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| Salam, incognito C'est moi qui remercie les Bladinautes pour l'intérêt qu'ils portent à ce livre. J'espère qu'il n'y aura pas que les casawi à être contents. |
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| Par moments, notre conversation porte aussi sur les surprises de l’Occident, ainsi les vapeurs qui transportent les pèlerins de Tanger à Djeddah. Sur l’un d’eux, nous raconte notre hôte, alors qu’il priait, le capitaine mécréant lui toucha le bras et lui montra le compas pour l’avertir qu’il ne priait pas dans la bonne direction. Ce geste paraît avoir impressionné Haj Addee et il remarque : « Dans sa clémence, Dieu peut sauver ce capitaine de l’enfer ». Pendant que nous parlons, des voisins s’invitent, à la manière familière des Orientaux. Ils s’assoient tranquillement, écoutent sans interrompre, buvant de temps en temps aux jarres d’eau à long col, avec le bouchon de bois attaché par une cordelette de palme, qui sont disposées dans le salon. Swani prépare le thé, à l’aide du gros chaudron de cuivre dont j’ai parlé, d’une théière d’étain à couvercle conique made in Germany et d’une petite boîte à thé de couleur orange marmelade décorée de fleurs gros bleu, le type même de marchandise que Birmingham exporte au Maroc pour y être vendue un shilling et six pence et montrer que nos produits sont supérieurs à ceux du reste du monde. Notre hôte détache de gros morceaux d’un pain de sucre français bon marché (1) avec la clef de la maison tirée de sa ceinture. Il martèle vigoureusement, car la clef pèse presque deux kilos et mesure une vingtaine de centimètres. Imintanout étant, comme il l’était alors, la porte du Sous et la fin de la première partie de notre voyage, nous questionnons anxieusement sur l’état de la route. Celle que nous connaissons est facile, si facile que des trains de chameaux l’empruntent tous les jours et le parcours en montagne n’est que de deux petites journées. Jusqu’ici tout est bien allé, mais dès que nous exprimons notre intention de partir le lendemain, les mauvaises nouvelles arrivent. Il paraît que la tribu des Ben Sira, des fils de pères brûlés selon notre hôte, ont fermé la route, non qu’ils sont de mauvaises gens, du moins notre hôte en est sûr, à moins qu’il ne vive trop près d’eux pour en médire, mais parce qu’ils sont mécontents du nouveau pacha et souhaitent le discréditer auprès du roi en semant le trouble. Il paraît qu’hier ces vauriens ont tiré sur des gens et blessé un marchand juif, qui repose dans une maison non loin de la nôtre. La semaine dernière, une caravane de vingt mules a été attaquée, deux hommes blessés et toute les marchandises volées. C’est une tactique ingénieuse pour prouver qu’un pacha est incapable de maintenir l’ordre et qu’il doit être remplacé. Soupçonnant que l’histoire est inventée et qu’elle n’a d’autre raison que m’empêcher d’entrer dans le Sous, j’envoie deux messagers, l’un voir le marchand juif et s’il est réellement blessé et l’autre au cheikh des Ben Sira pour lui demander si un voyageur allant prier à Taroudant et connaissant la médecine peut passer. La nouvelle de coups de feu alarme sérieusement nos muletiers et Swani, qui est pourtant courageux, ne parait pas à l’aise à l’idée de devoir combattre loin de chez lui. Haj Addee, pour montrer sa bonne volonté ou nous impressionner avec son pouvoir, offre de rassembler ses hommes et de forcer le passage. Je le remercie avec effusion, mais me résout à ne pas me jeter dans un conflit tribal sans un fusil, avec un cheval à moitié fourbu et sans même un Kodak pour effrayer un ennemi insaisissable. Je perd, ou je gagne ainsi une journée, parlant avec les curieux, prescrivant pour l’ophtalmie avec modération, divisant de la poudre de Seydlitz en petites doses à prendre à des moments précis en guise d’aphrodisiaque et attendant une « incantation » qui doit guérir notre hôte de son rhumatisme. Haj Addee est un infeliz, comme disent les Espagnols de son tempérament singulier. Je suis certain qu’il a du échouer dans toutes ses entreprises, à cause de son honnêteté, et ses mensonges sont si naïfs qu’ils ne tromperaient pas un enfant de Chrétien. Les perles de son chapelet, qu’il tient toujours en main, sont grosses comme des pois chiches. Il dit qu’elles sont en corne de cet animal rare, la licorne, et qu’il les a payées un bon prix à un chérif de La Mecque « si saint qu’il ne pouvait mentir ». Il me semble qu’elles sont en corne de rhinocéros, aussi le chérif n’a peut-être pas menti autant qu’il le voulait en lui vendant les perles. Au milieu du chapelet il y a quatre perles bleues et au milieu de celles-ci une pièce d’ivoire en forme de cône, qui s’appelle el Madhna, c’est-à-dire celui qui se dresse (2). A côté du Madhna pend un petit peigne en corne, en forme de peigne à crinière, que les Musulmans utilisent pour peigner leur barbe après avoir fait leurs ablutions. Ce peigne n’est porté au Maroc que par ceux qui ont fait le pèlerinage. Haj Addee souffre de rhumatisme dans l’épaule gauche. Il appelle son mal simplement el berd, le froid. Il se plaint d’avoir épuisé toutes les ressources de la médecine légale et s’apprête à tenter une incantation (3). Entre donc un « fakir », c’est-à-dire un saint homme, imposant, portant barbe blanche, avec cet air mi-égaré mi-roublard qu’on trouve parfois aux saints hommes qui professent une foi inférieure ou simplement différente de la sienne. L’homme de Dieu m’adresse un froncement de sourcils, voyant, j’imagine, que je suis un mécréant, puis s’assied à la manière des siens, à la meilleure place. Marmonnant quelque chose, il sort un poignard et y trace des caractères mystiques avec le jus d’une plante qu’il tient à la main. Le maître de maison et l’un de ses amis se lèvent, portant deux canes fendues d’environ un mètre. Tous deux ont l’air que les Italiens appellent computo, c’est-à-dire l’air de gens remontant l’allée centrale d’un église bondée après avoir communié (comme s’ils marchaient sur des œufs) et en se demandant s’ils n’auraient pas bu et mangé leur damnation devant une foule de témoins. Assis dans un angle, le fakir continue de marmonner et passe rapidement le poignard cabalistique entre les canes, dans un mouvement de va et vient, les touchant légèrement au passage, le poignard allant comme une navette entre ses mains. L’ambiance de concentration et de participation au rituel dure à peu près cinq minutes, et je m’aperçois que je m’y joins presque insensiblement. Regardant Lutaif (un Chrétien si tant est qu’on peut l’être ici), Swani et Mohammed el Hosein, je les vois eux aussi fascinés comme un lapin devant un serpent. Il semble que toutes les forces qui meuvent le genre humain, la crédulité est la plus forte, car des crédules sont toujours compris d’un crédule et les hommes qui jouent de cette force sont facilement victimes de leurs frères en cet