L’impasse de l’extrême centre


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  #1  
Vieux 15/03/2007, 13h36
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Date d'inscription: mai 2006
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Par défaut L’impasse de l’extrême centre

Les électeurs seront tentés de se réfugier dans le vote centriste plutôt que d’affronter les difficultés. Mais choisir la "molesse du centre" pourrait bien faire le jeu des extrêmes. C'est l'avis de John Lichfield, correspondant à Paris du quotidien britannique The Independent.

François Bayrou ne s’appuie sur aucune structure. Il n’a aucune idée originale. C’est un homme honnête mais un piètre orateur, doté d’une personnalité falote (une sorte de John Major, en moins vif). Son passage dans les années 1990 au ministère de l’Education n’a laissé aucun souvenir, si ce n’est, selon certains, celui d’un homme paresseux et poltron. Ce fut d’ailleurs sa seule expérience d’un poste gouvernemental. Et pourtant, cinq semaines avant le premier tour, un incontestable courant se dessine autour de lui. Si Bayrou réussissait à figurer au second tour le 6 mai prochain, il rassemblerait, d’après les sondages, et selon le cas de figure, les “Tout sauf Sarko” ou les “Tout sauf Ségo”, en tout cas la majorité des voix, et constituerait la grande surprise de l’élection.

Bayrou séduit de nombreux électeurs parce que c’est un outsider (il est fils d’agriculteur, porte des jeans et élève des chevaux) et qu’il n’est pas diplômé d’une des grandes écoles dont sont habituellement issues les élites politiques françaises. Mais il séduit surtout parce qu’il n’est pas “Ségosarko”, c’est-à-dire candidat de “l’establishment médiatico-politique parisien”. Il promet de transcender les clivages idéologiques gauche-droite traditionnels ; de former un gouvernement “de tous les talents” et de fonder au centre un nouveau Parti démocrate.

On a déjà assisté, lors de l’élection de 2002 comme à l’occasion de la campagne sur le référendum constitutionnel européen, à une révolte similaire chez les électeurs. Cette révolte a bénéficié en premier lieu au détestable Jean-Marie Le Pen et, dans une moindre mesure, aux différents candidats d’extrême droite et d’extrême gauche opposés à la Constitution européenne. Mais il y a un paradoxe aussi évident qu’absurde dans l’actuel engouement pour François Bayrou. Il est le contraire de tout ce que défend Le Pen et il est cette année le candidat le plus sincèrement proeuropéen. La bayroumania est-elle le signe que l’électorat français a mûri ? La France est-elle prête à renoncer à la stérile politique des chaises musicales droite-gauche qui la caractérise depuis vingt-cinq ans ? La France serait-elle subitement redevenue proeuropéenne ? Non, évidemment. L’engouement pour Bayrou est une nouvelle façon d’échapper au changement, et non d’y faire face. Après les impasses de l’extrême droite et de l’extrême gauche, la France est désormais tentée par le cul-de-sac de l’extrême centre. Pendant vingt-quatre ans, soit depuis que François Mitterrand a renoncé au socialisme, en 1983, la France a été gouvernée par des majorités consensuelles, tour à tour de droite et de gauche, parvenant tant bien que mal à gérer les affaires courantes. C’est pourquoi les clivages idéologiques ne sont vraiment pas le problème de la France.

M. Bayrou avance une ou deux idées plutôt sensées à propos de la dette et du poids des charges sociales, responsables de l’asphyxie du marché de l’emploi. Mais il a également des conceptions antédiluviennes et corporatistes sur l’agriculture ou l’éducation. Il ne dispose pas d’une structure solide capable d’impulser les changements économiques et sociaux dont la France a besoin et qu’elle affirme vouloir. Le parti de M. Bayrou, l’UDF, dernier vestige de la coalition antigaulliste du centre et de la droite échafaudée par Valéry Giscard d’Estaing, est trop petit, sous-financé et pas assez organisé pour lui fournir une majorité parlementaire lors des élections législatives du mois de juin.

