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| LE MONDE | 29.01.07 | 14h25 • Mis à jour le 29.01.07 | 14h25 WASHINGTON CORRESPONDANTE A la lumière des difficultés en Irak, vos perceptions ont-elles changé ? Je continue à croire que la décision fondamentale de renverser Saddam Hussein était la bonne. Elle reflétait la politique nationale, telle qu'énoncée par une vaste majorité du Congrès dans les deux partis. Rétrospectivement, nous aurions dû transférer l'autorité aux Irakiens plus rapidement après le renversement de Saddam Hussein. C'était l'idée que la France défendait : la remise de souveraineté. Oui, quoique l'idée française n'était pas de renverser Saddam Hussein, si j'ai bonne mémoire... Nous n'avons pas rendu service aux Irakiens en les privant des responsabilités politiques. L'Autorité provisoire de la coalition (CPA) a été un hiatus d'un an dans la maturation politique de l'Irak. Elle a donné aux terroristes et aux reliquats du parti Baas une chance de se regrouper. Les Irakiens seraient peut-être arrivés plus tôt au même résultat qu'aujourd'hui, mais ils auraient eu la possibilité d'arriver à un résultat différent. Le choix aurait dû leur être laissé. Les Etats-Unis n'ont aucun intérêt stratégique dans le fait qu'il y ait un Irak ou trois Iraks. Nous avons un intérêt stratégique dans le fait d'assurer que ce qui émerge ne soit pas un Etat en faillite complète, qui devienne un refuge pour les terroristes, ou un Etat terroriste. Que ce soit un Etat ou trois Etats, qu'il soit dirigé par les chiites ou par une coalition, ne relève pas de notre intérêt stratégique. Que pensez-vous de l'envoi de renforts ? C'est la meilleure d'une série de mauvaises options. Nous avions une responsabilité, ayant renversé le gouvernement, de fournir certaines conditions suffisantes de sécurité pour que les Irakiens forment un gouvernement. Nous l'avons fait. Ce surge (renforcement) est le dernier effort. Si les Irakiens ne redressent pas la situation, c'est leur problème. Mon inquiétude est que ce ne soit pas suffisant. On pourrait finir avec le pire des deux mondes : avoir renforcé les troupes sans arriver à remplir la mission parce qu'elles ne sont pas assez nombreuses. Il y a un autre élément. Dans le golfe Persique et le monde arabe, il est important de ne pas laisser se développer l'impression que s'aligner avec les Etats-Unis est risqué et que, quand les choses deviennent difficiles, les Etats-Unis s'en vont. Il faut éviter une autre version du syndrome du Vietnam. Sur l'Iran, que prévoyez-vous à l'échéance du 23 février à l'ONU ? L'Iran ne va pas renoncer à se doter de l'arme nucléaire à cause de la résolution de sanctions (1737), c'est clair. Les Russes ont réussi à l'édulcorer au point qu'elle n'a pas grande efficacité. D'ailleurs, on voit bien que les Iraniens n'ont pas mis à exécution leur menace de se retirer du TNP ou de renvoyer les inspecteurs de l'AIEA. Les Russes leur ont dit : "Inutile de surréagir, vous n'avez rien à craindre de cette résolution." Cela fait quatre ans que l'UE-3 parle et cela fait quatre ans que l'Iran avance vers la capacité de construire l'arme nucléaire. Nous mettons une date butoir après l'autre. Quand elle arrive, nous disons : "OK, maintenant il faut faire quelque chose." Et les Européens disent : "Vous avez raison, maintenant il faut faire quelque chose. Négocions donc encore un peu." Il faut le reconnaître : les négociations ont échoué. Le temps ne joue pas en notre faveur. Je ne suis pas sûr que cette opinion est partagée à Londres, Berlin et Paris. C'est une erreur. Les Européens sont davantage à portée des missiles iraniens que les Etats-Unis. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas une position plus dure. Jacques Chirac a proposé d'envoyer le ministre français des affaires étrangères à Téhéran. Mais qu'est-ce qu'il pense ? Parler à l'Iran ne va pas produire le moindre changement d'attitude. Je ne veux pas citer de noms, mais un ambassadeur de France à qui je disais qu'on ne peut pas faire confiance aux Iraniens m'a répondu : "Je suis d'accord. Les chiites mentent en permanence." J'ai du mal à comprendre. Les Iraniens veulent l'accès aux marchés aux capitaux et à la technologie occidentale et en même temps poursuivre leur programme nucléaire d'armement. La seule réponse est de les isoler sur le plan international, aussi bien sur le plan politique qu'économique. A long terme, j'espère à pas trop long terme, la seule vraie solution est le changement de régime. C'est le cadre dans lequel l'administration américaine travaille ? Non. Le changement de régime ne fait pas partie du cadre de travail. George Bush va-t-il tenir sa promesse de ne pas laisser les Iraniens avoir la bombe avant la fin de son mandat ? Une partie du problème est la différence entre ce que sont ses objectifs et ce que la diplomatie accomplit. Personne ne veut aller à l'option militaire mais comme l'a dit John McCain, la seule chose qui est pire que les frappes militaires, c'est un Iran nucléarisé. Après seize mois à l'ONU, vous pensez toujours qu'il y a "dix étages de trop" ? C'était une métaphore qui visait à montrer qu'il n'existe aucune bureaucratie qui ne peut pas être diminuée. Nous ne sommes pas parvenus à la moindre réforme substantielle. Le seul moyen d'avoir une vraie réforme est de changer fondamentalement le système de financement. Mais vous gardez un bon souvenir ? Oh, pour quelqu'un comme moi, il y a toujours quelque chose à faire, c'est sûr. C'est un environnement qui fourmille de cibles potentielles. Propos recueillis par Corine Lesnes |
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#2
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| Comme ça se corse, ils plient bagage...Aveu d'impuissance. |
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