art. Progressivement le mouvement du poignard ralentit, s’arrête, le célébrant frappe légèrement le bras du patient avec la lame, brise les deux canes, en fait un paquet qu’il place là où le toit joint le mur de terre de la maison. L’expression de foi de tous les assistants était admirable à observer. Si j’ai toujours soutenu que l’acte religieux participe à la fois de la religion et de la superstition (je pense que les Romains le concevait ainsi), alors je l’affirme. Même l’Armée du Salut dans ses élans les plus fous n’a pas réussi à mettre une telle expression de foi béate sur les visages de ses légionnaires. Le patient proclame éprouver un grand bienfait, et pour le première fois de ma vie, j’ai assisté à une cérémonie religieuse, couronnée de succès, du début à la fin, et sans le moindre signe apparent de quête. La foi ne doit pas être séparée de sa véritable épouse, l’offrande. Ce qu’un homme rassemble par la foi, si la volonté de Dieu ne le sépare pas, est si impalpable que laissé seul, sans le soutien de pièces dans une assiette, cela languit et dépérit dans un monde indifférent, comme l’âme, dont nous savons tous (aujourd’hui) qu’elle est éternelle, prend son envol quand le corps meurt ou gît inerte si la tête prend un coup. 1) Il est en ce moment vendu moins cher au Maroc qu’à Marseille. 2) Le Madhna est peut-être une survivance d’un culte phallique, comme il en subsiste beaucoup même à La Mecque, ce que relate Burton dans son célèbre « Pèlerinage à La Mecque et à Médine ». 3) Je lui ai offert de la quinine et ça ne l’a pas plus intéressé que les médicaments de l’apothicaire un homme du temps de Molière qui avait de l’orviétan à sa disposition. |
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#23
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| « Le rituel terminé nous restons assis à parler, nous comparons nos armes, nous exagérons leur puissance de feu et, après un examen soigneux de mon pistolet, notre hôte, à ma grande surprise, exhibe un Smith & Wesson de gros calibre qu’il aurait acheté au Caire et il a l’air de penser que c’est l’acquis le plus important de son pèlerinage. Les heures passent, les messagers ne reviennent pas, et l’imposant fakir se lève et salue Swani comme une connaissance de pèlerinage. Ils s’enlacent, s’embrassent, s’étreignent, posant leur barbe alternativement sur l’épaule droite et l’épaule gauche de leur vis-à-vis. Comme l’observe Burton, les Arabes sont le plus émotif des peuples orientaux. Un poème, une histoire triste bien contée leur arrachent des larmes et des amis proches pleurent de joie à chacune de leurs rencontres. En aparté et en anglo-espagnol, Swani m’informe que le fakir est turc, que c’est un charlatan et qu’à leur dernière rencontre, il lui a parlé durement parce que lui, Swani, était matelot sur un vapeur anglais transportant des pèlerins et habillé « a la inglese, saber del trousers, catchy sea boot y todo ». Attendant toujours mes messagers, je me mets à observer la différence entre Arabes et Berbères. C’est la mode chez les visiteurs du Maroc d’exalter les Berbères et de dénigrer les Arabes. « La noble race berbère » est devenu le lieu commun de quiconque voit un Berbère et écrit ses impressions. Curieusement, aucun ne parle des nobles Touaregs, qui sont pourtant les Berbères des Berbères, de leur langue, la tamachek, une variante de la langue berbère, répandue de Tripoli à l’Atlantique et de la Méditerranée à Tombouctou. Ils sont assurément les plus anciens habitants des pays connus sous le nom d’Etats barbaresques et semblent avoir conservé leur type et leurs coutumes inchangés depuis qu’ils sont entrés dans l’histoire. Les Arabes les ont trouvés en possession du Maroc et les ont refoulés dans les montagnes et dans le désert, et, bien qu’ils les ont convertis à l’Islam, les deux peuples se défient encore l’un de l’autre, se sont peu mêlés et on peut les distinguer d’un coup d’œil. L’Arabe est l’un des plus beau type humain : grand, mince, l’œil grand, le nez aquilin, les membres secs ; il marche dignement, il est poète, cavalier, tricheur et accueillant ; généreux mais inquisiteur ; détruisant, comme l’affirme Ibn Khaldun, la civilisation de chaque pays qu’il conquiert, mais réalisateur de grandes choses, témoins Grenade et Damas ; il est métaphysicien et historien ; sensuel mais frugal ; c’est un peuple aimable mais non complaisant et de tous les peuples orientaux, c’est celui qui a le plus marqué le monde. Les Berbères sont petits, ils ont le visage carré, de hautes pommettes, l’œil petit, une stature compacte, sont grands marcheurs et ne sont cavaliers que par nécessité, comme lorsque les Arabes les repoussent dans le désert ; ils sont aussi attachés à la montagne que les Arabes à la plaine ; en général agriculteurs alors que dans leur milieu d’origine les Arabes préfèrent la vie pastorale. Peu connus hors de leurs montagnes, les Berbères ressembleraient aux Ecossais, considérés non pas à travers les spectacles folkloriques, mais comme simples mortels. Il se peut que les Berbères sont un noble peuple, mais pour ma part j’appliquerais cet adjectif aux Arabes et qualifierais plutôt les Berbères d’honnêtes, tenaces et peut-être au mieux de bourgeois, qui, à mon sens, caractérise ces tribus berbères du nord de l’Atlas qui reconnaissent la souveraineté du roi. Face à une tribu des confins du désert, on aurait du mal à leur donner la palme de la sauvagerie et les grandes tribus, comme les Ait Morghed et les Ait Hannu, sont pratiquement devenues arabes dans leurs coutumes et dans leur usage du cheval. En revanche, les Touaregs sont restés absolument Berbères et attaquent indistinctement quiconque, Arabe ou Chrétien, croise leur chemin. ……………………………………………………………………………… ……………(a) Comme la nuit tombe et qu’un vent sifflant se lève de la montagne, le messager revient portant la nouvelle que le cheikh refuse de laisser passer quiconque et que l’après-midi même un violent échange de coups feu a opposé les Ben Sira à un groupe de cavalerie qui traverse le Sous. C’est un coup d’arrêt, car il est évident que nous ne pouvons pas forcer notre passage sur une piste bordée de précipices et tenue par une tribu montagnarde. Me souvenant du proverbe arabe « Prend toujours conseil de ta femme, mais ne fais jamais ce qu’elle dit », je discute avec Haj Addee, Lutaif et mes hommes de ce qu’il y a de mieux à faire. Deux possibilités s’offrent à nous, ou revenir en arrière et prendre la route côtière par Agadir ou alors tenter la passe plus haute et plus difficile qui part d’Amsmiz. Cette place est située à deux jours d’ici, selon tous les avis il faut trois grandes journées pour franchir la passe, et une fois celle-ci franchie, Taroudant est encore à une grande journée de voyage. Lutaif n’a pas d’opinion et tous les autres conseillent Agadir, sauf Haj Addee qui est d’avis d’aller par où j’irai. Je « choisit » Amsmiz, arguant