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Une nuit

Envoyé 10/02/2009 à 22h05 par panseur
Mis à jour 12/02/2009 à 11h00 par panseur

"Il était une nuit
Où tout était serein
Pas de vent ni de pluie
D’orage ou de chagrin
On avait passé une
Admirable journée
Blottie contre mes dunes
Tu t’étais abreuvée
De mon lait nourricier
De ma fierté de mère
Dieu m’avait exaucée
Tu étais mes prières
Tu avais le sourire
De ton défunt papi
Si t’avais pu grandir
Je te l’aurais appris
Ce talent qu’il avait
Pour donner de la vie
A ceux qui quémandaient
Un coin de paradis
Toi aussi tu savais
Tatouer de bonheur
Celle qui étanchait
Ta soif et sa douceur

Pourtant tu m’as blessée
Pourtant tu m’as meurtrie
T’es partie sans ciller
T’es partie et voici
Que comme ton grand père
Tu m’as abandonnée
Les êtres les plus chers
S’en vont s’éparpiller…

Il était une nuit
Où tu dormais à poings
Fermés quand je t’ai dit
"Ma belle, rêve bien"
Quand je t’ai caressée
Les joues chaudes encore
Comme pour m’assurer
De ton sommeil d’alors
Il devait être beau
Ce songe d’infini
Puisque depuis ces mots
Je ne t’ai plus rien dit
Ta chaleur enfantine
Avait cédé la place
Au blanc de l’opaline
Et au froid de la glace
Mon amour ténébreux
Ma fugitive enfant
Tu as dû trouver mieux
Que moi comme maman
Pour t’en aller si tôt
Pour partir aussi loin
De ton douillet berceau
De mes yeux, de mes seins

Puisque tu m’as laissée
Puisque tu m’as meurtrie
En partant sans ciller
En me larguant ici
Et comme ton grand père
Tu me laisses périr
Les êtres les plus chers
S’en vont sans prévenir…

Il était une nuit
Que j’ai cru étoilée
Jusqu’à l’instant précis
Où je t’ai retrouvée
Dépourvue d’oxygène
Que tu as refusé
Le temps que ça te prenne
Pour ne plus exister
J’étais juste venue
Te regarder dormir
Ma petite attendue
Et suivre tes soupirs
Mais j’ai rien entendu
Que mon cri retentir
Quand je t’ai aperçue
Aux portes du mourir
Là dans ton lit de bois
Où je t’ai mise en bière
Pourtant bien malgré moi
En outrageuse mère
Quelques heures plutôt
Avant de te quitter
Embrumée de dodo
Et le cœur aéré

Et là tu m’as laissée
Et là tu m’as meurtrie
En partant sans ciller
Etais-je trop impie ?
Toi, Dieu et ton grand père
Avez l’air de me fuir
Les êtres les plus chers
S’en vont-ils nous punir ?

Il était une nuit
La première de celles
Imprégnées d’insomnies
Et de visions cruelles
De questions tourmentées
De fractures ouvertes
De désir de sauter
Par delà la fenêtre
De culpabilité
De n’avoir pas senti
Que t’allais expirer
Et t’en aller ainsi
M’abrutissant de peines
Et d’une peur transie
De rejouer la rengaine
Du bébé qui s’enfuit
Moi qui dormais que d’un
Œil quand tu étais là
J’ai fermé les deux tiens
En mourant avec toi
Ce soir mon ventre est lourd
D’un prochain nouveau-né
C’est un peu ton retour
Que j’avoue espérer
Ça me redonnera
Des raisons de tenir
Des petits bouts de toi
Et de ton doux sourire

Puisque tu m’as laissée
Puisque tu m’as meurtrie
En partant sans ciller
A trois mois une nuit
Et j’envie ton grand père
Qui t’écoute grandir
Les êtres les plus chers
S’en vont en souvenirs…"
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