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Vieux 03/04/2007, 04h25
 
Date d'inscription: avril 2007
Messages: 59
Par défaut L'enfant endormi

Ayant terminé d'écrire une petite section sur l'enfant endormi dans mon prochain livre "Religion et droit dans la société musulmane", j'ai pensé vous la poster. Tout commentaire est le bienvenu.
Je vous invite à visiter mon site: www.sami-aldeeb.com


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Le Coran dit:
Les mères qui veulent donner à leurs enfants un allaitement complet, les allaiteront deux années entières (2:233).
Sa mère l'a porté, faiblesse sur faiblesse. Son sevrage a lieu à deux ans (31:14).
Sa mère l'a porté et l'a enfanté avec peine. Depuis le moment où elle l'a conçu, jusqu'à l'époque de son servage, trente mois se sont écoulés (46:15).
Partant de ces trois versets, les juristes musulmans sont unanimes sur le fait que la durée minimale de la grossesse est de six mois (30 mois de grossesse et sevrage - 24 mois de sevrage = 6 mois de grossesse). Al-Sarakhsi (d. 1090) écrit à cet égard:
La plus courte durée de grossesse est de six mois selon ce qui a été rapporté à propos d'une femme qui avait accouché après six mois de mariage. Uthman Ibn-Affan était sur le point de la faire lapider lorsqu'Ibn-Abbas a dit de cette femme que si elle s'opposait à ceux qui la condamnent en s'appuyant sur le Coran, elle obtiendrait gain de cause, car, argumentait-il, Dieu a dit que l'enfant était porté et allaité durant trente mois et que le sevrage avait lieu au bout de deux ans et donc, que si deux années étaient la durée de l'allaitement, il ne restait alors pour la durée de grossesse que six mois. Dans ces conditions, Uthman écarta de cette femme le châtiment qu'elle aurait pu subir et établit que l'enfant était affilié au mari .
Malik (d. 795) rapporte dans son Muwatta:
Un homme était mort laissant sa femme veuve. Celle-ci observa le délai de viduité de quatre mois et dix jours [selon le Coran 2:234] puis, cela lui étant devenu licite, elle se remaria et demeura chez son mari quatre mois et demi. Elle accoucha alors d'un enfant parfaitement constitué. Le mari alla voir Umar (d. 644) et lui exposa les faits. Umar fit appeler des femmes âgées qui avaient bien connu l'époque antéislamique de la jahiliyyah et leur demanda leur avis. L'une d'elle déclara: "Je vais t'informer au sujet de cette femme: son mari est mort alors qu'elle était enceinte de lui mais son sang s'est écoulé sur l'enfant qui s'est alors desséché dans son ventre. Mais après que son second mari ait eu des rapports sexuels avec elle et que son sperme ait atteint l'enfant, celui-ci s'est mis à bouger dans son ventre et il a repris sa croissance". Umar tint pour vrais ces propos puis prononça la séparation des époux et leur dit: "Je n'ai entendu que du bien à votre sujet". Et il affilia l'enfant au premier mari .
Quant à la durée maximale de la grossesse, les juristes musulmans ont largement divergé. Les hanafites estiment que la grossesse ne saurait dépasser deux ans. Ils invoquent à cet égard un récit d'Ayshah selon laquelle "l'enfant ne reste dans la matrice de sa mère plus de deux ans".
Les autres écoles sont plus larges. Ainsi, l'école malikite invoque l'affirmation de Malik selon lequel certaines personnes ont été portées pendant trois ans, faisant en cela allusion à son cas personnel. Malik rapporte aussi qu'une voisine à lui avait porté son enfant quatre ans avant d'accoucher. Évoquant la même femme, un juriste de Médine contemporain de Malik ajoute qu'elle avait enfanté encore une fois après une grossesse de sept ans . De telles longues durées de grossesse sont acceptées dans des fatwas rapportées par Al-Wansharisi (d. 1508) .
Al-Shafi'i opta pour une durée de quatre ans en se basant sur un autre fait passé à Médine à l'époque du Calife Umar: un homme s'était absenté de chez lui durant deux ans, et quant il revint il trouva sa femme enceinte. Umar voulait lapider la femme, mais Mu'ad Ibn-Jabal intervint: "Si tu as une autorité sur elle, tu n'en as pas sur ce qui est dans son ventre". Alors Umar la laissa libre jusqu'à ce qu'elle accouchât, deux ans après, d'un garçon qui riait et dont deux incisives avaient déjà poussé et qui ressemblait à son père . Ce garçon dont le sobriquet est Al-Dahhak, le rieur (d. 723) devint par la suite un savant qui enseigna le Coran .
