Les terroristes islamistes viseraient les enclaves espagnoles au Maroc LE MONDE | 13.04.07 | 10h07 • Mis à jour le 13.04.07 | 10h42
Plus encore que le reste de l'Europe méridionale, notamment la France et l'Italie, l'Espagne est dans la ligne de mire du terrorisme islamique en provenance du Maghreb, où les groupuscules radicaux liés à Al-Qaida sont, de l'avis des spécialistes, en plein essor. Selon le juge Baltasar Garzon, les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, coincées le long des côtes marocaines et où vivent de grosses communautés musulmanes (environ 40% des populations locales), seraient particulièrement des "objectifs prioritaires de ces groupes terroristes".
DEUX GROUPES ISLAMISTES
De bonne source, ces deux territoires ont été mis en "alerte maximale", depuis 2005, par le gouvernement Zapatero. En février, cette alerte a été étendue à tout le pays, alors que s'est ouvert à Madrid, sous très haute surveillance, le méga-procès des attentats survenus le 11 mars 2004 dans la capitale espagnole (191 morts), dont l'essentiel des 29 accusés sont d'origine maghrébine. Fait aggravant : en février aussi, le numéro deux d'Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, a directement menacé l'Espagne d'"actions violentes".
Deux groupes islamistes, de plus en plus actifs dans le Maghreb, participent à cette menace. D'une part, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), basé en Algérie. "Son poids est tel que ce groupe assure le leadership au Maghreb de l'organisation de Ben Laden", affirme Fernando Reinares, expert en terrorisme global, de l'Institut de recherche Elcano, à Madrid. Le GSPC a d'ailleurs été rebaptisé en septembre dernier "Branche armée d'Al-Qaida pour le Maghreb islamique".
D'autre part, le Groupe islamique combattant marocain (GICM). Il est supposé être derrière les attentats de Madrid de 2004 et ceux de Casablanca de mai 2003. Ancien sanctuaire islamiste, l'Espagne est particulièrement poreuse aux infiltrations de groupuscules fondamentalistes, de par sa proximité avec l'Afrique du Nord et sa forte population immigrée d'origine marocaine - environ 600 000 résidents. D'autant que la mobilisation policière, jusqu'ici focalisée presque entièrement contre l'organisation armée basque ETA, n'a commencé à s'organiser qu'en 2004, au lendemain du carnage de Madrid. "Dans ces communautés musulmanes, poursuit Fernando Reinares, les leaders islamistes ont recruté des douzaines ou peut-être des centaines de jeunes, parfois encore adolescents ou tout juste adultes." Selon El Pais, nombre d'entre eux ont été envoyés par le GSPC dans des camps d'entraînement du sud de l'Algérie, non loin du Mali.
RÉCUPÉRER L'AL-ANDALUS
Paradoxalement, la mise à la retraite politique de José Maria Aznar - qui s'était rangé aux côtés de George Bush et de Tony Blair pour envahir l'Irak - n'a pas atténué le risque d'un attentat en Espagne. En dépit du retour des troupes ordonné par José Luis Zapatero, en juin 2004, Al-Qaida fustige Madrid pour avoir augmenté ses contingents en Afghanistan. Surtout, le mythe d'Al-Andalus - lié à la domination arabe d'une bonne partie de la péninsule entre le VIIIe et le XVe siècle - apparaît de plus en plus comme un argument central pour justifier des attentats sur le sol espagnol. Aux yeux des djihadistes, ce "territoire perdu" doit être récupéré, coûte que coûte, au même titre que Jérusalem. Dans une exhortation aux combattants salafistes, en février, Ayman al-Zawahiri priait pour qu'"Allah [vous] concède le droit de fouler de nouveau le sol de l'Al-Andalus usurpé". Mercredi, le message du groupe ayant revendiqué l'attentat d'Alger allait dans le même sens : "Nous ne serons en paix que lorsque nous aurons libéré toute la terre d'islam (...) et que nous aurons repris pied dans notre Andalousie spoliée."
François Musseau, Madrid |