d'issue,
Et je connais le gouffre de la langue impossible ;
Moi qui ai inventé le style épistolaire
Je ne sais par quoi commencer une lettre,
Le poignard pénètre mon flanc
Et le flanc du verbe.

Balkis, tu résumes toute civilisation,
La femme n'est-elle pas civilisation ?

Balkis, tu es ma bonne grande nouvelle.
Qui donc m'en a dépouillé ?
Tu es l'écriture avant toute écriture,
Tu es l'île et le sémaphore,

Balkis, ô lune qu'ils ont enfouie
Parmi les pierres !
Maintenant le rideau se lève,
Le rideau se lève.

Je dirai au cours de l'instruction
Que je connais les noms, les choses, les prisonniers,
Les martyrs, les pauvres, les démunis.

Je dirai que je connais le bourreau qui a tué ma femme
Je reconnais les figures de tous les traîtres.

........
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  #12  
Vieux 01/12/2006, 11h17
Avatar de soheyla
ramadhane moubarrakoum
 
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Par défaut Re : Nizar Kabbani

Je dirai que votre vertu n'est que prostitution
Que votre piété n'est que souillure,
Je dirai que notre combat est pur mensonge
Et que n'existe aucune différence
Entre politique et prostitution.
Je dirai au cours de l'instruction
Que je connais les assassins,
Je dirai que notre siècle arabe
Est spécialisé dans l'égorgement du jasmin,
Dans l'assassinat de tous les prophètes,
Dans l'assassinat de tous les messagers.

Même les yeux verts
Les Arabes les dévorent,
Même les tresses, mêmes les bagues,
Même les bracelets, les miroirs, les jouets,
Même les étoiles ont peur de ma patrie.
Et je ne sais pourquoi,
Même les oiseaux fuient ma patrie.

Et je ne sais pourquoi,
Même les étoiles, les vaisseaux et les nuages,
Même les cahiers et les livres,
Et toutes choses belles
Sont contre les Arabes.

Hélas, lorsque ton corps de lumière a éclaté
Comme une perle précieuse
Je me suis demandé
Si l'assassinat des femmes
N'est pas un dada arabe,
Ou bien si à l'origine
L'assassinat n'est pas notre vrai métier ?

Balkis, ô ma belle jument
Je rougis de toute mon Histoire.
Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux,
Ici c'est un pays où l'on tue les chevaux.

Balkis, depuis qu'ils t'ont égorgée
O la plus douce des patries
L'homme ne sais comment vivre dans cette patrie,
L'homme ne sait comment vivre dans cette patrie.

Je continue à verser de mon sang
Le plus grand prix
Pour rendre heureux le monde,
Mais le ciel a voulu que je reste seul
Comme les feuilles de l'hiver.

Les poètes naissent-ils de la matrice du malheur ?
Le poète n'est-il qu'un coup de poignard sans remède porté au cœur ?
Ou bien suis-je le seul
Dont les yeux résument l'histoire des pleurs ?

Je dirai au cours de l'instruction
Comment ma biche fut tuée
Par l'épée de Abu Lahab,
Tous les bandits, du Golfe à l'Atlantique
Détruisent, incendient, volent,
Se corrompent, agressent les femmes
Comme le veut Abu Lahab,

Tous les chiens sont des agents
Ils mangent, se soûlent,
Sur le compte de Abu Lahab,
Aucun grain sous terre ne pousse
Sans l'avis de Abu Lahab
Pas un enfant qui naisse chez nous
Sans que sa mère un jour
N'ait visité la couche de Abu Lahab,
Pas une tête n'est décapitée sans ordre de Abu Lahab

La mort de Balkis
Est-elle la seule victoire
Enregistrée dans toute l'Histoire des Arabes ?

Balkis, ô ma bien aimée, bue jusqu'à la lie !

Les faux prophètes sautillent
Et montent sur le dos des peuples,
Mais n'ont aucun message !

Si au moins, ils avaient apporté
De cette triste Palestine
Une étoile,
Ou seulement une orange,
S'ils nous avaient apporté des rivages de Ghaza
Un petit caillou
Ou un coquillage,
Si depuis ce quart de siècle

Ils avaient libéré une olive
Ou restitué une orange,
Et effacé de l'Histoire la honte,
J'aurais alors rendu grâce à ceux qui t'ont tuée
O mon adorée jusqu'à la lie !
Mais ils ont laissé la Palestine à son sort
Pour tuer une biche !