que revenir en arrière découragerait certainement mes compagnons, que si les Howara étaient insurgés la semaine derrière, ils pourraient encore l’être et que même si j’échoue par cette route, je pénètrerai l’Atlas plus que par aucune autre. Après avoir maudit les Ben Sira dans toutes les langues que nous connaissons, pendant une heure ou deux bu des litres de thé vert, écouté des histoires de djinoun, fumé des cigarettes et du kif et imaginé que nous n’allons pas échouer, nous allons dormir alors que la première lueur se pose sur la route. Notre chambre n’a pas de fenêtre et donne sur le salon en plein air. Tout autour de la pièce il y a de petites niches creusées dans le mur pour poser des objets, des sacoches et des cornes de poudres pendent à des cornes de chèvres encastrées dans le mur, trois longs fusils décorés d’argent — l’un avec une pièce espagnole de deux réaux pendant au pontet — sont assemblés dans un coin et une lanterne d’étain à verre coloré projette une lumière rouge, un tapis de Rabat à motifs kaleidoscopiques est étendu sur le sol de terre. Rien de fabrication européenne, excepté un gros calibre (modèle navy) Smith & Wesson, suspendu au mur par une corde rouge, qui projette l’ombre de sa crosse dans la pièce. a) Je saute deux pages du récit de l’étape d’Imintanout parce que, à mon avis, elles souffrent d’approximations sur les Berbères. Leur intérêt se limite au rappel de la généalogie des Berbères selon Ibn Khaldun, à l’opinion de Léon l’Africain sur ce peuple et à la remarque que les phonèmes gutturaux et semi gutturaux de l’arabe et de la tamazight se refusent à la plupart des langues européennes. |
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#24
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| Merci pour ces extraits, jdal Il existe également un autre ouvrage, c'est "le Maroc dans la tourmente" publié en 1903 par un diplomate français, Eugène Aubin. La description qu'il donne sur l'Empire chérifien est de nature géographique et historique, voire économique, et propose même toute une étude sociologique sur la ville de Fès. Le mérite d'Aubin a été de vouloir se démarquer des visions trop "exotiques" et trop "orientalistes" d'un Pierre Loti. ![]() |
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#25
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| Merci, elhout. Je connais le titre et le nom de l'auteur, mais je n'ai pas encore trouvé le livre. Je trouve que les non français ont été, disons, plus objectifs sur le Maroc d'avant le protectorat. |
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#26
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| « …en descendant un pente entre des buissons, nous sommes tombés sur une foule assemblée pour un marché. Ces marchés ruraux sont caractéristiques du Maroc et, je pense, de la plupart des pays arabes. Ils se tiennent souvent à des kilomètres de toute habitation, généralement sur un espace ouvert un peu élevé et près d’un point d’eau. Quand ceux-ci se tenaient encore, ils me rappellent les rodeos où les gauchos de La Plate menaient leurs troupeaux pour les compter, les marquer, les diviser et faire les divers travaux de la vie d’estanciero. Ces marchés sont appelés du nom du jour de la semaine où ils se tiennent, comme Souk el Arba, Souk el Thelatta, el Jamiz, etc. Les Arabes utilisent les nombres pour désigner les jours. Ce marché-ci s’appelait Sok es Sebt et nous en étions encore à distance que toute mon attention était déjà concentrée pour traverser une foule d’au moins deux mille personne avec la dignité qui sied à un notable marocain en voyage. Arabes et Berbères, Juifs et Haratin (métis de la province du Draa) étaient là, parlant tous aussi fort qu’ils pouvaient. Des feux rôtissant des carcasses entières de mouton, des vaches, des chameaux, des rangées de petites tentes brunes qu’on paquette sur une mule et qu’on appelle « Kituns », de la poussière, de la poussière et encore de la poussière, produisaient l’odeur animale qui émane des foules orientales. J’évitais soigneusement les gens de Marrakech, vêtus de haïks de laine blanche, car, étant mes égaux supposés, ils m’auraient adressé la parole. En vêtements bruns rayés, enveloppés dans un curieux manteau appelé achnif en chleuh, fait de laine noire avec des franges, d’environ soixante centimètres de long et cousu dans le dos, les Berbères abondaient. Je menais mon cheval avec majesté parmi la foule et sans même baisser les yeux sur les pauvres gens qui touchaient mon vêtement et en baisaient l’ourlet, j’entendis une mère dire « Ce chérif est bien maigre pour être aussi fier » ; en effet, la corpulence est pour les Marocains le signe de la richesse, comme elle l’est pour les Juifs si l’on tient l’Ancien Testament pour crédible. Cette traversée muette du marché pouvait paraître suspecte, car au Maroc les marchés sont un lieu d’échange des nouvelles, comme les enclos paroissiaux étaient autrefois une sorte de club si l’on en croit l’histoire de cet ancien qu’on aurait entendu dire qu’il donnerait tous les sermons du monde pour cinq bonnes minutes de dispute dans le cimetière. Aussi, après avoir parcouru environ quatre cents mètres, nous nous sommes arrêtés sous un olivier (zeitun, d’où l’espagnol aceituna, olive), nous nous sommes assis dans son ombre et Swani est allé acheter du schwah, c’est-à-dire des morceaux de carcasse de mouton rôtie « en barbecue ». Plusieurs frères en Muhammad sont venus en personne s’assurer de ma parfaite bonne santé, mais Mohammed el Hosein les a informés que le chérif était malade et, leur ayant donné quelque menue monnaie, ils ont témoigné l’unicité de Dieu et souhaité que Sa bonté me guérisse rapidement. Préparé à être observé, je levais lentement les yeux et une main et marmonnait aussi indistinctement que possible que Dieu est grand et que nous sommes tous dans Ses mains. Cela plut tant à Mohammed el Hosein que lorsque nous fumes seuls, il m’assura que j’aurais du naître chérif et que si j’avais pu parler un peu mieux l’arabe, notre voyage aurait été profitable, car c’est une pratique des chorfa, tout en donnant de la menue monnaie aux pauvres, de solliciter les riches pour leur propre compte et pour l’amour de Dieu et de Son saint Prophète, évidemment. Lutaif, en syrien qui se respecte, parlait avec toutes les personnes qu’il croisait et c’est lui qui découvrit que le marché s’appelait Sok es Sebt, le marché du sixième jour, ce qui nous montre que les Juifs ont non seulement mis la main sur la plupart du commerce, mais aussi qu’ils ne sont pas gênés de tenir marché le jour du shabbat. Nous avons mangé le schwah avec les doigts, au nom de Dieu ; il avait la consistance de cuir cuit dans la graisse ; nous avons fait nos ablutions, frottant nos mains l’une sur l’autre pour les sécher, bu notre thé vert et nous nous préparions pour la sieste quand la rumeur a couru qu’un Juif anglais