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  #1  
Vieux 11/12/2006, 18h58
 
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Par défaut La démocratie occidentale est-elle universelle?

Votre opinion est la bienvenue.

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La démocratie, invention occidentale?

En s'appuyant sur des exemples de tolérance, de pluralisme et de débats publics dans d'autres sociétés, le Prix Nobel d'économie indien Amartya Sen démontre que l'idée démocratique n'est pas un monopole occidental.

Titre: La Démocratie des autres. Pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident.

Auteur: Amartya Sen


En 1943, alors qu'il avait 10 ans, le futur Prix Nobel d'économie 1994 Amartya Sen assiste au Bengale, dans son Inde natale, à une famine dont il apprendra plus tard qu'elle a fait deux millions de morts. C'est certes peu à côté de la plus grande famine enregistrée dans l'histoire: celle de Chine entre 1958 et 1961, pendant le fameux Grand Bond en avant, qui fit 23 à 30 millions de victimes. Sen l'économiste philosophe méditera ces événements, et aboutira à cette constatation que les famines ne se produisent pas dans les pays démocratiques. Elles sont en réalité plus un problème politique que de volume des ressources alimentaires disponibles. Du coup, la voie était toute tracée pour réfléchir à la démocratie en général, et sur le rapport que les pays non occidentaux entretiennent avec elle. C'est précisément sur cette question qu'intervient La Démocratie des autres. Pourquoi la liberté n'est pas une invention de l'Occident – un titre qui bien évidemment résume et annonce l'idée centrale de cet essai.

Point de départ de l'analyse: définir ce qu'est la démocratie elle-même. Pour Sen, il ne faut pas en avoir une conception trop technique et institutionnelle, qui la limiterait à l'organisation de votes et d'élections. Une telle définition formelle ne suffit pas à rendre justice à l'idée maîtresse de la démocratie, car bien des régimes autoritaires usent et abusent d'élections factices. Son vrai principe est bien plutôt le débat public, c'est-à-dire la participation politique liée à deux idéaux forts, la tolérance et l'ouverture à la discussion. La tolérance parce que c'est la vertu essentielle pour gérer des points de vue différents, la discussion parce que c'est le seul moyen véritable pour régler les conflits sans violence.

Si l'on adopte cette perspective, l'Occident perd son monopole sur l'idée démocratique ainsi comprise. Car «il existe également, dans d'autres formes de sociétés, une histoire considérable relative à la culture de tolérance, du pluralisme et des délibérations publiques». Et de citer l'exemple africain, sur la base d'un souvenir d'enfance de Nelson Mandela, mais aussi l'Iran, l'Inde, Le Caire de l'empereur Saladin, les intellectuels bouddhistes ou encore l'empereur mongol Akbar qui, au moment où Giordano Bruno grillait sur le bûcher à Rome en 1600 pour hérésie, s'activait à organiser le dialogue entre personnes de confessions différentes...

Amartya Sen conteste donc que l'Occident constitue une exception en matière de tolérance. Le grand mérite de son livre est à cet égard d'élargir l'idée de démocratie vers des racines plus globales. Son plaidoyer final pour l'universalité des valeurs de démocratie est un sérieux coup porté aux préjugés qui dramatisent les différences culturelles jusqu'à en faire un «choc des civilisations».
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  #2  
Vieux 11/12/2006, 19h17
 
Date d'inscription: décembre 2005
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Par défaut Re : La démocratie occidentale est-elle universelle?

Droit et Démocratie

"Il importe au plus haut point de savoir comment on peut se représenter qu'une société, aujourd'hui encore, agisse sur elle-même de façon démocratique. Sans doute le noyau de l'idée démocratique est-il tout à fait clair. Rousseau l'avait déjà formulé nettement: la vie politique commune doit être organisée de telle sorte que les destinataires du droit en vigueur puissent se considérer en même temps comme ses auteurs. C'est bien sur cette notion que se fonde l'État constitutionnel moderne. Cet État se définit à ses propres yeux comme une association volontaire de citoyens libres et égaux qui veulent régler leur vie en commun de façon légitime et recourent pour ce faire au droit positif.

