devoir et droit « Pas de droits sans devoirs » est un aphorisme à la mode. L’inverse l’est moins. L’Etat de droit l’est également ; « Etat de devoir » sonnerait bizarrement aux oreilles de ses hérauts, quoique certains rappellent l’Etat à ses devoirs. Malgré l’amalgame de l’aphorisme en vogue, il est amusant de rechercher ce qui distingue le devoir du droit. Et pour m’amuser, je me suis livré à une petite méditation phénoménologique (N’ayez pas peur de ce gros mot, ça veut seulement dire qu’on essaie comprendre comment ça se passe). Pour le droit, c’est assez facile, par ce que depuis trois siècles le concept est sur la sellette des universitaires, des politiciens, bref de tout ce qui fait profession de penser et se donne le droit de dire ce qu’il faut penser. Ainsi il est courant d’entendre que la propriété, un droit, est la pensée d’une action, l’appropriation. Donc le fait précède ici la pensée et, sans avoir l’esprit particulièrement policier (si A précède B, A est la cause de B), on dira sans soulever de boucliers que l’action détermine la pensée. Certains en ont excipé que la propriété est un droit naturel, à quoi d’autres ont objecté que la nature ignore le droit. Le devoir, sur lequel les Anciens ont disserté plus que sur la propriété, serait-il l’opposé déterminé du droit ? Serait-ce que dans le devoir la pensée précède et détermine l’action ? Je le pense. On peut ici remarquer que des animaux s’approprient des territoires, mais bien entendu, ils ne pensent pas cette action en droit comme le font les êtres humains ; ils ont leur manière propre de faire respecter leur action. Cependant, le succès du droit, et du droit de propriété, dans l’histoire de la civilisation ne conduit-il pas à se demander si la civilisation, et la civilisation occidentale plus que les autres, ne sont pas fondées sur notre part d’animalité ? Encore faut-il remarquer que la civilisation occidentale n’a donné que récemment la prééminence à cette part. Tant que la religion l’a empreinte autant que les autres civilisations, l’importance du devoir ne le cédait pas à celle du droit. La pensée y déterminait l’action autant que celle-ci la pensée, comme dans les autres civilisations. La religion y contenait notre part d’animalité. La modernité l’a émancipée. Et la post-modernité s’échine à rétablir l’équilibre. Malheureusement, il paraît que sa pensée n’y suffit pas. Il paraît même que cette pensée est à peu près vide. |