Depuis plus de deux décennies, l’électorat français réclame à grands cris des “changements”, puis s’oppose à la majorité de ceux qui lui sont proposés. Il y a encore deux mois, la gauche et la droite paraissaient avoir trouvé des candidats capables de susciter un mouvement d’adhésion populaire aux politiques réformistes. “Sarko” comme “Ségo” ont leurs défauts, mais tous deux ont des idées novatrices (un projet “scandinave” pour Mme Royal, un projet libéral “humain” à tendance blairiste pour M. Sarkozy).

Mais l’enthousiasme dont bénéficiait Ségo s’est éteint. Tout comme, de manière plus inattendue, la faveur dont jouissait Sarko. C’est en partie la faute des candidats. Mais ce phénomène est également imputable à la résurgence du mouvement d’humeur irréfléchi “antiparisien” et “antimédias” qui a caractérisé les consultations de 2002 et de 2005. “Les électeurs continuent à voter contre tout, et à ne voter en faveur de rien, m’a confié un élu régional centriste. Certains disent que la France est embourbée dans les années 1970. En fait, nous sommes restés bloqués dans les années 1790. Tout ce que nous voulons, c’est couper des têtes.” Mieux vaut certes Bayrou que Le Pen. Mais il risque de n’offrir que cinq nouvelles années de dérive. Déçue par la mollesse du centre, la France se retournerait alors inévitablement vers les extrêmes destructeurs.


John Lichfield
The Independent
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  #2  
Vieux 15/03/2007, 15h03
Avatar de doudouzazou1
gone with the wind
 
Date d'inscription: février 2005
Messages: 8 504
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par tiznit75 Voir le message
Les électeurs seront tentés de se réfugier dans le vote centriste plutôt que d’affronter les difficultés. Mais choisir la "molesse du centre" pourrait bien faire le jeu des extrêmes. C'est l'avis de John Lichfield, correspondant à Paris du quotidien britannique The Independent.

François Bayrou ne s’appuie sur aucune structure. Il n’a aucune idée originale. C’est un homme honnête mais un piètre orateur, doté d’une personnalité falote (une sorte de John Major, en moins vif). Son passage dans les années 1990 au ministère de l’Education n’a laissé aucun souvenir, si ce n’est, selon certains, celui d’un homme paresseux et poltron. Ce fut d’ailleurs sa seule expérience d’un poste gouvernemental. Et pourtant, cinq semaines avant le premier tour, un incontestable courant se dessine autour de lui. Si Bayrou réussissait à figurer au second tour le 6 mai prochain, il rassemblerait, d’après les sondages, et selon le cas de figure, les “Tout sauf Sarko” ou les “Tout sauf Ségo”, en tout cas la majorité des voix, et constituerait la grande surprise de l’élection.

Bayrou séduit de nombreux électeurs parce que c’est un outsider (il est fils d’agriculteur, porte des jeans et élève des chevaux) et qu’il n’est pas diplômé d’une des grandes écoles dont sont habituellement issues les élites politiques françaises. Mais il séduit surtout parce qu’il n’est pas “Ségosarko”, c’est-à-dire candidat de “l’establishment médiatico-politique parisien”. Il promet de transcender les clivages idéologiques gauche-droite traditionnels ; de former un gouvernement “de tous les talents” et de fonder au centre un nouveau Parti démocrate.

On a déjà assisté, lors de l’élection de 2002 comme à l’occasion de la campagne sur le référendum constitutionnel européen, à une révolte similaire chez les électeurs. Cette révolte a bénéficié en premier lieu au détestable Jean-Marie Le Pen et, dans une moindre mesure, aux différents candidats d’extrême droite et d’extrême gauche opposés à la Constitution européenne. Mais il y a un paradoxe aussi évident qu’absurde dans l’actuel engouement pour François Bayrou. Il est le contraire de tout ce que défend Le Pen et il est cette année le candidat le plus sincèrement proeuropéen. La bayroumania est-elle le signe que l’électorat français a mûri ? La France est-elle prête à renoncer à la stérile politique des chaises musicales droite-gauche qui la caractérise depuis vingt-cinq ans ? La France serait-elle subitement redevenue proeuropéenne ? Non, évidemment. L’engouement pour Bayrou est une nouvelle façon d’échapper au changement, et non d’y faire face. Après les impasses de l’extrême droite et de l’extrême gauche, la France est désormais tentée par le cul-de-sac de l’extrême centre. Pendant vingt-quatre ans, soit depuis que François Mitterrand a renoncé au socialisme, en 1983, la France a été gouvernée par des majorités consensuelles, tour à tour de droite et de gauche, parvenant tant bien que mal à gérer les affaires courantes. C’est pourquoi les clivages idéologiques ne sont vraiment pas le problème de la France.