La question qui s'impose à nous aujourd'hui est de savoir si une telle idée n'est pas nécessairement tenue en échec par la complexité des sociétés. Or l'idée démocratique doit évidemment rester en contact avec la réalité si elle veut continuer à inspirer la pratique des citoyens et des hommes politiques, de même que celle des juges et des fonctionnaires. Si cette idée n'avait plus de lien avec la réalité, comme beaucoup le pensent à présent, il existerait alors seulement des individus privés et des partenaires sociaux, mais il n'y aurait plus, à proprement parler, de citoyens.

En ce cas, on n'aurait plus affaire, dans la vie commune, qu'à des options individuelles, et non aux libertés de citoyens soumis à une pratique commune. On verrait se reconstituer sous une nouvelle forme le fatalisme qui régnait jadis dans les anciens royaumes, avec cette différence que ce ne serait plus des dieux qui régleraient les destins. Les marchés indiqueraient les possibilités entre lesquelles on aurait à se décider, chacun pour soi, en se pliant à la logique de l'économie d'entreprise et à ses exigences d'adaptabilité."
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  #3  
Vieux 11/12/2006, 20h08
 
Date d'inscription: décembre 2005
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Par défaut Re : La démocratie occidentale est-elle universelle?

Islam et démocratie

Les musulmans fêtent la fin du ramadan, mois de jeûne et d’abstinence. Jusqu’à ce fatidique 11 septembre 2001, où certains d’entre eux ont osé attaquer l’Amérique chez elle (et lui ont infligé un traumatisme dont elle a du mal à se relever), ils donnaient l’impression d’être des « oubliés de l’Histoire »

Ils s’exprimaient peu, en tout cas, et on parlait encore moins d’eux.
Depuis cinq ans, c’est l’inverse : les plus activistes d’entre eux parlent haut et fort, et même à tort et à travers, agissent sans retenue. Les États-Unis leur ont déclaré la guerre et mènent contre eux une croisade aussi impitoyable que planétaire, et qui fait de moins en moins la différence entre islamistes et musulmans.

Des esprits distingués - américains et européens - en sont arrivés à dire aux musulmans que c’est leur religion qui fait problème puisqu’elle charrie beaucoup de violence et conduit le monde à un « choc des civilisations ». Du coup, dans leur ensemble, les musulmans des cinq continents se sentent agressés, objets d’une vindicte dont ils ne parviennent pas à saisir tous les ressorts.

L’argument le plus communément utilisé contre les musulmans est que leur communauté est la plus réfractaire du monde à la démocratie.

Le grand islamologue américain Bernard Lewis en a aisément convaincu George W. Bush, et ce dernier a passé les cinq dernières années à faire la guerre à deux pays musulmans pour les conduire à la démocratie par la force. On n’exclut pas qu’il s’attaque, l’année prochaine, à un troisième…
Si l’actuel président américain avait été capable d’un examen serein et objectif du monde musulman, il aurait découvert ceci, qui l’aurait étonné et, peut-être, fait réfléchir.

1. Le nombre de musulmans n’est pas connu avec exactitude parce qu’ils vivent dans plus de 160 pays, dont beaucoup n’ont pas de recensement fiable ou bien ne décomptent pas leurs citoyens (ou habitants) en fonction de leur religion.

2. Intéressée par l’islam, la CIA américaine, dont ?les chiffres ne sont pas forcément fiables, estime le nombre des musulmans à 1 milliard et demi ; les autres sources donnent 1,2 milliard ou 1,3 milliard. ?On peut affirmer sans risque d’erreur que les musulmans constituent 20 % de la population mondiale ?et qu’un être humain sur cinq est musulman.

Un tiers des musulmans (500 millions) est déjà en démocratie et qu’un autre tiers vit dans des pays en marche vers la démocratie.

Conclusion : contrairement aux idées reçues et à l’impression qu’on en a, près de deux tiers des musulmans bénéficient déjà, ou sont en passe de bénéficier, des bienfaits de la démocratie.

L’islam asiatique - hors Moyen-Orient - est démocratique (des femmes y ont été chefs d’État ou de gouvernement bien avant que d’autres femmes n’occupent la même fonction en Europe) ; l’islam africain est démocratique ou en transition vers la démocratie.

Le plus grand pays musulman, l’Indonésie, est une démocratie ; la Malaisie en est une autre et la Turquie une troisième ; les 150 millions de musulmans de la République indienne (dont le président est musulman) vivent sous régime démocratique.

En Afrique, au sud du Sahara, le Sénégal et le Mali, pays musulmans, sont des démocraties reconnues comme telles.