allait bientôt arriver. Etant encore moins familier du yiddish que de l’arabe et certain qu’un Israélite anglais me reconnaîtrait rapidement et s’épancherait sur mon épaule en s’exclamant « Dieu soit loué, qui aurait pensé rencontrer un compatriote dans cet endroit ! », je remontais en selle et démarrait aussi majestueusement que je pouvais le sentir. Le départ fut magnifique, Swani et Mohammed arrangeant mon vêtement, et tout alla bien, sauf que personne ne tint l’étrier de Lutaif. L’énorme selle de mule marocaine étant si lâchement sanglée qu’on ne peut y monter tout seul, il roula dans la poussière, et Ali venant à son secours avec un large sourire reçut du fond du cœur un « jejerud din » (maudite ta religion) qui refroidit l’ambiance du reste du voyage. Bien que bon chrétien et aussi pieux que la plupart des habitants du Liban, Lutaif vient cependant d’un pays où selon les Arabes, « tout le monde maudit Dieu », en référence aux imprécations échangées avec ferveur entre Maronites et Druzes, Chrétiens et Musulmans, et autres adeptes des sectes discordantes qui demeurent à l’ombre des cèdres des plus théologiques collines qui soient. » |
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#27
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| « Nichés dans les creux des collines ou couronnant un monticule sont éparpillés les villages de l’Atlas, construits en terre, avec des toits plats, les maisons s’élevant les unes au-dessus des autres comme une suite de terrasses ou de petits châteaux. Comme ils donnent exactement la même ombre que les collines dénudées où ils sont bâtis, il est presque impossible de les voir avant d’y être entré. Entre collines et villages, j’ai plus d’une fois pris un monticule de terre pour une maison et passé des villages sans m’en rendre compte. Chevauchant les étriers déchaussés pour soulager la souffrance qu’ils infligent, pieds passés dans les sangles c’est supportable, il me vint à l’esprit que les Arabes sont vraiment des gens paisibles. Voilà un voyageur presque totalement désarmé, car on peut difficilement qualifier d’armes offensives les couverts de Barcelone et de Marseille que nous avons empruntés à Mogador ; sans passeport et voyageant en violation ouverte du Traité de Madrid ; en costume arabe et affirmant être arabe ou turc (selon les circonstances). Sans surveillance, car sans intentions agressives, je chevauchais en toute sécurité, sans autres risques que ceux courus par tout voyageur dans n’importe quel pays du monde : les accidents de la chevauchée, les fous et la volonté de Dieu. Qu’est-ce donc qui arrêtait une bande d’Arabes prête à piller ? Qu’est-ce donc qui s’interposait entre nous et la « noble race chleuh » ? Les uns et les autres pouvaient facilement nous dépouiller, jeter nos corps dans un silo et personne n’en aurait rien su. Quand on pense aux difficultés du pays, aux routes sans contrôle, au pouvoir de la Providence de transformer des hommes en bandits et au fait que presque tous les hommes possèdent un cheval et sont au moins armés d’un poignard, la vérité est qu’au Maroc les habitants sont ou pleutres au dernier degré, ou prévenus par la loi de commettre tout crime, ou encore privés par nature de toute initiative dans ce sens, comme les Arcadiens l’étaient de commettre le vol. Quand je me souviens du Mexique avant que Porfirio Diaz n’y réduise les bandits qui écumaient toutes les routes en les payant pour le servir, des hommes allant du Rio Grande à San Luis Potosi faisaient leur testament et partaient chargés de Winchesters, de pistolets, de poignards de chasse, une solide machette passée dans la sangle de leur selle. Aussi le Maroc me paraissait-il un parfait paradis. Dans la république de l’aigle et du cactus, les tramways allant aux courses de taureaux de Tacubaya étaient fréquemment attaqués par des cavaliers armés et leurs passagers dépouillés de tout ce qu’ils portaient sur eux. Les conducteurs étaient souvent agressés par des « agents de la route » et entièrement dévêtus, les voleurs, étant caballeros, leur donnant des journaux pour couvrir leur nudité. Dans la vieille monarchie marocaine, les meurtres étaient assez fréquents mais trouvaient principalement leur cause dans la vengeance privée, les tribus s’y livraient de temps en temps des combats sanglants, mais elles molestaient rarement un voyageur étranger, à moins qu’il ne l’ait cherché. Le vrai banditisme de grand chemin ne semblait pas fleurir au Maroc, peut-être parce que le goût de la monarchie y est moins prisé que l’air libre de la république, mais ce n’est pas sûr, car la vertu est une plante qui pousse de haut en bas et maintenant que j’écris, Président et Sultan sont foncièrement des voleurs. Il arrive que dans l’empire chérifien un Juif revenant d’un marché soit attaqué et dépouillé et de temps en temps, alors que vous marchez sur la route, des voix discrètes vous montrent l’endroit où, il y a trente ou quarante ans, des haramin ont tué un homme. C’est ainsi dans les parties du Maroc où les Chrétiens voyagent : à Fez, à Tétouan, de Mazagan à Marrakech, dans la région de Tanger, les villes de la côte et le Gharb. Mais hors de ces zones, c’est différent. Dans le Rif, le Sous, vers l’oued Nun et même à quelques kilomètres de Meknes, la vie d’un Chrétien, et même celle d’un Musulman de l’Inde, de la Perse ou d’Orient, ne vaut pas un « flus » (1). Pour notre halte de midi, nous nous sommes reposés à l’ombre d’un grand rocher. Il faisait trop chaud pour manger et nous avons passé le temps en fumant et en buvant à nos jarres poreuses jusqu’à ce que « l’ennemi », ainsi que les Arabes surnomment le soleil, décline un peu. Alors, à la fraîche, nous nous sommes engagés dans un fouillis de cactus et de lauriers-roses, d’amandiers et de figuiers, de palmiers et d’abricotiers, jusqu’à ce que des pistes sablonneuses entre des haies d’aloès et quelques murs en tapia adossés à un château en ruines nous signalent que nous étions tout près d’Asif-el-Mal. Asif signifie rivière en chleuh. Au pied des murs qui s’effritent, une rivière verdit les choses et rafraîchit les yeux après dix heures de lutte avec l’ennemi, à endurer la poussière, à donner des coups de pied à nos montures à la manière de tous les hommes qui voyagent : non pas pour soutenir la monture, mais pour évacuer l’impatience du voyageur. Le grincement d’une noria (2), un chameau et un âne et une femme harnachée à l’un deux, l’eau qui remplit lentement les alcuzas (3) et à l’abreuvoir les filles du village qui attendent pour remplir leurs jarres en forme d’amphores et qu’elles portent sur leurs épaules avec une bande qu’elles enroulent autour de leurs mains. Asif-el-Mal possède un mellah et des Juifs en sortent aussitôt pour nous vendre quelque chose, parler avec nous et entendre des nouvelles. De jeunes Juifs éveillés, Moisés, Slimo, Mordechai, Baruch et tous les autres noms, familiers