Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?


Précédent   Bladi.net > Catégorie Principale > Actualités marocaines



Réponse
 
Outils de la discussion Modes d'affichage
  #1  
Vieux 10/02/2007, 18h04
 
Date d'inscription: avril 2004
Âge: 32
Messages: 1 261
Entrées dans le blog: 1
Par défaut Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?

Ils sont jeunes, ils sont ambitieux et ils sont marocains. Les cabinets- conseil et les banques d'affaires se les arrachent, les marchés suivent leurs pronostics. Mais que sait-on vraiment de cette élite marocaine qui s'expatrie? Ils représentent certainement une chance pour notre pays mais est-on en mesure de les attirer? Et veulent-ils seulement rentrer au bercail ?
Il est 4 heures du matin. Mohamed T. rentre chez lui, enfin… à l'hôtel. Trois mois plus tôt, il a reçu un coup de fil de son boss : «Ton visa est arrivé, tu pars à Dubaï dans trois jours». Et le voici maintenant dans sa suite, un écran géant lui souhaite la bienvenue. Le groom lui apporte de quoi se sustenter : un magnifique plateau de crustacés et des jus à profusion. Mohamed T. s'endort repus, mais pour quelques heures seulement. La journée du lendemain promet d'être rude, comme la précédente d'ailleurs. Cela fait longtemps qu'il ne compte plus les heures passées au bureau, de jour comme de nuit, loin de sa famille tangéroise et de ses amis parisiens. S'il n'y avait l'argent qu'il économise et le double salaire qu'il perçoit comme compensation à son expatriation forcée, soit près de 60 000 Dhs, il y a longtemps qu'il aurait démissionné!
Deux mois plus tard, revoici le même Mohamed T, fils d'une bonne famille fassie installée à Tanger et diplômé d'une grande école de commerce parisienne. Il a quitté Mercer, le cabinet-conseil en stratégie d'entreprise qui l'employait à prix d'or, mais à peine plus que le SMIC si on ramène le salaire qu'il percevait au nombre d'heures passées au bureau ou chez le client. Il a choisi de démissionner, et il a désormais plein de projets en tête, tous au Maroc. Son ambition, il la répète souvent : millionnaire à 32 ans. Et il faut avouer qu'il est bien parti !
Quel(s) profil(s)?
Le cas de Mohamed T. est assez emblématique de cette jeunesse dorée partie faire ses classes à l'étranger et qui y a trouvé le succès mais pour qui le retour au pays est toujours une nécessité. Cet exemple ne doit cependant pas masquer la diversité des profils de ces jeunes Marocains qui réussissent à l'étranger. Une étude récente effectuée par l'association Maroc-Entrepreneurs (cf encadré) s'est attachée à étudier la propension au retour de ces jeunes cadres dynamiques. Pour ce faire Maroc-Entrepreneurs a effectué une vaste enquête et recueilli près de 2000 réponses de Marocains installés à l'étranger. Cette étude constitue une base de données non négligeable pour qui veut cerner le profil de ces jeunes qui cartonnent en Europe et ailleurs. Près de la moitié des sondés (45,3%) a quitté le Maroc juste après l'obtention du baccalauréat. La plupart sont issus de ce qu'on appelle communément la “mission”, les visas étudiants étant très difficiles à obtenir pour les autres lycéens, du moins à ce niveau de leur parcours scolaire. L'enquête montre par ailleurs que le tiers des sondés travaille dans le secteur des télécommunications et des nouvelles technologies, un peu moins de 20% trustant le secteur des banques, assurances et finance. La haute valeur ajoutée de ces jeunes et leur très bon niveau de qualification sautent aux yeux. D'autant qu'au regard des métiers exercés, on constate que les commerciaux (13%), les chercheurs (13%), les consultants (12%), les comptables et les financiers (11%) tiennent le haut du pavé. L'étude révèle en outre que le tiers des sondés (32,1%) sont diplômés ou élèves d'une école d'ingénieurs et que 23% ont bénéficié d'une formation commerciale dans une école privée. Les formations scientifiques arrivent ainsi largement en tête, même si les étudiants passés par les écoles de commerce ont aussi souvent suivi des enseignements littéraires en classes préparatoires. Notons aussi que 76% des sondés ont un niveau d'études supérieur ou égal à bac+5 et que près de la moitié sont titulaires de deux diplômes.
L'échantillon étudié par Maroc-Entrepreneurs n'est certes pas représentatif de la communauté marocaine à l'étranger, de ce qu'on appelle communément les MRE, mais il permet de déterminer un profil-type du jeune Marocain qui cartonne à l'étranger: il est généralement né au Maroc dans une famille plutôt aisée et a fait ses classes dans des lycées comme Descartes ou Lyautey avant de s'envoler vers la France (pour 70% des sondés). Il y a suivi une formation scientifique d'ingénieur ou de commercial avant de s'orienter vers un métier de consultant, de trader ou d'auditeur. Il garde en général un lien affectif très fort avec son pays d'origine. L'enquête révèle en effet que 86% des sondés désirent rentrer au Maroc à court ou moyen termes.
Une vision idyllique du Maroc
Comment comprendre un tel désir de rentrer au pays alors que, en sens inverse, année après année, des milliers de pateras tentent de gagner l'eldorado européen? Ces jeunes n'ont-ils pas idéalisé le pays de leur enfance? La vision qu'ils ont du Maroc est certes influencée par les douces années d'insouciance qu'ils y ont souvent passées. Elevés à l'abri du besoin pour la plupart, ils n'ont pas connu le même Maroc que ceux qui, aujourd'hui, cherchent à le fuir par tous les moyens. Beaucoup sont convaincus qu'une place de choix les attend dans les grandes villes du royaume. Ainsi, alors que seulement 4% occupent un poste de direction générale à l'étranger, près de 17% souhaitent en trouver un au pays. De la même manière, plus de la moitié des sondés résidant aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni affirme ne vouloir rentrer au Maroc que pour un salaire supérieur à 30 000 Dhs. En France, en Belgique ou au Canada la barre est plutôt de l'ordre de 20 000 Dhs. Quand on sait qu'un jeune diplômé de l'ISCAE gagne en moyenne 8 000 Dhs, on comprend la mesure du décalage. De fait, la réalité est souvent moins tendre. «Les gens viennent avec l'idée qu'il est possible de faire n'importe quoi et n'importe comment au Maroc», affirme ainsi le directeur d'un centre régional d'investissement. «Ce n'est pas parce qu'on est MRE qu'on est un bon investisseur», ajoute-t-il. Toujours dans la même veine, le responsable d'une banque tangéroise annonce clairement la couleur : «Même avec les meilleurs diplômes du monde et le meilleur projet d'entreprise qui soient, il est impossible de financer un jeune entrepreneur s'il n'a pas de solides garants derrière lui». On comprend mieux dès lors que la propension au retour dépend davantage des attaches familiales et de l'ancrage social du candidat au come-back: plus on vient d'un milieu aisé, plus on est sûr de son fait en revenant au pays. Pour les autres, l'expérience à l'étranger est souvent partie pour durer. Ainsi, pour Ibrahim B, diplômé de l'ESCP et trader à la Société Générale à Paris, le retour au bercail ce n'est pas pour tout de suite : «La finance n'est pas assez développée au Maroc et je ne peux pas espérer trouver un job dans ce domaine. Le seul moyen pour moi aujourd'hui est de rentrer pour me mettre à mon compte, et comme je ne peux compter que sur moi, il faut que je fasse des économies…».
Réponse avec citation
  #2  
Vieux 10/02/2007, 18h05
 
