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| Chat L'électorat du Front national s'est-il diversifié ? LEMONDE.FR | 10.04.07 | 12h29 • Mis à jour le 13.04.07 | 16h28 L'intégralité du débat avec Nonna Mayer, directrice de recherche au CNRS-cevipof (centre de recherches politiques de sciences-Po), auteure de "Le Nouveau Désordre électoral : Les leçons du 21 avril 2002", Presses de Sciences Po, 2004. , vendredi 13 avril, à 11 h . amile : Comment déterminez-vous la composition de l'électorat du Front national (FN) ? Quelles sont les règles permettant de fiabiliser vos études et conclusions ? Nonna Mayer : Pour savoir la composition d'un électorat, quel qu'il soit, il faut croiser les sources d'informations. Pour comprendre le vote Le Pen, il faut croiser plusieurs sources, regarder la répartition des votes en sa faveur sur le territoire, utiliser les sondages pour mieux connaître la composition de cet électorat, et faire des entretiens pour mieux comprendre ses motivations. Le problème est que jusqu'à aujourd'hui, il reste difficile de déclarer un vote en faveur de Jean-Marie Le Pen, d'où la nécessité de trouver des moyens pour mettre la personne interviewée en confiance. Et dans un sondage, par exemple, on a une meilleure estimation du vote Le Pen quand on ne demande pas à la personne de dire pour qui elle vote, quand on lui propose de mettre un bulletin dans une urne correspondant au candidat ou à la candidate de son choix. Les sondages d'opinion nous fournissent un miroir grossissant de l'électorat Le Pen, des électeurs et des électrices qui osent afficher leur choix, qui l'assument. Laure : Dans les sondages, Jean-Marie Le Pen est crédité de quelle intention de vote au premier tour aujourd'hui ? Nonna Mayer : Cela dépend des sondages. Comme je le disais, ce vote est sous déclaré. Dans le baromètre politique français, enquête du Cevipof, qui, en février, en est à la quatrième vague, les intentions de vote déclarées pour Jean-Marie Le Pen non redressées s'élèvent à 5,2 %. Mais si l'on redresse en tenant compte du score de Jean-Marie Le Pen en 2002, on voit que manifestement, on ne retrouve pas la bonne proportion de votes d'électeurs Le Pen 2002 dans notre échantillon. Donc on redresse, on fait une règle de trois, on leur affecte le poids qu'ils devraient avoir dans l'échantillon. Ce redressement conduit à un vote Le Pen de 12 %. Enfin, il y a un troisième indicateur. On peut demander quel est le vote probable pour une liste de candidats. Et là, on trouve 8 % de notre échantillon qui dit tout à fait probable qu'il ou elle aille voter pour Jean-Marie Le Pen. Donc les intentions de vote recueillies par les sondages d'opinions, pour un parti comme celui de Jean-Marie Le Pen, perçu par les deux tiers des Français comme un danger pour la démocratie, sont à prendre avec précaution, tout dépend du redressement effectué. Pierre : Le FN est-il actuellement en perte de vitesse ou au contraire en progression constante depuis 2002 ? Nonna Mayer : Je dirais ni l'un ni l'autre. Il est bien installé dans le paysage politique français. Il y a une grande stabilité concernant son image et l'adhésion à ses idées depuis 2002. Son potentiel électoral tourne autour de 15 %. Clairdefosse : Pour séduire les électeurs, le FN a-t-il réellement changé (de discours, d'idéologie) ou élaboré une nouvelle stratégie ? Nonna Mayer : Le FN n'a pas véritablement changé de programme. Il suffit d'aller le regarder sur son site. Le cœur du programme est toujours la préférence nationale. L'idée est toujours qu'il faut réserver les emplois, les aides sociales, les logements aux Français. Et l'immigration reste la cause de tous les problèmes de la France : insécurité, chômage, délinquance. En revanche, c'est le style de campagne, la manière d'affirmer ses idées qui évolue dans le temps. Jean-Marie Le Pen modère ses expressions, et sa fille, Marine Le Pen, donne une image plus douce du parti et de ses idées. Elle dit elle-même qu'elle veut "déringardiser" le parti, le dissocier de l'image extrémiste qui lui colle à la peau. Rappelons que quatre français sur cinq aujourd'hui continuent à classer Jean-Marie Le Pen à l'extrême droite. Ils l'associent aux heures sombres de la deuxième guerre mondiale. Rappelons aussi qu'en 2002 déjà, Jean-Marie Le Pen avait essayé de présenter une image plus respectable, plus modérée, disant qu'il regrettait par exemple ses propos sur les chambres