des lectures de l’Ancien Testament, s’attroupent autour de nous. Tous savent lire, écrire et tenir des comptes aussi bien que s’ils étaient nés à Hambourg. Beaucoup souffrent d’ophtalmie, quelques uns ont bonne mine, ils sont pâles avec de grands yeux noirs et chacun d’eux semble avoir été conçu avec une articulation supplémentaire dans le dos. Ils sont accueillants, courtois et liés à l’Europe qu’ils n’ont jamais vue, mais sur laquelle ils lisent et dont ils suivent les affaires avec l’intérêt le plus constant, connaissant tous les noms de Gladstone et de Salisbury, et tous impatients du jour où ils pourront s’habiller à l’européenne et se montrer comme leurs coreligionnaires de Mogador. Chacun d’eux porte une tresse sur l’épaule et s’ils avaient l’air un tout petit peu plus virils (a), ils seraient sans doute les plus beaux jeunes gens que vous puissiez voir. » 1) Le flus est une petite pièce de cuivre dont il faut la charge d’un âne pour le changer en un souverain. C’est devenu au Maroc le nom générique de la monnaie. Il est évident qu’il était d’usage en Espagne au temps de Maures, car je me souviens y avoir vu sur une pièce l’inscription « ce flus a été frappé en Andalousie ». 2) La noria est une roue à eau persane, naurah en arabe, ce qui signifie littéralement machine, et c’était probablement la plus grande machine au temps de son invention (- 5 000 avant JC) et son nom lui est resté. 3) L’alcuza est un godet en terre, attaché à la noria, qui se vide de lui-même pendant que la noria tourne. a) Sur cette remarque, il me revient une réflexion de Spinoza, dans le Traité théologico-politique et à l’époque de Sabbatai Tsvi, selon laquelle leur religion « effémine » les Juifs, ce qui s’oppose à la restauration d’une entité politique au Proche Orient. Dernière modification par jdal ; 05/04/2007 à 12h19. |
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#28
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| « Les leurs contrôlent presque tout le village, les Berbères y sont rares et les Arabes plus encore, seul le cheikh et sa suite immédiate y demeurant. C’est une preuve que le pays est bon, le sol fertile et l’eau permanente, car a-t-on vu des Juifs installer leurs tabernacles sur un sol stérile, dans une ville pauvre ou suivre la fortune d’un infortuné ? Leur chef, Hassan Messoud, un homme vénérable, vêtu d’une longue robe bleue, coiffé d’un mouchoir d’une propreté douteuse qui pend disgracieusement dans son dos, s’avance pour nous saluer. Peut-être le plus beau Juif sépharade que j’ai jamais vu, il a l’air de Moïse au Sinai, peu après son apogée et juste avant que ne le brise l’ingratitude de ceux auxquels il se dévouait. A ses côtés marche sa fille, une Rebecca ou une Zohara, qui porte du beurre frais dans une coupe ouvragée et des pains cuits sur des galets, qui en gardent encore l’empreinte sur leur face inférieure. C’est ce pain que le peuple élu a laissé à l’Espagne, et même aux « Cristianos Rancios » de la Vieille Castille, qui haïssent le nom même de Juifs et croient que le dernier vestige de leurs coutumes a depuis longtemps disparu d’Espagne. Si je me souviens bien, ils mangent ce pain à Pâques. Ainsi les vrais croyants (ici des Chrétiens) cuisent-ils sans le savoir le pain qui peut les damner pour l’éternité. Hassan rentre rapidement dans notre tente et nous salue en judéo-arabe. Il attend prudemment que nos compagnons musulmans quittent la tente et, passant à l’espagnol, me demande qu’elle est ma nationalité. « God’s country » lui dis-je et il dit « Ingliz », à quoi je réponds « Oui, ou Franciz, car les deux ne font qu’un ». Il sourit, s’accroupit tout près de l’entrée de la tente, servile mais digne, presque six pieds de haut, sa barbe noire grisonnant, des mains larges, épaisses, blanches, qui n’ont jamais fait de travaux durs. Nous parlons et alors Hassan se lance dans les paraboles. Loué soit Dieu de l’avoir enrichi, tous les pachas sont ses bons amis, c’est-à-dire qu’ils lui doivent tous de l’argent et comme il parle, la vieille comptine espagnole me revient qui, à propos de Juifs allant voir un roi, parle de leurs paroles mielleuses et comment ils vantent leur peuple et leur pouvoir : « Despues vinieron Don Salomon y Don Ezequiel, Con sus dulces palabras parecen la miel, Hacen gran puja, de los de Israel. » Et pourtant Hassan n’est pas orgueilleux, il est vêtu comme un Juif marocain ordinaire, rien n’indique sa richesse. Alors que nous parlons avec lui des affaires d’Europe, des Rothschild, Sassoon, Oppenheim et autres « élus » qui occupent largement les pages financières des quotidiens européens (ils connaît les noms de tous), que nous échangeons des opinions sur feu Lord Beaconsfield, que Hassan connaît comme Benjamin ben Israel, les filles du peuple de Dieu sont sorties sur les toits, vêtues de rouge et de jaune, coiffées de foulards, d’immenses yeux en amande, des lèvres comme des grenade mures, elles regardent fièrement leur patriarche parler d’égal à égal avec le chérif ou le cavalier chrétien, peu importe. Etrange peuple, si intellectuel, si vif d’esprit, si subtil et cependant dépourvu de la moindre dignité personnelle ; beau, mais sans le moindre attrait, subjuguant les Arabes comme ils subjuguent les Saxons, les Latins et tous ceux qu’ils rencontrent sur ce moderne théâtre de guerre, la Bourse. Ayant protesté par le Dieu d’Abraham que nous sommes tous les bienvenus, Hassan nous laissa monter notre tente sur un tas de poussière dans une cour, entre des maisons en ruines et le mur du village. Au clair de lune, la plaine au loin est comme une vaste mer bleu métallique, les routes rouges sont enfouies dans ses profondeurs, les palmiers et les oliviers ne sont plus que des chaumes dressés sur un champ de blé d’octobre. Les ânes et les chameaux, entravés ou errants, juste derrière les murs et les mystérieuses et silencieuses figures vêtues de blanc comme des fantômes me fait l’effet que devait faire les villages morisques dans l’Espagne musulmane, des villages bruns entourés de cactus comme Asif-el-Mal, accrochés à flancs de montagne et nichés dans les vallées de la Sierra de Segura ou de celle d’Alpujarra. Au lever du jour, Hassan Messoud parait à notre tente avec un repas d’olives et de viande en sauce d’huile et de piment, guère appétissant pour un estomac vide, mais à ne pas refuser sans offenser. Puis, aspergeant le sol de gouttelettes de lait tirées d’une petite gourde, il nous bénit et demande au Dieu d’Israel de veiller sur notre voyage. Un Israélite respectable, civil, sans doute usurier mais hospitalier, sans artifice (ou personnalité), du genre de ces Juifs du Moyen-âge dont Shakespeare a tiré Shylock et dans les mains desquels lords, chevaliers, gentilshommes et hommes d’armes étaient ce qu’est aujourd’hui, quelque prudence qu’il a mis à tricher, un courtier chrétien dans les mains de n’importe quel Juif qui détaillait