Date d'inscription: avril 2004
Âge: 32
Messages: 1 261
Entrées dans le blog: 1
Par défaut Re : Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?

Si ces jeunes Marocains sont évidemment très sensibles à leur bien-être matériel et aux questions salariales, ils ne se désintéressent pas pour autant des évolutions sociales et politiques du royaume. Plus de 25% des sondés affirment en effet vouloir rentrer au Maroc pour «contribuer au développement du pays». Ainsi la fibre patriotique participe-t-elle indéniablement à la volonté de retour constatée. Mais quel est ce Maroc que veulent nos expatriés ? Se tiennent-ils au courant de l'actualité du pays et comment en perçoivent-ils les évolutions? Quid de la montée islamiste ou de l'interdiction de Nichane par exemple ? Leïla Bensouda, responsable-communication de Maroc Entrepreneurs affirme sans ambages que «les islamistes ne vont pas changer grand-chose», s'ils accèdent au gouvernement, ajoutant aussitôt qu'ils pourraient certes avoir «un impact sur les mentalités». D'une manière générale, elle affirme son peu d'intérêt pour la politique marocaine, «trop floue», avec «des hommes politiques trop vieux», elle préfère suivre l'actualité présidentielle en France. Amine Khalil, président de Maroc Entrepreneurs, résume assez bien la situation : «Le roi endosse toutes les réussites et Jettou tous les échecs». Ainsi, la question de la responsabilité politique est posée: sans doute la désaffection de la jeunesse marocaine pour tout ce qui a trait au politique vient-elle du manque de lisibilité de l'action publique. Le discrédit des partis politiques est en tout cas pour eux une évidence: les quatre auteurs de l'enquête sont unanimes pour vanter les mérites de la technocratie. Pour Hind Kadiri, «après tout, le roi est le ciment du Maroc, c'est lui qui détermine le projet de société autour duquel doit se rassembler le peuple. Point donc n'est besoin d'idéologie, ni de parti-pris dans l'action gouvernementale ! ». Edifiant.
Récupération politique ?
Les auteurs de l'enquête sont bien conscients qu'ils risquent d'être accusés de caresser le Pouvoir dans le sens du poil. Amine Khalil précise d'ailleurs que les intervenants invités aux conférences de Maroc Entrepreneurs (Nabil Benabdellah est par exemple intervenu sur le thème des “jeunes et la politique au Maroc” à Paris en janvier 2005) ne sont choisis qu'en fonction du réseau de connaissances des uns et des autres et non en fonction d'affinités partisanes. Il est cependant intéressant d'étudier le positionnement des autorités marocaines par rapport à une association comme Maroc Entrepreneurs. Que pense par exemple l'ambassade de cette élite expatriée qui cherche à s'organiser? N'y a-t-il pas une tentative de récupération politique? En fait, l'ambassadeur à Paris Fathallah Sijilmassi ne ménage pas son soutien à Maroc Entrepreneurs répondant toujours présent aux invitations de l'association et intervenant régulièrement sur le retour au Maroc. De ce point de vue, le message officiel est clair : «Où que vous soyez, vous pouvez être utiles à votre pays; le retour n'est pas la seule option!». Ainsi, les autorités marocaines ne sont pas forcément pressées d'accueillir sur leur sol ces jeunes Marocains qui réussissent. Les devises qu'ils transfèrent au Maroc en résidant à l'étranger sont sans doute plus intéressantes que les compétences qu'ils peuvent mettre au service de leur pays! Selon Mahdi Bouzoubaa, quatrième auteur de l'enquête, contacté par M. Debbagh, le conseiller en communication de Nouzha Chekrouni, la ministre en charge des MRE se dit esseulée au sein du gouvernement pour défendre son initiative d'un Forum International des Compétences Marocaines à l'Etranger (FINCOME), n'y trouvant “ni soutien moral, ni soutien financier”. A l'évidence, la question du retour de nos “cerveaux” expatriés est loin d'être une priorité pour les autorités qui nous dirigent. A chacun de se débrouiller avec les moyens du bord!
De l'UNEM à Maroc Entrepreneurs
