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Vieux 20/02/2007, 17h47
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Par défaut La nostalgie de la guerre froide hante les rapports russo-américains

LE MONDE | 20.02.07 | 15h39 • Mis à jour le 20.02.07 | 15h39


Qui a peur de la guerre froide ? Le discours de Vladimir Poutine devant la Conférence sur la politique la sécurité à Munich le 10 février a réveillé quelques fantômes. Beaucoup d'auditeurs ont cru reconnaître dans les propos du président russe les accents d'un autre temps. Le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, qui s'est présenté comme un ancien protagoniste de la guerre froide, s'est lui-même cru renvoyé plusieurs décennies en arrière. Mais n'y a-t-il pas erreur sur le diagnostic ? En critiquant "l'unilatéralisme" américain, en fustigeant la tendance des Etats-Unis à se placer au-dessus de la loi internationale, en feignant de croire que l'expansion de l'OTAN aboutit à un "encerclement" de la Russie par les démocraties, M. Poutine n'a pas déploré que Washington soit en train de lancer une nouvelle guerre froide. Il a plutôt manifesté la nostalgie qu'il éprouve pour une période de l'histoire où "il y avait un équilibre et la crainte de la destruction mutuelle. Une partie avait alors peur de faire un pas sans consulter l'autre, a-t-il expliqué. C'était certainement une paix fragile, une paix inquiétante mais, comme nous le voyons aujourd'hui, elle était assez fiable".


Pour les Russes, c'était le bon temps. Leur pays pouvait parler d'égal à égal avec les Etats-Unis. Malgré la différence de potentiel économique, les arsenaux nucléaires avaient un effet égalisateur. Le président russe ne reproche donc pas tant à George W. Bush de revenir à la confrontation Est-Ouest d'antan que de ne pas en respecter les règles, voire d'en miner les acquis. Par exemple, les accords sur la limitation des armements, classiques comme nucléaires.

Les relents du monde ancien, qu'on croyait disparus avec la fin du communisme, au début des années 1990, sont perceptibles. La Russie menace de remettre en cause l'accord signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) si les Etats-Unis déploient un système antimissile en Pologne et en République tchèque. Si c'était le cas, un des dossiers les plus épineux des décennies de la guerre froide serait rouvert.

La question des missiles à moyenne portée, SS-20 à l'Est, Pershing-II à l'Ouest, a lancé dans les rues des millions de manifestants à travers l'Europe occidentale dans les années 1980 et divisé les Occidentaux. Les Américains affirment qu'il s'agit de deux dossiers différents. Ils ne sont pas en train de développer un arsenal dirigé contre la Russie, mais une composante du système antimissile destiné à contrer une éventuelle attaque venant "d'Iran ou d'ailleurs". Des fusées devraient être déployées en Pologne, et les radars qui les servent situés en République tchèque. La Russie est, elle aussi, en théorie, sous la menace de missiles à longue portée de la Corée du Nord et à moyenne portée de l'Iran, que ce dernier pays installe avec l'aide... de Moscou. Cette situation amène à penser que les philippiques de M. Poutine à Munich visent à obliger Washington à entamer une négociation, avec pour objectif une participation russe au système antimissile américain.

Pourtant, le malentendu est plus profond. Si le président russe a intégré la fin de la confrontation idéologique, son cadre de réflexion est antérieur à la disparition des deux blocs et imperméable à la rupture introduite par Mikhaïl Gorbatchev. Sous le terme "nouvelle pensée", le dernier chef de l'Union soviétique avait reconnu que les défis de la politique internationale dépassaient les divergences entre grandes puissances. Dépouillé de ses oripeaux idéologiques, le face-à-face à la mode "guerre froide" se résume désormais à un pur affrontement d'intérêts d'Etat. Après avoir estimé que la disparition de l'URSS avait été "la plus grande catastrophe" de l'histoire russe, M. Poutine exprime ainsi sa nostalgie pour le concert des nations du XIXe siècle.


Daniel Vernet
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