encore il y a quelques mois ses marchandises à Houndsditch (a) et qui, parvenu à la Bourse, y est aussi à l’aise qu’à la synagogue en prêtre de Melchisédech. Chevauchant sur la piste que borde les contreforts de l’Atlas et nous force périodiquement à plonger vers des gués profonds, parce qu’il n’y que six ou sept ponts dans tout le Maroc et aucun près de l’Atlas, la végétation change et nous voyons de nouveau des azalées rabougries, des arbousiers, des chênes kermès et nous entrons dans un pays dont la flore s’apparente à celle de l’Espagne méridionale, sauf qu’ici la mignonnette pousse en buisson et la verge d’or dépasse un mètre de haut avec un tronc épais. Des peupliers blancs, des noyers, des ormes et une variété de frêne sont plantés autour des maisons. Des épis de maïs pendent des bords des toits ; des ruches comme celles que les Maures ont apportées en Espagne, un simple rondin creux ou un rouleau de liège, sont installées dans les jardins ; de la vigne grimpe dans les arbres, donnant des raisins longs, plutôt fermes, rouges et parfumés, à mon avis les meilleurs du monde et qui se sont inscrits dans la mémoire de mon palais comme l’ont fait les oranges du Paraguay. Vers midi, depuis une petite élévation de terrain, nous avons aperçu la Koutoubia, la gloire de Marrakech. Mais la ville était pour ainsi dire laminée et la tour blanche apparaissait comme suspendue en l’air, sans fondations ; elle était si mince à la distance où nous la voyions qu’elle semblait une simple ligne blanche sur la plaine, pointée vers le ciel, car même construites par de faux prophètes les tours ne pointent pas vers l’enfer. Toute la journée mon cheval a peiné, voulant s’arrêter. Aussi, rejetant le conseil de Mohammed el Hosein de le piquer avec mon couteau et de prier Dieu, j’en suis plus prosaïquement descendu, l’ai dessellé, trouvé son épaule horriblement enflée et compris comment j’étais entre en possession d’un cheval que peu de Chrétien, même contre argent, peuvent obtenir d’un Marocain. J’ai tout de suite vu qu’il avait un ulcère au garrot, incurable sans une opération et un long repose. J’ai cru alors ce que m’avait dit Mohammed el Hosein, que ce cheval venait de l’autre côté de l’Atlas et qu’il avait servi à la chasse à l’autruche, car la meilleure et la plus ardente bête que j’ai jamais chevauchée, mince mais dure, avec un dos en bon état, était faite pour me porter jusqu’à Tombouctou. Les Arabes ont une conception du voyage selon laquelle on doit descendre de cheval le moins possible. Ils disent que descendre et remonter fatigue le cheval plus qu’une lieue de route, par conséquent ils restent en selle toute la journée. Les Gauchos, au contraire disent que cela aide le cheval à repartir et ils font glisser la selle pendant un moment, relâchant les sangles pour que l’air passe entre la selle et le dos. Sur cette pratique, les Marocains jetteraient l’anathème et les Espagnols, les Mexicains et beaucoup de cavaliers du sud sont d’accord que la selle ne doit pas être enlevée tant que le cheval n’est pas froid, sous peine que son dos soit blessé. Qui va trancher si les cavaliers ne sont pas d’accord ? Cependant, tous les Gauchos sanglent serré alors que les Marocains tendent à peine les sangles, leurs selles reposant sur sept (le nombre est canonique) épais tapis de selle et tenant en place plus par la plaque de poitrail que par les sangles. Il se peut, étant donné les sangles lâches, les étriers courts et les vêtements enveloppants, que la coutume de ne pas descendre de cheval doive plus aux convenances personnelles qu’au souci du bien-être de l’animal. a) A la seconde apparition de ce nom, un éclaircissement s’impose peut-être. Houdsditch était le Rag Fair, le marché Saint-Pierre de Londres, à côté de Whitechapel. A l’époque de l’auteur, le commerce de la frippe y était tenu par des Ashkénazes. Nous sommes rendus à peu près à la moitié du livre. |
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#29
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| Au Maroc, les Arabes, bien que cavaliers dans l’âme, traitent les chevaux avec dureté et sans raison. Tantôt ils les nourrissent trop et tantôt les affament. Ils laissent trop pousser les sabots, ils abîment les pattes en entravant trop serré et si leur cheval fatigue en route, ils continuent jusqu’à ce qu’il s’abatte. Ce n’est pas le cas dans les tribus des montagnes et des déserts et tous les voyageurs reconnaissent que l’Arabe sauvage aime son cheval. Sa vie en dépend, alors qu’au Maroc les chevaux servent à la guerre et à la parade, ou parce qu’on ne peut pas avoir une mule. Dans toute l’Afrique du nord, la paisible mule vaut plus cher qu’en Europe au Moyen-âge et que n’importe quel cheval. Toutefois, s’il est permis de suivre un non-conformiste, à mes yeux, sur la route, sobre et confortable, juché sur une selle plus large qu’un lit, un homme paraît plus fait pour garder le harem que pour goûter la compagnie de ses habitantes. Dans le passé, la nécessité m’a souvent forcé à monter des chevaux avec une « fleur » (1) sur le dos ou avec une plaie rendant chacun de leurs pas plus horrible que s’ils l’avaient fait en enfer. Mais dans ces occasions, soit je fuyais devant un malon (2) d’Indiens, soit je portais le repas de tout un camp, et j’étais décidé, malgré tous les risques, à changer de cheval à la première halte. Cette fois-ci, le changement de cheval et la discussion qu’elle entraîna, où le propriétaire de la remonte et moi s’abusèrent l’un l’autre sur leurs bêtes, fut cause que je n’arrivais jamais à Taroudant. Néanmoins, je pense qu’un meilleur voyageur aurait réussi où j’ai échoué et aurait écrit un bien meilleur livre que je ne pourrais jamais en écrire, et si c’est un homme pratique et déterminé, il ne ménagerait aucun cheval en route et n’épargnerait pas un iota de ses actes au public, car la détermination est la royauté du monde. Et ce qu’on fait de cette sorte de royauté est à chercher au-delà de la portée de ce pauvre journal. Nous avons traversé l’oued el Kehra et en début d’après-midi nous avons attaché nos animaux sous un figuier au bord d’un ruisseau, devant un champ de chaumes, avec Amsmiz couronnant sa colline sur notre droite. Des hirondelles, venant du sud ou migrant vers le nord, chantaient parmi les algarobas (3, a), les figuiers et les peupliers. A l’entrée d’Amsmiz se dresse le palais du caïd, une énorme construction en terre de couleur rose clair, mais complètement ruinée, ses murs crénelés effondrés, ses tours rasées par la poudre. On raconte que le caïd oppressait les gens de la ville et la région plus que les Arabes et les Berbères eux-mêmes ne le supportent. Ces gens se révoltèrent, douze mille assiégèrent le palais, le prirent d’assaut et le démolirent pour chercher de l’argent dans ses murs. Au Maroc, ceux qui ont de l’argent le cache dans les murs de leurs maisons, mais le caïd était