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| Le banni veut rentrer en Palestine HUWART,ANNE-CECILE mercredi 27 décembre 2006, 07:11 Exilé par Israël, Khalil al-Nawawreh a atterri chez nous en 2002. Seul, livré à lui-même, il tourne en rond.E n Palestine, je passais ma vie dans la montagne, raconte Khalil, dans son appartement social du Peterbos à Anderlecht, d'où les sommets de béton pointent à travers les fenêtres. Je me levais à cinq heures du matin pour aller courir, au milieu des vignes et des oliviers. J'ai jamais pu rester en place. » Son principal exutoire : une barre d'haltères au milieu du salon. Khalil al-Nawawreh est ce « banni de Bethléem » qui a débarqué en Belgique dans la nuit du 22 au 23 mai 2002, au lendemain du siège de la basilique de la Nativité à Bethléem (lire ci-contre). Expulsé de Cisjordanie par Israël avec 12 autres combattants palestiniens, que plusieurs États membres ont accepté de prendre en charge au terme d'un accord négocié avec l'Union européenne. Nous l'avions déjà rencontré plusieurs fois. Depuis quatre ans et demi, il végète en Belgique sans perspective d'avenir. Âgé de 28 ans, l'homme garde une allure militaire. Mais il apparaît plus sûr de lui et décontracté qu'à son arrivée. Il s'exprime désormais en français. « Obligé, sourit-il. Peu de personnes parlent l'arabe classique en Belgique. » Deux clichés illustrent la métamorphose. Le premier montre un Palestinien en tenue de combat, l'arme à la main. Le second un gars en jean, souriant sous l'Atomium avec des amis... Khalil vit d'abord un an chez un tuteur d'origine palestinienne, à Bertrix. Très rapprochée au début, la surveillance de l'État se relâche progressivement. La conduite de cet ancien du Tanzim (le bras armé du Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas), est jugée « exemplaire ». Jusqu'à ce qu'il décide de s'installer à Bruxelles. En décembre 2003, Khalil al-Nawawreh est arrêté et inculpé pour vol avec violence dans le cadre du braquage d'un bureau de poste, à Brakel. « J'étais au mauvais endroit au mauvais moment. La police est venue perquisitionner dans l'appartement où je logeais. J'ignorais de quoi il était question. » L'homme passe plusieurs mois en préventive. L'enquête est toujours en cours. Khalil sait qu'il a de la chance. « J'ai grandi avec l'Intifada, les blessés, les morts. J'ai lancé des pierres. J'ai pris beaucoup de balles en caoutchouc ; j'étais emmené à l'hôpital et, dès ma sortie, je recommençais... Impossible de rester sans rien faire. J'ai perdu beaucoup d'amis. L'un d'eux a pris une balle en pleine tête, juste à côté de moi. Mon frère aîné est en prison en Israël. » Il sort une photo. « Si j'étais comme lui, enfermé là-bas, je sais que je ne sortirais jamais. C'est vrai, j'ai de la chance. Pourtant, je me sens comme un prisonnier. » Celui qu'Israël considère comme un terroriste touche de l'État belge 1.000 euros par mois. Il se rend à la police deux fois par mois, à la commune une fois. Il affirme ne pas pouvoir travailler ni suivre de formation. « Souvent, l'argent arrive en retard et je dois emprunter à des amis. Je n'ai pas de mutuelle. Je ne peux ni travailler, ni m'inscrire en formation, ni à un club de sport. Je suis libre mais je ne peux rien faire. Même avec la guerre, je serais mieux là-bas. Je n'ai pas demandé à vivre ici, je ne suis pas un touriste. Je demande seulement à pouvoir vivre comme tout le monde. » L'ex-combattant a le mal du pays. « Ma mère me manque le plus. Au téléphone, je ne lui dis pas tout, pour ne pas l'inquiéter. Je n'aime pas rester dans mon appartement, je pense trop. Alors je me promène, je vais chez des copains. Mais ce n'est pas bon. Je préférerais retourner à Bertrix où il y a moins de tentations. Je veux vivre normalement. Ou rentrer en Palestine. » Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine à Bruxelles, nuance ses propos. « Il a un permis de séjour, une couverture sociale, un logement. S'il trouve un employeur, il aura un permis de travail. Il doit faire des efforts pour s'intégrer. Il est malheureux, c'est légitime, mais ce n'est pas la faute des Belges. Il doit saisir sa chance. Se comporter en victime ne sert à rien. » Au ministère de l'Intérieur, on indique qu'al-Nawawreh dispose d'un statut particulier. « Il n'est ni demandeur d'asile, ni réfugié politique. Des réunions avec les Affaires étrangères ont lieu régulièrement à son sujet. Si la justice le condamne dans le cadre du braquage, nous devrons reprendre contact avec l'Europe. Un retour en Palestine devra peut-être être envisagé. » Aux Affaires étrangères, on signale qu'un retour en Cisjordanie devrait faire l'objet d'un accord global concernant les 13 exilés, impliquant l'UE, l'Autorité palestinienne et Israël. Ce n'est pas d'actualité. Khalil voudrait retourner à Bertrix. C'est aussi le souhait de Jacques Simonet, maïeur d'Anderlecht. « À son arrivée, on m'avait dit que ce serait temporaire. Il devait être renvoyé à Gaza. La situation là-bas en a décidé autrement. Je ne dirais pas qu'il n'y a jamais eu de problème avec lui. À Anderlecht, le risque de croiser de mauvaises fréquentations est plus important qu'en Ardenne. » Mais le maïeur de Bertrix, Olivier Boclinville, refuse de le domicilier. « Je me fous des tentations. Il y en a partout ! Qu'il continue à jeûner dans le désert ! » (sic). Son tuteur est pourtant prêt à lui donner du travail dans son entreprise, à veiller sur lui. « Il serait plus tranquille, je pourrais le conseiller, le tenir à l'oeil, le conduire sur le bon chemin. Je ne comprends pas ce refus. » Son frère d'armes envoyé en Espagne est aujourd'hui marié. Khalil ne rêve pas d'autre chose. Mais le coeur en Palestine, les pieds à Anderlecht et la tête à Bertrix, il semble paralysé. |
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