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Vieux 21/01/2007, 18h20
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Par défaut L'Eglise sera vaincue par le libéralisme

Le Monde des religions publie ce mois-ci un sondage où, à la question "Quelle est votre religion, si vous en avez une ?", seulement 51 % des personnes interrogées répondent "catholique", alors qu'elles étaient 67 % en 1994 dans un sondage réalisé pour Le Monde. Etes-vous surpris par cette érosion ?

Un sondage de 1998 donnait déjà ce chiffre de 51 %. Ce qui compte, c'est l'évolution sur la longue période. Une rupture se produit vers 1975-1980 : auparavant, les catholiques déclarés représentaient environ 80 % et, à partir de là, leur nombre décroît pour s'établir autour de 50-55 %. Ce sondage confirme donc une tendance. Mais ce qu'il révèle d'essentiel, c'est le détachement vis-à-vis de la religion institutionnelle. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de sentiment religieux, plus de foi, plus de pratique religieuse. Mais il y a une désinstitutionnalisation au sens où les gens, au lieu de raisonner en termes d'appartenance à une Eglise, raisonnent en termes d'adhésion à des valeurs et d'identification, totale ou partielle, à un foyer de sens.

La France est-elle une exception ?
Pas du tout. Ce constat vaut pour toutes les sociétés occidentales développées, même si la France est la plus sécularisée. C'est le grand triomphe du libéralisme : la religion n'englobe plus tous les aspects de la vie des personnes et de la société, elle devient une affaire privée.

La généralisation du libéralisme de marché au tournant des années 1980 aurait-elle accéléré ce changement des mentalités en matière religieuse ?

C'est moins le libéralisme économique qui est ici en jeu que le libéralisme culturel : l'idée d'une séparation entre les différents domaines, le religieux, le politique, l'économique et surtout, cette césure entre sphère publique et sphère privée. C'est sur ce point que le catholicisme et la modernité libérale se sont heurtés depuis le début. L'Eglise n'a cessé de condamner la privatisation du religieux. La subjectivité prend le pas sur le dogme : est religieux ce que je définis comme tel. Dans un sondage auprès des 12-15 ans publié il y a quelques années dans Okapi, des mots tels que justice, vérité, liberté, amitié étaient considérés par une majorité d'enquêtés comme religieux. Est religieux ce à quoi on tient le plus. Au lieu d'une définition extérieure, objective et institutionnelle du religieux, on a une définition personnelle et mouvante. Et ce subjectivisme va de pair avec le relativisme qui est le deuxième front sur lequel se bat l'Eglise catholique, avec tout aussi peu de succès.

Comment se traduit ce relativisme ?

Dans le sondage du Monde des religions, seulement 7 % des catholiques estiment que le catholicisme est la seule vraie religion. En 1952, ils étaient plus de 50 % ! Plus surprenant encore, le noyau dur des pratiquants qui vont à la messe tous les jours est aussi relativiste : 52 % d'entre eux estiment qu'"on trouve des vérités dans différentes religions". C'est le même pourcentage que chez les non-pratiquants.

Qu'est-ce que cela dit de la foi ?

Cela veut dire que l'on peut avoir une foi qui imprègne tous les aspects de sa vie, et considérer que d'autres accès à la vérité sont légitimes. C'est l'essence même de la modernité libérale que d'admettre que la vérité existe, mais qu'elle est relative à celui qui en fait l'expérience et qu'aucune autorité ne peut vous l'imposer. Quand le Vatican pourfend le relativisme, il pourfend une réalité irrépressible. Pour le magistère, le relativisme conduit à l'indifférentisme - toutes les religions se valent - puis à l'indifférence - si elles se valent toutes, aucune ne vaut. Or le sondage montre que les gens sont relativistes mais non indifférentistes : ils ne sont que 39 % à dire que toutes les religions se valent. C'est au sujet individuel d'apprécier la valeur relative d'une religion indépendamment de l'institution.

Comment l'Eglise vit-elle cette montée du subjectivisme ?

Il est difficile pour l'Eglise de renoncer à la primauté de sa version de la vérité. Il y a selon elle une objectivité des contenus de foi. Or cette approche est en contrariété avec notre culture dans laquelle c'est le sujet qui décide ce qui est vrai, bon ou juste pour lui. Le relativisme contient l'idée de relation : est vrai ce qui est en relation avec moi. Et l'on passe du règne de la vérité au règne de l'authenticité : être soi-même et non pas être conforme à des vérités extérieures, choisir ce qui est pertinent pour sa propre expérience.

Quelles sont les conséquences sur les pratiques religieuses ?

Les gestes extérieurs prescrits par l'institution, la pratique cultuelle par exemple, s'effritent plus vite que ce qui relève du for interne comme la prière. Comme le révélait déjà un sondage de 1985, l'identité chrétienne ne s'exprime plus pour la majorité des gens par la participation au culte, mais par des gestes privés tels qu'"aider ceux qui sont dans le besoin autour de soi" ou "prier, penser à Dieu". Le subjectivisme va en outre de pair avec une certaine hétérodoxie : chacun choisit dans le corpus des croyances celles qui font sens pour soi et qui apportent du réconfort. Ainsi la croyance au paradis est plus répandue que la croyance dans l'enfer. La croyance est évaluée selon un critère d'utilité. Et la pertinence de la religion s'éprouve ici-bas : la question du salut au-delà de la mort est complètement dédramatisée.

Mais alors, qu'est-ce qu'être catholique aujourd'hui ?

C'est plus difficile qu'auparavant de le définir. On peut être dedans sur un point et dehors sur un autre, on peut se rattacher à une tradition et à une Eglise mais aussi plus souplement à un fonds de valeurs ou à une sagesse. Parmi les catholiques qui croient en Dieu (52 % seulement), 79 % le définissent comme "une force, une énergie, un esprit". Seuls 18 % le définissent conformément au dogme. Donc l'enjeu est radical : soit on déclare que ces gens sont en dehors du catholicisme, soit on aborde le problème d'un point de vue sociologique et l'on estime que ces gens-là se disent catholiques, donc que c'est cela le catholicisme aujourd'hui. Mais cela pose le problème de l'identité de l'institution. Car il y a très clairement un hiatus aujourd'hui entre le dépôt de foi tenu par l'Eglise et la foi déclarée des catholiques.



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