à gaz, "point de détail" de l'histoire de la seconde guerre mondiale. Mais sur le fond, le message du FN n'a pas changé. Charles : Peut-on dresser un portrait-type de l'électeur lepéniste ? Nonna Mayer : Non, il n'y a pas de profil type. C'est un électorat dont le centre de gravité change à chaque élection. Sa caractéristique numéro un, dès 1984, lors de son premier succès aux européennes, est de prendre des voix dans toutes les catégories de la population. Mais on constate en même temps une diversification de ses soutiens et des constantes. En 1984, la liste Le Pen fait ses meilleurs scores dans les catégories les plus aisées et les plus instruites de la population : chez les industriels et les gros commerçants, les professions libérales, des catégories traditionnellement acquises à la droite et exaspérées par l'arrivée des "socialo-communistes" au pouvoir. Patsou : Pourriez-vous nous préciser l'importance du vote populaire et son évolution depuis 2002 dans l'électorat Le Pen ? Nonna Mayer : A partir de 1986, le FN étend son influence dans la fraction la plus populaire de l'électorat de droite, celle des petits commerçants artisans. Le Pen arrive en tête de cette catégorie au cours de la présidentielle 1988. A partir des années 1990, il perce dans un électorat populaire déçu par la gauche. Au premier tour de l'élection présidentielle de 1995, c'est chez les ouvriers que Jean-Marie Le Pen fait son meilleur score. Cela ne veut pas dire qu'une majorité d'ouvriers vote pour Le Pen, bien sûr. Cela veut dire qu'ils sont 21 % en 1995 et 23 % en 2002 à voter pour lui. Ils sont encore plus nombreux à s'abstenir. Le premier parti ouvrier, c'est l'abstention. Enfin, en 2002, Jean-Marie Le Pen élargit son audience dans le monde rural et agricole. Au final, le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen fait le même score de 22,23 % chez les ouvriers, les employés, les commerçants et artisans, et les agriculteurs. Les seules catégories où il a du mal à se développer sont les salariés moyens et supérieurs, en particulier ceux du secteur public et tout particulièrement les enseignants. Ajoutons deux caractéristiques à cet électorat, qui, elles, ne varient pas. Moins on a fait d'études, plus il y a de chances pour que l'on vote Le Pen. Son score double quand on passe de ceux qui ont le Bac à ceux qui n'ont pas le Bac, plus facilement séduits par son discours simplificateur et anti-élite. Deuxième constante : le sexe. Les électrices votent beaucoup moins souvent Le Pen que les électeurs. Si seulement les femmes avaient voté le 21 avril, Le Pen arrivait en troisième position. Si les hommes, seulement, avaient voté, Le Pen serait arrivé premier. Il y a deux types de femmes particulièrement réticentes à soutenir Jean-Marie Le Pen : les femmes jeunes et diplômées qui rejettent l'image traditionnelle de la femme au foyer et qui tiennent aux acquis du féminisme, et des femmes plus âgées, catholiques et praticantes, qui ne sont pas fondamentalement en désaccord avec les idées de Jean-Marie Le Pen, mais qui ont intériorisé le message de tolérance des évangiles et les condamnations répétées des idées du FN par l'Eglise catholique française. Lannister : L'électorat du FN se féminise-t-il grâce à Marine Le Pen ? Nonna Mayer : Pour l'instant, on n'observe pas de féminisation. Les femmes déclarent moins souvent une intention de vote pour Jean-Marie Le Pen et sont plus nombreuses à y voir un danger pour la démocratie. Jess : Peut-on considérer que l'électorat de Le Pen est limité ? Les couches supérieures pourraient-elles représenter un nouveau vivier électoral ? |
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| Nonna Mayer : Oui, il y a des limites au vote Le Pen. De tous les candidats, c'est celui qui inquiète le plus. Dans le baromètre politique français, les deux tiers des personnes interrogées le trouvent "inquiétant", et l'autre limite est son manque de crédibilité. La quasi totalité ne lui reconnaissent pas la stature d'un président de la République. Et pour l'instant, quand on demande quelles sont les personnalités en faveur de qui un vote serait "probable", Jean-Marie Le Pen ne dépasse pas 20 %. Ce pourrait être la limite supérieure au niveau national d'un tel vote. Quant aux couches supérieures, ce n'est pas un ensemble homogène. Il y a des professions libérales, des industriels, des gros commerçants qui votent Le Pen. Ils étaient particulièrement