méfiant et avait envoyé le sien à Mogador. Il lutta jusqu’à la dernière extrémité, puis égorgea toutes ses épouse, enfourcha son meilleur cheval et, profitant du tumulte et maudissant ses ennemis, se lança à travers eux, leur laissant ses magasins saupoudrés d’arsenic et faisant ainsi, tel Samson dans sa chute, plus de morts que dans toute sa vie. Il paraît qu’aujourd’hui il vit, très respecté, à Fez, vieil Arabe paisible à belle barbe blanche et dont le plus grand plaisir est de dialoguer avec son chapelet. Il est étonnant comme le visage oriental est peu marqué par les désordres de la vie. J’en connais un, Haj Mohammed el …, un scélérat de la pire espèce qui dans sa jeunesse a empoisonné beaucoup de gens, en a torturé d’autres et assassinés plusieurs de sa propre main, et qui est pourtant un aimable, courtois et vénérable gentleman, dont le passe-temps est d’acheter pour son harem toute jeune fille dont la beauté vient à ses oreilles. Je me suis risqué un jour à lui remarquer qu’il allait plutôt bien à son âge pour penser à cela. Il me répondit : « Oui, mais je les achète comme vous, les Chrétiens, achetez des tableaux, pour décorer ma maison et, si Dieu le veut, mes héritiers profiteront de ma manie. » Le visage de cet homme était calme, serein, sa mine juste un peu gâtée par quelques rides, comme celles qu’on peut voir sur les bancs des prélats à la Chambre des Lords. Et quand il lissait sa barbe en égrenant son chapelet, il me donnait l’image des patriarches décrits par la Bible. Peut-être est-ce à cause de l’absence du chemin de fer, de son bruit, de sa fumée et du nivellement de l’humanité au plus petit commun multiple qu’il entraîne. Mais, que cela soit ou non, le visage d’un scélérat oriental est de loin plus beau que celui offert par un ministre d’un cabinet non-conformiste, strié par les rides, la bouche cernée de plis, un visage où l’effacement de toute passion naturelle, l’avidité comme la pitié — les deux plus puissantes forces de sa vie — est manifestement et profondément écrit. Nous étions près d’une orangeraie adossée à un bosquet de canes à sucre, les canes se balançant au vent comme des drapeaux. Des vaches, des chèvres et des chameaux rôdaient aux alentours de la ville, comme en Arcadie, du moins l’Arcadie de nos rêves ou celle de Théocrite. Des Juifs allaient et venaient aussi, ils se saluaient les uns les autres, répondant « Qu’Allah te laisse finir ta misérable vie », mais aussi aimablement que si c’était une bénédiction. Comme Rebecca, leurs filles allaient au puit portant toutes leurs jarres, dévoilées mais en sécurité, car dans ce pays peu de gens jettent leur regard sur la fille d’un Juif. Sur les remparts, de sombres figures vêtues de blanc et armées de longs fusils allaient et venaient, gardant la ville d’hypothétiques ennemis. A travers une arche, entre deux palmiers, la Koutoubia se dressait, lointaine et ténue, et la brume blanche à sa base indiquait l’emplacement de Marrakech. Les mûres et la clématite poussaient dans toutes les haies alors qu’un grand chèvrefeuille, en pleine floraison, embaumait plus que Bucklersbury (b) en temps normal. Le cri rauque d’un geai sonnait comme un hurlement de coyote et l’Europe semblait à des millions de kilomètres. Dans la lumière du soir, les chemins qui sillonnent les collines luisaient comme s’ils avaient tous été peints par un artiste minutieux qui aurait mélangé l’or et le violet. Rien ne rappelait qu’à moins d’un kilomètre la ville, où vivent trois mille habitants, était proche, si ce n’est les chemins zigzagant dans tous les sens, traversant les champs, sortant des bois et se croisant comme semblent le faire les rails à Clapham Junction. Une fusillade raconte qu’un chérif du Sous venait d’arriver. Tout Amsmiz, monté sur ses meilleurs chevaux, est sorti de la ville à sa rencontre, chargeant droit sur lui et déchargeant ses fusils à sa hauteur — tournoyant et hurlant comme des Comanches — formant un tableau indistinct, fantastique et incroyable pour quelqu’un qui n’avait quitté les pays du gris que trois semaines avant. Les gens du chérif tirent à leur tour, et quand la fumée s’éclaircit autour du chérif, monté sur un beau cheval blanc il s’avance lentement portant un étendard vert. Les gens se rangent derrière lui en une longue ligne qui est progressivement engloutie par la porte cavalière de la ville. 1) Les Gauchos appellent una flor une plaie sur le dos d’un cheval et montent leurs chevaux quelque soit la rougeur de la plaie, comme s’ils n’avaient pas mal à leurs propres épaules. 2) Malon est le nom donné dans la pampa à une révolte d’Indiens. Je soumets aux casuistes le point de savoir s’il est permis dans ce cas de monter un cheval blessé au dos sans perdre son humanité. 3) Algaroba est encore un mot que les Espagnols ont pris à l’arabe, où c’est el karoub que certains écrivent el keurroub. a) Caroubier en français qui lui aussi l’a pris à l’arabe. b) “whilst a large honeysuckle, in full flower, smell better than all Bucklersbury in simple time”, écrit l’auteur. Bucklersbury fut à Londres la rue des herboristes et l’on trouve dans la bouche de Falstaff : « I cannot cog, and say thou art this and that, like a many of these lipsing hawthorn buds, that come like women un men’s apparel, and smell like Bucklersbury in simple time (Les Joyeuses Commères de Windsor, III, 3). Dernière modification par jdal ; 07/04/2007 à 20h55. |
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#30
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| Mohammed el Hosein, que j’avais envoyé à la recherche d’un cheval, revint avec un Chleuh petit, malingre et au visage large, menant un jeune cheval noir sans fers, avec des sabots trop longs, en bon état, aux membres et au souffle solide et avec l’œil le plus noir que j’ai vu sur un cheval mortel, ce qui est le signe d’un parfait tempérament. Je me déterminais immédiatement à l’acheter à n’importe quel prix. Nous vantâmes les qualités de nos chevaux, c’est-à-dire que le Chleuh vanta le sien, mais que ma qualité de chérif m’interdisait d’en faire autant. Swani mentit donc comme un arracheur de dents (a) sur mon cheval, qui était là, chassant les mouches et semblait comme semblent les chevaux dont on est sur le point de se séparer, plus attirants qu’on ne l’avait pensé avant. Le Chleuh présente son cheval que je pouvais difficilement ne pas examiner. Heureusement pour moi, il ne parlait pas arabe. Ensuite il examine mon cheval et j’imagine qu’il en dit du mal, car Swani saute sur le dos du cheval et court ventre à terre dans les chaumes, et, l’arrêtant brusquement — les sabots raclant le sol comme des patins — saute à terre et dit que, Allah le démente, ce cheval est fait pour le Prophète et que je ne le vends que par souci de sa blessure au dos. Le Chleuh doit penser qu’il y a une paille quelque part (b, 1), car dans sa tribu personne ne vend un cheval pour une