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| Plus de trois semaines après le drame de Gensac-sur-Garonne où un forcené retranché chez lui, André Rouby, 66 ans, a tiré sur des gendarmes du GIGN, tuant l'un d'eux et en blessant deux autres, l'enquête sur les circonstances de ce terrible scénario avance. Les enquêteurs de la section recherche de Toulouse ont entendu la plupart des militaires en action le 19 janvier dernier. Ce soir-là, lorsque l'assaut est donné, un incroyable et malheureux concours de circonstances va faire basculer dans la tragédie une opération pourtant parfaitement huilée. Voici le récit détaillé de cette minute fatidique qui a coûté la vie à un gendarme du GIGN, Frédéric Mortier. 1. COMMENT LE GENDARME SURENTRAÎNÉ A-T-IL ÉTÉ TUÉ ? Lorsque les trois gendarmes donnent l'assaut, ils ont localisé André Rouby. Ce dernier est dans sa cuisine, armé d'un fusil semi-automatique à trois coups. Les gendarmes du GIGN pénètrent dans la maison. Face à eux, le forcené tire une première fois en direction du bouclier qui protège le premier gendarme. Un second tir intervient et fait basculer en arrière le binôme du premier gendarme, Frédéric Mortier. Deux tirs à bout portant. Survient alors un événement majeur imprévisible : lors de ces tirs de chevrotine, du plomb ricoche dans la pièce et vient se loger sous le bras du gendarme. Le militaire est mortellement touché à l'aorte. Deux autres impacts l'atteignent, l'un échoue sur son gilet pare-balles et l'autre lui perfore un poumon. Le gendarme meurt quelques instants plus tard. À ce stade de l'enquête, on ne sait pas quel est le tir qui a provoqué la mort brutale du militaire. Mais une certitude apparaît au grand jour : le ricochet d'un plomb a précipité cet assaut dans le drame. Il y a une chance sur 1 000 pour que ce malheureux coup du sort puisse se produire. Un incroyable scénario d'autant plus cruel que tous les éléments de l'intervention ont été au préalable mûrement pesés. « L'intervention des forces de l'ordre était opportune et justifiée » avait déclaré le procureur de la République, Paul Michel. La famille d'André Rouby ne partage pas cette version. 2. POURQUOI A -T-ON DONNÉ L'ASSAUT ? Enclin à de profondes crises de schizophrénie, André Rouby, entrepreneur plâtrier à la retraite, avait l'habitude tirer en l'air lorsque ses crises de démence le rongeaient. Une fois l'orage passé, « l'homme finit par se calmer à chaque fois », reconnaît sa compagne. Alors pourquoi ne pas avoir attendu ? Lorsque Nicolas Sarkozy évoque « un dysfonctionnement », pointe-t-il du doigt les circonstances de l'assaut ou les éléments qui ont permis à un malade psychiatrique de détenir une arme à feu ? Dans l'après-midi du 19 janvier, le forcené ne répondait plus au téléphone. Sa compagne puis les gendarmes de la brigade locale essuient des salves. Pour les autorités, André Rouby est alors un homme dangereux. Retranché seul chez lui, très loin des autres habitations, hors d'atteinte, le forcené ne donne aucun signe de faiblesse après plus de six heures de négociation. À ce moment-là, il représentait un danger pour lui. « Le but de l'opération n'était pas de le tuer mais de le maîtriser », a rappelé un ancien patron du GIGN. Des gaz lacrymogènes ? Trop risqué sachant que le forcené peut se déplacer dans la maison. 3. COMMENT LE FORCENÉ A BASCULÉ DANS «UNE GUERRE» La présence d'une caméra de télévision a-t-elle précipité l'assaut ? Officiellement non. Autre certitude, la présence des gendarmes a ravivé les souvenirs douloureux de la guerre d'Algérie dans la tête du forcené. En garde à vue, André Rouby raconte : « Des hommes déguisés en soldats voulaient me tuer. Il y avait une rivière et des Russes étaient dans la cave. C'était un complot organisé par un coquin… » Un récit délirant confortant la thèse selon laquelle Rouby se croyait en guerre. Pour ses proches, la présence des gendarmes « n'a fait qu'aggraver son délire et sa maladie ». Frédéric Abéla -------------------------------------------------------------------------------- POLÉMIQUE. Il reprend son fusil après un séjour à Marchant Détenu et interné à l'hôpital Marchant, André Rou by est mis en examen pour tentatives d'homicides involontaires et homicide volontaire sur un gendarme, depuis le 26 janvier. Mais l'information judiciaire ouverte par le parquet pour des faits criminels n'exclut pas d'autres investigations menées notamment autour d'un élément central de ce drame : le fusil. Cette arme semi-automatique accompagnait de tout temps André Rouby lorsque celui-ci partait à la chasse. Selon ses proches, il en faisait une utilisation plutôt modérée. Titulaire d'un permis de chasse, André Rouby n'a jamais fait l'objet d'une plainte dans son village de Gensac/Garonne. Tout le monde connaissait ses accès de colère. L'année dernière lors d'un séjour à l'hôpital Marchant, sa compagne, par mesure de précaution, aurait caché le fusil chez des proches. De retour à son domicile et au moment de l'ouverture de la chasse, André Rouby a récupéré son arme, sans incident. Alors question : connaissant l'état de fragilité de cet ancien militaire, était-il judicieux de lui restituer une arme à feu ? « Ce n'est pas à moi à prendre la décision, seul, de lui retirer son arme, indique le maire de Gensac, Henri Devic. Il y a des psychiatres qui ont sans doute estimé que son état était compatible avec la détention d'une arme. » Sous traitement depuis plusieurs années, André Rouby avait changé de médecin voilà un an. Le 19 janvier, lorsque les tirs ont retenti, les praticiens, le connaissant, ne sont pas intervenus directement. L'un de ses anciens médecins traitants, confronté il y a plus de 10 ans à la même scène, avait réussi, malgré les menaces de Rouby braquant son fusil, à le piquer « à travers le pantalon. » Ces derniers temps, son traitement l'abrutissait. Il ne prenait plus ses cachets de lui-même. « Il aurait fallu un suivi », assure son entourage. « Il a été trahi par sa maladie », résume un proche. « Et dire qu'il offrait des bonbons aux gendarmes, l'année dernière », se souvient un autre. Aujourd'hui, la famille d'André Rouby, sous le choc, vient de créer « l'Association des amis d'André Rouby et sa famille. » Ce comité de soutien est destiné à venir en aide à ce chasseur « très apprécié dans le village. » Un homme qui oublie aujourd'hui qu'il a tué un gendarme d'élite. F. Ab |
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| je veut bien le savoir |