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| Le travail domestique des petites filles, une plaie cinglante La région est une véritable ruche de bonnes Le Gharb Chrarda Beni Hssen est un véritable réservoir de petites bonnes. Selon plusieurs témoignages, le nombre des petites filles arrachées de leur milieu naturel pour aller travailler dans les maisons atteint des proportions alarmantes. Ce phénomène déplorable touche de plein fouet plusieurs villages et douars de la région. Dans une région qui regorge de potentialités mal exploitées, les principales causes de ce fléau sont la pauvreté, l'ignorance, l'analphabétisme, la vulnérabilité économique, la déperdition scolaire et la dislocation familiale, qui entraîne inéluctablement la renonciation des parents à leurs obligations envers leurs enfants qui, face à cette indifférence et à cette démission, se retrouvent inévitablement et prématurément dans un monde impitoyable Le témoignage d'une institutrice de l'une des écoles rurales de la province de Kénitra concernant ces petites bonnes considérées souvent comme une force de travail corvéable à souhait est ahurissant. Elle révèle que les petites candidates malheureuses au travail domestique sont tellement nombreuses dans certains douars non loin de son établissement qu'on n'a pas besoin d'intermédiaires. "Il suffit, dit-elle, de frapper à certaines portes pour qu'on vous propose des filles pour travailler à un âge où elles devraient être à l'école primaire. " Une petite fille de 14 ans travaillant chez une famille du centre-ville de Kénitra se plaint des conditions déplorables du travail. Elle déclare se lever la première et se coucher la dernière pour accomplir des tâches titanesques. "Mon père qui vient à la fin de chaque mois pour percevoir mon salaire ne se soucie guère de mes problèmes, mais je ne lui en veux pas", déclare-t-elle innocemment. Le constat établi à cet égard par Mme Khadija Boudiaf Regragui, psychiatre à Kénitra est cinglant : "Les bonnes nous consultent rarement quand elles sont petites. Quand c'est le cas, elles sont accompagnées de leur entourage réclamant un certificat médical suite à des agressions physiques ou sexuelles graves. On les voit souvent à l'âge adulte. Leurs motifs de consultation sont souvent des crises d'angoisse aiguës, des plaintes somatiques multiples, des insomnies. Certaines d'entre elles couvent même un état dépressif... Ce n'est qu'au cours de l'entretien, souligne-t-elle, que ces patientes rapportent les moments difficiles d'une enfance volée, d'une adolescence mal vécue, victimes d'injures, d'humiliation et d'agressions physiques,. Elles étaient souvent battues par les femmes qui les emploient et harcelées sexuellement par les maîtres de maison. Certaines d'entre elles, ajoute-t-elle, ont raconté avoir été purement et simplement mises à la rue à la suite d'une grossesse illégitime. Leur seul tort, déplore-t-elle, c'est d'avoir travaillé très jeunes pour venir en aide à leurs familles pauvres. Elles regrettent de ne pas avoir été scolarisées, de ne pas avoir eu la vie normale de tout enfant ou de toute adolescente de leur âge". Pour éviter de tels drames, Mme Boudiaf insiste sur un effort de sensibilisation des familles démunies pour scolariser leurs enfants et appelle par la même occasion à l'encouragement des associations locales agissantes dans le domaine de la lutte contre le travail des enfants. Si certaines bonnes ont eu la chance de consulter un psychiatre pour être soulagées, il n'en demeure pas moins vrai que la quasi-totalité d'entre elles continuent à souffrir dans le silence. Même si le travail domestique des petites filles est une véritable plaie au niveau régional, on constate néanmoins ces derniers temps que le travail des enfants, surtout celui des petites filles, n'est plus un sujet tabou, grâce aux efforts inlassables et à l'énorme travail soutenu réalisé par l'ONDE en faveur de l'enfance marocaine, en partenariat avec les départements concernés. Un travail qui a été couronné par le coup d'envoi le 19 janvier dernier du projet "Inqad", composante du Plan d'action national pour l'enfance ( PANE 2006-2012), adopté par le gouvernement le 25 mars de l'année dernière. L'un des axes forts de ce projet est la campagne nationale de sensibilisation pour la lutte contre le travail domestique des petites filles placée sous le patronage effectif de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Meryem. Cette campagne de communication a créé un véritable débat sur la place publique locale. Elle est considérée par plusieurs personnes soucieuses de la promotion des droits de l'enfant comme une avancée majeure dans le processus d'abolition du travail domestique des petites filles. On attend par ailleurs avec impatience l'adoption et l'application rigoureuse du projet de loi élaboré par le ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle, en coordination avec le secrétariat d'Etat chargé de l'Enfance, fixant l'âge minimum pour le travail domestique, les conditions, contractuelles, les sanctions le cas échéant, et les mécanismes de contrôle et de protection. Source : Le travail domestique des petites filles, une plaie cinglante - LE MATIN.ma
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