nombreux en 1984, et en 1988 à l'élection présidentielle, contrairement aux idées reçues, le vote Le Pen augmentait avec le niveau de revenus. C'est plutôt le diplôme qui apparaît comme un rempart contre ce choix politique. Yajeev : Dans le sillage de l'humoriste Dieudonné, certains Français d'origine étrangère semblent séduits par Jean-Marie Le Pen. Selon vous, le vote Le Pen sera-t-il important chez les électeurs d'origine étrangère, dans les banlieues en particulier ? Nonna Mayer : C'est très difficile de mesurer les intentions de vote des Français et des Française issus de l'immigration. On dispose de deux indices. D'abord, l'enquête menée par Sylvain Brouard et Vincent Tiberj, "Français comme les autres", nous montre sur un échantillon national représentatif de 1 000 Français issus de l'immigration maghrébine, africaine et turque, que c'est la gauche qui garde leur faveur. Les trois quarts d'entre eux se déclarent proches d'un parti de gauche. Ils se situent deux fois plus à gauche que la moyenne des français sur l'échelle gauche-droite. Et le Front national est le parti qu'ils détestent le plus. Ceci dit, on peut bien sûr avoir une origine immigrée et voter Le Pen, parce qu'on en a assez de voir brûler des voitures en bas de sa tour, ou pour "casser" le système. Mais les probabilités sont beaucoup plus faibles que pour le reste de la population. De ce point de vue, on a un deuxième indice, une étude de Jérôme Fourquet, menée à partir des quatre vagues du baromètre politique français, où il mesure la probabilité du vote en faveur de Jean-Marie Le Pen selon l'origine familiale. Attention, ce n'est pas une intention de vote, mais c'est le fait de déclarer un tel vote tout à fait ou plutôt probable. Dans l'ensemble de l'électorat, le potentiel électoral de Jean-Marie Le Pen est de 18 %. Il est de 19 % chez les Français qui n'ont aucune ascendance étrangère, ni parent ni grand-parent étranger. Il oscille entre 11 et 13 % chez les Français d'origine espagnole, portugaise, européenne. Il tombe à 8 % chez les Français d'origine maghrébine. Bouba : Pensez-vous que la stratégie de Nicolas Sarkozy de grignoter sur l'électorat du FN tend à faire baisser le vote FN (ralliement à l'UMP) ou dédiabolise le vote FN et le révèle ? Nonna Mayer : Je dirais que ce type de stratégie a les deux effets en même temps, mais que pour l'instant, c'est le premier effet qui l'emporte. Tous les sondages semblent montrer qu'une fraction importante des électeurs lepénistes de 2002 ont l'intention de voter pour Nicolas Sarkozy. Il y a une partie de l'électorat de Jean-Marie Le Pen qui n'apprécie pas les outrances de celui-ci, ses dérapages verbaux, et qui trouvent dans Nicolas Sarkozy l'incarnation d'une droite dure sur les thèmes de l'immigration et de l'insécurité. Mais il est vrai que le danger est, à terme, de donner une légitimité à ses positions et d'effacer la limite entre la position "républicaine" et celles de Jean-Marie Le Pen. Guillaume : Est-ce qu'une alliance entre le FN et l'UMP vous semble possible après les déclarations de leurs deux leaders respectifs ? Nonna Mayer : Périodiquement, à droite, la tentation renaît d'une alliance avec le FN pour battre la gauche quand la gauche est puissante. Pour l'instant, ni Nicolas Sarkozy, ni Jean-Marie Le Pen ne semblent s'engager dans cette voie de l'alliance. Les sympathisants du FN, la condamnerait, le FN tire sa force d'être un parti anti-système. On verra concrètement ce qu'il en est lors des prochaines législatives, face au danger d'éventuelles triangulaires provoquées par le maintien des candidats du FN. La règle officielle pour l'instant est très claire : pas d'alliance au niveau de l'UMP. Mais il peut y avoir des tentations localement, surtout dans les régions où le FN est bien implanté depuis longtemps, comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur, où les cadres du FN sont devenus des notables locaux. Juzedevil : Selon vous Le Pen a-t-il une réelle chance d'arriver au second tour cette année avec la candidature de Bayrou et les leçons du 21 avril ? Nonna Mayer : Je n'ai pas de boule de cristal, mais à regarder les sondages, on a le sentiment, même si les intentions de vote pour Jean-Marie Le Pen sont sous-déclarées, qu'il vient loin derrière Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. Quant au vote en faveur de François Bayrou, c'est un peu un vote par défaut, pour des électeurs qui jugent Nicolas Sarkozy trop à droite ou Ségolène Royal trop à gauche, mais en tout cas, François Bayrou ne chasse absolument pas sur les terres de Jean-Marie Le Pen. C'est un électorat modéré, plutôt aisé et cultivé. Plus on a de diplômes, plus s'élèvent les intentions de vote en sa faveur. Et s'il est critique de la classe politique, cet électorat est aux antipodes des idées défendues par Jean-Marie Le Pen, qu'il s'agisse de l'immigration, de la place des femmes dans la société, de l'acceptation de l'homosexualité. |