La durée de quatre ans est aussi acceptée par les hanbalites. Ibn-Qudamah cite Al-Khiraqi, juriste hanbalite qui vécut deux siècles avant lui:
Si une femme répudiée ou veuve depuis quatre ans ou plus donne naissance à un enfant, celui-ci est rattaché au mari. On agit ainsi car cet enfant peut avoir été conçu par lui et parce qu'l n'existe personne qui soit mieux placé que lui, ou simplement son égal, pour endosser la paternité. Il convient donc de rattacher l'enfant au mari comme si sa naissance était une conséquence du mariage .
Ce n'est que chez Ibn-Hazm de l'école dhahirite, désormais disparue, qu'on retrouve la conception moderne de la grossesse. Il écrit:
Il n'est pas possible que la grossesse dure plus de neuf mois ou moins de six mois, car Dieu dit: "Depuis le moment où elle l'a conçu jusqu'à l'époque du sevrage, trente mois se sont écoulés (46:15). Et Dieu a dit: "Les mères qui veulent donner à leurs enfants un allaitement complet, les allaiteront deux années entières (2:233). Ceux qui prétendent que la grossesse et l'allaitement durent ensemble plus de trente mis, tiennent des propos nuls et non avenus; ils récusent ouvertement la parole divine .
Ibn-Hazm s'attaque surtout au hadith rapporté par les hanafites pour appuyer leur affirmation que la grossesse peut durer deux ans, en discréditant les transmetteurs du hadith. Ensuite il s'en prend aux thèses shafi'ites et malikites:
Toutes ces informations sont mensongères; elles se réfèrent à des personnages qui ne disent pas la vérité et ne savent pas de quoi elles parlent. Rendre des jugements conformes â la religion de Dieu n'est pas possible avec de tels arguments .
Ibn-Hazm invoque le récit suivant d'Umar pour fixer la durée de la grossesse à neuf mois:
Lorsqu'un homme répudie sa femme et que celle-ci a ses règles une ou deux fois puis cesse de les avoir, elle doit attendre neuf mois de telles sorte qu'apparaisse clairement sa grossesse. Si après ce délai la grossesse n'apparaît pas clairement, la femme effectue une retraite de continence de trois mois comme le font les femmes qui n'ont plus leurs règles .
Cette longue durée de grossesse est encore acceptée par des autorités religieuses et judicaires saoudiennes qui ont considéré légitime un enfant né d'une femme quatre, cinq, voire sept ans après le divorce ou le décès de son mari . Des auteurs musulmans modernes continuent à croire dans la légende de la longue durée de la grossesse, en joignant les témoignages de médecins occidentaux aux récits des anciens auteurs . Ali Jum'ah, le grand Mufti d'Égypte, dans un livre publié en 2005 dit que la grossesse peut durer jusqu'à quatre ans, mais considère l'enfant né au-delà de cette durée comme adultérin . Ce qui n'a pas manqué à soulever des critiques . L'auteur égyptien Ahmad Subhi Mansur estime que de telles positions ne font qu'encourager l'adultère .
Pour mettre un terme à ces pratiques douteuses, les législateurs arabes ont fixé la durée maximale de la grossesse. Ainsi, en Tunisie (article 69), en Jordanie (articles 147 et 148), au Soudan (article 100) et au Kuwait (article 166) la durée maximale de la grossesse est d'une année. En Algérie, "le minimum de la durée de grossesse est de six mois et le maximum, de dix mois" (article 42). Au Maroc, l'article 135 énonce: "La durée maximale de la grossesse est d'une année à compter de la date du divorce ou du décès". Mais l'article 134 garde les traces du droit musulman classique:
Si la femme en état de retraite de viduité prétend être enceinte et qu’il y ait contestation, le tribunal saisi a recours aux experts spécialistes pour déterminer s’il y a grossesse et la période de son commencement pour décider de la poursuite ou de la fin de la retraite de viduité.
Au Yémen, la loi dit que le minimum de la grossesse est de six mois, et dans la majorité des cas de neuf mois, mais il n'y a aucune limite pour la durée maximale tant qu'il en existe des signes et qu'elle se poursuit avec l'attestation d'un médecin spécialisé (article 128). En Mauritanie: "La durée maximale d'une grossesse est d'une année lunaire. S'il subsiste un doute sur la grossesse au delà de cette période, l'intéressé saisit le juge qui doit ordonner une expertise médicale" (article 61).
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