C’est ainsi…
J’habite une chambre de bonne
Où traînent quelques pièces jaunes
Dans un petit pot qui résonne
Bien moindre bruit dans l’hexagone
Qui fait courir les cancrelats
Et cafard jamais ne me quitte
Du plafond au plancher de bois
Au creux duquel logent des mites
J’y vis seule depuis longtemps
Je vis seule depuis toujours
J’ai jamais dit “Papa, Maman”
Disons qu’on m’a donnée le jour
Avant de me larguer hurlante
A peine sortie du vagin
D’une femme peut-être aimante
Mais qui jamais ne prit ma main
Je suis passée par tant de lieux
Que jamais je n’eus de maison
Ma jeunesse a un goût de vieux
Tant j’ai vu de ternes tisons
Pourtant je n’ai que la vingtaine
Vingt ans de trop me semble-t-il
Vingt ans de foyers, de déveines
Ne m’ont rendue que plus fragile
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins privés d’enfance
Sous X, et voici
Qu’on vole mon appartenance
Sous X et soucis
Font la paire et l’inconsistance
Sous X, c’est ainsi
Que l’on qualifie l’abandon
Sous X, ça se dit
Pour l’inconnue à l’équation
Sous X, et voici
Qu’on fait de ma vie un haillon
Sous X et soucis
Soupirs et souffrances, mais bon
Sous X, c’est ainsi…
Des plus bas fonds de ma mémoire
Aux hautes sphères des désirs
Je n’eus pas d’amis, et le soir
J’eus souvent envie d’en finir
Je me suis vue veines ouvertes
Et poison à ras le gosier
Ma frêle âme criant alerte
A qui aimerait bien m’aimer
Mais voilà aucun mot d’amour
Ne me fut jamais prononcé
Pourtant ma vie tournait autour
De ce qu’on m’avait confisquée
Les gestes tendres d’une mère
La caresse de ses baisers
Le regard bienveillant d’un père
Sa voix grave pour m’apaiser
Alors j’en ai fait qu’à ma tête
Mais j’avais l’air de filer droit
Aux yeux des éducs, des courbettes
Derrière leurs dos, me voilà
Me ruinant jusqu’à la santé
A coup de ces doses proscrites
Dans l’auto de dealers tentés
En échange d’un court coït
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins sans insouciance
Sous X, et voici
Comme on écrit ma différence
Sous X et soucis
Font de moi une tumescence
Sous X, c’est ainsi
Qu’une mise au monde assassine
Sous X, ça se dit
Quand on est privé de racines
Sous X, me voici
Une lettre pour origines
Sous X sans soucis
A fait de moi une orpheline
Sous X, c’est ainsi…
A l’âge des premiers amours
J’en connaissais trop les ébats
Rudes souvent, vides toujours
De sentiments, de cœur qui bat
Puis j’eus l’âge d’être majeure
Et de devoir alors quitter
Mon dortoir tapissé de fleurs
Et mes collègues de chambrée
Puisque je travaillais un peu
J’ai réussi à dénicher
Un petit bout d’hôtel miteux
Un petit endroit où coucher
Pourtant la nuit je ne dors pas
Je rêve à un meilleur destin
J’en rêve mais jamais n’y crois
Car ne sachant pas d’où je viens
Je sais, ç’en est bête à pleurer
Mais parfois je me l’imagine
Avec le même teint rosé
Et la même peau de rouquine
La même démarche hésitante
Mêmes yeux pâles de tristesse
Que moi, la génitrice errante
Qui mit bas mon cœur en détresse
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins dans l’ignorance
Sous X, et voici
Qu’on condamne à l’inexistence
Sous X et soucis
Et sans but car sans provenance
Sous X, c’est ainsi
Que je suis née à contrecoeur
Sous X, ça se dit
Quand mère jamais ne t’effleure
Sous X, me voici
Sans avenirs, sans créateurs
Sous X, les soucis
Se font des plus dévastateurs
Sous X, c’est ainsi…
Les autres enfants se moquaient
De la maternelle au lycée
De ma solitude à l’excès
De mon défaut d’identité
“On t’a trouvé dans la poubelle”
Me répétaient quelques aînés
J’y ai cru parfois puisque celle
Dont je descends m’a délaissée
Je n’ai jamais aimé l’école
Pour les parents à la sortie
Truffés de plaisantes paroles
Comme « Je t’aime mon petit »
Je n’appréciais guère l’histoire
Puisque ne connaissant la mienne
Pas envie de conter la gloire
De tous ceux qui naissent sans peine
Jamais je ne saurai la branche
Dont mon petit corps est issu
Si je dois aller le dimanche
Prier pour le petit Jésus
Ou si je ne dois croire en rien
Comme je sais si bien le faire
Si j’ai un frère ou des cousins
Si mes vieux sont au cimetière
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins de l’assistance
Sous X, et voici
Que je nais en condoléances
Sous X et soucis
Sans arrivées et sans partances
Sous X, c’est ainsi
Que je suis née un laid matin
Sous X, ça se dit
Quand on ne t’a jamais étreint
Sous X, me voici
Sans passé et sans lendemains
Sous X, les soucis
Font la course avec mon chagrin
Sous X, c’est ainsi…
Et puis il y a quelques mois
Dans un rapport non protégé
Le sort a déposé en moi
Un embryon pas désiré
Comme je le porte devant
On me dit que c’est un garçon
Ce sera mon premier enfant
Oui, même si j’en fais le don…
Où traînent quelques pièces jaunes
Dans un petit pot qui résonne
Bien moindre bruit dans l’hexagone
Qui fait courir les cancrelats
Et cafard jamais ne me quitte