M. Bayrou avance une ou deux idées plutôt sensées à propos de la dette et du poids des charges sociales, responsables de l’asphyxie du marché de l’emploi. Mais il a également des conceptions antédiluviennes et corporatistes sur l’agriculture ou l’éducation. Il ne dispose pas d’une structure solide capable d’impulser les changements économiques et sociaux dont la France a besoin et qu’elle affirme vouloir. Le parti de M. Bayrou, l’UDF, dernier vestige de la coalition antigaulliste du centre et de la droite échafaudée par Valéry Giscard d’Estaing, est trop petit, sous-financé et pas assez organisé pour lui fournir une majorité parlementaire lors des élections législatives du mois de juin.

Depuis plus de deux décennies, l’électorat français réclame à grands cris des “changements”, puis s’oppose à la majorité de ceux qui lui sont proposés. Il y a encore deux mois, la gauche et la droite paraissaient avoir trouvé des candidats capables de susciter un mouvement d’adhésion populaire aux politiques réformistes. “Sarko” comme “Ségo” ont leurs défauts, mais tous deux ont des idées novatrices (un projet “scandinave” pour Mme Royal, un projet libéral “humain” à tendance blairiste pour M. Sarkozy).

Mais l’enthousiasme dont bénéficiait Ségo s’est éteint. Tout comme, de manière plus inattendue, la faveur dont jouissait Sarko. C’est en partie la faute des candidats. Mais ce phénomène est également imputable à la résurgence du mouvement d’humeur irréfléchi “antiparisien” et “antimédias” qui a caractérisé les consultations de 2002 et de 2005. “Les électeurs continuent à voter contre tout, et à ne voter en faveur de rien, m’a confié un élu régional centriste. Certains disent que la France est embourbée dans les années 1970. En fait, nous sommes restés bloqués dans les années 1790. Tout ce que nous voulons, c’est couper des têtes.” Mieux vaut certes Bayrou que Le Pen. Mais il risque de n’offrir que cinq nouvelles années de dérive. Déçue par la mollesse du centre, la France se retournerait alors inévitablement vers les extrêmes destructeurs.


John Lichfield
The Independent
fine analyse. mais ce que ne comprennent pas nos politiciens, c'est que les changements attendus par les citoyens à mon sens, n'en sont pas vraiment. ils veulent juste revenir à la période du plein emploi et la suppression de la fracture sociale qui contrairement à ce qui a été annoncé n'a fait que s'accentuer. il est inadmissible de voir des sdf en nombre dans notre pays à l'aube du 3m millénaire, alors qu'il y a de + en + de milliardaires, inadmissible que le progrès ne sert qu'à une minorité ! autrement dit + de justice sociale.
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  #3  
Vieux 15/03/2007, 22h10
Avatar de benkabss
 
Date d'inscription: août 2005
Messages: 8 244
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par doudouzazou1 Voir le message
fine analyse. mais ce que ne comprennent pas nos politiciens, c'est que les changements attendus par les citoyens à mon sens, n'en sont pas vraiment. ils veulent juste revenir à la période du plein emploi et la suppression de la fracture sociale qui contrairement à ce qui a été annoncé n'a fait que s'accentuer. il est inadmissible de voir des sdf en nombre dans notre pays à l'aube du 3m millénaire, alors qu'il y a de + en + de milliardaires, inadmissible que le progrès ne sert qu'à une minorité ! autrement dit + de justice sociale.
Les politiciens ne peuvent rien faire.

C'est tres francais de croire que les politiciens vont permettre d'arriver au plein emploi.
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  #4  
Vieux 15/03/2007, 22h17
Avatar de tonystark
un homme en colére
 
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Entrées dans le blog: 9
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par benkabss Voir le message
Les politiciens ne peuvent rien faire.

