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| C'est un fait, nous sommes désormais réduits à un duo solitaire avec nos voisins marocains. La Tunisie ayant pris trop d'avance sur nous, il n'y a plus que le Maroc qui reste en piste avec nous. Dans cet étrange couple de danseurs, l'Algérie fait deux pas en arrière après un pas en avant et notre partenaire fait l'inverse. Ce qui fait qu'à la fin de la valse, nous sommes la famille qui recule devant celle qui avance. Ici, on s'installe durablement dans la velléité, là-bas ils agissent. Incorrigibles copieurs, ils mettent en branle une réforme sitôt évoquée ici comme perspective lointaine. A peine avons-nous fini de discourir sur l'introduction de tamazight à l'école que Hassan II l'intègre dans ses programmes scolaires. Et j'en passe. Alors que le premier sport national consiste à évaluer les effets d'un séisme sur l'échelle du hidjab, Mohammed VI secoue le palmier fondamentaliste. Il lance une réforme du code la famille qui va casser le premier pilier de l'Islam fondamentaliste et machiste, en dépit des précautions de forme dont il l'entoure. Pendant ce temps, nos ministères, en réserve de djilbab, avancent à reculons des propositions pour ne rien changer à notre actuel code. Voilà comment agit ce sournois de Mohammed le « sadess ». Non content de nous avoir pris notre Chirac pour qui nous avons réussi le miracle de faire d'Alger, pour un moment, une ville propre, il vire largement en tête dans la course à la modernité. Et il pourra, au demeurant, arguer que pour cette course-là, nous avons déclaré un forfait général. Il nous reste l'exutoire d'autres sports pour lesquels nous sommes d'excellents faire-valoir et le soutien d'une communauté arabe qui recule autant que nous en attendant le grand saut. Pour s'en convaincre, il suffit de prendre connaissance du sondage réalisé par le quotidien londonien Al Qods à propos de la réforme annoncée par Rabat. La question posée est : « Le roi du Maroc propose un code de la famille qui prévoit, notamment, d'assigner des limites à la polygamie. Pensez-vous que ce code réponde à l'attente des familles ? » Jusqu'à hier, près de 70 % des personnes qui ont participé au sondage sur le site internet du journal ont répondu par la négative. Ce qui donne à réfléchir sur les grandes tendances du lectorat du journal en particulier et de l'opinion arabe en général. N'allez pas en conclure hâtivement que c'est la gent masculine qui a dû fournir l'écrasante majorité des réponses au sondage. Comme dit Nawal Saâdaoui, la polygamie flatte l'ego et les instincts de l'homme arabe, mais la femme aussi a son mot à dire. Souvenons-nous en : elles étaient près d'un demi-million en 1990 à venir défendre le code de l'infamie et à demander l'interdiction de la mixité et du sport féminin à l'école. La ferveur religieuse et l'ignorance aidant, nos femmes se sont persuadées que la polygamie est la panacée universelle. Tout comme la « tenue islamique » imposée par les pétrodollars via la télévision et le démarchage direct, la polygamie est l'un des fondements de la morale wahhabite. Il n'est pas étonnant dès lors de voir des femmes, douées de la parole et de l'intelligence, défendre les « constantes islamistes » avec une rare ferveur. L'une d'elles, la Saoudienne Leïla Al Ahdab a ainsi tenté d'apporter la contradiction à Nawal Saâdaoui en s'appuyant sur des textes religieux qui sont autant de boulets aux pieds des femmes s'ils étaient pris à la lettre. Et pour corser le tout, cette « intellectuelle », qui n'a apparemment pas la bosse des maths et de la logique, affirme que le hidjab est le rempart le plus sûr contre la domination étrangère. Que ne le saviez-vous, Fadhma n'soumeur et vous, braves combattantes du FLN-ALN ? Vous auriez repoussé l'envahisseur et libéré le pays rien qu'en vous voilant la face. A l'évocation du voile, j'avoue avoir été intrigué comme vous à l'énoncé des attaches paternelles des deux lycéennes d'Aubervilliers qui voulaient imposer le djilbab dans leur établissement. J'avais entendu vaguement dire à la télévision que la mère des deux filles était algérienne mais j'en sais désormais un peu plus grâce au quotidien saoudien Echarq Al Awsat. Il a relaté en page une la semaine dernière l'histoire de « ce juif qui défend le droit de ses filles musulmanes à porter le hidjab ». En dehors du fait que c'est la première fois qu'un juif est présenté sous des dehors sympathiques dans un journal saoudien, j'ai apprécié le souci du détail. Alain Levy, père d'Alma et Leila Lévy, était marié à une Algérienne, une Kabyle, précise Echarq Al Awsat (message reçu cher confrère). Et c'est à peine si le journal n'attribue pas des origines libanaises à la grand-mère maternelle qui a inculqué la culture intégriste à ses deux petites-filles, comme pour éloigner toute suspicion de mésalliance. Ce dont on ne peut soupçonner Kadhafi. Sachez qu'il a aussi une fille qui porte le hidjab et qui est désormais en première ligne. En plus de Saâdi, footballeur en pension dans un club italien et de Seif Al Islam, un vrai pacifiste, Kadhafi dispose désormais de Aïcha. Echarq Al Awsat l'a interviewée. Elle est raciste puisqu'elle déteste les Arabes autant que les Américains. A l'égard des Arabes, elle dit qu'elle a fait acte d'apostasie. Quant aux Américains, et à propos de la dette du sang de Lockerbie, elle affirme qu'aucun Américain ne vaut 10 millions de dollars. Aïcha se lâche. Elle sait avoir affaire à des masochistes Pour ce qui nous concerne, le comble du masochisme, aujourd'hui, ce n'est plus de boire une BE (Brasseries d'El Harrach) sous un soleil de plomb et en lisant un éditorial de Révolution africaine La BE a, heureusement, cessé de paraître. L'hebdomadaire a été envoyé définitivement au musée pour avoir trop et mal servi. Le FLN court encore, entraînant avec lui la meute des éternels coureurs de dots et de rente. Mais avec la démocratie de pacotille et le multipartisme de façade que nous expérimentons, les prétextes à l'autoflagellation ne manquent pas. C'est à cet exercice douloureux que nous a conviés cette semaine un vieux général qui refuse de battre en retraite. J'avoue, à l'énoncé de tous les défauts de Bouteflika, avoir été horrifié. Non pas à l'évocation du personnage tel que décrit par Khaled Nezzar, mais devant l'aveuglement de ceux qui l'ont coopté. C'est donc cette insoutenable légèreté de nos galonnés qui nous a conduits là où nous sommes, dans ce cruel dilemme qui consiste à choisir entre un Bouteflika, conspirateur expérimenté, et un Benflis qui ne rue que sous l'aiguillon. Ahmed Halli Le Matin, algérie |
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