Il est pourtant certain que nos gouvernants ont toujours cherché à encadrer cette jeunesse partie faire ses classes à l'étranger et traditionnellement amenée à occuper de hautes responsabilités une fois au Maroc. Il s'agit pour les autorités de “filtrer” le retour au pays. Mais les choses sont aujourd'hui beaucoup plus faciles que par le passé. Dans les années 1960 et 1970, les étudiants marocains à l'étranger se retrouvaient dans des structures syndicales comme l'UNEM ou l'UGEM qui dépendaient respectivement de l'UNFP et de l'Istiqlal, l'UNEM drainant bien entendu le gros des effectifs. Taïeb Bencheikh, ancien responsable de la section parisienne de l'UNEM dans les années 1960 et aujourd'hui membre du bureau politique du RNI, se souvient ainsi de l'ambiance qui présidait aux réunions du syndicat étudiant: peu après la Guerre des Sables de 1963, en pleine phase de tensions territoriales entre l'Algérie et le Maroc, les membres de l'UNEM n'ont pas hésité à organiser une manifestation aux côtés des étudiants algériens pour défendre… les thèses algériennes dans le différend qui opposait les deux pays! L’ancien ministre se rappelle avoir été contraint de rappeler ses camarades à un peu plus de patriotisme ! Un tel événement est aujourd'hui impensable. Les Marocains maintenant installés à l'étranger, qui réussissent tout autant que leurs aînés, sont bien plus dociles. Peu s'intéressent d'ailleurs véritablement à l'action politique. Ils suivent l'actualité comme on se tient au courant des résultats sportifs, mais jamais ils ne mouillent le maillot! Comment donc est-on passé d'un mode d'organisation estudiantin reposant sur des bases politiques à des groupements à caractère essentiellement économique et réunissant de futurs entrepreneurs ? La désaffection du politique est passée par là ! Au Maroc comme dans leurs antennes à l’étranger, les partis politiques échouent maintenant à attirer les jeunes, et l'action politique a perdu son sens comme son efficience.
Une génération apolitique
Nos jeunes expatriés revendiquent souvent une certaine forme de patriotisme. Mais celui-ci passe rarement par le militantisme ou l’engagement politiques. Une association comme Maroc Entrepreneurs se revendique ainsi “apolitique”, elle s’assigne «un rôle de promotion du Maroc» et veut faire fonctionner «le levier économique pour développer le pays». Une des principales difficultés de cette enquête a d’ailleurs été de recueillir des prises de position politiques. Si beaucoup de nos jeunes talents expatriés acceptent en effet de “parler politique” dans le cadre d’un cercle privé, peu franchissent le pas d’un engagement public. La plupart craignent que leurs propos soient déformés ou mal compris. Tous sont avant tout sensibles à la perception de leur parole et à son impact. Peu revendiquent en fait le droit d’exprimer publiquement des opinions politiques. Force est de constater que notre future élite (pour ceux qui franchiront le cap du retour) maîtrise déjà l’art de la langue de bois et des dicours consensuels. Mamoune, étudiant à l’ESSEC, reconnaît ainsi “une influence de groupe” qui étouffe souvent les individualités. «On a du mal à sortir du lot». De la même manière, Omar , étudiant à Londres, comprend que «des gens qui ont tout misé sur leurs études et leur carrière professionnelle en faisant une prépa et en ayant des horaires de dingues (aient) peur de s’impliquer politiquement». Certes beaucoup de partis politiques de gauche (USFP et PPS essentiellement) ont des relais parmi les jeunes Marocains partis faire leurs classes à l’étranger. Mais cet engagement est encore trop souvent le fruit d’une culture familiale militante et pas assez celui d’un cheminement strictement personnel. En somme, si nos jeunes expatriés se lancent parfois dans des associations à caractère économique ou humanitaire, peu sortent des sentiers battus, très peu militent dans des partis non gouvernementaux. Leur conscience politique n’est souvent qu’un muscle mou : pour beaucoup, occuper des fonctions gouvernementales suffit à définir l’homme ou la femme politique. Cette dépréciation est directement liée au peu de crédit accordé aux partis politiques et au Parlement. Mais, si les instances électives sont tenues en piètre estime, le pouvoir exécutif continuent de faire rêver nos jeunes et ambitieux expatriés. Les ministres technocrates quadragénaires ont leurs faveurs. Non, décidément, nos jeunes qui cartonnent à l’étranger sont tout sauf des rebelles ! L’Etat peut désormais -à un prix quasiment nul pour lui- puiser dans un vivier de plusieurs générations de technocrates en herbe. La relève des Ghallab, Douiri et consorts est assurée, et le Maroc a encore plusieurs Jettou devant lui !