C'est tres francais de croire que les politiciens vont permettre d'arriver au plein emploi.

Ils le peuvent en favorisant la libre entreprise,la création personnelle.

le systéme actuel francais est dissuasif.

Je reste persuadé que s il n y a vait pas autant de charges,il y aurait bcp moins de chomeurs.
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  #5  
Vieux 15/03/2007, 22h18
Alone in the dark...
 
Date d'inscription: mars 2005
Âge: 30
Messages: 11 702
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par tonystark Voir le message
Ils le peuvent en favorisant la libre entreprise,la création personnelle.

le systéme actuel francais est dissuasif.

Je reste persuadé que s il n y a vait pas autant de charges,il y aurait bcp moins de chomeurs.
eh bien vote sarkozy je crois que c'est dans son programme
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  #6  
Vieux 15/03/2007, 22h29
Avatar de tonystark
un homme en colére
 
Date d'inscription: décembre 2006
Messages: 6 430
Entrées dans le blog: 9
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par mehdimarrakch Voir le message
eh bien vote sarkozy je crois que c'est dans son programme
lui son programme c est surtout pour les entrepreneurs millionnaires!!
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  #7  
Vieux 16/03/2007, 00h05
Avatar de LHoulouwa
 
Date d'inscription: octobre 2006
Messages: 203
Par défaut Re : L’impasse de l’extrême centre

Citation:
Envoyé par tiznit75 Voir le message
Les électeurs seront tentés de se réfugier dans le vote centriste plutôt que d’affronter les difficultés. Mais choisir la "molesse du centre" pourrait bien faire le jeu des extrêmes.

François Bayrou ne s’appuie sur aucune structure. Il n’a aucune idée originale. C’est un homme honnête mais un piètre orateur, doté d’une personnalité falote (une sorte de John Major, en moins vif). Son passage dans les années 1990 au ministère de l’Education n’a laissé aucun souvenir, si ce n’est, selon certains, celui d’un homme paresseux et poltron.

Si Bayrou réussissait à figurer au second tour le 6 mai prochain, il rassemblerait, d’après les sondages, et selon le cas de figure, les “Tout sauf Sarko” ou les “Tout sauf Ségo”, en tout cas la majorité des voix, et constituerait la grande surprise de l’élection.

On a déjà assisté, lors de l’élection de 2002 comme à l’occasion de la campagne sur le référendum constitutionnel européen, à une révolte similaire chez les électeurs. Cette révolte a bénéficié en premier lieu au détestable Jean-Marie Le Pen et, dans une moindre mesure, aux différents candidats d’extrême droite et d’extrême gauche opposés à la Constitution européenne. Mais il y a un paradoxe aussi évident qu’absurde dans l’actuel engouement pour François Bayrou.

L’engouement pour Bayrou est une nouvelle façon d’échapper au changement, et non d’y faire face.

M. Bayrou avance une ou deux idées plutôt sensées à propos de la dette et du poids des charges sociales, responsables de l’asphyxie du marché de l’emploi. Mais il a également des conceptions antédiluviennes et corporatistes sur l’agriculture ou l’éducation. Il ne dispose pas d’une structure solide capable d’impulser les changements économiques et sociaux dont la France a besoin et qu’elle affirme vouloir.

“Les électeurs continuent à voter contre tout, et à ne voter en faveur de rien, m’a confié un élu régional centriste. Certains disent que la France est embourbée dans les années 1970. En fait, nous sommes restés bloqués dans les années 1790. Tout ce que nous voulons, c’est couper des têtes.” Mieux vaut certes Bayrou que Le Pen. Mais il risque de n’offrir que cinq nouvelles années de dérive. Déçue par la mollesse du centre, la France se retournerait alors inévitablement vers les extrêmes destructeurs.


John Lichfield
The Independent

Article très intéressant et assez lucide..N'empêche, j'ai un peu peur que cet engouement Bayrouste, plus anti Sarko et Sego que basé sur l'attrait à ses idées lumineuses et révolutionnaires , ne nous soit perjudiciable et ne favorise l'election du Nabot megalomane....Là, on va en avoir du changement, mais radical, pas dans le bon sens ....
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