plaie sur le dos. Nous essayons son cheval, c’est-à-dire que Mohammed el Hosein le fait tourner dans le champ sans bride, puis je le monte et montre ce qui est pour moi l’équitation. Neuf dollars et le cheval ? Par Allah, sept. Mais le Chleuh, qui n’avait pas essayé mon cheval, montre le sien et dit : « Je l’ai élevé, je l’ai nourri au lait de chameau, je l’ai mené à la guerre et il a six ans. Neuf dollars et le cheval. » Nous la topons et lui, sautant sur son cheval et hurlant comme un Indien de la pampa, charge à travers les canes à sucre sans selle et avec rien d’autre qu’une cordelette passée au cou de son cheval, bondit et disparaît comme un cavalier numide. Je me désole, je n’ai pas donné les neuf dollars et me persuade que tout n’est pas fini et qu’il est allé chercher un médiateur pour mener la vente à bien. Au Maroc, quand un animal change de mains, la négociation peut durer une semaine et à la fin apparaît un homme, quelquefois un simple passant, qui est mis au courant et qui, prenant les mains droites des négociateurs, les réunit et achève ainsi la vente. Au bout d’une demie heure, notre homme revient accompagné du maalem local, c’est-à-dire du forgeron, qui parle et parle et qui en parlant m’épie du coin de l’œil. La Chleuh cède enfin, prend les sept dollars, les compte avec une grande attention, les frappe sur une pierre pour voir s’ils sonnent vrai et puis monte mon cheval essayer ses allures. Comme l’animal est énervé, il plonge et son cavalier manque de chuter, puis il file vers les mules, s’arrête près d’elle et refuse de bouger. Naturellement, le Chleuh pense qu’il s’est fait avoir et, à contrecœur, je dois remonter le cheval et le faire avancer. Nous lui donnons notre parole que ce n’est pas un cheval mauvais et lui jurons par Allah que si c’en est un et s’il le renvoie à Mogador, nous lui rendrons l’argent et son cheval. Il accepte immédiatement notre promesse et me prend la main, passe sa bride sur mon cheval, se hausse pour embrasser le sien sur l’encolure et dit, en chleuh, qu’il espère que je ne le maltraiterais jamais, ce que je promets (et que j’ai fait). Je fais mes adieux à mon cheval à ma façon, le Chleuh monte en selle et disparaît de ma vie vers la ville. Un petit homme austère aux yeux vagues, tête nue et en haillons, les jambes courbées par la monte précoce, le visage marqué de scarifications, avec un long poignard courbe passé dans une ceinture graisseuse et une manière de monter comme si lui et son cheval venait du ciel. Son adieu à son cheval était plus sincère que celui de bien des hommes à leurs femmes et m’aurait poussé à le rappeler et à annuler l’échange si je n’avais considéré que, son chagrin passé, le pauvre Chleuh n’aura de sa vie autant d’argent (2). En moins d’une demie heure, le maalem avait ferré mon nouveau cheval, raccourcissant les sabots avec un outil métallique en forme de truelle, cloutant les fers, qui couvraient presque tout la circonférence du sabot avec des clous de sa fabrication. Il reste pour garder nos animaux (et nous espionner) et nous nous préparons pour notre première nuit à la belle étoile. A la différence des Amériques, où de Winnipeg à la Patagonie les voyageurs dorment dehors, en Orient, sauf dans les traversées de désert, il est tout à fait exceptionnel de dormir dehors sans une tente ; pourtant, on ne dort jamais plus profondément que par une belle nuit près d’un feu, la tête reposant sur la selle, les pied vers le foyer et les étoiles en guise d’horloge. Même les Arabes nomades emportent des tentes et, à mon sens, dans tout l’Orient une bonne part du charme du camping est perdue. Nous faisons tout selon des conventions, et les Arabes ne sont pas des sauvages, bien au contraire les Bédouins sont hautement civilisés selon leur esprit, et l’homme civilisé doit toujours avoir un toit, même de toile, sur la tête pour le séparer de la nature. Non que le commun des Marocain ne dort pas dehors, comme les Kerne d’Irlande (c) autrefois, car rien n’est plus commun par nuit pluvieuse, dans un campement isolé, que le cheikh envoie une garde pour les chevaux des voyageurs et que la garde passe la nuit enfouie dans ses capuchons. Donc, à Amsmiz, sous un figuier, je dressais mon campement malgré les protestations de Lutaif, du maalem (3) et de Mohammed el Hosein qui s’unirent pour dire qu’il n’était pas décent pour un homme de ma condition (marocaine) de passer la nuit hors de la ville. Swani lui-même était plutôt nerveux et, le fait est, que ç’aurait pu être risqué car une forte « war-party », comme on dit sur les frontières en Amérique, enleva presque toutes les têtes de bétail de la ville pendant la nuit. Nous avons dormi aussi profondément que des dormants et le maalem, qui montait la garde avec un vieux fusil chargé par la bouche, dormit le premier, connaissant les devoirs d’une très ancienne garde, car pendant la nuit j’ai cru entendre une foule de gens passer, qui avaient du le voir profondément endormi avec son fusil au côté, chargé jusqu’à la gueule avec une botte de paille dans celle-ci, pour la sécurité ou pour une autre raison inconnaissable. Darwin raconte l’impression particulière et ineffaçable faite sur lui par une nuit passée sous les étoiles sur le Rio Colorado en Patagonie. Il dit que le ciel bleu et froid, les étoiles, le silence, les chiens montant la garde, les chevaux broutant attachés à leurs piquets et le savoir d’être séparé de toute l’humanité l’ont marqué plus que la beauté des tropiques, la grandeur des Andes ou tout autre souvenir de ses voyages. Rien ne marque plus le civilisé comme le non civilisé qu’une belle nuit passé à dormir près de son cheval à guetter de temps en temps les bruits de la nuit. Des employés de commerces, des universitaires, des truands jetés sur les frontières d’un territoire le sentent. Les Indiens et les Arabes le sentent, mais ne savent pas exactement ce qu’ils sentent ; pourtant, dans une maison, sous un toit, ils languissent de quelque chose dont je suis sûr que c’est l’air libre de la nuit. a) Le texte est « so Swani lie as a plumber », Swani ment comme un plombier. b) Le texte est « This makes the Shillah think there is « a cat shut up inside » 1) “Aqui hay gato encerrado” est un proverbe espagnol qui se réfère à tout ce qui trop beau pour être vrai. 2) Le cheval noir du Chleuh est maintenant en possession de Don José Miravent, le consul d’Espagne à Mogador, après m’avoir porté pendant tout le voyage. De mon cheval gris, je n’en sais pas plus que s’il y a des oiseaux dans les nids de l’année dernière. c) Les Kerne d’Irlande étaient au Moyen-âge des fantassins légèrement armés, mal considérés et par conséquent portés au pillage. 3) Maalem signifie littéralement maître, dans le sens de maître charpentier, maître forgeron, etc. Au Maroc, on dit souvent d’un bon cavalier qu’il est « wahed maalem ». |
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