Balkis, que doivent dire les poètes de notre siècle !
Que doit dire le poème
Au siècle des Arabes et non Arabes,
Au temps des païens,
Alors que le monde Arabe est écrasé
Ecrasé et sous le joug,
Et que sa langue est coupée.

Nous sommes le crime dans sa plus parfaite expression ;
Alors écartez de nous nos œuvres de culture.

O ma bien aimée, ils t'ont arrachée de mes mains,
Ils ont arraché le poème de ma bouche,
Ils ont pris l'écriture, la lecture,
L'enfance et l'espérance.
Balkis, Balkis, ô larmes s'égouttant sur les cils du violon !
Balkis, ô bien aimée jusqu'à la lie !
J'ai appris les secrets de l'amour à ceux qui t'ont tuée,
Mais avant la fin de la course,
Ils ont tué mon poulain.

Balkis, je te demande pardon ;
Peut être que ta vie a servi à racheter la mienne
Je sais pertinemment
Que ceux qui ont commis ce crime
Voulaient en fait attenter à mes mots.

Belle, dors dans la bénédiction divine,
Le poème après toi est impossible
Et la féminité aussi est impossible.

Des générations d'enfants
Continueront à s'interroger sur tes longues tresses,
Des générations d'amants
Continueront à lire ton histoire
O parfaite enseignante !
Les Arabes sauront un jour
Qu'ils ont tué une messagère
QU'ILS…ON….TU…E…UNE….MES…SA…GE RE.
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  #13  
Vieux 01/12/2006, 12h49
 
Date d'inscription: juillet 2005
Messages: 11 803
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par soheyla
le poème de nizar kabbani que j'aime par dessus tout c'est celui ci ...... Belkis


Merci à vous,
Merci à vous,
Assassinée, ma bien aimée !
Vous pourrez dès lors
Sur la tombe de la martyre
Porter votre funèbre toast.
Assassinée ma poésie !
Est-il un peuple au monde,
-Excepté nous-
Qui assassine le poème ?

......
merci pour ce poéme, qui m'a plongé dans des souvenirs doux......

PS: pour précision, Balkiss, était la femme de Nizar tuée lors de l’attentat contre l’ambassade irakienne à Beyrouth en 1982, ce poème a été écrit après sa mort. Pour moi , c’est l’équivalent poétique du Taj Mahal construit par un roi indien en mémoire de sa femme aimée….
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  #14  
Vieux 01/12/2006, 13h45
Avatar de Angel_ma
 
Date d'inscription: septembre 2004
Âge: 25
Messages: 1 897
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par nancy3ajram
merci pour ce poéme, qui m'a plongé dans des souvenirs doux......

PS: pour précision, Balkiss, était la femme de Nizar tuée lors de l’attentat contre l’ambassade irakienne à Beyrouth en 1982, ce poème a été écrit après sa mort. Pour moi , c’est l’équivalent poétique du Taj Mahal construit par un roi indien en mémoire de sa femme aimée….

En effet Balkis c'était sa deuxième femme irakienne ki avait été tuée par les activiste pro-iraniens...... Nizar va la pleurer tte sa vie , il ne va jamais se remettre de sa mort.....

Paix à leurs âmes tous les deux.
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  #15  
Vieux 01/12/2006, 15h39
Avatar de soheyla
ramadhane moubarrakoum
 
Date d'inscription: mai 2006
Messages: 6 128
Entrées dans le blog: 3
Par défaut Re : Nizar Kabbani

merci nancy et angel_ma pour les précisions a son sujet

pour ceux et celles qui ne le connaissent pas ;

Nizar Kahbani est né à Damas (Syrie) le 21 mars 1923

En 1945, Nizar Kabbani obtient le diplôme de la faculté de droit de l’Université de Damas.
Il entre comme attaché au ministère Syrien des affaires étrangères et occupe des postes diplomatiques au Caire, à Ankara, à Madrid, à Pékin et A Beyrouth jusqu’à Sa démission en 1966. Dès l’âge de 16 ans, il commence à écrire des poèmes, largement consacrés à des thèmes amoureux.