Du plafond au plancher de bois
Au creux duquel logent des mites
J’y vis seule depuis longtemps
Je vis seule depuis toujours
J’ai jamais dit “Papa, Maman”
Disons qu’on m’a donnée le jour
Avant de me larguer hurlante
A peine sortie du vagin
D’une femme peut-être aimante
Mais qui jamais ne prit ma main
Je suis passée par tant de lieux
Que jamais je n’eus de maison
Ma jeunesse a un goût de vieux
Tant j’ai vu de ternes tisons
Pourtant je n’ai que la vingtaine
Vingt ans de trop me semble-t-il
Vingt ans de foyers, de déveines
Ne m’ont rendue que plus fragile
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins privés d’enfance
Sous X, et voici
Qu’on vole mon appartenance
Sous X et soucis
Font la paire et l’inconsistance
Sous X, c’est ainsi
Que l’on qualifie l’abandon
Sous X, ça se dit
Pour l’inconnue à l’équation
Sous X, et voici
Qu’on fait de ma vie un haillon
Sous X et soucis
Soupirs et souffrances, mais bon
Sous X, c’est ainsi…
Des plus bas fonds de ma mémoire
Aux hautes sphères des désirs
Je n’eus pas d’amis, et le soir
J’eus souvent envie d’en finir
Je me suis vue veines ouvertes
Et poison à ras le gosier
Ma frêle âme criant alerte
A qui aimerait bien m’aimer
Mais voilà aucun mot d’amour
Ne me fut jamais prononcé
Pourtant ma vie tournait autour
De ce qu’on m’avait confisquée
Les gestes tendres d’une mère
La caresse de ses baisers
Le regard bienveillant d’un père
Sa voix grave pour m’apaiser
Alors j’en ai fait qu’à ma tête
Mais j’avais l’air de filer droit
Aux yeux des éducs, des courbettes
Derrière leurs dos, me voilà
Me ruinant jusqu’à la santé
A coup de ces doses proscrites
Dans l’auto de dealers tentés
En échange d’un court coït
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins sans insouciance
Sous X, et voici
Comme on écrit ma différence
Sous X et soucis
Font de moi une tumescence
Sous X, c’est ainsi
Qu’une mise au monde assassine
Sous X, ça se dit
Quand on est privé de racines
Sous X, me voici
Une lettre pour origines
Sous X sans soucis
A fait de moi une orpheline
Sous X, c’est ainsi…
A l’âge des premiers amours
J’en connaissais trop les ébats
Rudes souvent, vides toujours
De sentiments, de cœur qui bat
Puis j’eus l’âge d’être majeure
Et de devoir alors quitter
Mon dortoir tapissé de fleurs
Et mes collègues de chambrée
Puisque je travaillais un peu
J’ai réussi à dénicher
Un petit bout d’hôtel miteux
Un petit endroit où coucher
Pourtant la nuit je ne dors pas
Je rêve à un meilleur destin
J’en rêve mais jamais n’y crois
Car ne sachant pas d’où je viens
Je sais, ç’en est bête à pleurer
Mais parfois je me l’imagine
Avec le même teint rosé
Et la même peau de rouquine
La même démarche hésitante
Mêmes yeux pâles de tristesse
Que moi, la génitrice errante
Qui mit bas mon cœur en détresse
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins dans l’ignorance
Sous X, et voici
Qu’on condamne à l’inexistence
Sous X et soucis
Et sans but car sans provenance
Sous X, c’est ainsi
Que je suis née à contrecoeur
Sous X, ça se dit
Quand mère jamais ne t’effleure
Sous X, me voici
Sans avenirs, sans créateurs
Sous X, les soucis
Se font des plus dévastateurs
Sous X, c’est ainsi…
Les autres enfants se moquaient
De la maternelle au lycée
De ma solitude à l’excès
De mon défaut d’identité
“On t’a trouvé dans la poubelle”
Me répétaient quelques aînés
J’y ai cru parfois puisque celle
Dont je descends m’a délaissée
Je n’ai jamais aimé l’école
Pour les parents à la sortie
Truffés de plaisantes paroles
Comme « Je t’aime mon petit »
Je n’appréciais guère l’histoire
Puisque ne connaissant la mienne
Pas envie de conter la gloire
De tous ceux qui naissent sans peine
Jamais je ne saurai la branche
Dont mon petit corps est issu
Si je dois aller le dimanche
Prier pour le petit Jésus
Ou si je ne dois croire en rien
Comme je sais si bien le faire
Si j’ai un frère ou des cousins
Si mes vieux sont au cimetière
Sous X, c’est ainsi
Qu’elle s’appelle ma naissance
Sous X, ça se dit
Pour des gamins de l’assistance
Sous X, et voici
Que je nais en condoléances
Sous X et soucis
Sans arrivées et sans partances
Sous X, c’est ainsi
Que je suis née un laid matin
Sous X, ça se dit
Quand on ne t’a jamais étreint
Sous X, me voici
Sans passé et sans lendemains
Sous X, les soucis
Font la course avec mon chagrin
Sous X, c’est ainsi…
Et puis il y a quelques mois
Dans un rapport non protégé
Le sort a déposé en moi
Un embryon pas désiré
Comme je le porte devant
On me dit que c’est un garçon
Ce sera mon premier enfant
Oui, même si j’en fais le don…
Nombre de commentaires 3
Commentaires
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Envoyé 08/02/2009 à 19h06 par IbnouCid
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Envoyé 20/04/2009 à 12h35 par Romantika
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Envoyé 30/04/2009 à 22h48 par panseur





