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LE MONDE | 09.02.07 | 13h10 • Mis à jour le 09.02.07 | 14h39 Une plainte "médiévale", un procès "qui n'aurait jamais dû avoir lieu" ont finalement abouti à une audience historique. Peut-être fallait-il ce lieu, une chambre correctionnelle du palais de justice de Paris, ce cadre, celui de la procédure contradictoire, ces bornes, celles du droit et de la loi, pour donner toute sa profondeur et sa puissance au débat suscité par la plainte déposée contre l'hebdomadaire Charlie Hebdo à la suite de la publication des caricatures de Mahomet. Deux longues journées d'audience ont donné le sentiment que ce qui s'est joué là, à travers la poursuite déposée par des associations musulmanes pour "injures publiques envers un groupe de personnes en raison de sa religion", n'est rien de moins que la réaffirmation solennelle et passionnée de cette valeur fondamentale de l'identité nationale qu'est la liberté d'expression. Combien de fois les mots de Voltaire - "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire" - ont-ils résonné dans la salle d'audience, portés par les témoins cités à la barre en défense de l'hebdomadaire ! Après François Hollande et Nicolas Sarkozy, ce fut au tour de François Bayrou d'exprimer, jeudi 8 février, cette conviction. "Je suis croyant et j'ai de l'empathie pour la sensibilité des croyants. J'ai toujours dit que je n'aurais pas publié ces caricatures. Mais au-dessus de mes convictions personnelles, spirituelles, il y a le pilier central de notre société qui nous protège tous, croyants, incroyants et agnostiques : la liberté d'expression." Cette liberté, a rappelé le candidat UDF à l'élection présidentielle, s'inscrit dans le choix "proprement français, républicain, de la laïcité qui a été, pour notre société, émancipateur et fondateur. C'est la pointe de diamant de notre vision du monde". Dans les caricatures incriminées, notamment celles du dessinateur Cabu publiées à la "une" de Charlie Hebdo, faisant dire à Mahomet "C'est dur d'être aimé par des cons" et du prophète coiffé d'un turban abritant une bombe avec une mèche allumée, le président de l'UDF s'est refusé à voir un "amalgame" entre l'islam et le terrorisme. "Il y a, dans ce dessin, une manière d'épargner le prophète et de diriger la flèche vers ceux qui, en dérivant, le trahissent. Il y a, aussi, l'expression d'une inquiétude que beaucoup de nos concitoyens ressentent face à cette dérive", a estimé François Bayrou. Cette interprétation, les parties civiles la refusent. "On n'est pas là dans la caricature religieuse, on est dans la caricature haineuse et offensante qui vise à diffuser la peur des musulmans dans la société. Même dans le domaine de la caricature, il n'y a pas de zone de non-droit", a souligné l'un des avocats de la Grande Mosquée de Paris, Me Christophe Bigot, en rappelant que la liberté d'expression trouvait sa limite dans le droit à l'exercice de sa religion, consacré par la Cour européenne des droits de l'homme. "CES MESSIEURS JOURDAIN" "Ce procès n'est pas celui de l'obscurantisme contre les Lumières, a déclaré en écho son confrère Me Francis Szpiner. Il est celui de l'éthique de responsabilité. Philippe Val, qui se prend pour Voltaire, ne veut pas imaginer qu'il a pu donner des idées aux Dupont-la-Joie. Il y a, dans la publication de ces caricatures, une volonté de repousser les limites, de provoquer." "Notre démarche est simple, a ajouté Me Szpiner, elle se place sous la protection de la loi et elle demande au juge de trancher." Au nom du ministère public, la procureure, Anne de Fontette, l'a fait, en estimant que le délit d'injures publiques n'était pas constitué et en requérant la relaxe du directeur de la publication de Charlie Hebdo. "La Cour européenne des droits de l'homme admet le principe selon lequel la liberté d'expression peut dépasser la liberté de croyance quand il n'y a pas d'attaques contre des convictions religieuses et qu'il s'agit d'un débat de société." Ces deux conditions sont réunies dans l'affaire des caricatures, a-t-elle observé. D'une part, parce que "le débat sur la face guerrière de l'islam est bien un débat de société" et, d'autre part, parce que les trois dessins incriminés "ne sont pas injurieux pour une conviction religieuse". Ils ne visent, selon elle, que les intégristes. "Et l'intégriste ne désigne pas tous les musulmans, comme il ne désigne pas tous les juifs, ou tous les catholiques. Quand Mgr Lefebvre était attaqué, je ne crois pas que la communauté catholique se sentait visée. Ce qui est stigmatisé là, c'est l'intégrisme politique, le djihad, le dogme de l'islam dévoyé à des fins fanatiques", a dit Anne de Fontette. La défense est allée plus loin, en soulignant, comme Me Richard Malka, que "la liberté d'expression ne peut pas être indolore". "Vous nous dites que vous ne supportez pas les atteintes à votre sentiment religieux ? Vous demandez de protéger le sacré et les objets de vénération cultuelle ? Mais où sommes-nous ? En France ? Cela signifierait que plus jamais nous ne pourrions faire une caricature de Dieu !", s'est exclamé l'avocat de Charlie Hebdo face aux parties civiles. Dénonçant ces "Messieurs Jourdain du blasphème, qui demandent sa réhabilitation sans le savoir", il a rappelé la longue tradition française de caricature antireligieuse. "Vous voulez vraiment l'égalité de traitement ?, a demandé Me Malka en exhibant notamment quelques-uns des plus violents dessins publiés par Charlie Hebdo contre les symboles de l'Eglise catholique. "Personne, dans ce pays, pas même à Charlie Hebdo, n'oserait faire à l'égard du prophète Mahomet le dixième de ce qu'on a fait sur le pape !", a-t-il affirmé. A Me Georges Kiejman est alors revenu le rôle de convoquer dans le prétoire la longue jurisprudence qui "a bâti pierre à pierre la forteresse de la liberté d'expression". Face à une polémique ambiguë dont il a été rappelé qu'elle avait été largement provoquée par certains fondamentalistes musulmans, face au doute et aux atermoiements qui l'ont accompagnée, face au flou d'une démarche judiciaire à laquelle de périlleux équilibres politiques internes à la représentation musulmane de France ne sont pas étrangers, ce rappel d'une conquête, "fruit d'une histoire et d'une Révolution", a imposé la rassurante et précieuse verticalité du droit. Pascale Robert-Diard Article paru dans l'édition du 10.02.07. |
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La procureure n'a seulement "que recquis" la relaxe à l'encontre de Charlie-Hebdo, mais ceci ne constitue pas our le moment le verdict. Cependant, il s'avère quasi-impossible dans les faits que le journal satirique soit condamné, ne serait-ce qu' à un euro symbolique. Pour ma part, je regrette vivement ce procès qui va ériger cette presse-poubelle au rang de "défense de la liberté d'expression". La meilleure manière de répondre aurait tout simplement dû se traduire par le mépris. Dommage.
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