Au nord du Sahara, quatre des cinq pays du Maghreb sont en transition démocratique plus ou moins avancée.

2. Ce qui fait croire au monde que l’islam ne favorise pas la démocratie, ou même la contrecarre, ce sont les pays arabes. C’est là, et là seulement (ou presque), que le bât blesse.

Aucun des pays qui abritent Arabes, arabisés et arabophones n’est reconnu sans contestation comme pleinement démocratique, même si certains, à plus ou moins juste titre, y prétendent.
Là, il y a du chemin à parcourir. Mais cet indiscutable retard est-il imputable à l’islam ?

Je ne le crois pas. Pourquoi l’islam n’a-t-il pas empêché une bonne majorité des musulmans non arabes d’accéder ou d’être en voie d’accéder à la démocratie ?

Les Arabes perpétuent une tradition politique séculaire - peuvent-ils la transgresser ? - qui consiste à se donner à un roi ou à un président - le raïs -, qu’ils suivent « comme le chameau suit son guide ».

Et ils ne sont pas doués pour les fonctions d’opposants : dans les pays arabes, les oppositions sont généralement faibles et divisées, ou circonvenues par les pouvoirs.

Ou, à l’opposé, elles sont de conjuration et de violence.
S’ils veulent trouver une place dans la caravane de la démocratie et épouser le XXIe siècle, les Arabes doivent entreprendre et réussir une vraie révolution culturelle.

Ce sera long et l’on n’en voit guère les premiers signes.
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  #4  
Vieux 11/12/2006, 20h28
 
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Par défaut Re : La démocratie occidentale est-elle universelle?

La démocratie n’est pas le meilleur système

Les chroniques récemment publiées de Mohamed Hachemaoui me poussent à réagir L’idée qu’il n’y a que de l’Islam en terre musulmane est emblématique du réductionnisme opéré par les politistes occidentaux.

Ainsi l’inexistence de « régimes démocratiques » dans le monde arabe est imputée à la « doctrine politique » de l’Islam. Une religion qui ignorerait la séparation du politique et du religieux, et qui favoriserait l’émergence d’un complexe d’attitudes et de représentations politiques mettant l’hétéronomie intellectuelle, économique et politique au centre du système social, l’Occident étant corrélativement « libre », parce que démocratique, tandis que nous, « autres », serions « aliénés », car trop engagés dans la foi religieuse.


[ El Watan :: Idees-debat ]
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  #5  
Vieux 11/12/2006, 21h56
 
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Messages: 2 507
Par défaut Re : La démocratie occidentale est-elle universelle?

J'ai déjà fait allusion au livre d'Amartya Sen sur bladi et je me contenterai de la réflexion suivante. Vous connaissez le proverbe : tant que tes paroles sont dans ta bouche, elles t'appartiennent ; dès qu'elles en sortent... C'est pareil pour les idées. Les occidentaux n'ont pas inventé la démocratie. Et à supposer qu'ils aient inventé ce qu'on appelle la démocratie occidentale, cette idée n'est plus occidentale. Par ailleurs, on se gardera de mal interpréter "universel". Une idée comme la démocratie peut s'emparer de têtes n'importe où dans le monde ; son universalité consiste seulement en cela. Et non pas dans une vocation quelconque à s'imposer à tout le monde.
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  #6  
Vieux 11/12/2006, 22h02
 
Date d'inscription: décembre 2005
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Par défaut Re : La démocratie occidentale est-elle universelle?

Citation:
Envoyé par jdal
J'ai déjà fait allusion au livre d'Amartya Sen sur bladi et je me contenterai de la réflexion suivante. Vous connaissez le proverbe : tant que tes paroles sont dans ta bouche, elles t'appartiennent ; dès qu'elles en sortent... C'est pareil pour les idées. Les occidentaux n'ont pas inventé la démocratie. Et à supposer qu'ils aient inventé ce qu'on appelle la démocratie occidentale, cette idée n'est plus occidentale. Par ailleurs, on se gardera de mal interpréter "universel". Une idée comme la démocratie peut s'emparer de têtes n'importe où dans le monde ; son universalité consiste seulement en cela. Et non pas dans une vocation quelconque à s'imposer à tout le monde.
Intéressante reflexion. peu participante à ce forum, j'ignorais ta mentionantécédente et relative à Armartya Sen...mea culpa!
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