Souleïman Bencheikh
Réponse avec citation
  #3  
Vieux 10/02/2007, 19h05
Avatar de benkabss
 
Date d'inscription: août 2005
Messages: 8 244
Par défaut Re : Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?

Tres bon article..vraiment super interessant et c'est tres vrai.
Réponse avec citation
  #4  
Vieux 10/02/2007, 19h11
Avatar de watatla3
kijak rassi men lowr ?
 
Date d'inscription: septembre 2006
Messages: 2 565
Par défaut Re : Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?

Citation:
Envoyé par benkabss
Tres bon article..vraiment super interessant et c'est tres vrai.
a tout les jeunes marocains fe lghorba il y a des opportunites pour nous alors foncons !
Réponse avec citation
  #5  
Vieux 10/02/2007, 19h17
Avatar de benkabss
 
Date d'inscription: août 2005
Messages: 8 244
Par défaut Re : Qui sont nos jeunes «cerveaux» de l’étranger ?

Citation:
Envoyé par watatla3
a tout les jeunes marocains fe lghorba il y a des opportunites pour nous alors foncons !
Tu sais, je me reconnais un peu certains de mes potes dans certains passages de l'article. Et beaucoup de mes potes rentrent deja.

Et les traders, les analystes, consultants, associates rentreront aussi je pense ou investiront un partie de leur actifs au Maroc.

Il faut se bouger, car d'ici 10/15 ans, avec l'augmentation des prix, les places seront plus dures a prendre. Et c'est tant mieux pour les marocains.
Réponse avec citation
Réponse

Outils de la discussion
Modes d'affichage




Fuseau horaire GMT +2. Il est actuellement 16h37.



1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38