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Vieux 20/03/2007, 14h49
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Par défaut François Bayrou et son double

LE MONDE | 20.03.07 | 14h04 • Mis à jour le 20.03.07 | 14h04

Compte trop sur ses dispositions naturelles" (Bulletins scolaires)


La remarque est revenue souvent dans la bouche de ses professeurs. C'est ensuite ce que ses amis lui ont répété. Enfant, le jeune François Bayrou était bègue, mais il discourait tout de même au point d'être appelé ironiquement "l'orateur". Doué, convaincant, il est pourtant longtemps passé pour un parfait dilettante. Parfois même, il semble tenir le travail pour une mauvaise manie. "Pendant des années, il n'a pas bossé, témoigne Pierre-Christophe Baguet, député UDF qui soutient aujourd'hui Nicolas Sarkozy, mais son culot, sa culture lui permettaient de s'en sortir." On l'a vu dîner tard, avec sa bande, dans des bistrots au coeur de Paris ; jouer au tarot jusque tard dans la nuit ; écrire ses discours aux petites heures du matin dopé à l'adrénaline de l'improvisation. Deux ou trois fois, il a effacé par inadvertance le texte qu'il venait de rédiger sur son ordinateur, a dû monter à la tribune les mains dans les poches... et s'en est sorti.



"C'est un bordélique", reconnaissent ses amis. Il débarque systématiquement en retard à ses rendez-vous, ne s'excuse pas et peut même vous engueuler. Marielle de Sarnez, sa principale conseillère, a pourtant considérablement réorganisé son équipe, parfois en tranchant dans le vif et en se faisant beaucoup d'ennemis. Mais François Bayrou a fait sienne la devise d'Henri IV, dont il écrivit la biographie : "Ce qui doit arriver ne peut pas manquer."

"Un jour, il pétera de vanité" (Jacques Chirac)


Il se juge beau, séduisant, intelligent, formidable stratège. Les élus, les journalistes, ses amis, ses adversaires en savent quelque chose : François Bayrou a parfois la tête comme une montgolfière. Il a longtemps assuré : "Je suis le nouveau Mitterrand." Lorsqu'il obtint le secrétariat général de l'UDF, alors présidée par Valéry Giscard d'Estaing, il expliqua tranquillement devant tout le bureau politique du CDS : "Giscard a trouvé en moi quelqu'un à sa mesure." Au moment où le premier ministre anglais était la coqueluche de la droite, il répétait partout : "J'ai un avantage sur tous les autres : je ressemble physiquement à Tony Blair." On l'a vu admirer longuement sa photo dans des magazines, en soulignant : "J'ai un regard profond." A la journaliste sportive Estelle Denis qui lui demandait il y a quelques semaines ce que sa femme préférait en lui, il a répondu sans sourciller "ma virilité". Jacques Chirac, qui en a beaucoup ri, s'en est aussi très souvent agacé : "Un jour, il pétera de vanité."

Une chose est sûre : le candidat UDF s'est toujours vu en haut de l'affiche. Son ami le député des Pyrénées-Atlantiques Jean Lassalle l'entendit expliquer en 1983, alors qu'ils n'étaient tous deux que conseillers généraux : "Dans trois ans, je serai député. Ensuite, je serai un ministre important." Dans les années 1990, tous ceux qui l'ont côtoyé l'ont vu dresser ses plans : "Je me présente en 2002, je fais un score à deux chiffres en 2007, je suis élu en 2012." A sa biographe, Violaine Gelly, il expliquait en 1996 : "Entre ce que j'étais et ce que je suis, il y a moins qu'entre ce que je suis et le sommet." Bernard Bosson, qui fut son rival malheureux chez les centristes et le soutient aujourd'hui, assure pourtant gentiment : "Son immodestie a considérablement diminué."

"Dans les moments de choix, il se confie à Dieu" (Un ami)


Longtemps, chaque 15 août, la famille Bayrou a fait à pied le pèlerinage qui mène de Bordères, son berceau béarnais, jusqu'à Lourdes. Etudiant, le jeune François a consacré son mémoire de maîtrise au Mystère de la charité de Jeanne d'Arc, de Charles Péguy. Nommé pour la première fois ministre en 1993, il donna une fête à Bordères, précédée d'une messe. L'église est attenante à la maison, ses vitraux ont été rénovés en partie sur ses deniers. "Dans les moments de choix, il se confie à Dieu", assure l'un de ses amis. Bayrou a indéniablement la foi. Pratiquant régulier, il assure ne "fréquenter que le côté sombre de la paroisse", mais les Ecritures lui sont un secours. Le 11 septembre 2001, il répéta vingt fois à son équipe : "C'est l'Apocalypse !", avant de mettre sa campagne présidentielle entre parenthèses, persuadé que plus rien n'avait d'importance. S'il a appris à distinguer la foi du militantisme politique, ce ne fut pourtant pas sans mal. En 1990, il explique lors d'une convention centriste : "Mon engagement chrétien est plus important que mon engagement politique. Et je ne tiens pas à ce qu'ils se mélangent."

Pour l'avoir oublié, il connaît trois ans plus tard son plus gros échec gouvernemental. Nommé ministre de l'éducation nationale par Edouard Balladur, il entreprend de réviser la loi Falloux pour permettre le financement public des dépenses d'investissement des écoles privées. Valéry Giscard d'Estaing l'a pourtant prévenu : "Méfiez-vous, c'est une bombe." François Bayrou réplique avec superbe : "Il y aura 200 000 personnes dans la rue." Près de 1 million de manifestants défilent le 16 janvier 1994 pour la défense de l'école de la République. Les catholiques le soutiennent du bout des lèvres, le cardinal Decourtray regrette tout haut qu'il ait rallumé "la guerre scolaire". A sa biographe, Bayrou lâchera : "Il faut beaucoup aimer le bon Dieu pour supporter les curés."

"Etre étiqueté démocrate-chrétien vous empêche d'être entendu" (François Bayrou aux cadres du CDS)


La leçon sera retenue. C'est lui qui va entreprendre la déconfessionnalisation du Centre des démocrates sociaux (CDS). En 1995, il explique devant les patrons de fédération du petit parti centriste : "Etre uniquement étiqueté démocrate-chrétien vous empêche d'être entendu. Parce que, dans la société française, il y a une séparation entre les ordres, tradition que pour ma part je trouve heureuse et approuve. Nous allons être le mouvement des humanistes, chacun avec sa tradition." Lorsqu'il marie le PSD, Parti social-démocrate, mouvement laïque largement fourni en francs-maçons, et le CDS, André Santini s'amuse : "Le triangle est tombé dans le bénitier." Dix ans plus tard, François Bayrou se bat contre une partie de l'Eglise pour que la Constitution européenne ne fasse pas référence aux racines chrétiennes de l'Europe.

suite : http://www.lemonde.fr/web/article/0,...?xtor=RSS-3208
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