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Les responsables de l'autorité britannique pour la fertilisation et l'embryologie humaine (HFEA) ont annoncé, jeudi 11 janvier, le lancement d'une vaste consultation publique sur le caractère éthique de la création de chimères, des embryons hybrides humains-animaux. De nombreux observateurs s'attendaient plutôt à ce que cette instance interdise une telle pratique. "La loi sur ce sujet n'est pas très claire, et ce domaine peut apporter un changement substantiel dans l'orientation de la recherche scientifique au Royaume-Uni, a précisé Angela McNab, directrice générale de la HFEA. Ce serait une erreur de porter un jugement immédiat sur ce problème compliqué et controversé avant d'avoir suffisamment d'éléments." La HFEA prendra sa décision à l'issue de cette consultation, qui devrait être organisée à l'automne. La publication dans le quotidien The Times, mercredi 10 janvier, d'un appel de quarante-cinq spécialistes, parmi lesquels figuraient trois Prix Nobel, a visiblement fait pencher la balance. L'influence de Lord Winston, l'un des signataires, ancien conseiller scientifique de Tony Blair, une personnalité très médiatisée, a également joué. Tout comme les pressions du lobby de la puissante industrie pharmaceutique, l'un des derniers fleurons industriels du Royaume-Uni, très en pointe dans la recherche sur les maladies neuro-dégénératives. Ce sont les équipes déjà impliquées dans les recherches sur les cellules souches qui souhaitent également pouvoir disposer de chimères. En pratique, ces dernières seraient créées en plaçant le noyau de cellules humaines (prélevées notamment chez des malades) au sein d'ovocytes animaux (lapins ou bovins, par exemple). De telles expériences ont déjà été menées, notamment en Chine et aux Etats-Unis. On ne laisserait pas l'embryon hybride ainsi créé se développer au-delà de quatorze jours, mais des lignées de cellules souches prélevées sur cet embryon pourraient être cultivées à des fins scientifiques. Cette solution fournirait une réponse à la pénurie d'ovocytes humains disponibles pour ces travaux. "ATTEINTE À L'INTÉGRITÉ" Organisme autonome mais traditionnellement proche du ministère de la santé, la HFEA a pris ses distances avec celui-ci, malgré les menaces à peine voilées de réduire son budget en 2007-2008. Le Livre blanc publié en décembre 2006 par le gouvernement britannique proposait d'interdire la création d'embryons humains hybrides. Le premier ministre s'était toutefois montré plus accommodant. "La décision de la HFEA me semble sage, estime Carine Camby, directrice générale de l'Agence française de biomédecine. Pour notre part, nous n'avons pas été interrogés par des équipes de biologistes souhaitant se lancer dans de telles recherches. La loi de bioéthique de 2004 ne permet pas de répondre de manière précise et explicite à la question de la création de telles chimères. En revanche, l'article 16 du code civil, qui traite de l'atteinte à l'intégrité de l'espèce humaine, est de nature à s'y opposer." Cette même loi de bioéthique dispose qu'il est interdit de créer in vitro des embryons à des fins de recherche scientifique, sans préciser si ces embryons sont ou non "humains". Pour Mme Camby rien n'interdit la mise en place en France d'un débat similaire à celui que la HFEA s'apprête à organiser en Grande-Bretagne. Jean-Yves Nau et Marc Roche (à Londres) ça fait peur quelque part, non ? |