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| Pour revenir sur Jean-Marie Le Pen, il est concurrencé par Nicolas Sarkozy, et il est vrai que le réflexe du 21 avril risque de jouer pour éviter la dispersion sur des candidats perçus comme n'ayant aucune chance de l'emporter. En 2002, le succès de Jean-Marie Le Pen tient au fait qu'environ 10 % de l'électorat a voté pour un candidat ou une candidate qu'il ne souhaitait pas voir élu(e), et dont il était sûr qu'il ou elle n'avait aucune chance d'être élu(e). Rappelons que même en 2002, seulement 40 % des électeurs de Jean-Marie Le Pen souhaitaient qu'il soit élu. Les autres votent essentiellement contre les autres candidats et y regarderont à deux fois, ils tenteront de voter utile pour des candidats qui ont des chances réelles d'être élus. Antoine : Pensez-vous vraiment que le FN puisse continuer à fonctionner sans l'image certes controversée mais charismatique de Jean-Marie Le Pen ? Nonna Mayer : Ce sera difficile, parce que Jean-Marie Le Pen fédérait des sensibilités très diverses au sein de son parti. Ancien poujadiste, nostalgique de l'Algérie française, anti-gaulliste. Ce sera plus difficile pour sa fille Marine qui n'a pas traversé toutes ces aventures de l'extrême droite française. Par ailleurs, la scission du parti l'a beaucoup affaibli. Entre 1988 et 1998, grâce à Bruno Mégret, le FN était devenu une véritable organisation partisane professionalisée. Progressivement, les candidats frontistes arrivaient à faire des scores comparables à ceux de leurs chefs. Aux élections législatives de 1997, pour la première fois, le FN recueille plus de 15 % des suffrages exprimés, et il en va de même aux élections régionales de 1998. La scission a cassé l'appareil, démobilisé les militants, rendant plus dure la survie du FN après le départ de son leader. Quant à Marine Le Pen, elle est contestée au sein même du parti, et le "relooking" qu'elle propose risque bien de provoquer une nouvelle scission. Lannister : Longtemps on a dit que le vote FN était un vote sanction. Ne croyez-vous pas qu'il est en train de devenir de plus en plus un vote d'adhésion à un programme ? Pourquoi son discours a de plus en plus de succès en France ? Nonna Mayer : Premièrement, le discours de Jean-Marie Le Pen n'a pas plus de succès en France. Quand on regarde la proportion de ceux qui se disent d'accord avec ses idées, elle ne progresse pas, on était à 28 % en 2002. Il n'y a pas de dynamique d'adhésion à ses idées. Mieux, si on prend le thème de la préférence nationale, elle recueille de moins en moins d'adhésion. Un exemple : en 1991, 45 % des Français pensaient qu'il fallait donner la priorité à un Français sur un immigré en situation régulière en matière d'emploi. Aujourd'hui ils sont 18 %. C'est pareil en matière de prestations sociales : on est passé de 43 à 21 %. Cette notion de vote sanction est ambiguë, car cet électorat si divers adhère aux idées de Jean-Marie Le Pen. En 2002, 97 % de ceux qui vont voter Le Pen trouvent qu'il y a trop d'immigrés en France, et 84 % qu'il faut rétablir la peine de mort. Ils sont d'accord au moins avec ses idées. Ils veulent une société plus fermée aux immigrés et plus autoritaire. En revanche, ils ne veulent pas nécessairement que ce soit Jean-Marie Le Pen et son parti qui mettent ces idées en œuvre et arrive au pouvoir. En cela, c'est un vote sanction destiné à interpeller ceux qui nous gouvernent. Chat modéré par Chat modéré par Anne-Gaëlle Rico |
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#4
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| je n'ose pas croire que le chiffre 8p100 ne soit pas une exagération, en tout cas celui que se prends pour un himar et qui oublie d'où il vient ne doit pas s'étonner qu'on monte dessus et qu'on perdant ses repères il ne trouve plus son chemin. |
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