L'UOIF contre le voile à l'école http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-337840,0.html Citation:
L'UOIF, principale organisation musulmane, défend le port du voile mais souhaite une loi l'interdisant à l'école
LE MONDE | 13.10.03 | 13h59 • MIS A JOUR LE 13.10.03 | 13h35
Les repères se brouillent, les positions sont à fronts renversés sur le foulard. Le ministre de l'intérieur a proposé la voie du "compromis", samedi 11 octobre, devant le conseil d'administration du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui se réunissait pour la deuxième fois depuis son élection, en avril.
A Bagnolet (Seine-Saint-Denis), Nicolas Sarkozy s'est prononcé contre une loi interdisant les signes religieux à l'école, comme il l'avait déjà fait le 7 octobre devant la commission sur la laïcité. Devant les responsables musulmans, il a demandé "que chacun fasse un pas". Concrètement, il a proposé le port du "bandana" comme solution acceptable par les deux parties, l'éducation nationale et les jeunes filles voilées.
Au même moment, les dirigeants de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), qui mènent depuis 1989 la lutte pour le port du foulard à l'école, avouent en privé qu'ils sont favorables à une loi d'interdiction. "Nous ne voulons par rester dans l'ambiguïté, confie l'un d'eux. Si le foulard était interdit, il serait plus simple d'argumenter auprès des jeunes filles, d'un point de vue théologique, et de leur demander de l'enlever à la porte de l'école."
Les théologiens musulmans pourraient en effet évoquer "l'état de nécessité" (darourat), un principe constant du droit musulman, qui impose aux fidèles de se soumettre aux lois civiles, quand elles contreviennent à des prescriptions religieuses. Tandis que le flou actuel place les conservateurs de l'UOIF dans l'embarras : ils continuent d'affirmer que le foulard est une prescription religieuse, mais ils ne peuvent invoquer le respect des lois pour demander aux jeunes filles de se soumettre, quand elles sont exclues par les conseils de discipline. L'UOIF se voit en outre sans cesse accusée de tenir un double langage.
"UNE PRESCRIPTION RELIGIEUSE"
Selon Fouad Alaoui, secrétaire général de l'UOIF, la situation n'a plus rien à voir avec 1989, à l'époque de l'exclusion de trois jeunes filles d'un collège de Creil (Oise) : "Nous sommes aujourd'hui dans une situation où le corps enseignant pratique des dizaines d'exclusion dans un silence total. Souvent, les filles ne sont pas exclues définitivement, mais des professeurs prennent sur eux de refuser l'accès à leur cours." Pour sa part, le président du CFCM, Dalil Boubakeur, persiste à ne pas vouloir d'une loi : légiférer serait, selon lui, "une erreur profonde".
Le conseil d'administration du CFCM n'a pas jugé bon de créer une commission de théologie, qui aurait pu émettre un avis sur le sujet. Il s'est contenté de rendre public un communiqué dans lequel il affirme que "le foulard est une prescription religieuse". Certains auraient préféré l'expression "signe religieux" ; l'UOIF voulait ajouter "un choix personnel". C'est la formulation la plus large qui a été retenue. Le communiqué ajoute que le CFCM "demande avec force l'application du principe de laïcité et l'avis du Conseil d'Etat de 1989".
Au sujet de l'exclusion de Lila et Alma Lévy du collège Henri-Wallon d'Aubervilliers, le CFCM affirme que "tous les moyens de conciliation n'ont pas été épuisés". Le président du Conseil régional du culte musulman (CRCM) d'Ile-de-France, Lhaj Thami Breze, qui est aussi président de l'UOIF, a en effet proposé sa médiation au père des deux fillettes, qui l'a refusée.
Le ministère de l'intérieur est maintenant à la recherche d'un moyen pour mettre en œuvre le "compromis" qu'il propose. Selon nos informations, l'hypothèse d'une circulaire de l'éducation nationale, qui remplacerait la circulaire Bayrou de 1994, a été évoquée comme une voie possible, devant plusieurs membres du CFCM. Cette solution provoque pour l'instant le scepticisme des responsables musulmans. "On va aboutir à généraliser le bandana et à le transformer en signe religieux", ironise l'un d'eux.
Xavier Ternisien
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