Sa poésie casse l’image traditionnelle de la femme arabe et invente un langage nouveau, proche de la langue parlée et riche de nombreu-ses images empruntées au monde de l’enfance.
Après la défaite arabe face à Israël en 1967, son oeuvre prend une coloration politique et engagée. Son poème le plus récent, Les enfants de la pierre, fait référence au soulèvement actuel dans les territoires occupés.

Depuis ses débuts en 1944, Nizar Kabbani a publié plus de trente recueils de poèmes. Ses textes ont été chantés par Feyrouz, Oum Kalsoum et d’autres. il est le poète arabe le plus populaire et le plus lu.

Des textes de Nizar Kabbani ont été traduits en espagnol par Pedro Monteret (Institut hispano-arabe, 1964) et en anglais par Abdallah al-Uzari (in Con temporar.y ,4 rab Poetry, Penguin, 1986) et par Selma Khadra Jayyusi (in Modem Arabie Poetry, Columbia University Press, 1987).
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  #16  
Vieux 01/12/2006, 15h46
Avatar de Touznayt
 
Date d'inscription: juin 2006
Messages: 2 606
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par soheyla
merci nancy et angel_ma pour les précisions a son sujet

pour ceux et celles qui ne le connaissent pas ;

Nizar Kahbani est né à Damas (Syrie) le 21 mars 1923

En 1945, Nizar Kabbani obtient le diplôme de la faculté de droit de l’Université de Damas.
Il entre comme attaché au ministère Syrien des affaires étrangères et occupe des postes diplomatiques au Caire, à Ankara, à Madrid, à Pékin et A Beyrouth jusqu’à Sa démission en 1966. Dès l’âge de 16 ans, il commence à écrire des poèmes, largement consacrés à des thèmes amoureux.


Sa poésie casse l’image traditionnelle de la femme arabe et invente un langage nouveau, proche de la langue parlée et riche de nombreu-ses images empruntées au monde de l’enfance.
Après la défaite arabe face à Israël en 1967, son oeuvre prend une coloration politique et engagée. Son poème le plus récent, Les enfants de la pierre, fait référence au soulèvement actuel dans les territoires occupés.

Depuis ses débuts en 1944, Nizar Kabbani a publié plus de trente recueils de poèmes. Ses textes ont été chantés par Feyrouz, Oum Kalsoum et d’autres. il est le poète arabe le plus populaire et le plus lu.

Des textes de Nizar Kabbani ont été traduits en espagnol par Pedro Monteret (Institut hispano-arabe, 1964) et en anglais par Abdallah al-Uzari (in Con temporar.y ,4 rab Poetry, Penguin, 1986) et par Selma Khadra Jayyusi (in Modem Arabie Poetry, Columbia University Press, 1987).
Il est bien mort en mai 1998? Je ne me souviens plus précisément.
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  #17  
Vieux 01/12/2006, 15h49
Avatar de andaaz  
Date d'inscription: avril 2006
Messages: 7 861
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par Touznayt
Il est bien mort en mai 1998? Je ne me souviens plus précisément.
je le connais pas bien mais il me semble palestinien
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  #18  
Vieux 01/12/2006, 15h52
Avatar de Boum_Boum
 
Date d'inscription: août 2006
Messages: 1 538
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par andaaz
je le connais pas bien mais il me semble palestinien


il est syrien on te la pas appris à l'école
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  #19  
Vieux 01/12/2006, 15h56
Avatar de andaaz  
Date d'inscription: avril 2006
Messages: 7 861
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par Boum_Boum
il est syrien on te la pas appris à l'école
non j'ai pas fait attention c tt
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  #20  
Vieux 01/12/2006, 15h56
Avatar de soheyla
ramadhane moubarrakoum
 
Date d'inscription: mai 2006
Messages: 6 128
Entrées dans le blog: 3
Par défaut Re : Nizar Kabbani

Citation:
Envoyé par Touznayt
Il est bien mort en mai 1998? Je ne me souviens plus précisément.

oui le 1er mai et à londres
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