Envoyé par Hakim-The-Dream Une personne par jour se suicide au travail
Renault, EDF... de nombreuses entreprises sont touchées par des suicides de salariés. Selon une étude du Conseil économique et social, une personne par jour se donne la mort à cause du stress au travail. Certaines sociétés cherchent des parades.
UN PAR JOUR ! C'est le chiffre des suicides liés au travail en France. Une donnée révélée par Christian Larose, vice-président du Conseil économique et social, et syndicaliste de la branche textile. « On recense en France entre 300 et 400 décès par suicide par an, liés directement aux conditions de travail.
C'est un chiffre en augmentation. Mais j'estime qu'il est sous-évalué », nous explique-t-il. Michel Debout, président de l'Union nationale de la prévention du suicide, arrive à la même conclusion : « Nous sommes face à un phénomène important et de plus en plus préoccupant, lié à la dureté du monde du travail et à sa précarité. Cela touche tous les milieux, mais en particulier les cadres », précise-t-il. Tous motifs confondus, 10 000 personnes mettent fin à leurs jours en France et 140 000 font des tentatives de suicide. Ce sujet n'est aujourd'hui plus tabou. Hier, la direction d'EDF a annoncé la mise en place d'une « mission d'écoute et de compréhension » pour les employés de la centrale nucléaire de Chinon. Trois employés s'y sont donné la mort ces six derniers mois, quatre en deux ans, dont un reconnu « maladie professionnelle » par l'assurance maladie. Chez Renault, sur le site de Guyancourt, la direction a décidé de lancer un vaste plan de réorganisation des services pour tenter d'enrayer la spirale des drames. Depuis deux ans, trois salariés se sont suicidés et un quatrième a fait une tentative. Le 22 janvier, un technicien de 44 ans, qui travaillait sur la nouvelle Twingo, a ainsi été retrouvé sans vie et, le 20 octobre 2006, un ingénieur de 39 ans s'est jeté du cinquième étage du bâtiment principal, devant des dizaines de témoins.
« Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques »
Pour Christian Larose, l'élément principal est à chercher dans la « résignation » de certains salariés, confrontés à la dureté des plans sociaux. « Par peur de perdre leur boulot, les gens acceptent plus qu'avant des pressions psychologiques et un langage insultant. On leur dit de sourire pour se vendre mieux et ils n'y arrivent pas. Alors ils se disent que ce sont eux qui sont à l'origine du problème et ils se mettent à plonger. » Ce péril n'épargne pas le service public, en particulier le corps enseignant. Pour empêcher le pire, le psychiatre Mario Horenstein suit 300 professeurs par an au centre de santé mentale de la MGEN (Mutuelle générale de l'Education nationale) : « 50 % souffrent de troubles de l'adaptation avec manifestations de dépression active et 10 % de stress post-traumatique lié à la violence. Il est très important de les aider pour leur éviter de sombrer. » Mais comment arriver à distinguer les suicides motivés par des raisons d'ordre privé des actes directement liés à l'activité professionnelle ? Pour le psychiatre Jean-Pierre Soubrier, expert sur le sujet à l'OMS (Organisme mondiale de la santé), « les suicides reliés au travail sont surtout ceux qui se produisent sur le lieu de l'entreprise et ceux qui sont accompagnés par une lettre d'adieu explicite ». En France, il reste beaucoup à faire en la matière. Selon un rapport de l'OMS, l'Hexagone occupe la troisième marche du podium des nations où les « dépressions liées au travail » sont les plus nombreuses, devancé seulement par l'Ukraine et les Etats-Unis.
Le Parisien |